États-Unis: Trump annonce une montagne de nouveaux droits de douane, des réponses mesurées à l’international

Par AlAhed avec AFP
Contre-mesures, condamnations, menaces de représailles, appels au dialogue: les réactions après l'annonce, mercredi 2 avril, par le président américain Donald Trump de droits de douane très lourds ont été nombreuses et diverses. Mais moins virulentes que prévues.
Donald Trump a signé un décret mercredi imposant des «droits de douane réciproques» dans le monde entier, à l'occasion de son fameux «Jour de la Libération»: 20 % pour l'UE, 34 % pour la Chine, 10 % pour le Royaume-Uni ou encore 46 % pour le Vietnam. Ainsi que des droits de douane plancher de 10 % pour tous les produits étrangers entrant sur le sol américain.
La Maison Blanche a annoncé que les nouveaux droits de douane entreront en vigueur le 5 avril (pour les droits de douane d'au moins 10 %) et le 9 avril (pour les droits de douane majorés visant les géants comme la Chine et l'UE). Les voitures importées aux Etats-Unis se voient par ailleurs depuis jeudi imposer 25 % de droits de douane supplémentaires. D'autres taxes pourraient suivre.
Loi de réciprocité
Le Brésil a été un des rares pays à riposter. Son Parlement a adopté une loi qui donne au gouvernement des moyens pour répliquer à des barrières commerciales à ses exportations, peu après l'annonce de droits de douane de 10 % imposés au Brésil. Nommée «loi de la réciprocité», la loi a été votée dans une rare unanimité par les partis présents à la Chambre des députés, au lendemain d'un vote favorable au Sénat.
«Le gouvernement brésilien évalue toutes les possibilités d'action pour assurer la réciprocité dans le commerce bilatéral, y compris le recours à l'Organisation mondiale du commerce», a souligné Brasilia dans son communiqué signé des ministères des Affaires étrangères et de l'Industrie.
La loi dite «de la réciprocité» permet au gouvernement du Brésil «l'adoption de contre-mesures» pour répondre à des «actions, politiques ou pratiques unilatérales d'un pays ou d'un bloc économique qui impactent négativement la compétitivité internationale de biens et produits brésiliens». L'exécutif aura la possibilité de décider de suspendre «des concessions commerciales, des investissements et des obligations liées aux droits de propriété intellectuelle».
Des représailles, faute d'accord
Regrettant «profondément» la décision américaine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé que les Européens étaient «prêts à réagir» et travaillaient déjà à «un nouveau paquet de contre-mesures» au cas où les négociations avec l'administration américaine, ardemment souhaitées par l'UE, devaient échouer.
Mais elle a rappelé qu'il n'était «pas trop tard» pour négocier, soulignant que le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, était «en contact permanent» avec ses homologues américains. « Nous nous efforcerons de réduire les obstacles et non de les élever.»
Jugeant la mesure «mauvaise», la Première ministre italienne Giorgia Meloni veut «parvenir à un accord avec les États-Unis, afin d'éviter une guerre commerciale qui affaiblirait inévitablement l'Occident au profit d'autres acteurs mondiaux».
Le Royaume-Uni veut également conclure un accord pour «atténuer» l'impact des droits de douane et n'entend pas riposter immédiatement, a annoncé le ministre du Commerce, Jonathan Reynolds. «Les États-Unis étant notre allié le plus proche, notre approche consiste à rester calme et à nous engager à conclure cet accord qui, nous l'espérons, atténuera l'impact de ce qui a été annoncé aujourd'hui», a-t-il déclaré.
La Chine a, elle, exhorté les États-Unis à «annuler immédiatement les droits de douane unilatéraux et résoudre de manière appropriée les différends avec ses partenaires commerciaux par le biais d'un dialogue équitable», son ministère du Commerce soulignant que ces taxes «mettent en péril le développement économique mondial». En l'absence d'accord, Pékin envisage des «contremesures pour préserver ses droits et intérêts», a-t-il prévenu.
De son côté, la Thaïlande dit disposer d'un «plan solide» pour répondre aux droits de douane de 36 % la visant et espère pouvoir négocier une réduction de ceux-ci, a affirmé jeudi la Première ministre Paetongtarn Shinawatra.
Le Premier ministre canadien Mark Carney, selon qui les nouveaux droits de douane vont «fondamentalement changer» le commerce international, a promis de «combattre ces droits de douane avec des contre-mesures».
«Regrettables», «injustifiés», «grande erreur»
Les mesures ont été condamnées par la communauté internationale. Mais les réactions restent mesurées.
«Ces droits de douane ne sont pas inattendus, mais soyons clairs: ils sont totalement injustifiés», a déclaré le Premier ministre australien, Anthony Albanese, déplorant un «geste qui n'est pas celui d'un ami» et craignant une détérioration des relations entre les deux pays.
La Colombie pense que cette décision provient d'un raisonnement erroné. «Le gouvernement américain croit qu'en augmentant les droits de douane sur ses importations de manière générale, il peut augmenter la production, la richesse et l'emploi. À mon avis, cela risque de s'avérer être une grande erreur», a estimé le président colombien Gustavo Petro.
La «guerre tarifaire mondiale est devenue une réalité», a déploré le président sud-coréen par intérim Han Duck-soo, qui s'est engagé à «utiliser toutes les ressources du gouvernement pour surmonter la crise commerciale».
Taïwan a qualifié de «totalement déraisonnable» la décision du président américain Donald Trump d'imposer de nouveaux lourds droits de douane au niveau mondial, disant vouloir mener de «sérieuses négociations» avec Washington, a rapporté Michelle Lee, une porte-parole de l'exécutif de l'archipel.
Au Danemark, c'est la sidération. «Le commerce mondialisé a profité à tous (...) Je ne comprends pas que les États-Unis veuillent déclencher une guerre commerciale contre l'Europe. Personne n'est gagnant, tout le monde est perdant», a déclaré Lars Lokke Rasmussen, ministre danois des Affaires étrangères.
Le Premier ministre irlandais Micheal Martin a dit «profondément regretter» les droits de douane imposés à l'UE et appelé les 27 à réagir de façon «proportionnée».
Les mesures tarifaires prises par les États-Unis sont «extrêmement regrettables», a indiqué le ministre japonais du Commerce et de l'Industrie Yoji Muto, précisant avoir «vivement exhorté Washington à ne pas les appliquer au Japon». «Nous avons de sérieuses inquiétudes quant à leur conformité avec les règles de (l'Organisation mondiale du commerce) et l'accord commercial entre le Japon et les États-Unis», a par ailleurs déclaré le porte-parole du gouvernement Yoshimasa Hayashi.
Même rappel en Suisse. «Le respect du droit international et le libre-échange sont fondamentaux», a souligné la présidente Karin Keller-Sutter, dont le pays est frappé de droits de 31 %, précisant que Berne allait «définir rapidement la suite».
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