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35 ans à la disparition de l’imam Sadr, les mystères planent toujours sur l’affaire

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Par Linda Ajameh

35 ans à la disparition de l'imam Moussa Sadr et un véritable mystère continue de planer sur le sort de l'imam et de ses deux compagnons, son bras droit, cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine, disparus en 1978 à Tripoli alors qu'ils répondaient à une invitation officielle du régime de Kadhafi. On croyait que Mouammar Kadhafi était en mesure d'élucider cette énigme. Mais cet homme est mort, son fils et les responsables de son régime arrêtés alors que le dénouement de cette histoire poignante demeure toujours inconnu.

L'ancien conseiller médiatique de l'imam Moussa Sadr, Mohammad Saad, a partagé avec le site d'information Al-Ahednews certains de ses souvenirs avec l'imam et ses partenaires, dans sa longue lutte et jihad.

M. Saad évoque les années 70, lorsque le «mouvement Mahroumine» (le mouvement des démunis) fut fondé par l'imam Moussa Sadr, assisté par cheikh Mohammad Yaacoub, Dr. Mostapha Chamrane et M. Saad lui-même.

Chacune de ses quatre personnes avait des obligations et des responsabilités à remplir : «L'imamsayed Moussa avec ses élèves Moussa Sadr était un ouléma révolutionnaire, refusant de se conformer aux mauvaises traditions et coutumes. Il prônait l'union, le consensus et la connaissance profonde des textes religieux.

Il a insisté à bâtir le siège du Conseil islamique chiite supérieur au cœur des régions chrétiennes du Liban, passant outre les lignes de démarcation esquissés par la guerre civile libanaise. Les Libanais lui portaient une grande estime. Il vivait parmi eux, partageait leurs souffrances. Il était un des leurs. Les jeunes de différentes communautés confessionnelles ou politiques libanaises le visitaient. Il était doté d'une aptitude à rassembler les antagonistes. Ce fait fut clair dans son mouvement qui a regroupé 18 jeunes hommes libanais de différentes communautés libanaises, en dépit des contradictions qui les opposaient».

L'imam Sadr était un visionnaire. Selon M. Saad, il avait prévu la chute du chah d'Iran, plusieurs années avant le déclenchement de la révolution iranienne. Il refusait toute servitude, soumission ou sentiment de désespoir. Il estimait que la commémoration d'Achoura était une occasion pour exprimer la colère et pour la victoire sur les oppresseurs, en dépit de la faiblesse. Il était en perpétuelle action pour améliorer la condition de son pays et de sa communauté.

Cheikh Mohammad Yaacoub... partenaire du jihad et dans la disparition

Sayed Moussa Sadr a subi des campagnes féroces contestant sa politique et ses orientations. Ce fait a provoqué cheikh Mohammad Yaacoub qui s'est employé à défendre l'imam.

Cet homme fut un partenaire précieux à l'imam Sadr. Il le soutenait partout et l'accompagnait dans ses déplacements. Même lors de sa disparition. Cheikh Yaacoub estimait que l'imam Sadr était plus qu'un homme religieux ou qu'un politicien. Il était prêt à se sacrifier afin de faire réussir le projet de l'imam, et de le soutenir face à ses adversaires. Ses nombreux adversaires. En effet, ces derniers, chefs du mouvement national libanais, estimaient que le projet de l'imam était une nage à contre-courant. Pour eux, «le discours unificateur» adopté par l'imam Sadr était inapproprié. Chaque partie au Liban avait alors ses propres objectifs et priorités.

Dans ce contexte de clivage, cheikh Yaacoub a continué à donner des conférences dans différentes régions libanaises, appelant à l'union et à l'ouverture entre les composantes du pays. Il fut le premier, en compagnie d'un leader chrétien, à avoir parrainé un cessez-le-feu aux lignes de démarcation entre les régions de Chiyah et de Furn-Chebbak, au début la guerre civile libanaise. Il voulait tuer la discorde dans l'œuf et prévenir l'explosion de la situation.

Cheikh Yaacoub n'a jamais hésité à braver les dangers. Il était prêt à se sacrifier en faveur de la sécurité des civils. Cheikh Mohammad Yaacoub assumait la responsabilité du travail médiatique et de la sensibilisation au sein du mouvement, en coordination étroite avec l'imam Sadr.

Quels sont les derniers développements de l'affaire?

«Atermoiement, manipulation et chantage», a clamé l'ancien député Hassan Yaacoub, (fils de cheikh Mohammad Yaacoub), lors d'un entretien accordé à Al-Ahed.

Il a affirmé que toutes les fuites d'informations relatives à la disparition de l'imam Sadr et de ses deux compagnons, ont été suivies de près par les proches des trois hommes disparus, à la suite de la chute de Kadhafi. «Nous sommes parvenus à découvrir plusieurs faits, par les contacts avec les révolutionnaires libyens et les anciens responsables du régime déchu».

«Après un certain temps, l'Etat libanais a accaparé le suivi de l'affaire, écartant les autres personnes concernées. Ce fait a suscité de grandes interrogations, surtout que le comité chargé du suivi, par l'Etat, est formé d'un seul juge. En plus, l'Etat n'a pas répondu à la demande d'élargir le travail du comité et d'ajouter des juges pénales ou des personnes ayant une expérience en matière de renseignements».

«Deux ans à la mise en place du comité, il n'est parvenu à aucun résultat. Au contraire on constate que l'atermoiement et le laxisme marquent son travail».

Selon les propos de M.Yaacoub, l'Etat libanais a ignoré l'affaire de la disparition de l'imam Sadr tout au long de 27 ans, s'abstenant même de l'évoquer dans les déclarations ministérielles des gouvernements successifs, jusqu'en 2005, où il (M. Yaacoub) fut élu comme député. C'est alors que l'affaire de l'imam a été évoquée dans le programme politique du gouvernement.

L'ancien député a refusé que le suivi de l'affaire soit uniquement du ressort du comité ad-hoc et de la Cours de justice.

«Le prétexte selon lequel la cours de justice n'a pas encore été notifiée de la mort de Kadhafi par les autorités libyennes, est incompréhensible. Par la suite, suspendre l'affaire pour cette cause est injustifié. Les familles des trois hommes disparus demandent de relancer la poursuite en justice des personnes inculpées dans le crime, sachant que plusieurs noms sont cités dans le dossier de l'affaire. Alors que pour l'Etat, seul Kadhafi était accusé. Selon cette approche, après la mort de Kadhafi, l'affaire pourrait être clôturée. Sur ce, l'Etat devient un obstacle devant la progression de l'affaire».

Pour M. Yaacoub, Kadhafi en premier, et puis l'ennemi sioniste bénéficiaient du crime. «Le premier est mort, donc c'est le second qui ne veut pas élucider l'affaire. Nous tentons d'éviter le scandale et souhaitons l'éveil des consciences. Nul n'est en mesure de brouiller les vérités et de gérer l'affaire comme dans le passé».

«La bataille essentielle consiste à préserver la voie et les slogans lancés par l'imam Sadr, dont «Israël est le mal absolu», l'attachement au pluralisme confessionnel, le resserrement des rangs, et la résistance face à l'ennemi sioniste, surtout durant cette période délicate que nous traversons».

La réponse officielle aux propos de M. Yaacoub

Le ministre des Affaires étrangères, Adnan Mansour, a affirmé que la communication avec la partie libyenne se poursuivait toujours afin de révéler au grand jour, la vérité de l'affaire de l'imam Sadr et de ses deux compagnons.

«Mais le retard résulte de la situation en Lybie. Nous activerons prochainement nos efforts auprès des responsables concernés dans ce pays. Nous avions pris en considération la conjoncture libyenne et ses problèmes intérieurs».

Il a noté qu'il profitera de la tenue du conseil des ministres arabes des AE, prévu prochainement dans le siège de la Ligue arabe, afin de rencontrer son homologue libyen et de discuter avec lui des derniers développements de l'affaire.

Source : Al-Ahednews, traduit par l'équipe du site

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