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Au-delà de l’UNRWA, c’est le droit au retour que les Israéliens combattent...

Au-delà de l’UNRWA, c’est le droit au retour que les Israéliens combattent...
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Par Fouad Karam

L’UNRWA n’est pas une association internationale comme les autres. Et c’est là son problème avec les Israéliens. Elle a été créée par l’ONU pour s’occuper des réfugiés palestiniens dans les camps en attendant leur retour chez eux. C’est donc ce qui dérange profondément les Israéliens qui, depuis des années, cherchent à se débarrasser de cette association ou en tout cas à neutraliser son action. Bien entendu, il n’est jamais venu à l’idée des Israéliens de chercher à régler la question du retour des réfugiés chez eux, ce qui rendrait l’UNRWA inutile, parce que justement, toute leur stratégie, tout au long des décennies repose sur le plan de pousser les Palestiniens à l’exode définitif, loin de la Palestine occupée pour permettre aux Israéliens de «vivre en paix» sur la terre des autres.

Dans cette optique, les camps palestiniens créés au Liban, en Jordanie, en Syrie et ailleurs étaient en principe conçus pour être provisoires. Pour les Palestiniens, il s’agissait d’une situation temporaire en attendant le retour en Palestine sous forme d’un Etat ou d’une solution acceptable et pour les Israéliens, il s’agissait d’une escale en vue d’une émigration définitive dans les pays d’accueil, qu’il s’agisse du  Canada, de l’Australie ou d’autres contrées lointaines. Mais au fil du temps et des crises, aucune de ces deux possibilités ne s’est réalisée, les réfugiés palestiniens sont restés dans les camps et l’UNRWA a poursuivi ses activités,  en fournissant aux réfugiés les aides minimales pour une vie relativement décente, notamment en matière d’éducation grâce à ses écoles et de soins de santé, grâce à ses dispensaires et même aux hôpitaux qu’elle a contribué à construire et à équiper. Plus même, dans les camps du Liban, l’UNRWA paye à l’Etat les factures d’électricité et celles d’autres infrastructures de base. Pourtant, régulièrement, certains Etats qui contribuent au financement de l’UNRWA menacent de suspendre leur contribution, ce qui mettrait un terme aux activités de l’UNRWA.

Tantôt, des accusations de corruption sont portées contre certains de ses fonctionnaires et son fonctionnement est ainsi critiqué et tantôt, comme c’est notamment le cas récemment à Gaza, les Israéliens accusent cette association d’être favorable à ce que les Israéliens appellent «les organisations terroristes», notamment le Hamas. Toutes les raisons sont ainsi bonnes pour mettre un terme aux activités de l’UNRWA ... Tout simplement parce que dans sa charte fondatrice celle-ci prévoit que son activité est provisoire, en attendant le retour des réfugiés chez eux.

Sous prétexte d’accusations fallacieuses, c’est justement ce point qui dérange les Israéliens qui voudraient remplacer l’UNRWA par une association banale. Selon des sources qui suivent le dossier des réfugiés, la structure est déjà trouvée, à travers l’OCHA, le bureau de coordination des aides humanitaires à Gaza, relevant lui aussi de l’ONU. Selon les sources précitées, ce n’est pas une coïncidence si, au moment où les Israéliens réclament l’arrêt des activités de l’UNRWA en accusant une partie de ses fonctionnaires d’être membres du Hamas et d’avoir participé à l’attaque du 7 octobre 2023, le secrétaire général de l’ONU désignait son ancienne représentante au Liban, Sigrid Kaag pour diriger l’OCHA. Le secrétaire général de l’ONU fait sans doute son travail et il est obligé, dans une période aussi sensible, de chercher à dynamiser l’activité de ce bureau et en même temps, il ne peut pas ignorer les accusations portées contre l’UNRWA par les Israéliens soutenus par une grande partie des pays occidentaux. Il couvre donc la demande de mener une enquête sur les activités d’UNRWA à Gaza et en même temps, il ne peut pas laisser les réfugiés palestiniens sans aide, alors qu’ils vivent dans des circonstances inacceptables. Il ne peut pas non plus obliger les Etats qui veulent arrêter leur contribution au financement de l’UNRWA de le faire... Mais derrière tous ces éléments, des sources bien informées parlent d’un plan caché pour combattre l’esprit de résistance chez les Palestiniens à travers les aides humanitaires. Selon ces mêmes sources, il s’agirait de changer l’esprit de la distribution des aides humanitaires aux Palestiniens en la soumettant au principe de la décentralisation poussée. L’idée serait ainsi de couper les liens entre les différentes agglomérations sur le plan humanitaire et de faire des plans indépendants pour chacune d’elles pour affaiblir la solidarité entre les réfugiés et le sentiment qu’ils ont un destin commun. Chaque agglomération recevrait des aides indépendamment des autres et aurait son propre rythme et ses propres institutions. L’appartenance nationale des réfugiés serait ainsi forcément affaiblie à la longue, ce qui ne peut qu’avoir des répercussions sur leur appui à la résistance. Toujours selon les sources précitées, le moment serait propice pour l’exécution d’un tel plan en raison de l’ampleur des destructions subies à Gaza depuis le 7 octobre à cause des attaques et des bombardements israéliens d’une rare violence. Depuis le 7 octobre, les Palestiniens de Gaza sont quasiment démunis de tout, ils n’ont presque plus de maisons, ni d’institutions, ni d’hôpitaux et ils peuvent difficilement survivre sans aides humanitaires. Dans un tel contexte, ils ne peuvent pas être très exigeants sur le plan des aides qui leur sont données ni sur les raisons cachées qui poussent les donateurs à agir. Surtout que, dans ce domaine, les donateurs proches du Hamas et des mouvements de la résistance ont du mal à faire parvenir leurs aides à Gaza. Les sources précitées sont ainsi convaincues que derrière le souci d’apporter des aides humanitaires aux habitants de Gaza privés de tout, il y aurait donc un plan caché, visant à remplacer l’UNRWA par des associations qui n’ont aucune vision particulière de la spécificité du cas des réfugiés palestiniens  et qui fournissent une aide technique soigneusement étudiée pour ne pas avoir la moindre portée politique ou liée à l’identité palestinienne...

Ce plan que les Israéliens et leurs protecteurs croient pouvoir appliquer en cette période de crise sans précédent a-t-il des chances d’aboutir ? Un responsable palestinien sourit lorsqu’on lui pose la question et se contente de répondre : Si toutes les manigances menées depuis 75 ans n’ont pas détruit l’esprit de résistance chez les Palestiniens ni leur amour envers leur terre, comment quelques aides pourraient-elles le faire ?...

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