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La visite du président français au Liban, un début de sortie de crise?

La visite du président français au Liban, un début de sortie de crise?
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Par Soraya Hélou

La visite du président français Emmanuel Macron au Liban a marqué un tournant dans la situation de ce pays. Depuis sa première visite surprise, le 6 août, après la tragique explosion du port de Beyrouth, le président français avait laissé entendre qu’il ne lâcherait pas le Liban. Il avait déjà en tête un projet de sortie de crise pour le pays du Cèdre et l’explosion l’avait poussé à en parler plus tôt que prévu.

Macron avait en effet décidé de se rendre à Beyrouth pour le Centenaire de l’annonce du Grand Liban par le général français Gouraud et de lancer par la même occasion une initiative politique pour le Liban. Il s’agissait d’abord de pousser les parties libanaises à former ce que la France appelle «un gouvernement de mission», qui serait choisi avec l’aval des parties politiques mais regrouperait des personnalités (relativement) indépendantes et qui aurait pour principale mission de déclencher un processus de réformes susceptible d’ouvrir la voie à un accord entre le Liban et le FMI.

Ce gouvernement, et la mission dont il aura la charge, serait donc la clé pour le retour des fonds au Liban, afin d’éviter l’effondrement total du pays. L’explosion du port de Beyrouth le 4 août a accéléré l’initiative française en aggravant la crise économique, sociale et humanitaire au Liban. Face à l’ampleur du drame, le président français a donc réagi rapidement à un moment où les Libanais étaient réellement sous le choc et il a réussi ainsi à gagner la population à sa cause, tout en neutralisant une possible opposition de certaines parties politiques.

Le président français a d’ailleurs, dans ses deux visites, celle du 6 août et celle du 1er septembre, multiplié les étapes symboliques, propices à l’expression des émotions, comme la visite à la Diva nationale Feyrouz, la plantation d’un cèdre dans la réserve naturelle de Jaj, la visite au port et la rencontre avec les représentants des ONG qui ont aidé la population meurtrie. Il a ainsi gagné le cœur des Libanais, avant même d’avoir à s’adresser aux responsables et aux leaders politiques. Maîtrisant parfaitement la communication, il a en quelque sorte commencé par amadouer les Libanais avant de discuter avec les politiques et il a ainsi préparé le terrain à son projet de sortie de crise, basé sur un calendrier précis : la formation du gouvernement, le début des réformes, la relance de la reconstruction, les négociations avec le FMI et ensuite on évoquera les dossiers conflictuels, comme l’organisation d’élections anticipées et les débats sur la loi électorale, ou encore, les armes du Hezbollah.

Dans ses entretiens avec les responsables et les chefs de files politiques, le président français a donc défini les priorités et elles se résument essentiellement à la formation du gouvernement. A cet égard, il faut préciser que Macron avait eu un rôle déterminant dans l’accélération de la désignation d’un nouveau Premier ministre et probablement dans le choix de la personne qui occupe désormais ce poste, l’ambassadeur et professeur Moustafa Adib. Interrogé sur cette question, Macron a démenti avoir fait le choix lui-même, mais il est certain qu’en acceptant ce candidat, qui a la nationalité française et qui est marié à une Française dont le père est proche de l’Elysée, les anciens présidents du Conseil qui ont adopté ce nom avant de le soumettre au tandem chiite, Amal et le Hezbollah et au CPL, ont voulu tendre la main à la France.

Moustafa Adib doit maintenant former son gouvernement dans les plus brefs délais. Et selon les propos ayant filtré des entretiens de Macron avec les chefs de file politique, la France souhaiterait qu’il n’y ait plus de chasse gardée pour telle ou telle autre formation dans la distribution des portefeuilles. En particulier, la France estime que le portefeuille de l’Energie ne doit plus aller au CPL (ou à un de ses proches), tout comme le Courant du Futur ne doit pas forcément obtenir le maroquin de l’Intérieur et Amal celui des Finances (sachant que le Hezbollah, en raison des sanctions dont il fait l’objet ne peut pas prendre un tel portefeuille, surtout au moment où le Liban demande une aide financière à la communauté internationale).

Il est donc clair que la France, et le président Macron en personne comptent suivre directement le dossier libanais au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. Mais cela ne signifie pas que sa démarche ne sera pas semée d’embûches.

Il était ainsi clair dans les deux réunions «politiques» avec les chefs des blocs parlementaires, celle du 6 août et celle du 1er septembre à la Résidence des pins, qu’une partie des présents n’était pas satisfaite du cours des débats. Il s’agit notamment des Forces Libanaises et des Kataëbs et dans une moindre mesure du PSP. Les Forces libanaises et les Kataëbs n’ont pas caché leur déception face au refus d’Emmanuel Macron d’adhérer à leurs revendications de mettre en tête des priorités les élections législatives anticipées et les armes du Hezbollah.

Au contraire, dans une approche réaliste du dossier libanais, le président français a appelé les différentes parties à un dialogue interne (ce qui est refusé par une partie des présents) et il a estimé que ce n’est pas le moment d’ouvrir les dossiers conflictuels, comme celui des élections anticipées ou celui des armes du Hezbollah. La priorité a-t-il dit est à sauver le Liban en parant au plus pressé et en procédant aux réformes qui ouvrent la voie aux négociations avec le FMI. De même, Macron a refusé de se lancer dans une condamnation ouverte du Hezbollah, comme le réclamaient les FL et les Kataëbs, en répétant à plusieurs reprises, que le Hezbollah est une formation politique libanaise qui a été élue par une partie de la population. A une journaliste qui lui demandait ce que valent des élections organisées alors qu’une partie libanaise possède des armes et les utilise pour menacer les électeurs, il a répondu qu’à sa connaissance, les observateurs qui étaient présents n’ont pas signalé ce genre de procédé pendant les dernières élections. Ce qui ne signifie pas, a-t-il ajouté, que dans une étape ultérieure, le dossier des armes du Hezbollah devrait être évoqué à une table du dialogue interne. Mais il a répété que ce n’était pas le moment maintenant.

Ces positions françaises ne conviennent pas à ceux qui croyaient que le moment était venu de s’en prendre au Hezbollah, dans le cadre de la politique américaine destinée à l’isoler et à l’affaiblir. De même, à aucun moment de ses deux visites au Liban, Macron n’a désavoué le président de la République ou le chef du CPL, accusés par leurs adversaires libanais d’avoir accordé une couverture chrétienne au Hezbollah. Le président français a même violemment pris à partie un journaliste français du Figaro qui avait parlé de l’imminence de sanctions françaises sur le président de la Chambre Nabih Berry, le chef du Courant du Futur Saad Hariri et le chef du CPL Gebrane Bassil. Macron a clairement dit que cet article était un acte irresponsable.

Il est donc clair que l’initiative de la France et ses positions ne servent pas les intérêts de ceux qui misent sur l’isolement du Hezbollah et de ses alliés. Leur mécontentement s’est d’ailleurs traduit par des manifestations accompagnées d’actes de violence mardi soir, alors que le président français était encore à Beyrouth.

Mais la grande question est de savoir si ce mécontentement est purement interne ou bien s’il est appuyé par des parties externes? Le président français dans une réponse à une question a confié qu’avant de lancer son initiative, il en a parlé avec les Américains, avec les Européens et avec le prince saoudien Mohammed ben Salmane. Il a ainsi donné le sentiment que son action avait l’accord de toutes ces parties, ou en tout cas que les parties consultées lui avaient affirmé qu’elles ne comptent pas l’entraver...Affaire à suivre, surtout que le président français a promis de revenir au Liban en décembre !

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