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Lorsque la guerre à Gaza devient un enjeu américain interne...

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Par Fouad Karam

Les temps sont durs pour le président américain Joe Biden. A près de quatre mois de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle américaine, il semble patauger dans tous les conflits en cours dans le monde, de l’Ukraine au Moyen Orient. Non seulement il ne parvient pas à défaire clairement son rival russe, le président Vladimir Poutine en aidant à fond l’Ukraine depuis bientôt deux ans, mais de plus il ne parvient pas à marquer des points clairs au Moyen orient, pour confirmer la suprématie américaine.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le slogan de campagne de son principal rival jusqu’à présent, l’ancien président Donald Trump se limite à une phrase: « Make America great again» (en d’autres termes, il s’agit de rendre aux Etats-Unis leur grandeur d’antan détruite par les Démocrates et en particulier par Biden).

Joe Biden ne doit pas seulement faire face à une crise économique qui s’amplifie d’abord à cause de l’envoi massif d’armes à l’Ukraine et à «Israël», mais aussi à cause de la crise du passage maritime à Bab el Mandeb et dans la Mer Rouge en général qui pousse à une augmentation des prix du commerce maritime, sans parler des risques militaires de plus en plus précis. Cependant le plus grave dans ces crises, c’est que l’image des Etats-Unis est ternie, d’abord sur le plan des valeurs qu’ils prétendent défendre, mais aussi auprès de leurs alliés qui ne croient plus qu’ils puissent les protéger.

Dans ce contexte complexe, Joe Biden aurait pu, d’une certaine façon, s’occuper principalement de limiter les dégâts, mais en période de pré-campagne présidentielle, l’enjeu est autrement plus grave.

En juin, les deux grands partis politiques aux Etats-Unis, les Républicains et les Démocrates devraient avoir choisi clairement les deux candidats qui devraient s’affronter pour arriver à la Maison Blanche en novembre prochain. A partir de cette échéance, les deux candidats auront plus que jamais les mains liées et ne pourront plus faire grand-chose sur le plan régional et international, se concentrant sur les sondages internes et sur le fait de chercher à se doter de l’appui des différentes lobbys dont le plus puissant reste le lobby sioniste.

En d’autres termes, le président actuel Joe Biden qui sera probablement le candidat des Démocrates pour la prochaine élection présidentielle a une courte marge d’action au cours des quatre prochains mois, pour offrir à ses électeurs une victoire, même limitée, qui lui donnerait l’avantage aux élections.

A quelque chose malheur est bon, pour lui, puisque la guerre à Gaza a permis de faire passer au second plan celle en Ukraine et l’incapacité du président ukrainien Volodymyr Zelensky à marquer des points contre le président russe Poutine, en dépit de l’appui massif occidental dont il bénéficie. Mais le problème pour Biden, c’est qu’à Gaza aussi, il ne parvient pas, directement ou non, à marquer des points.

Pour le président américain, l’impasse dans laquelle il se débat au Moyen Orient se résume ainsi : Il voudrait se débarrasser de l’actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sans pour autant laisser le Hamas gagner. Mais d’une part, le Premier ministre israélien en place tient bon ainsi que sa coalition, en dépit des revers, et le Hamas qui, selon les premiers pronostics israéliens devait être «éradiqué», est encore là, en mesure de riposter du Nord au sud de Gaza, en passant par le centre. Pour couronner le tout, Ansarullah au Yémen ne cesse d’attaquer les navires israéliens et parfois américains, se rendant vers la Palestine occupée, alors que les bases américaines en Syrie et en Irak, sont harcelées par les attaques des différentes factions de la résistance à l’occupation américaine. Cerise sur le gâteau, une attaque à partir de l’Irak à la frontière syro-jordano-irakienne, contre une base de renseignements américaine a fait trois morts parmi les militaires américains et près de 24 blessés. La première réaction américaine a été d’accuser l’Iran et en particulier les Gardiens de la Révolution d’être derrière les attaques et le monde a retenu son souffle, croyant être à la veille d’une guerre internationale, puisque les Américains étaient supposés riposter en attaquant l’Iran.

Mais soudain, du côté américain et du côté iranien, le ton est soudain devenu à la baisse et il est devenu clair pour tout le monde que les deux parties ne veulent pas s’engager dans une guerre directe.

Toutefois, ce qui peut être considéré comme une bonne nouvelle pour le monde ne l’est pas nécessairement pour Joe Biden que son rival Donald Trump ne cesse d’accuser de «mollesse».

Pour toutes ces raisons, Biden a donc quelques mois pour et préserver ainsi le rôle des Etats-Unis dans la région. Il s’agit d’abord de pousser les Israéliens à accepter une longue trêve qui permettrait d’organiser l’après Déluge d’Al-Aqsa, de manière à procéder à des élections dans la bande qui permettraient «d’améliorer l’Autorité palestinienne actuelle», selon les termes diplomatiques américains, sans pour autant maintenir le Hamas au pouvoir. Ce n’est pas une entreprise aisée, puisque jusqu’à présent, Netanyahu refuse toute idée de trêve et continue de vouloir éradique le Hamas, ne pas négocier avec lui, et imposer son autorité à Gaza. Autant d’objectifs qui restent très lointains, voire impossible à réaliser. Mais, selon certains milieux diplomatiques, Netanyahu ne cherche pas tant les résultats concrets sur le terrain que la prolongation de la guerre au moins jusqu’à l’élection présidentielle américaine, pour permettre à Donald Trump d’être élu. A ce moment-là, il pense que les données politiques et militaires devraient changer et Trump serait un allié qui s‘investirait beaucoup plus directement contre le Hamas, contre le Hezbollah et tous les ennemis du Premier ministre israélien.

Comment Joe Biden peut-il contrecarrer ce plan, sans pour autant donner une victoire au Hamas et à ses alliés de l’Axe de la résistance ?  C’est vraiment l’équation que le président américain et son équipe doivent résoudre dans les plus brefs délais. Ils ont réussi jusqu’à maintenant et après près de 120 jours de combats à éviter une extension significative du champ de bataille au Liban et ailleurs, mais ils n’ont pas encore réussi à faire accepter le moindre compromis à Netanyahu, ni à stopper l’élan d’Ansarullah au Yémen, ni à défaire le principe de l’unité des champs de bataille si cher à l’Axe de la résistance. En même temps, tout faux pas avec les Israéliens pourrait avoir un effet direct sur le cours de l’élection présidentielle américaine. C’est pourquoi, selon la plupart des analystes, la guerre à Gaza, la résistance héroïque du Hamas, avec le soutien de ses alliés ne sont pas seulement en train de modifier les rapports de force dans la région. Ils ont aussi un impact direct sur le monde et même sur l’intérieur américain.

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