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Après l’envoi des drones du Hezbollah au-dessus de Karish, un cafouillage officiel libanais de façade?

Après l’envoi des drones du Hezbollah au-dessus de Karish, un cafouillage officiel libanais de façade?
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Par Soraya Hélou

Ce qui devait arriver arriva! Comme l’avait annoncé le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours, les Israéliens ne devraient pas pouvoir profiter des ressources gazières et pétrolières au large des côtes palestiniennes dans la zone considérée comme conflictuelle avec le Liban. Or, avec l’arrivée du bateau Energean Power dans le champ de Karish tout près de la zone dite conflictuelle, les Israéliens ont sciemment voulu tester le Hezbollah et franchir un pas dans la provocation.

La riposte ne s’est pas faite attendre. Samedi et alors que la réunion consultative arabe sous le parrainage de la Ligue se tenait à Beyrouth, le Hezbollah a envoyé trois drones au-dessus de la zone controversée et il a revendiqué cette action dans un communiqué officiel.

Aussitôt, les supputations ont commencé à se multiplier dans les médias sur l’attitude du Liban officiel au sujet de l’envoi de ces drones. Surtout que certaines parties politiques hostiles au Hezbollah et proches de certains Etats du Golfe ont commencé à dire que cette action du Hezbollah était de nature à entraver les négociations et qu’elles montraient bien que l’Etat libanais est totalement sous le contrôle du Hezbollah et sous occupation iranienne et que la formation aurait envoyé les drones à la demande de l’Iran qui souhaiterait ainsi faire pression sur le dossier du nucléaire dont les négociations piétinent.

Il a fallu ainsi attendre lundi pour qu’une position officielle soit annoncée par le ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib après une rencontre avec le Président du Conseil Négib Mikati. Abou Habib qui parle au nom du gouvernement a donc déclaré dans un communiqué que le Liban condamne l’envoi des drones…

C’était là l’occasion rêvée pour ceux qui depuis des années cherchent mettre de l’eau dans le gaz des relations entre le Hezbollah d’un côté, le chef de l’Etat et le CPL de l’autre.

Toutefois, cette démarche s’est compliquée par une déclaration du chef du CPL Gebrane Bassil dans laquelle il a précisé que le Liban n’est pas faible dans les négociations indirectes avec les Israéliens. Il dispose d’importants éléments de force dont la résistance.

Pour les analystes, ces positions contradictoires ressemblaient à un véritable casse-tête. Que fallait-il en conclure?

En l’absence d’éléments officiels, un petit rappel des faits semble nécessaire. En dépit des allégations du camp libanais hostile au Hezbollah, l’envoi des drones semble avoir accéléré le processus de négociations, puisqu’il a mobilisé la diplomatie occidentale, notamment les Américains et les Français qui se sont empressés d’envoyer des messages aux autorités libanaises pour leur demander des précisions et surtout pour affirmer leur refus de toute guerre et de toute escalade entre les Israéliens et le Hezbollah. L’Occident prône donc l’apaisement et demande donc des précisions sur les véritables intentions du Liban. De même, les Israéliens, tout en lançant des menaces à l’égard du Liban, ont posé discrètement, par le biais des Français notamment, des questions aux autorités libanaises sur ce que veut le Hezbollah et ce qu’il faut faire pour éviter la guerre et faire avancer les négociations.

Les Israéliens qui, jusqu’alors multipliaient les menaces et les provocations, allant même jusqu’à prétendre qu’ils étaient sur le point de commencer à extraire le gaz de Karish, c’est-à-dire avant la date prévue en septembre, se sont donc carrément rétractés, envoyant de multiples messages d’apaisement via les médiateurs occidentaux.

Que faut-il conclure de ces faits? Les visiteurs du chef de l’Etat rapportent son attachement à la résistance dans ce dossier en particulier, considérant qu’elle renforce la position du Liban dans les négociations. D’autant que le monde actuel est malheureusement régi par la force, non par le droit, ou plutôt par un mélange des deux. Dans cette optique, le Liban qui veut pouvoir profiter de ses ressources gazières et pétrolières car en raison de la crise financière dans laquelle il se débat, il en a plus que jamais besoin. De même, certains proches du chef de l’Etat rappellent que malheureusement, en dépit de ses droits reconnus et de l’existence de la résolution 425 adoptée en 1978 par le Conseil de sécurité de l’ONU, le Liban a dû attendre 22 ans et les actions de la résistance pour qu’elle soit appliquée et pour que les soldats israéliens se retirent de la plus grande partie de son territoire. De plus, ces mêmes proches du chef de l’Etat précisent aussi que les drones envoyés par le Hezbollah n’étaient pas porteurs d’explosifs ou d’armes. Il s’agissait donc d’une mission «pacifique», une sorte d’avertissement, qui fait partie des règles de la confrontation entre le Hezbollah et les Israéliens établies depuis quelque temps. Il ne s’agit donc pas d’une escalade, sachant que l’aviation israélienne ainsi que les drones israéliens survolent régulièrement l’espace israélien libanais… Enfin, le Hezbollah a déclaré, par la voix de son secrétaire général sayed Hassan Nasrallah, qu’il se tient derrière l’Etat dans ces négociations sur le tracé des frontières maritimes et ce qu’il veut c’est empêcher les Israéliens de profiter du gaz et du pétrole dans les zones controversées si le Liban ne peut pas le faire à son tour.

Si cette approche est vérifiée, cela signifie que le chef de l’Etat, qui est le principal négociateur au nom du Liban dans ce dossier, ne voit pas d’un mauvais œil l’envoi des trois drones par le Hezbollah. Il ne peut certes pas le dire officiellement pour ne pas braquer les Américains, mais il refuse aussi de dire le contraire, laissant ce rôle à la discrétion du Président du Conseil et du gouvernement par la voix du ministre des Affaires étrangères.

Dans ce contexte, il est clair que le Président du Conseil n’a pas intérêt à prendre position en faveur de l’envoi des drones, d’abord pour consolider son leadership au sein de la communauté sunnite et aussi pour renforcer sa position sur le plan régional et international dans le processus de formation du gouvernement. D’autant que ses détracteurs locaux le présentent comme étant sous la coupe du Hezbollah. Comment peut-on dire cela alors que le gouvernement qu’il préside a ouvertement condamné l’envoi des drones et a même été jusqu’à le qualifier «d’inacceptable»?

De même, dans une déclaration de presse, le vice-président de la Chambre Elias Bou Saab, qui est aussi chargé du dossier des relations avec les Etats-Unis par le président de la République depuis que l’administration américaine de Donald Trump a imposé des sanctions au chef du CPL Gebrane Bassil, a condamné l’envoi des drones par le Hezbollah. Exprime-t-il ainsi la position du chef de l’Etat ou la sienne? S’agit-il d’une manœuvre visant à calmer les Américains ou d’une position logique de la part de celui qui est en charge des relations avec les Etats-Unis et qui, à chacun de ses passages au Liban, reçoit l’émissaire Amos Hochstein à dîner chez lui?

Là aussi, les supputations sont multiples et varient selon la position de ceux qui les émettent. Il y a ainsi ceux qui veulent annoncer la fin de l’entente de Mar Mikhaël, conclue en février 2006 entre le CPL et le chef à l’époque le général Michel Aoun d’un côté et le Hezbollah représenté par sayed Nasrallah de l’autre, et ceux qui estiment que ces positions contradictoires ne sont qu’une sorte de distribution de rôles dans un dossier aussi délicat… Il y a aussi ceux qui croient que le vice-président de la Chambre a une certaine marge de manœuvre au sein du CPL. Il aurait ainsi pris la position qu’il juge utile pour faire avancer le processus de négociations, sans en parler auparavant avec le chef de l’Etat ou même le chef du CPL…

Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à présent, l’initiative du Hezbollah semble avoir provoqué une sorte de crainte chez l’ennemi israélien, surtout que pour les compagnies qui assurent les activités d’Energean Power, les risques deviennent ainsi plus grands. Depuis samedi, en effet, les Américains et les Français se démènent pour obtenir des garanties de stabilité…

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