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Al-Bachir à Damas: une reconnaissance de la victoire de la Syrie

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Par Samer R. Zoughaib

Le président du Soudan, Omar Hassan al-Bachir, est devenu le premier dirigeant arabe à se rendre en Syrie depuis le début de la guerre, il y a près de huit ans. Mais il ne sera pas le dernier.

La visite éclair du président soudanais, Omar Hassan al-Bachir, dimanche 16 décembre à Damas, et l’accueil chaleureux que lui a réservé son homologue syrien Bachar al-Assad, sur le tarmac de l’aéroport de Damas, marquent le début d’une nouvelle étape caractérisée par la reconnaissance de la victoire de la Syrie et l’échec du vaste complot ourdi par les Etats-Unis et leurs alliés pour dépecer ce pays, situé au cœur du monde arabe, et renverser le pouvoir pour le remplacer par un régime fantoche proche de l’Occident.

Al-Bachir restera le premier chef d’Etat à avoir brisé le boycott imposé par les Arabes, conduits par l’Arabie saoudite et ses alliés. Mais il ne sera pas le dernier. La file de ceux qui veulent visiter Damas est longue et les pays qui envisagent de rouvrir leur ambassade se multiplient, tandis que les émissaires secrets se bousculent aux portes de la capitale syrienne. On parle déjà d’une visite prochaine de l’émir du Koweït, Sabah al-Ahmad al-Sabah, du souverain hachémite Abdallah II, et du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Ce dernier exerce des pressions discrètes pour que Damas retrouve son siège à la Ligue arabe, d’où elle avait été chassée, en 2011, à l’initiative de Riyad et de Doha, à la demande des Etats-Unis.

Al-Bachir le messager

Certes, le Soudan fait partie des pays arabes qui n’ont jamais rompu totalement leurs relations avec la Syrie, à l’instar de l’Irak ou de l’Algérie. Il a maintenu son ambassade ouverte à Damas et envoyait de temps à autre des émissaires dans la capitale des Omeyyades. Mais lors de sa visite, dimanche, il ne venait pas uniquement en sa qualité de président du Soudan mais de représentant d’un axe arabe hétéroclite comprenant l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis et l’Egypte, qui cherchent les moyens de réparer l’impardonnable erreur qu’ils ont commise. En effet, en isolant la Syrie, ces pays se sont tirés une balle dans le pied, car ils ont perdu le seul Etat arabe réellement indépendant, capable de tenir tête aux puissances étrangères, de dialoguer avec l’Iran et la Turquie, et de maintenir un équilibre avec «Israël».  

Lors du tête-à-tête avec le président Assad, al-Bachir a sans doute transmis une série de messages. L’un d’eux provient peut-être du roi saoudien, Salmane ben Abdel Aziz, qui a cessé toute aide aux groupes armés après qu’il ait réalisé leur inefficacité. Il faut souligner, dans ce contexte, que le dernier communiqué du Conseil des ministres saoudiens, lundi 10 décembre, met l’accent sur la nécessité d’aboutir à un règlement politique de la crise syrienne.

La Turquie change de ton

Il n’est pas à exclure qu’al-Bachir, qui entretient aussi de bonnes relations avec la Turquie, était porteur d’un message du président Turc Recep Tayyep Erdogan, dont le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déclaré lors d’un forum à Doha, samedi, que «le monde devrait envisager de rétablir des liens avec le président Assad s’il est réélu à l’issue d’élections démocratiques.»

Selon l’agence de presse syrienne Sana, le président soudanais aurait déclaré lors de sa rencontre avec Bachar al-Assad qu’il espérait que la Syrie retrouverait son rôle important dans la région dès que possible. Il a également affirmé que le Soudan était prêt à fournir tout ce qui était en son pouvoir pour soutenir l’intégrité territoriale de la Syrie. L’agence Sana a ajouté que le président Assad avait remercié al-Bachir pour sa visite, affirmant que cela donnerait un nouvel élan au rétablissement des relations entre les deux pays «à leur état d’avant la guerre en Syrie».

Dialogue avec l’Iran?

La visite du président soudanais à Damas mélange les cartes et suscite un certain nombre d’interrogations, surtout que le Soudan soutient l’Arabie saoudite dans sa guerre contre le Yémen, où il a envoyé un important contingent militaire, qui combat le mouvement Ansarallah, appuyé par l’Iran, qui est le principal allié de la Syrie. Al-Bachir cherche-t-il à ouvrir un canal de dialogue avec Téhéran via Damas? Cette question se pose avec autant d’acuité que pour la première fois depuis 3 ans, l’Occident, qui a encouragé l’agression contre le Yémen, semble vouloir mettre un terme à ce conflit où l’Arabie saoudite s’est empêtrée sans réaliser le moindre acquis politique ou militaire.

Cette visite dément aussi les informations véhiculées par la presse «israélienne» affirmant que Khartoum sera la prochaine étape arabe de Benjamin Netanyahu. Au lieu de cela, Al-Bachir s’est rendu à Damas.  

L’analyse selon laquelle Omar Hassan al-Bachir est allé en Syrie avec le feu vert saoudien et était probablement porteur de messages adressés au président Assad est confortée par la réunion chaleureuse entre le ministre syrien des Affaires étrangères et son homologue bahreïni, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre à New York.

En allant à Damas, les rois et chefs d’Etat arabes brisent leur propre isolement, et non pas celui de la Syrie. Car en se privant du poids que représente ce pays dans le jeu géopolitique régional, ils ont perdu tout équilibre et toute capacité d’influer sur le cours des événements. Peut-être qu’ils commencent à réaliser la gravité de leur erreur. Mieux vaut tard que jamais.

Source : French.alahednews

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