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Présidentielle française: Douze candidats pour un premier tour marqué par la guerre en Ukraine

Présidentielle française: Douze candidats pour un premier tour marqué par la guerre en Ukraine
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Par Fouad Karam

Dimanche, les électeurs français se dirigeront vers les urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Douze candidats sont en lice, mais dimanche soir, ils ne seront plus que deux qui s’affronteront au second tour.

La campagne électorale, qui a commencé il y a quelques mois déjà, bat désormais son plein, les meetings se succèdent et les propos visant à mobiliser les électeurs se multiplient. Mais, selon les pronostics, il n’y aura pas de grande surprise et comme en 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen devraient s’affronter au second tour.

Pourtant, au cours des deux derniers mois, la campagne s’est emballée et à certains moments, les observateurs ont cru que de grands changements pourraient se produire. Notamment en raison des grands développements politiques, en tête la guerre en Ukraine, déclenchée il y a plus d’un mois.

Si parmi les douze candidats, il y a des figures qui réapparaissent régulièrement tous les 5 ans, il y a aussi de nouvelles têtes qui pendant quelques semaines ont fait l’actualité, au détriment des personnalités traditionnelles. Il s’agit notamment du candidat proche des thèses d’extrême droite Eric Zemmour connu des médias dont il était un invité permanent en tant que chroniqueur et qui, brusquement a revêtu l’habit du candidat à la présidence, prenant des positions plus à droite encore que celles de Marine Le Pen et cherchant à mobiliser les électeurs sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Mais, après avoir fait la surprise en enregistrant un pic dans les intentions de vote, Eric Zemmour a dû s’incliner devant Marine le Pen qui a profité des erreurs de ses campagnes précédentes pour ajouter à ses thèses d’extrême droite une posture de responsabilité, après avoir changé le nom du parti fondé par son père de Front National à Rassemblement National.

Quelques éléments sont à noter si on veut analyser cette campagne présidentielle. Il s’agit d’abord de la confirmation de la perte de vitesse des partis traditionnels en France. En particulier, la droite modérée des Républicains et le parti socialiste. Fondé par l’ancien président Nicolas Sarkozy, le parti des Républicains est la version moderne du principal parti de droite qui avait vu la victoire de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Sa candidate pour l’élection de 2022 est Valérie Pécresse. En dépit de ses efforts, Pécresse n’a pas réussi à unifier la droite ni à convaincre les centristes. Selon les observateurs français, elle a effectué une campagne terne et elle ne figure pas en bonne place dans les intentions de vote.

Même chose pour Anne Hidalgo, candidate du parti socialiste qui avait porté à l’Elysée François Mitterrand et quelques années plus tard François Hollande. Maire de Paris, Anne Hidalgo a occupé cette fonction emblématique avec succès mais elle n’a pas réussi à relancer le parti socialiste pour l’élection présidentielle. Elle n’a pas trouvé un thème percutant pour sa campagne et le Parti socialiste, un des plus anciens en France est pratiquement en situation de mort clinique.

Il y a aussi d’autres partis traditionnels comme Lutte ouvrière dont la candidate Nathalie Arthaud se présente régulièrement aux élections présidentielles sans avoir d’espoir véritable de figurer au second tour. Même chose pour Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), Jean Luc Mélenchon (La France Insoumise) et même Fabien Roussel (Parti Communiste) ou encore  chez la droite, Nicolas Dupont-Aignant (debout la France) et jean Lassalle (résistons !) et enfin chez les écologistes Yannick-Jadot (Europe écologie- les Verts). Tous ces candidats occupent le paysage électoral et leur présence rend la campagne beaucoup plus animée, mais ils ont peu de chances de se qualifier pour le second tour. Toutefois, selon les scores qu’ils enregistreront dimanche, ils seront sollicités par les deux candidats qualifiés pour le second tour, chacun souhaitant obtenir leurs voix, dans une bataille qui s’annonce serrée et cruciale.

Reste le candidat Emmanuel Macron, fondateur de « La République en marche» et actuel président de la République française. S’il y a eu beaucoup de critiques sur son mandat à ses débuts en 2017, Emmanuel Macron est toutefois considéré comme ayant fait un bon parcours lors de la crise du COVID 19 et plus récemment lors de la guerre en Ukraine. Contrairement aux autres présidents européens, il a maintenu un contact régulier avec le président russe Vladimir Poutine et les Français ont en général considéré qu’il a bien géré cette grave crise à laquelle personne ne s’attendait.

Jusqu’à récemment, Emmanuel Macron était donc assuré de la victoire pour un second quinquennat et il pouvait regarder avec une sorte de détachement les efforts des autres candidats briguant sa place. Tous les pronostics le portaient gagnant et avec une grande différence dans le nombre de voix. Mais c’était compter sans les effets négatifs de la guerre en Ukraine sur le quotidien des Français, avec la hausse des prix notamment des carburants et l’afflux des réfugiés. Certes, la première réaction des Français est la générosité envers les réfugiés ukrainiens et les médias français ne se privent de raconter en boucle des témoignages de solidarité, mais à mesure que la guerre en Ukraine traîne en longueur, l’élan émotionnel s’affaiblit et les problèmes engendrés par cette guerre qui se déroule en Europe se font de plus en plus pesants pour la population. Les adversaires d’ Emmanuel Macron cherchent à en profiter dans la campagne électorale et la mieux placée pour utiliser ce malaise est Marine Le Pen. La présidente du Rassemblement National qui était considérée comme en France la femme politique la plus proche du président russe Vladimir Poutine a réussi  à se poser en leader rationnel, réussissant à prôner à la fois les droits des Français et sa conception du rôle de la France. N’étant en plus pas aux commandes en cette période délicate, elle cherche à exploiter en sa faveur le malaise actuel des Français. C’est pourquoi à la veille du scrutin, elle apparaît dans les sondages comme la candidate qui a le plus de chances d’être qualifiée au Second tour face à Emmanuel Macron.  A-t-elle des chances d’être élue à la présidence ? La question demeure posée, sachant qu’en général les Français ont toujours opté pour une forme de modération au second tour qui est incarnée par Macron et non par Le Pen...

Toutefois, en cette période tourmentée et mouvementée, les repères traditionnels peuvent tomber et l’Europe d’aujourd’hui qui fait face à une guerre sans précédent sur son propre sol depuis les deux guerres mondiales et la guerre de l’ex-Yougoslavie du siècle dernier est en train de changer. Ce qui est sûr, c’est que face à tous les problèmes auxquels doivent faire face les Français actuellement, le Moyen Orient est le grand absent de cette campagne présidentielle. Même les négociations de Vienne sur un nouvel accord nucléaire avec l’Iran n’ont pas intéressé les électeurs et ont à peine été mentionnées dans les débats entre les candidats. Pour cette élection, la France se centre sur elle-même, mais au final, c’est son rôle sur l’échiquier mondial qui se dessine...

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