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Rapport confidentiel des Emirats sur MBS: «téméraire, perdant, autoritaire»!

Rapport confidentiel des Emirats sur MBS: «téméraire, perdant, autoritaire»!
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Par AlAhed avec AlManar

Le quotidien libanais Al-Akhbar a obtenu les fuites de documents émiratis confidentiels, évaluant les deux années du règne du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

Le document intitulé «strictement confidentiel» publié le 9 août 2019, comprend un «rapport sur un bilan des deux ans de règne du prince Muhammad ben Salmane au Royaume d’Arabie saoudite», préparé par une unité du ministère des Affaires étrangères connue sous le nom «The Gulf Studies Unit».

Il a été initialement envoyé par Mohammad Mahmoud Al Khajah, directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères, au cabinet du ministre d’État aux affaires étrangères, Anwar Gargash.

Sauf que dans la lettre qui présente le rapport, il est mentionné que le ministre des AE (Abdallah bin Zayed) a ordonné de renvoyer la question à Gargash. Sachant que ce dernier doit adresser ledit rapport au prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed.

Le rapport combine l’analyse et des informations tant publiques que privées. Les informations privées concernent une surveillance large et approfondie des dirigeants saoudiens alliés et de la capacité des agents émiratis à collecter des informations à l’intérieur du Royaume sur MBS, son cercle environnant et ses politiques non-déclarées, de plusieurs manières, y compris le recours à des sources saoudiennes.

Le rapport montre que la diplomatie émiratie et les agents émiratis opèrent de manière efficace pour espionner MBS, et ont exprimé leur désarroi envers la politique étrangère saoudienne, «imprudente et faible». Notamment, concernant la relation secrète avec «Israël», avec le lobby évangélique aux USA, avec le président Donald Trump, l’impact du meurtre de Jamal Khashoggi, la position envers les Frères musulmans et l’état du prince Al-Walid ben Talal.

Principaux points de ce rapport:

Plus importants changements au niveau de de la gouvernance saoudienne et de la politique interne

1- Le monopole exclusif et effectif du pouvoir via le roi Salmane: en neutralisant les princes rivaux, en particulier Mohammad ben Nayef, Metaab ben Abdallah, Khaled ben Sultan, Mohammad ben Fahd et Walid ben Talal, le roi Salmane a adopté une stratégie qui consiste à permettre aux plus jeunes membres de la famille royale d’occuper des postes majeurs dans les émirats des régions. Comme suit:

– Maintenir la tradition politique de la famille royale de participer au pouvoir, mais d’une manière qui sert la légitimité du prince héritier, en choisissant un jeune prince de chaque aile pour assumer la responsabilité à la place des princes vétérans qui en ont été répudiés. Ainsi, le petit-fils aîné du prince Nayef, le prince Abdelaziz ben Saoud. Ben Nayef a été nommé au ministère de l’Intérieur, la nomination du prince Turki ben Talal comme émir de la région d’Asir, premier émir de la famille Talal à recevoir un poste officiel dans le royaume.

– Assurer la loyauté des plus jeunes princes qui ont assumé de nouvelles fonctions, dont la plupart ont déjà travaillé avec lui dans l’émirat de Riyad ou à la cour royale (comme le prince Abdallah ben Bandar, chef de la Garde nationale, et son cousin, le prince Turki ben Hathloul ben Abdelaziz, vice-gouverneur de la région Najran, et son ami le prince Abdallah ben Farhan, ministre de la Culture).

– Transférer la loyauté des officiers et du personnel dans les plus importantes agences gouvernementales de sécurité, telles que le ministère de l’Intérieur, la Garde nationale et la présidence de la Sûreté de l’Etat, au roi et au prince héritier, au lieu de maintenir la loyauté envers les princes vétérans de ces agences et qui ont été renvoyés. Certaines critiques contre la centralisation du pouvoir et le monopole de la décision soutiennent que la centralité de la décision présente des inconvénients qui peuvent être désastreux pour le royaume, notamment le manque de connaissance du prince héritier des opinions différentes, sachant que si des erreurs se produisent, elles risquent d’être coûteuses.

 

2-Instaurer une transition du régime saoudien vers une monarchie traditionnelle (de père en fils). Il y a une conviction générale au sein de la famille Abdelaziz de l’importance de transférer le pouvoir à un petit-fils. Le roi Salmane estime cela une nécessité pour un avenir saoudien plus stable, de nombreuses élites en Arabie saoudite estiment que l’arrivée du prince Mohammad ben Salmane au poste de roi à l’avenir présentera le plus grand changement historique dans le gouvernement saoudien depuis la mort du fondateur en 1953. Ce sera le début de la fin pour la famille Al Saoud en tant que famille dirigeante, et la règle sera limitée à la famille Salmane.

Quant aux positions des membres de la famille royale depuis le début de la transformation de la monarchie saoudienne, elles sont divisées en trois groupes:

Le premier groupe: est celui des opposants. Ce sont quelques princes vivant à l’étranger, qui affichent leur opposition au prince Mohammad ben Salmane. Y compris le prince Abdelaziz ben Abdullah, qui réside en tant que réfugié politique en France, et qui représente l’opposition saoudienne à l’extérieur.

Le deuxième groupe: les loyaux au roi, ils sont un certain nombre de jeunes princes qui voient le prince héritier MBS comme un sauveur pour le pays, voire ils estiment que MBS affronte tous les dangers qui défient le royaume à l’intérieur et à l’étranger.

Le troisième groupe: les silencieux, ce sont la majorité des membres de la famille, beaucoup d’entre eux cherchent la sécurité. En fin de compte, ce groupe doit prendre parti pour l’un des deux groupes: si le prince héritier réussit ses projets et reste au pouvoir, il ne fait aucun doute que ses partisans augmenteront même s’ils ne le désirent pas.

 

3-Resserer l’étau de sécurité sur ceux qui s’opposent aux nouvelles tendances. Ce qui est nouveau dans le royaume depuis deux ans, c’est la fermeté dans la mise en œuvre des orientations et des décisions controversées, sans se référer à l’establishment religieux, et sans les soumettre aux choix du peuple. Par exemple, permettre aux femmes de conduire, réduire les activités de la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, imposer la mixité dans de nombreux emplois du gouvernement et du secteur privé, attribuer des postes de direction aux femmes et intensifier les activités de divertissement de toutes sortes.

Ce resserrement s’est traduit aussi par la répression des manifestants en utilisant des outils de sécurité, telles que l’arrestation et l’oppression.

 

4- Moderniser l’environnement juridique et accélérer les procédures judiciaires, à l’exception du dossier des droits de l’homme (liberté d’expression et médias), qui est traité par le prince héritier lui-même, comme étant un dossier de sécurité plutôt que relevant des droits de l’homme.

 

5- La guerre ouverte contre les groupes de l’islam politique. Durant ces deux années de règne camouflé, le prince héritier a mis en œuvre une nouvelle politique sérieuse pour faire face aux courants de l’islam politique à l’intérieur et à l’extérieur de l’Arabie saoudite. Et ce, par la publication en mars 2014 d’une décision qualifiant les Frères musulmans de groupe terroriste, ou en révisant les programmes scolaires et universitaires des Frères musulmans et en supprimant tous ceux qui sympathisent avec eux ou avec leur idéologie. Cette guerre s’est accompagnée d’un renforcement du rôle de nouveaux centres de lutte contre le terrorisme (le Centre international de ciblage du financement du terrorisme et le Centre mondial de lutte contre la pensée extrémiste «Eetidal»). Enfin MBS a adopté une politique vaste d’arrestation des plus éminents dirigeants des Frères musulmans connus, l’expulsion de leurs dirigeants non saoudiens et le blocage des sites Web des Frères musulmans ou proches d’eux.

 

Les changements majeurs dans la politique étrangère saoudienne sous MBS

La personnalité violente du prince Mohammad ben Salmane s’est reflétée dans la politique étrangère saoudienne avant d’être nommé prince héritier. Sachant que l’ombre du prince Mohammad ben Nayef en tant que prince héritier, la force de la vieille garde, avec ses spectres diplomatiques, militaires et religieux au sein de l’État, étaient restés un facteur déterminant, jusqu’à ce que le prince Mohammad ben Salmane a accédé à son mandat de prince héritier. L’ère de la politique étrangère saoudienne est devenue à la fois plus dynamique mais plus impulsive voire téméraire, les caractéristiques du changement sont les suivantes:

1- Le rapprochement avec la Maison Blanche et l’amélioration des relations saoudo-américaines après une décennie de tensions sous-jacentes, la visite du prince Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche quelques mois avant d’assumer le mandat du Pacte a marqué le début de l’institutionnalisation de l’alliance entre le gendre du président Trump, Jared Kushner, et Mohammad ben Salmane.

100 jours après cette visite, ce qui était prévu s’est produit, et quelques semaines auparavant, la décision du président Trump de choisir l’Arabie saoudite comme première étape lors de sa première visite officielle à l’étranger a scellé ce rapprochement.

Malgré cette lecture officielle optimiste de ce rapprochement, les observateurs saoudiens préviennent que le changement d’humeur américain envers l’Iran sous le président Trump est un changement tactique visant à essayer de faire chanter l’Arabie saoudite pour lui demander plus d’argent en échange d’une protection.

 

2- L’implication dans la guerre au Yémen et les échecs politiques et militaires résultant de la guerre. La position militaire saoudienne était hâtive, surestimant une action décisive pour vaincre les Houthis, mais c’est tout le contraire qui a eu lieu. La guerre s’est prolongée et s’est transformée en un facteur d’humiliation pour le royaume, car elle a causé une gêne internationale pour le royaume et a porté atteinte à la réputation du prince héritier en particulier. Or, le prince héritier justifie la poursuite de la guerre, en soulignant que l’autre scénario sera pire.

 

3- La poursuite du boycott du Qatar a engendré plus d’effets politiques et médiatiques, selon l’accord des experts politiques saoudiens, car, la performance politique et diplomatique saoudienne n’a pas été à la hauteur de l’objectif de dissuader Doha de son comportement politique d’une manière qui a conduit le Royaume et les pays du Golfe de passer de l’attaque à la défense dans les premières semaines de la crise. Par conséquent, l’évaluation saoudienne est toujours basée sur le fait que Riyad continuera de boycotter le Qatar aussi longtemps que possible en continuant à saboter tous les projets qataris dans la région, et à affaiblir les alliés du Qatar, en particulier les Frères musulmans.

 

4- Le renforcement de la coopération avec les Émirats arabes unis, cela était évident via l’harmonie personnelle entre le prince héritier saoudien et le prince héritier d’Abou Dhabi. Cette coopération a été institutionnalisée avec la création du Conseil de coordination Arabie-EAU en juin 2018, les deux pays ont adopté une stratégie commune d’intégration économique, de développement militaire à travers divers projets, baptisée «stratégie de résolution».

Cependant, il y a quelques indications de divergences dans les calculs stratégiques des deux pays concernant leurs rôles respectifs dans la crise yéménite, notamment en ce qui concerne le partage d’influence et les relations avec les partenaires locaux dans ce pays.

 

5- Des relations plus étroites avec les fondamentalistes évangéliques protestants, et un changement d’attitude envers «Israël». Avec l’arrivée au pouvoir du prince héritier, il était clair que la définition de l’ennemi ne s’appliquait plus à «Israël» comme il y a des années, mais plutôt au régime iranien, et il y avait une remarquable convergence de vues entre Riyad et «Tel Aviv» concernant la définition de «la menace commune venant de l’Iran». Ce qui a provoqué la prise de positions publiques et graduelles vers l’établissement d’une relation stratégique avec «Israël».

Selon une évaluation saoudienne, les fruits de la relation avec les forces des fondamentalistes évangéliques protestants sont apparus après le meurtre de Khashoggi. Après que le Congrès américain a fait pression sur le président Trump pour qu’il abandonne le prince héritier saoudien, les forces fondamentalistes évangéliques se sont mobilisées, via leur influence sur la prise de décision et les médias américains. L’école traditionnelle de la politique saoudienne met en garde contre le danger d’un tel rapprochement sur l’image, la position et l’équilibre du Royaume dans les mondes arabe et islamique.

 

Enfin, à propos des résultats sur la popularité du prince héritier durant ces deux années, et sur la base de ce qui précède, on peut dire qu’il y a polarisation et une division au sein de la société saoudienne (même au sein d’une même famille). Il y a une majorité de jeunes des deux sexes et du courant d’élite qui soutiennent ouvertement le prince héritier, et une autre qui n’est pas satisfaite de sa performance, et ce, en raison de l’austérité économique, des programmes élitistes «Vision 2030» et de certaines décisions qu’ils jugent étranges, en conjonction avec l’imposition de nouvelles taxes.

La question est de savoir si le prince héritier s’est rapproché ou s’est éloigné du trône de son père?

La réponse est oui. Elle est soumise à trois considérations, qui sont en sa faveur jusqu’à présent:

1- La monarchie saoudienne

2- Des blocs solides au sein de la société saoudienne (l’establishment militaire, les forces tribales, sociales et religieuses)

3- La légitimité internationale, le soutien public de la Maison Blanche et du président américain Trump, qui continue de se tenir aux côtés du prince héritier et de le défendre ainsi que sa politique dans de nombreux forums, et par conséquent, si le prince héritier tire sa force interne de son père, le roi Salmane, alors il tire sa légitimité à l’étranger de président américain Trump.

Sur la base de ces trois considérations, le prince héritier est plus proche d’hériter le trône d’Arabie saoudite après son père, à moins qu’il n’y ait un changement dans les première et troisième considérations. Parce que la deuxième considération ne vaut pas autant.

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