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Les flammes de Notre Dame… et celles du Yémen

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Par Souraya Hélou

Le monde entier s’est ému pour l’incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale Notre Dame de Paris. De tous les coins du monde, les messages d’émotion et de solidarité sont parvenus aux autorités françaises. Qu’en même temps, un autre incendie se soit déclaré à la mosquée al-Aqsa à al-Qods occupée (Jérusalem), nul ne s’en est soucié, car Notre Dame de Paris est devenue au fil des ans un symbole mondial, surtout après le roman de Victor Hugo qui est devenu un film puis une comédie musicale. En moins de 48 heures, les dons ont atteint un milliard d’euros, en provenance du monde entier pour reconstruire ce qui a été détruit par les flammes.

Même dans le monde arabe et musulman, où les destructions sont nombreuses, des volontaires ont proposé de participer à cette reconstruction. Les détails des donateurs n’ont pas encore été divulgués, mais il est probable que certaines fortunes des pays du Golfe soient parmi les grands donateurs.

Au Liban, pays qui traverse une crise économique sans précédent, au point d’être menacé de faillite, puisque le Premier ministre en personne a tiré la sonnette d’alarme en évoquant pour le Liban un scénario à la grecque, les appels aux dons se sont multipliés. Certaines chaînes de télévision ont fait campagne dans ce but, comme si le Liban ne pouvait pas ne pas participer à la reconstruction de la grande cathédrale dont l’histoire se confond avec celle de la France.

Les appels pour sauver «la Grande Dame», selon les appellations données par les médias à Notre Dame de Paris, se sont multipliés sur les réseaux sociaux et ne pas y participer c’était comme passer à côté d’un grand événement de l’Histoire et manquer de générosité.

Face à ce gigantesque élan de sympathie et de solidarité avec la cathédrale Notre Dame de Paris, les rapports confirmant l’utilisation d’armes françaises dans la guerre du Yémen, qui entre dans sa cinquième année et qui connaît constamment de nouveaux pics de violences et d’atrocités, sont passés inaperçus. Ces rapports ont pourtant été officialisés et rendus publics par des organisations et des associations respectées et crédibles, qui ont mené des enquêtes approfondies sur le sujet, d’autant qu’il s’agit d’un sujet grave qui met en cause d’importants intérêts économiques, politiques et militaires. Les autorités françaises qui ont pratiquement suspendu leurs activités au cours des deux derniers jours pour se concentrer sur les destructions de la cathédrale Notre Dame de Paris et pour pleurer avec le reste du monde en raison des dommages subis par ce grand monument, n’ont pas jugé bon de commenter les rapports montrant que les armes de fabrication française ont contribué à tuer des innocents civils au Yémen. Rien, c’est comme s’il n’y avait pas eu de rapport, ni de morts. Ni le gouvernement, ni les ONG, ni les particuliers, nul ne s’est intéressé aux morts du Yémen, tués par des armes françaises, la France étant trop occupée ailleurs et le reste du monde ne voyant que d’un œil, qui était fixé sur la flèche haute de 86 mètres qui était devenue le symbole de Notre Dame de Paris.

C’est vrai que les monuments sont importants, parce qu’ils racontent l’histoire de l’Humanité, mais les vies humaines ne le sont-elles pas aussi ? Même s’il s’agit de Yéménites, ce peuple oublié, parce qu’il est pauvre et que la malédiction géographique a voulu qu’il soit frontalier de la Grande Arabie saoudite, ce peuple martyrisé depuis plus de quatre ans et qui pourrait donner au monde entier des leçons de dignité et de courage ?

Il y a des questions qui dérangent, c’est pourquoi on préfère en général les ignorer. Sans vouloir minimiser l’importance de l’incendie qui a ravagé une partie de la Cathédrale Notre Dame de Paris et de ce que ce monument représente pour les chrétiens et pour les hommes en général, on ne peut que se dire qu’il est arrivé à point nommé pour permettre aux autorités françaises de reléguer au second plan la question de l’utilisation des armes de fabrication française dans les massacres perpétrés au Yémen par la coalition menée par l’Arabie saoudite.

Bien entendu, il ne viendrait à personne l’idée de dire que l’incendie a été provoqué et que les deux événements sont liés. Par contre, on peut se demander si la médiatisation outrancière  et spectaculaire de l’incendie par les autorités françaises, d’abord pour collecter des fonds et ensuite pour faire oublier d’autres questions dérangeantes n’était pas justement destinée à occulter les rapports mettant en cause les armes françaises au Yémen…Ce n’est d’ailleurs pas un crime de savoir exploiter un événement aussi dramatique soit-il à des fins moins nobles qu’on ne veut bien le dire. Cela fait désormais partie du cynisme des gouvernants du monde dit occidental en principe bâti sur les valeurs démocratiques. Les Palestiniens d’abord, et les peuples de la région ensuite ont découvert à leurs corps défendant que les valeurs démocratiques véhiculées par l’Occident sont sélectives. Au Moyen Orient, elles sont filtrées par les intérêts de l’Occident et passent toujours à travers le prisme israélien. Les femmes et les enfants peuvent brûler au Yémen, en Palestine, en Syrie et en Irak, cela fait partie de la routine. Par contre Notre Dame de Paris, c’est sacré, même pour des pays qui ont encore du mal à accepter la construction d’églises sur leur sol. Les flammes du Yémen sont invisibles pour ceux qui n’ont plus de cœur.

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