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Gouvernement/Liban: Un compromis avant le 4 août, sinon…

Gouvernement/Liban: Un compromis avant le 4 août, sinon…
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Par Fouad Karam

De Paris à Beyrouth, les tractations vont bon train en vue de parvenir à un accord sur la formation du gouvernement. L’initiative française, qui fêtera sa première année le 6 août avec la première visite du président français Emmanuel Macron au Liban après la tragique explosion du port et qui a connu beaucoup de transformations et autant de revers, semble avoir retrouvé un nouvel élan.

Selon des sources diplomatiques européennes, la France pèse actuellement de tout son poids pour que le nouveau gouvernement au Liban soit formé avant le 4 août, date de la conférence internationale de soutien à la population libanaise que Paris organisera à cette date. C’est vrai que l’objectif initial déclaré de cette conférence est d’aider les Libanais sans passer par les canaux étatiques, mais les dirigeants français estiment que si, à cette date, le Liban est doté d’un nouveau gouvernement, cela pourrait encourager les pays participants à la conférence à être plus généreux et l’aide dont bénéficieraient les Libanais serait ainsi plus efficace. D’autant que, toujours selon les sources diplomatiques européennes, tout est prêt pour entamer des discussions productives entre le Liban et le Fonds Monétaire International qui placeraient le pays dans une étape de sortie de crise et lui permettraient de regagner la confiance de la communauté internationale.

De plus, toujours selon les mêmes sources, l’obstacle que constituait le refus des dirigeants saoudiens d’appuyer un gouvernement libanais présidé par le chef du Courant du Futur n’a plus lieu d’être puisque ce dernier a renoncé à cette mission. Il devrait donc être plus facile d’obtenir des aides internationales… toujours à condition de former un nouveau gouvernement.

En effet, les dirigeants français affirment à leurs interlocuteurs libanais qu’une certaine lassitude est en train de gagner la communauté internationale à l’égard du Liban et de ses dirigeants. Si ceux-ci ne font aucun effort pour aider leur population, pourquoi la communauté internationale devrait-elle faire des efforts pour les aider ? Selon les Français, donc, si le Liban ne se dote pas d’un gouvernement avant le 4 août, ce processus sera reporté indéfiniment et le nouveau gouvernement sera alors tributaire des développements régionaux et internationaux qui restent lents et compliqués.

Pour les Français donc, les Libanais et notamment les dirigeants et les partis politiques ont une chance d’alléger la crise que subit actuellement leur pays à travers la formation d’un nouveau gouvernement. Mais il s’agit encore qu’ils puissent s’entendre sur une personnalité et sur la composition du cabinet pour que ce processus aboutisse à temps.

D’ailleurs, à peine Saad Hariri avait-il annoncé sa décision de renoncer à former le gouvernement que les contacts ont commencé à se multiplier entre d’un côté l’émissaire français chargé du dossier gouvernemental Patrick Durrell et les différentes parties libanaises et de l’autre entre les canaux diplomatiques français  et ceux américains, saoudiens et européens. De même, les contacts se sont intensifiés entre Paris et le Caire et Paris et Abou Dhabi, toujours pour tenter de trouver un compromis satisfaisant pour toutes les parties.

En dépit de ce qui s’est dit dans la presse, les sources diplomatiques européennes affirment que la candidature de l’ambassadeur Nawaf Salam, qui plaît aux Saoudiens n’a pas vraiment été retenue. Par contre, celle de l’ancien Président du Conseil Négib Mikati est sérieusement évoquée. Mais elle se heurte à de nombreux obstacles. Membre de ce qu’on appelle le «club des anciens Présidents du Conseil», Mikati est tributaire de leurs décisions et pourrait, dans ce contexte, continuer la politique de durcissement de position appliquée par Saad Hariri. De plus, Mikati a fait l’objet de poursuites judiciaires il y a quelques mois dans l’affaire notamment des crédits de logement donnés par la Banque de l’Habitat et il faut régler ce dossier avant qu’il ne prenne en charge les rênes du gouvernement. Enfin, il devrait aussi s’engager à faire les réformes exigées par le FMI et la communauté internationale, qui sont considérées comme impopulaires et pouvant susciter la colère populaire contre celui qui les décide. Or, Mikati est un candidat déclaré aux prochaines élections législatives, qui devraient se tenir au printemps prochain, et il ne souhaiterait sans doute pas subir les contrecoups des réformes par un vote-sanction de la part des électeurs de Tripoli.

Si les discussions avec Mikati qui se font directement à Beyrouth et indirectement en France et dans d’autres capitales parviennent à trouver des réponses satisfaisantes à toutes ces questions, ce dernier devrait être désigné lundi par les députés avec un score tout à fait respectable. Mais si l’esprit de défi qui avait marqué les neuf derniers mois entre le camp du président et celui de Saad Hariri se poursuit, il faudra trouver un autre candidat pour former le nouveau gouvernement.

Contrairement à ce qu’on croit, les candidats sont nombreux, mais il ne suffit pas de vouloir, il faut aussi obtenir l’aval des différentes composantes locales et internationales. Ceux qui ont l’appui des capitales occidentales se heurtent en général à l’opposition du camp dit du 8 Mars et alliés et l’inverse est vrai. Même s’il faut préciser que le Hezbollah qui avait des réserves sur la désignation de Négib Mikati, en raison de l’expérience passée avec lui, notamment dans le cadre du gouvernement qu’il avait formé en 2011 et qui avait été considéré comme d’obédience 8 Mars a finalement pris des décisions favorables au 14 Mars, localement et au camp hostile au régime syrien sur le plan régional, a décidé de l’accepter.  Mais cela ne signifie pas qu’il lui accorde un blanc-seing.

En tout cas, le délai est assez court et le temps passe très vite. Les prochains jours seront décisifs. Toutefois, la décision américaine d’envoyer une délégation du Trésor au Liban, à ce moment précis, pour étudier l’imposition de nouvelles sanctions sur des parties libanaises n’est sans doute pas innocente. Comme en septembre 2020, lorsque le candidat appuyé par les Français, l’ambassadeur Moustafa Adib était chargé de former un gouvernement, l’administration américaine de l’époque avait décidé d’imposer des sanctions sur d’anciens ministres libanais, compliquant ainsi la mission de Adib, cette fois aussi, la démarche américaine pourrait constituer une entrave à la désignation d’un nouveau Premier ministre… Comme quoi la coordination affichée entre les ambassadrices de France et des Etats-Unis n’est peut-être pas aussi évidente qu’on ne le dit…

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