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La Russie ne perd pas la guerre en Ukraine

La Russie ne perd pas la guerre en Ukraine
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Par Samer R. Zoughaib

A entendre les médias mainstream et les experts occidentaux, la Russie a déjà perdu la guerre d’Ukraine. La réalité est pourtant tout autre.

Les hommes politiques occidentaux, une armée d’experts et de propagandistes et les médias mainstream servent en boucle un discours selon lequel l’armée russe est en train de perdre la guerre en Ukraine. C’est une armée fatiguée, incompétente, démoralisée, qui a presque épuisé toutes ses munitions modernes et puise désormais dans le vieil arsenal de l’ère soviétique, affirment-ils. Ils amplifient les pertes russes en hommes et en matériel jusqu’à présenter des chiffres invraisemblables et exagèrent les prestations des troupes ukrainiennes sur le terrain.

Ce narratif copier-coller qui fait le tour de la planète plusieurs fois par jour sert principalement deux objectifs.

Le premier est de semer le doute au sein de la population russe qui continue de soutenir dans une large majorité les décisions du président Vladimir Poutine. Le but est de saper son moral et de créer un fossé entre l’opinion publique et les dirigeants russes pour affaiblir le front interne.

Le deuxième objectif est de convaincre l’opinion publique des pays occidentaux de la justesse des choix de leurs gouvernements de soutenir politiquement et matériellement l’Ukraine, malgré les effets boomerang des sanctions imposées à la Russie sur les économies des Etats européens, et le niveau de vie des populations. 

Le ras-le-bol des populations en Occident

Le ras-le-bol d’une partie de la population des pays membres de l’Otan ne cesse de grandir en raison de la cherté de la vie et des pénuries diverses, notamment d’essence, alors que les gouvernements des pays occidentaux déboursent des milliards de dollars pour financer l’effort de guerre ukrainien et demandent à leurs peuples de consentir des sacrifices en prévision de l’arrivée de l’hiver.

Certes, les décisions militaires prises par le commandement russe au tout début de la guerre, en février dernier, d’arriver aux portes de Kiev puis de se retirer après avoir subi d’importantes pertes, et les revers infligés aux Russes par l’armée ukrainienne début septembre sur les fronts de Kharkov et du Donbass plaident en faveur de ce discours.

Mais les experts sérieux et crédibles savent qu’il est trop tôt pour juger l’issue de la guerre et sont conscients que la réalité est toute autre.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est une guerre totale non pas entre la Russie et l’Ukraine mais entre la Russie et l’Occident collectif, regroupé au sein de son organisation militaire, l’Otan.

Cette guerre est totale car elle ne se limite pas au seul domaine militaire –terrestre, aérien et naval et spatial avec l’utilisation massive des satellites- mais englobe également les renseignements et l’espionnage, les attentats terroristes, l’économie –les sanctions-, les finances, l’énergie, le cuber-espace, la culture, et, bien entendu, la sphère médiatique. Tous les outils sont utilisés dans ce conflit pour faire plier l’ennemi.

La Russie n’a utilisé qu’une petite partie de son potentiel

La simple étude d’une carte montre que les réalisations de l’armée russe sur le terrain sont plus importantes que celles des Ukrainiens.

Les Russes ont conquis plus de 100000 kilomètres carrés, soit le cinquième de la superficie de l’Ukraine et sont sur le point d’atteindre l’objectif déclaré de l’opération militaire spéciale qui est de libérer les territoires de Louhansk et de Donetsk. Ils ont intégré à la Russie quatre régions, les deux précitées ainsi que Kherson et Zaporojie, ajoutant entre 8 et 10 millions de personnes à la population du pays.

Au prix d’énormes pertes et au terme de plusieurs offensives préparées en coordination étroite avec l’état-major de l’Otan et les armes les plus modernes fournies par l’Occident, les Ukrainiens ont repris 3000 kilomètres carrés. Une superficie insignifiante comparée aux 100000 km2 pris par les Russes.

Les Ukrainiens ont jeté dans cette bataille toutes leurs forces, y compris leurs réserves, pour un résultat modeste. La Russie, elle, n’a utilisé qu’une petite partie de son potentiel.

En attaquant le pont reliant la Crimée à la Russie, les Ukrainiens ont donné au commandement russe un prétexte pour procéder à une mobilisation partielle de 300000 hommes. Le déploiement de ces troupes va aider à stabiliser le front long de 1000 kilomètres avant l’inéluctable contre-offensive russe dans les mois qui viennent.

L’attentat contre le pont de Kertch a provoqué une escalade du conflit qui profite à la Russie laquelle a entamé une destruction systématique des infrastructures énergétiques et d’autres cibles stratégiques militaires ainsi que les voies de transport utilisées pour l’acheminement des armes occidentales aux Ukrainiens.

Sur le plan de la guerre énergétique, les tentatives d’isoler la Russie et de la priver de marchés n’a pas donné des résultats probants pour les Occidentaux. Moscou a trouvé de nouveaux clients en Asie et a développé ses relations avec d’anciens clients, Chine et Inde en tête, et a montré qu’elle restait influente au sein de l’Opec+ après la décision prise de concert avec l’Arabie saoudite, et contre la volonté des Etats-Unis, de réduire la production de deux millions barils/jour.

« Le rouble, la monnaie la plus performante au monde »

Au niveau économique, les sanctions inédites prises par les Etats-Unis et leurs alliés ont échoué. Les pénuries sévissent dans les pays européens et l’inflation a battu des records historiques en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays européens, contraints d’acheter du gaz américain quatre fois plus cher que celui qu’ils se procuraient en Russie. La Russie dont les rayons des supermarchés regorgent de marchandises et où les files d’attentes devant les stations-service sont introuvables.

Plus important encore, le «rouble est devenu la monnaie la plus performante au monde malgré les sanctions», comme le reconnait un article de la BBC, qui est pourtant un média résolument antirusse et pro-atlantiste. «Même les sanctions économiques les plus rapides et les plus sévères de l'histoire moderne imposées par l'Occident en réponse à l'invasion de l'Ukraine n'ont pas été en mesure d'endiguer sa montée», écrit Cristina J. Orgaz.

Si la Russie était réellement en train de perdre cette guerre, les Etats-Unis n’auraient pas rencontré autant de réticence et d’opposition à entraîner des dizaines de pays d’Afrique, du monde arabe, d’Amérique latine et d’Asie à suivre les sanctions qu’ils ont imposées unilatéralement avec leurs alliés européens à la Russie.

Pourquoi tous ces pays prendraient-ils le risque de maintenir leurs relations avec un pays «vaincu» et de se mettre à dos le «vainqueur» ?

Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient imposé leur volonté au monde et entraîné dans leurs pseudo-croisades anti-terroristes 138 pays, alors qu’aujourd’hui seule une quarantaine d’Etat se sont rangés derrière Washington tandis que plus de 150 autres ont refusé le diktat américain.

C’est sur le champ de bataille et non pas sur les écrans des télévisions des médias mainstream que cette guerre sera gagnée. Les développements des prochains mois le prouveront.

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