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Les agents de Lahed après des années de la libération : une trahison incurable

Les agents de Lahed après des années de la libération : une trahison incurable
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Par Latifa Husseïni

2400 agents libanais à la solde de l’ennemi vivent aujourd’hui en territoires occupés. Ils se sont précipités pour décamper, brisés, le 25 mai 2000. De leur situation actuelle, on parvient à un constat évident: la trahison ne mène qu'à la honte et à la décadence. Certains se sont convertis au judaïsme et ont renié leur Christianisme ou leur Islam, d'autres se sont enrôlés dans les rangs de l'occupation ou ont été incorporés dans ses réserves. Certains mendient de l'aide et des secours pour assurer leur pain quotidien, et d’autres se sont complètement imprégnés de leur «citoyenneté israélienne» et se sont voués à la défense de l'entité et à la résistance aux tentatives de lui retirer sa «légitimité». Beaucoup d’autres se plaignent de la négligence flagrante.

En 2022, l'ennemi a reconnu les services des hommes de Lahed, c'est-à-dire 22 ans après la libération du Liban sud et le retrait des «Israéliens» et de leurs alliés de l'armée du collaborateur Antoine Lahed. Pendant plus de deux décennies, leurs voix ont été ignorées. Soudain, il a été décidé de verser environ 160.000 dollars (le prix d'un appartement) à chaque combattant qui a porté les armes aux côtés des soldats «israéliens» pendant l'occupation du Liban sud. Cela s'est produit à condition de s'assurer que le combattant réside effectivement dans l'une des colonies. 400 membres de l'armée de Lahed ont bénéficié de cette aide, mais le contexte de leur mouvement au sein de l'entité montre comment ils se sont lamentés pour arracher ce qu'ils considèrent comme des droits naturels en échange de leurs «sacrifices» !

L'intégration dans la société «israélienne» est le leitmotiv de l'existence des hommes de Lahed et de leurs familles. Ces dernières que les tenants de la «logique de la paix» s'évertuent toujours à isoler, au motif qu'ils n'ont aucun rapport avec ce qu'ont commis leurs proches. Pourtant, il n'y a pas de place pour la moindre distinction entre le père collaborateur et son fils qui a grandi sur ses traces et s'est imprégné, dans les territoires occupés, de la trahison et de la complaisance envers l'ennemi de la Nation et de l'humanité.

De nombreuses questions et interrogations se posent lorsqu'on parle de la communauté des collaborateurs de Lahed, installés dans les colonies en Palestine. Sur quelles colonies sont-ils répartis et quels métiers exercent-ils ? Surtout, ont-ils réussi à s'intégrer parmi les «Israéliens» ?

Où vivent ces agents ?

Les agents de Lahed et leurs familles vivent dans les colonies de «Kiryat Shmona», «Ma’alot-Tarshiha» et «Nahariya», ainsi que dans les villes de Tibériade, Haïfa et Safed, depuis l'an 2000. Ils y sont arrivés et ont «souffert» pour organiser leur vie. Ils ont cru qu'ils seraient rapidement accueillis. Mais compter sur l'ennemi ne les a pas sauvés et ne les a pas aidés. Ils ont été longtemps humiliés pour obtenir de maigres «shekels» sur lesquels ils s'appuient pour acheter quelques biens de première nécessité. La grande majorité d'entre eux ont vécu cela, bien qu'un petit groupe ait choisi de se convertir au judaïsme et d'adopter toutes les croyances de l'ennemi, sur les plans religieux, social, politique et militaire.

L’ampleur de la trahison et ses conséquences

Dans une interview faite en 2022, le président de soi-disant la «communauté libanaise en Israël», Nabih Abou Rafeh, a déclaré : «Nous n'avons pas atteint le rêve que nous avons tous médité». Ces propos expriment clairement la situation de ceux qui préfèrent l'option de la vilénie et de la disgrâce à celle de la lutte et de l'expulsion de l'occupant.

En 2023, le syndicat des informations juives (Jewish News Syndicate) évoque la situation des hommes de Lahed à l'intérieur de l'entité israélienne. Le syndicat pense que les Libanais qui se sont alliés à «Israël» sont restés seuls et tourmentés. Le syndicat rencontre Eddie (50 ans), un combattant de Lahed au sud du Liban, qui reconnaît l'ampleur des difficultés de la fuite et du passage à la vie dans l'entité ennemie. «Que je reste en «Israël» ou que je parte aux Ameriques, je reste un étranger sur une terre étrangère », a-t-il dit.

La lutte pour les «droits»

La confusion et l'humiliation marquent la vie des hommes de Lahed en territoire occupé. L'écrivain sioniste du journal «Israel Hayom», Keren Dotan, aborde cette idée dans un article publié en 2022. Il considère que les éléments de «l'Armée du Liban Sud» sont en dehors des cercles d'élite. «Ils sont affaiblis après le choc», a-t-il dit, notant qu’ils avaient besoin de réhabilitation, de se battre pour leurs droits, de frapper à la porte de l'institution «israélienne» quand le «ministère de la Sécurité» ne les reconnaît pas... Il y a ici une trahison des valeurs militaires, dans le sens de la «fraternité des armes». Lors de la fuite, les soldats de l'armée «israélienne» ont soudainement disparu. Ils ont fait exploser leurs bases et leurs armes pour qu'ils ne tombent pas entre les mains du Hezbollah, et les ont laissés incapables de se défendre», a-t-il expliqué.

Le combat pour les «droits» est le titre de la détresse des agents de Lahed. Cela se traduit à travers plus d'une interview et d'une enquête journalistique diffusée sur les chaînes «israéliennes» qui abordent la question. Le site sioniste «Davar1» a interviewé en 2021 Samer Charafeddine, l'un des combattants de l'armée de Lahed. Un flot de plaintes qu'il énumère en disant : «J'ai servi pendant dix ans et je ne reçois pas d'aide. J'étais dans le même camp que l'armée de «défense israélienne», j'ai été attaqué par le même missile, du même ennemi... Aujourd'hui, chaque personne s'occupe de ses propres affaires, chaque personne vit seule... Nous n'avons pas demandé de voiture, mais juste un toit au-dessus de nos têtes. Cela nous procure la tranquillité d'esprit et le repos».

Avant que le gouvernement d'occupation n'accorde des indemnités tardives de 22 ans aux combattants de l'armée de Lahed et ne décide d'inaugurer un monument commémoratif en leur honneur, de leur donner des médailles de guerre et de construire un musée spécial pour eux et pour la  phase de «l'opération Sécurité de la Galilée» (invasion et occupation du Liban) dans la colonie de Metula, leurs voix se sont élevées pour réclamer une réponse à leurs revendications, ce qui a conduit les autorités de l’occupation à charger le brigadier de réserve Igal Bersner du dossier. Les agents ont continué à mendier leurs besoins.

«Israël» nous a jetés dans la rue !

Selon la deuxième chaîne israélienne (2017), les autorités d'occupation ont négligé un tiers des combattants de l'armée de Lahed. Fadi Mansour, l'un d'entre eux, décrit cette «négligence» délibérée en disant : «Ils ont tous fait des promesses et des promesses et des promesses, mais quand nous avons atteint le point où nous avons besoin de leur soutien, «Israël» nous a jetés dans la rue... Nous sommes en «Israël» depuis 17 ans, aucun de nous n'a un emploi respectable. Chacun de nous travaille soit dans une usine, soit dans la construction, soit dans la restauration».

«Lorsque je me rends dans le «secteur arabe», ils me disent tu es un traître. Et lorsque je vais dans le «secteur israél», ils me disent tu es Arabe... Je ne regrette pas d'être en «Israël», mais le gouvernement nous a vraiment déçus», a-t-il affirmé.

Pour sa part, Claude Ibrahim (combattant de l'armée de Lahed) déclare à la deuxième chaîne : «Un de nos partisans s'est suicidé à cause de la situation. Les gens, en raison de leur dignité, en ont assez de demander, en ont assez de parler, et il n'y a personne pour lui adresser une demande».

Les ministères se renvoient la balle

À cela s'ajoute également le renvoi de responsabilités entre les ministères de l'occupation. Les agents sont dispersés soit au ministère de la Guerre qui n'aide que 200 familles, soit dans ce qu'on appelle le ministère de «l'Intégration» (des immigrants), au «ministère de l'Intérieur», ou au «ministère des Finances», ou peut-être au «ministère des Services religieux», comme l'a rapporté la chaîne «Kan» en 2018.

À l'origine, les autorités d'occupation ont séparé les agents de Lahed dès leur arrivée en territoires occupés. En 2001, elles les ont divisés en deux groupes :

- Les officiers du grade de commandant d’une force et au-dessus, ainsi que ceux qui ont aidé le renseignement «israélien» (Aman) et le «Shabak» (Sécurité générale), au nombre de 200, Ceux-ci ont reçu des salaires et des maisons.

- Les familles, au nombre de 450, ont été rattachées au «bureau de l'Intégration» et ont bénéficié de conditions de réadaptation médiocres, sans ressources et sans abri.

En effet, selon la première chaîne israélienne, «Israël» a négligé 450 familles des agents vivant dans des maisons louées et payant des sommes faramineuses, bénéficiant d'une aide modeste qui ne couvre même pas une partie de leurs dépenses, couvrant à peine une partie du loyer de l'appartement. Ces personnes doivent faire face aux «difficultés de la vie» quotidiennement, comme l'a rapporté la chaîne.

L’intégration absente

Le défi le plus important pour les agents libanais vivant en «Israël» était l'adaptation. Pas d'intégration, pas d'acceptation et pas d'harmonie avec la communauté juive. En 2015, il y a eu une discussion publique sur ce «problème». L’agent Zaher Nohra déclare : «On ne peut pas dire que nous nous sommes bien adaptés. Il est vrai que nous vivons parmi les «Israéliens» et les Juifs, que nos enfants apprennent avec eux et que nous vivons dans la même région, mais nous continuons à préserver nos bases, nos coutumes et nos fêtes, comme si nous vivions encore au Liban... Nous étions une armée et un corps unique, il n'est pas possible qu'ils nous laissent ainsi, pour nous débrouiller seuls».

Concernant les obstacles à l'intégration dans la communauté ennemie et le conflit d'identités, Marleine Abou Raad, une des Libanaises résidant en «Israël», indique que «certains enfants ont été forcés à un moment de mettre l'étoile et d'enlever la croix qu'ils portaient autour du cou, pour être acceptés par les enfants juifs.  C'est une forme d'effacement de l'identité. Il y a eu des enfants qui ont traversé des situations très difficiles dans leurs écoles. D'ailleurs, ils ont changé d'école pour savoir où ils s'adapteraient le mieux. Il y a beaucoup de problèmes de ce genre». Elle ajoute : «Je suis à la fois Libanaise et Israélienne, capable de porter deux nationalités».

De leur côté, l’agent Ovadia Ovad, sa femme Rachel et Jimmy Abou Chalhoub ont choisi de renoncer à la religion chrétienne et de se convertir rapidement au judaïsme pour «garantir leur sécurité». La chaîne de télévision israélienne 1 a qualifié leur acte en 2014 d'une phrase concise : «Après avoir vendu leur patrie... les agents d'Israël vendent leur religion.»

Quant à Gracia Hasbani, qui est active dans le secteur de l'éducation à «Kiryat Shmona», elle reproche aux autorités d'occupation de n'avoir rien inclus dans leurs programmes sur l'«Armée du Liban-Sud». «Ils n'ont jamais mentionné l’«Armée du Liban-Sud» dans aucun cours d'histoire. Je qualifie toujours cela d'histoire cachée qui n'est pas abordée, alors que nous faisons partie de l'histoire d'Israël», dit-elle.

 

La chaîne 12 de télévision israélienne a diffusé un rapport détaillé sur cette question en 2020, dans lequel elle a parlé de «la vie difficile que mènent les soldats de l'«Armée du Liban-Sud» en «Israël» en raison du rejet du peuple juif à leur égard». Elle a indiqué que «les enfants de la deuxième et troisième génération ont du mal à s'intégrer, déchirés entre deux mondes et deux identités.»

Le rapport cite l’agent Georges Haddad, résidant à Tibériade : «Au final, les gens ne savent pas ce qu'est l'«Armée du Liban-Sud», ils disent que c'est un arabe... Où que tu ailles et que tu fuies, tu resteras aux yeux des Arabes ici un traître, et aux yeux des «Israéliens» un Arabe.»

De même, le rapport cite l’agent Mounir Younis qui affirme : «La situation est difficile pour moi. Je regarde les yeux de mes enfants, je ne sais pas quoi leur dire».

Pour sa part, l’agent Nassif Haddad, qui travaille comme agent de sécurité dans un hôtel, déclare : «Je n'ai pas encore réussi à recouvrer ma santé».

Les traîtres morts, aux tombes des ânes !

Parmi les souffrances des agents de l’armée de Lahed, émerge le problème de l'enterrement des traîtres morts.

Selon la chaîne de télévision «Kan» en 2018, il n'y a pas de cimetières réservés aux agents de Lahed dans les territoires occupés. À cet égard, la chaîne explique que des dizaines de ceux qui ont vécu en «Israël» sont décédés, et leurs corps ont été transférés au Liban, mais on ne peut pas dire qu'ils ont été transférés pour être enterrés, mais plutôt ont été ensevelis dans «les tombes des ânes», en référence au rejet total de leur présence, même morts, au Liban après toutes ces années.

Le maire de la colonie de «Ma’alot Tarshiha» déclare : «Ce n'est pas mon rôle de m'engager à allouer une terre qui serait un cimetière pour les éléments de l’«Armée du Liban du Sud», c'est à l'«État» de trouver des solutions».

La trahison jusqu'à la lie

Il est vrai que la plupart des agents de Lahed souffrent de problèmes d'intégration et de conditions de vie difficiles. Mais d'autres montrent un niveau avancé d'enlisement dans la boue de la trahison. Parmi eux, Jonathan Khoury, fils d'un officier ayant combattu aux côtés d'«Israël» dans le sud du Liban. Cet homme dirige aujourd'hui à Haïfa ce qu'on appelle le projet des minorités au sein de l'organisation «Réservistes sur le front», et se présente comme un militant contre le «retrait de la légitimité d'Israël» dans l'enceinte de toutes les universités aux États-Unis et en Europe.

De même, Rebecca Ibrahim, née en territoires occupés 3 ans après la libération du Sud. Elle a choisi de travailler dans le domaine du «service national» et est militante dans les médias sur la contribution de l'«Armée du Liban du Sud» à la sécurité d'«Israël».

Quant à George Dibeh, il est le premier issu d'une famille des agents de Lahed à jouer dans les clubs de première division de football à l'intérieur de l'entité ennemie, après avoir signé un contrat avec l'équipe de «Hapoël Tel-Aviv» en tant que gardien de but. Il décrit cette adhésion en disant : «J'ai ressenti dès la première minute que j'étais Israélien».

La liste de l’infamie est longue. Plus de 2 000 agents se félicitent de leur vie aux côtés de l’occupant.

Parmi ceux-là, pas de place pour un innocent. Les conditions de vie de la plupart d'entre eux ne sont pas bonnes, mais ils ne se sont certainement jamais initiés à déclarer leur regret ou à cesser leur alliance et leurs services à «Israël».

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