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Des pages inédites sur la guerre de juillet 2006 (12)

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Traduction: Dina Chamseddine

Dans cet épisode, le ministre Ali Hassan Khalil relate les tractations qui ont accompagné « l’infiltration » du projet franco-américain au Conseil de sécurité, suggérant une entente tacite avec des parties libanaises, et visant à combler l’échec militaire israélienne, ce qui a poussé le président Berry à s’interroger : pourquoi accordez-vous à Israël qui a échoué dans la guerre, de tels bénéfices ? S’il avait remporté la bataille, que lui auriez-vous accordé ?

L’escalade de l’offensive israélienne a atteint le samedi 5/8/2006 son paroxysme, par le bombardement aérien, terrestre et maritime qui a ciblé les régions du Sud, de la Bekaa et du Nord, ce qui a reflété un état d’hystérie chez l’armée israélienne, qui après 25 jours de l’agression combattait toujours sur les frontières de Ayta-Chaab, sans qu’elle ne réussisse aucune incursion terrestre importante, pour créer une base à ses opérations. Certaines incursions terrestres se sont transformées en pièges que la résistance a tendus pour infliger de grandes pertes dans les rangs des forces de l’élite de l’armée israélienne, dont le commandement était confus quant à définir les objectifs de l’opération. Dans ce contexte est survenue la tentative d’embarquement d’une force israélienne sur l’entrée de Tyr, à la suite de l’échec de l’opération de la Bekaa, où les hélicoptères militaires ont évacué les soldats blessés, que les communiqués militaires n’ont pu voiler, en dépit des propos sur l’assassinat de leaders de la résistance, information qui est apparue plus tard sans fondement.

Face à ce statu quo militaire, la destruction des immeubles de la Banlieue sud par les missiles sophistiqués est devenue une affaire normale, sans effets sur le déroulement de la bataille.
Le projet franco-américain élaboré de près avec "Israël" afin de lui fournir des indemnités politiques pour son échec militaire, a été soumis au Conseil de sécurité, où les deux parties de l’accord ont tenté de voiler leur entente tacite, afin de faciliter son approbation par le Liban, en insérant l’affaire des fermes de chébaa dans les clauses du projet, comme étant un bénéfice au Liban. Mais la base du projet était de geler les opérations militaires et de consacrer l’occupation d’une zone, qu’Israël ne pourrait protéger en état de guerre, afin de l’exploiter plus tard dans le bazar des négociations, à la suite de l’émission de la résolution du Conseil de sécurité.

Le projet comprenait de même la libération, sans condition, des deux soldats israéliens captifs, l’encouragement des efforts visant à régler l’affaire des détenus libanais en Israël et l’approbation de mesures sécuritaires imposant une zone démilitarisée, étape qui sera suivie d’une nouvelle résolution sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU, sur le déploiement d’une force internationale sous le mandat des Nations Unies.
Les Etats Unis et la France ont tenté de promouvoir le projet comme étant soutenu par les Libanais, ce qui a occasionné des contacts avec les membres du Conseil de sécurité pour clarifier la position libanaise, lors de la distribution de l’avant-projet.

La manœuvre de Pederson, poursuivie par Wissam el-Hassan

Je me suis réveillé à l’aube de ce jour sur les échos de violents raids qui ont visé la Banlieue sud de Beyrouth. Puis hajj Hussein Khalil m’a contacté vers 8h45 pour que je le rejoigne à Ein-Tineh afin de discuter d’une affaire urgente. Il m’a indiqué que le représentant du secrétaire général de l’ONU Geir Pederson a téléphoné dans la nuit à Wafik Safa pour lui soumettre « une importante proposition, qui représente une opportunité » selon ses propos, et qui consiste « à suspendre les opérations militaires pour une semaine et puis la discussion du processus politique et de l’accord sur un cessez-le-feu »; Une proposition que le sayed Nasrallah a refusée, lui demandant de se référer au président Berry pour discuter de tout nouveau.

Hajj Hussein d’ajouter : une demie heure après, le commandant Wissam el-Hassan m’a contacté pour m’interroger sur les raisons du refus de la proposition de Pederson, et puis il a avancé une nouvelle, qu’il a qualifiée de meilleure et qui comprend  la déclaration d’un cessez-le-feu, puis un accord sur les mécanismes d’un retrait de l’armée israélienne à la Ligne bleue, parallèlement au retrait du Hezbollah vers le nord, au-delà du Litani, une proposition que nous avons de même refusée, mais qui est un indice sur le niveau de la coordination dans l’élaboration des projets douteux ».

Nous avons mis le président Berry au courant des idées avancées, qu’il a catégoriquement rejetées en disant : si le Hezbollah les accepte, je les refuserais, car cela imposerait le facto de l’occupation d’une nouvelle parcelle du terrain que je n’admettrais point, quelque soient les résultats.
J’ai dans le même contexte exposé au président Berry le compte rendu de mon entretien la veille avec le premier ministre Siniora et son conseiller Mohammad Chatah, dont les idées coïncidaient avec l’avance de Pederson, en dépit de quelques notes positives. Hajj Hussein Khalil a pour sa part ajouté que des responsables français avaient contacté Nawwaf Moussaoui pour tenter de promouvoir leur projet, mais qu’ils ont reçu la même réponse.

Le compte rendu de la rencontre Berry-Welch
L’émissaire américain David Welch est arrivé à ce moment à Ein-Tineh, accompagné de l’ambassadeur Jeffrey Feltman pour rencontrer le président Berry, qui nous a mis plus tard (Hussein Khalil et Ali Hassan Khalil) au courant de la teneur de l’entretien :
Welch, après avoir remercié Berry pour l’avoir accueilli, a dit :
« Il est désormais important, même nécessaire de parvenir à un cessez-le-feu, qui soit un prélude à résoudre toutes les affaires en suspend entre le Liban et Israël, dans l’intérêt de toutes les parties. Nous estimons que la résolution de la crise se fait en deux étapes : la première comprend la cessation des opérations militaires, en maintenant le statu quo actuel (les forces israéliennes demeurent dans les lieux qu’elles ont occupés au Liban sud).

La seconde étape comprend, l’accélération du processus politique visant à la résolution globale du conflit, selon les articles du projet franco-américain soumis au Conseil de sécurité, et son approbation dans un délai d’une semaine au maximum. Et enfin la déclaration d’un cessez-le-feu».
Le président Berry a tenté d’assimiler le choc résultant de la formule ne jouissant d’aucune chance pour réussir, et a interrogé : avant de vous répondre, complétons l’image de ce que vous avancez, ou en ai le sujet des deux soldats israéliens captivés et des détenus libanais ?
Welch : Il est hors de question pour Israël de mener des négociations à propos des deux soldats, qui doivent être livrés.
Berry : et l’affaire des fermes de Chébaa ?
Welch : "Israël" n’a pas l’intention d’adopter de mesures qui seraient interprétées comme étant une victoire au Hezbollah.
Berry : M.Welch, n’aviez-vous pas été témoin de ma mésentente avec Mme Condoleeza Rice, qui voulait une solution globale, alors que je l’avais posée en deux étapes ? Pourquoi avez-vous changé d’avis en faveur de l’agenda d’"Israël" ? Et pourquoi lorsque les Libanais ont convenu un package deal complet, vous avez opté pour les étapes successives, selon vos intérêts ? Et Mme Rice n’avait-elle pas promis que l’affaire des fermes de Chébaa fasse partie de l’accord ?
Welch : C’est vrai, mais les israéliens l’ont refusé, malgré nos tentatives.
Berry : permettez-moi de vous dire que je ne crois pas qu’Israël refuserait une demande américaine. N’avais-je pas proposé l’échange des captifs d’une manière  réaliste qui aurait résolu le problème ? En tous cas, écoutez M.Welch, J’ai moi-même deux rôles à assumer dans cette bataille : le rôle du président du mouvement Amal, qui participe avec force à la bataille au côté du Hezbollah, et le rôle de médiateur, en mon nom et au nom du Hezbollah. Et pour cela il faut que je sois moi-même convaincu  de la formule proposée, pour que j’en convainque  le Hezbollah.
Welch : que voulez-vous dire ?
Berry : si le sayed Nasrallah envoie  un message approuvant la formule posée, et il ne le ferait point, j’insiste moi-même sur le refus. Pour ces raisons, je ne transmettrai pas votre projet au Hezbollah mais je l’inciterai uniquement à renforcer sa situation pour poursuivre le combat.
Welch : mais nous voulons parvenir à une solution.
Berry : placez les fermes de Chébaa sous la gestion de la Finul et que ses habitants y soient de retour, sans déploiement de l’armée libanaise, jusqu’à la libération de ces terres.
Welch : qu’on lègue le dossier des fermes au secrétaire général de l’ONU,  l’armée israélienne y demeure, et puis l’opération de démarcation y sera entamée.

Berry : ces propos ne sont point convaincants. En tout cas revenons au sujet principal : les composantes du gouvernement libanais se sont mises d’accord sur une série d’idées, à propos desquelles nous avons notre propre interprétation et que j’avais moi-même assumé la responsabilité de les approuver au conseil des ministres. Discutons  les points controversés.
Le président Berry a alors évoqué le projet comprenant les 7 articles convenus au gouvernement, insistant sur la priorité du cessez-le-feu, et écartant l’échange des captifs, puisque la partie adverse ne le réclamait pas.
Il a dit : à partir de ce que vous avancez, pourquoi ne pas reformuler les articles de votre projet, pour que les Etats-Unis réussissent leur  médiation. Lorsque vous maintenez le statu quo de l’après-guerre sur le terrain, des opérations militaires auront surement lieu, puisque la résistance et le peuple libanais, n’admettront pas la présence des forces israéliennes sur leur territoire, et donc l’escalade sera prévue en tout instant. La meilleure solution pour les deux parties serait :
1-Le cessez-le-feu immédiat et global.
2-Le retour des déplacés.
3-Le déploiement de l’armée libanaise dans toute la région et puis  la poursuite des négociations.
Welch : quels objectifs aurions-nous alors atteint ?
Berry :- avant le 12 juillet, Israël était au-delà de la Ligne bleue et il y sera de retour.
- Il occupait de même les fermes de Chébaa et nous ne réclamons pas le retrait immédiat de ses forces durant la  période transitoire.
-L’armée libanaise ne se trouvait pas dans la région et maintenant elle s’y déploiera.
Welch : les choses sont ainsi confuses, Israël accepterait-il ce que vous avancez ? Et qu’en est-il des forces internationales ?
Berry : n’envisagez pas des forces multinationales  ou autre forme de forces internationales.  La Finul se trouve déjà au Liban sud et nous ne refusons pas que ses effectifs soient renforcés, au côté de l’armée libanaise
Welch : vous-opposez-vous à ce que la Finul soit désignée par un nouveau nom ?
Berry : l’important est de préserver son mandat et ses compétences actuels.
Welch : je rencontrerai le premier ministre Siniora.
Berry : je suis d’accord avec le gouvernement sur ce que j’ai proposé.

Berry à Siniora : ce n’est pas le temps adéquat pour discuter des armes
A la sortie de Welch de Ein-Tineh, le président Berry a téléphoné au premier ministre Siniora et l’a mis au courant de la teneur de son entretien avec l’émissaire américain. Siniora a exprimé son attachement aux fermes de Chébaa et « à la résolution de l’affaire des armes illégitimes dans la région du sud Litani ».

Le président Berry a répliqué : nous sommes d’accord sur le dossier des fermes, mais arrangez-nous un processus pour en venir à bout. Quant aux armes, c’est une question d’ordre interne à discuter plus tard, le moment actuel n’étant pas adéquat, monsieur le premier ministre.
Siniora a tenté de discuter des détails, mais le président Berry l’a prié de se conformer au projet des sept articles et de leur interprétation convenus précédemment. 
Le député Saad Hariri s’est renseigné auprès du président Berry, sur le résultat de son entretien avec Welch et le président lui a demandé de communiquer avec le premier ministre afin de maintenir une position unie.
Nous avons ensuite attendu les prises de position du premier ministre Siniora qui a convoqué une réunion exceptionnelle du conseil des ministres, que le président Berry m’a demandé de précéder par la déclaration du refus du soi-disant projet franco-américain, tout en s’engageant aux articles du projet libanais.

Vers 18h du soir, Mme Farah Berry nous a informés que le projet franco-américain, adopté par la Grande Bretagne, est en cours de discussion au Conseil de sécurité, où il pourrait être soumis au vote. Nous avons alors discuté avec le président Berry et ses hôtes, le rédacteur en chef et les rédacteurs du quotidien Assafir, les dangers provenant de l’approbation d’un tel projet, dans la mesure où il occulte complètement l’affaire des fermes de Chébaa, et surtout s’il serait placé sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies.
Nous avons considéré que la discussion du projet  au Conseil de sécurité, a outrepassé le débat qui a eu lieu le matin du même jour entre Berry et l’émissaire américain, qui aurait peut être entendu des propos différents au Grand-Sérail.

Hajj Hussein Khalil de retour à Ein-Tineh a rapporté que le sayed Nasrallah a approuvé ce que le président Berry avait avancé à Welch.
Le président Berry a appelé pour la seconde fois le député Saad Hariri, mettant en garde contre toute position favorable au projet français. Hariri a répondu que le premier ministre a formulé plusieurs observations à cet égard, qu’il exposera au conseil des ministres et qu’il oeuvrera auprès des responsables français afin d’amender le projet.

Le président Berry m’a alors pressé de m’entretenir avec le premier ministre, durant la tenue du conseil des ministres, où j’ai rencontré les deux ministres Mohammad Jawad Khalifé et Mohammad Fneich leur signifiant l’impossibilité de la discussion du projet soumis. Je me suis ensuite entretenu avec le ministre des Affaires étrangères Faouzi Salloukh, pour qu’il envoie une missive aux membres du Conseil de sécurité, dans laquelle il souligne l’attachement du Liban à ses constantes et le refus du projet français.
J’ai enfin eu un aparté avec le premier ministre qui m’a affirmé son refus du projet et de tout problème qu’il pourrait provoquer et semblait en harmonie avec notre vision des faits.
A mon retour à Ein-Tineh, le président Berry s’entretenait à la troisième reprise par téléphone avec le député Saad Hariri, puis il a contacté le ministre qatari des Affaires étrangères Hamad Ben Jassem et l’a informé de la position libanaise, soulignant la nécessité de l’exprimer sans hésitation au Conseil de sécurité, comme étant une position libanaise unie.

Hajj Hussein Khalil a pour sa part envoyé un message au député Saad Hariri, via le commandant Wissam el-Hassan, comprenant notre position commune à l’égard du projet français.
Le ministre Faouzi Salloukh avait formulé le message destiné aux membres du Conseil de sécurité et l’a envoyé au premier ministre, avant de l’expédier à la mission diplomatique libanaise à New York.
Le premier ministre Siniora avait en outre avisé le président Berry que Condoleeza Rice l’avait contacté, qu’il lui avait rapporté la réalité de la position libanaise, mais qu’elle s’était obstinée dans sa décision et il semblait clair que l’attitude de Rice a influencé celle de son interlocuteur qui a essayé de discuter les détails du projet.

Le président a enfin reçu l’appel du vice-président syrien Farouk el- Chareh, qui a tranquillement abordé le projet franco-américain, estimant  qu’il y avait encore assez de temps pour le discuter, interrogeant sur la réunion prévue des ministres arabes des Affaires étrangères. Mais le président Berry a souligné la dangerosité de ce qui se déroulait à New York, affirmant que la priorité était aux contacts avec les puissances afin de prévenir toute résolution au Conseil de sécurité.
 

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