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Entre «Israël» et le Hezbollah une guerre qui ne dit pas son nom

Entre «Israël» et le Hezbollah une guerre qui ne dit pas son nom
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Par Fouad Karam

Chaque matin, les Libanais se réveillent avec la même question sur les lèvres : que s’est-il passé dans la nuit sur le front du sud et la bataille va-t-elle réellement s’étendre à l’ensemble du pays ? Depuis le 8 octobre 2023, au lendemain du Déluge d’Al-Aqsa, lorsque le Hezbollah a décidé d’ouvrir le front du Sud en tant que soutien à Gaza, la question revient constamment et les pronostics se multiplient dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il y a ceux qui estiment que la guerre va forcément s’élargir et annoncent des jours sombres et violents et ceux qui au contraire, se réfugient dans le déni de ce qui se passe.

Pourtant, alors que le cinquième mois de la guerre à Gaza s’approche, le front du Liban est resté relativement sous contrôle. C’est vrai qu’une véritable guerre se déroule au Sud du Liban, avec un lot impressionnant de martyrs, un exode populaire et des destructions importantes dans les localités frontalières, mais les Libanais ainsi que les parties occidentales et régionales impliquées dans ce conflit estiment qu’elle est encore sous contrôle. Même les Occidentaux, toutefois peu enclins à évaluer positivement le comportement du Hezbollah ne cachent pas le fait que si le champ de la guerre ne s’est pas encore élargi au Sud du Liban c’est grâce au comportement sage et étudié de ce parti.

Alors que depuis bientôt cinq mois, les Israéliens multiplient les provocations, allant chaque jour un peu plus loin dans les cibles, géographiquement et humainement, puisque de nombreux civils, en plus des cadres de la résistance, ont été tués par les raids israéliens, qui sont même arrivés jusqu’à Baalbeck, mais le Hezbollah continue de riposter de façon étudiée et ciblée, montrant par tous les moyens possibles qu’il considère le Sud comme un front de soutien à Gaza, ni plus ni moins.

En même temps, le Hezbollah cherche à maintenir en vigueur ce qu’on appelle «Les règles de la confrontation», établies depuis «Les arrangements d’avril 1996» (qui ont consacré l’équation : militaires contre militaires et les civils à l’écart) et confirmées depuis l’adoption de la résolution 1701 qui a mis un terme à la guerre de juillet 2006. C’est ainsi qu’après chaque débordement israélien, il prend soin de choisir une cible importante, qui fait mal à l’ennemi, tout en lui envoyant un message clair sur la nécessité de rester dans les limites fixées par «Les règles de la confrontation».  

Selon les milieux proches de la résistance, le Hezbollah ne cesse d’envoyer des messages clairs aux Israéliens pour les dissuader de se lancer dans une confrontation totale au Liban, d’abord, en utilisant des armes qui les surprennent par leur précision et leur capacité à atteindre les cibles choisies, et ensuite en menant des opérations très audacieuses, notamment sur des bases militaires stratégiques, à «Meron», à Safed et même au Golan. Au point que, selon la presse israélienne, les «commandements israéliens» sont divisés sur l’attitude à adopter au Liban. Certains, comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu, veulent lancer une agression de grande envergure, et profiter de la présence des Américains dans la région, en considérant qu’ils ne pourront pas lâcher les Israéliens en pleine bataille, et d’autres, notamment des responsables militaires, considèrent que l’armée israélienne n’est pas prête à mener une guerre contre le Hezbollah. Si une majorité des Israéliens appuient une attaque d’envergure contre le Liban, ils changeraient d’avis dès que les premiers missiles lancés par le Hezbollah atteindront leurs cibles, à Haïfa, «Eilat» et ailleurs.

D’ailleurs, les sources proches de la résistance estiment qu’il existe plusieurs facteurs qui écartent la possibilité d’extension de la guerre sur le front du Liban.

Le premier facteur porte sur les divisions au sein de l’armée d’occupation israélienne et sur le fait que cette armée que l’on qualifiait autrefois «d’invincible» n’est plus en mesure de mener une attaque terrestre sur deux fronts à la fois. Depuis qu’elle a déclenché l’invasion terrestre contre Gaza, à la fin du mois d’octobre, elle a engagé la plupart de ses «unités d’élite combattantes» sur le terrain et elle n’a pas la possibilité d’en engager d’autres si elle devait mener une attaque d’envergure au Liban. C’est d’autant plus vrai que jusqu’à présent, les attaques contre le Liban se limitent à des raids aériens ou des attaques de drones. Or, la guerre totale exige l’implication des troupes sur le terrain. Ce qui ne semble pas possible pour l’instant, tant que la bataille bat son plein à Gaza, en tout cas.

Le second facteur c’est le fait que si une agression de grande envergure est lancée contre le Liban, l’aviation israélienne pourrait certes causer de grandes destructions dans le pays, mais il ne faut pas non plus oublier que le Hezbollah avec la quantité et la qualité d’armes qu’il possède peut aussi faire très mal aux Israéliens. Destruction pour destruction, telle sera alors l’équation et les Israéliens ne sont pas habitués à ce genre de situation. Ils pourraient donc être les plus grands perdants dans un tel scénario.

Le troisième facteur c’est sans doute la position américaine et occidentale en général qui refuse l’extension de la guerre sur le front libanais. Les Américains n’ont d’ailleurs laissé aucun moyen pour faire parvenir un tel message à la fois aux responsables libanais et aux responsables israéliens. Ils ont envoyé leurs propres émissaires pour dire cela, mais aussi, ils ont eu recours à des responsables européens, français, allemands et britanniques notamment pour exprimer leur opposition à tout élargissement du front au Liban. Bien entendu, pour les forces de la résistance, les déclarations ne suffisent pas et les Américains s’ils voulaient vraiment éviter un élargissement de la guerre pourraient réduire l’envoi d’armes et de munitions aux Israéliens... A ce moment-là, la guerre s’arrêterait immédiatement. Malgré cela, les parties libanaises croient que les Américains ne veulent pas d’une ouverture en grand du front du Liban, même si jusqu’à présent, ils ne font pas tout ce qu’il faut pour éviter cela.

Le quatrième facteur, c’est le fait que depuis le début, le Hezbollah a défini le front du Liban comme un «front de soutien» et si la confrontation devait s’élargir sur ce front, cela signifierait qu’il devient un champ de bataille principal et il fera passer au second plan la terrible guerre qui se déroule à Gaza. Ce qui n’est pas souhaitable, puisque l’opération Déluge d’Al-Aqsa a été conçue et décidée par les Palestiniens pour atteindre des objectifs précis concernant la Palestine dont : le fait de remettre la cause palestinienne sur la scène internationale, de libérer les prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes et d’empêcher les attaques israéliennes contre la Mosquée Al-Aqsa à Al-Qods occupée (Jérusalem)...

Enfin, le dernier facteur c’est la conviction chez l’ennemi et chez ceux qui le protègent que si le front du Liban devait s’élargir, cela devrait embraser tous les fronts de la région, et mobiliser toutes les forces de «l’Axe de la résistance», notamment l’Iran, qui, jusqu’à présent, joue plutôt l’apaisement. La région serait alors dans un scénario plus violent que celui que nous vivons actuellement et surtout un scénario à la fin inconnue. A la veille de l’élection présidentielle américaine qui s’annonce déjà compliquée, les Américains ne peuvent pas prendre le risque d’un tel scénario...

Pour toutes ces raisons, et il y en a peut-être encore d’autres, les sources proches de la résistance considèrent qu’en dépit des menaces répétées des responsables israéliens, une bonne partie des dirigeants refuse la possibilité d’extension de la guerre et les menaces proférées visent plus à améliorer la position israélienne qu’à se traduire sur le terrain. Elles s’inscrivent dans ce qu’on appelle «la guerre psychologique» et il faut préciser à cet égard que les Israéliens étendent leurs attaques en misant sur le fait que le Hezbollah ne veut pas d’un élargissement du front... Mais cela ne signifie pas qu’à un moment donné tout ne pourrait pas déraper et la situation devenir incontrôlable. Comme l’a dit et répété le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, dans ses derniers discours, «la parole est au terrain». C’est donc lui au final, qui déterminera le cours des événements.

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