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Des pages inédites sur la guerre de juillet (10)

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Traduction: Dina Chamseddine

Le premier août a inauguré une nouvelle étape de la guerre, avec l'échec des incursions terrestres, en dépit de la largeur du front et du rappel d'un grand nombre de soldats réservistes israéliens.
Le nombre des victimes parmi les forces de l'élite de l'armée israélienne se multipliait, la stagnation sur le front, notamment à Ayta-Chaab, suscitait la terreur et l'incapacité de trancher la bataille dans les villages et orientait l'ennemi vers la création de zones brûlées. Avec l'échec des opérations visant à tuer des responsables de la résistance, les forces de l'élite de l'armée israéliennes ont débarqué dans la ville de Baalbek, où elles ont enlevé le citoyen Hassan Nasrallah, dont le nom semait la terreur dans leurs cœurs, opération qui s'est avérée vaine, malgré les raids aériens intensifs qui l'ont accompagnée.

La faiblesse israélienne s'est de même reflétée dans les déclarations des soldats israéliens devant leurs supérieurs, sur leur incapacité à rivaliser avec les résistants lors des confrontations, ce qui a suscité des interrogations au niveau du commandement de l'armée, sur l'élargissement de l'opération terrestre , prévue par Ehud Olmert.

Le sommet spirituel a été tenu en ce moment à Bkerké et a émis un communiqué renfermant les articles proposés la veille par le président Berry, y compris, une clause relative à « l'unité nationale, pierre angulaire de la lutte contre l'occupation israélienne, et dont le Hezbollah représente l'un des piliers, étant une tranche essentielle de la société libanaise ».

Vers 11h du mardi 1 août, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchaher Moutaki est arrivé à Ein-Tineh, à la tête d'une délégation, pour rencontrer le président Berry. Il a entamé son discours en rapportant les salutations des autorités iraniennes, qui ont loué le rôle du président Berry dans la gestion de la bataille politique. Le ministre iranien a ajouté qu'il avait interrogé son homologue français Doust-Blazy sur la possibilité de l'exécution de son projet dans un proche délai, proposant sa mise en oeuvre en deux étapes, conformément à l'avis du président Berry : cessez-le-feu, échange des captifs, retour des déplacés, et puis la discussion des questions politiques.

Berry : Jusqu'au moment, les développements sont positifs, en dépit du grand nombre de victimes civiles. Les victoires réalisées égalisent tout ce qu'ont accompli les arabes durant leur histoire. D'ailleurs la confrontation nécessite trois éléments :
1- La situation sur le terrain qui semble être en notre faveur et où la résistance a repris l'initiative.
2- L'union nationale, que nous œuvrons pour préserver par tous les moyens avec le premier ministre Siniora, le gouvernement et récemment par la tenue du sommet spirituel, en dépit des divergences dans les points de vue.
3- Les négociations avec les instances internationales et notre attitude ferme face aux pressions.

Et d'ajouter : Même lorsque le ministre français des AE vous a rencontré, je crois qu'il négociait au nom des Etats Unis, qui se rendent compte de l'importance de votre rôle. A propos des projets soumis pour la résolution du conflit, nous nous attachons aux constantes. Nous ne sommes pas contre le déploiement de l'armée libanaise, ni contre l'augmentation des effectifs de la Finul selon son mandat actuel. Et nous avons approuvé la demande de Siniora, d'étendre le pouvoir de l'Etat, mais cela ne signifie en aucun cas d'abandonner les armes de la résistance ; Nous devons être vigilants à ce propos, car certaines parties internes sont plus exigeantes que les américains au sujet des armes et considèrent la guerre comme une opportunité pour en finir.

Moutaki : Nous sommes d'accord sur le projet et j'annoncerai l'appui du communiqué que vous aviez émis avec le premier ministre au Grand-Sérail. La ministre britannique des Affaires étrangères m'a contacté à la suite du changement des circonstances de la bataille et a abordé la résolution politique du conflit. Nous allons réitérer notre soutien à la position libanaise, conformément à mon accord avec le président Mahmoud Ahmadinejad, et sans provoquer le ressentiment de quiconque. Le ministre Français s'est plaint durant notre entretien, de votre attitude hostile à son égard, à la suite du massacre de Qana.

Berry : M. Doust-Blazy a tenté de m'entrainer à la discussion de son projet, alors qu'il a été convenu de limiter nos débats sur le cessez-le-feu. En tout cas, j'insiste sur l'importance que vous intensifiez vos contacts diplomatiques avec les pays membres du Conseil de Sécurité.

Moutaki : Que nous conseillez-vous de déclarer à propos des aides au Liban ?

Berry : Rien. Que les Arabes assument leurs responsabilités et puis vous intervenez.

Vers 9h du matin, le premier ministre Siniora est arrivé à Ein-Tineh, accompagné de
son conseiller Mohammad Chatah, pour s'enquérir auprès du président Berry sur le retrait des armes du Hezbollah dans la région du sud du Litani.

Le président Berry a répondu que les armes réalisent des exploits face à l'ennemi israéliens et que tout débat concernant leur avenir, devrait se dérouler après la guerre et uniquement sur la scène interne.
« Personnellement, je ne suis pas convaincu du retrait des armes, notamment puisque la libération des fermes de Chébaa n'est tranchée dans aucun projet, et même les autres articles, qui en garantira l'exécution si nous livrons les armes ? » s'est interrogé Berry.

Siniora l'a interrompu en disant : Mais le président Emil Lahhoud a dit qu'il refuse le déploiement de l'armée au sud.
Berry : Laissez-nous cette affaire, je la règlerai avec le président Lahhoud. Concentrez-vous sur le cessez-le-feu et je serai à la tête de la force de l'armée qui ira au sud. Je vous répète que nous ne sommes pas contre l'augmentation des effectifs de la Finul.

Siniora : Les pro-américains en Europe, dont l'Allemagne, l'Angleterre, le Pays-Bas et la Tchèque s'opposent au cessez-le-feu, et ils parlent de cessation des opérations militaires, en condamnant les agressions du Hezbollah contre Israël.

Berry : Ils veulent couvrir et donner la chance à l'agression terrestre de l'ennemi qui, plus il avance et plus nous le combattrons, mais c'est le pays qui perdra.
Siniora : Je crains que nous n'ayons guère avancé.
Le premier ministre, contrarié par la teneur du communiqué du sommet spirituel et notamment de la clause citant le Hezbollah et de l'absence de propos sur « la modification de la mission » de la Finul, n'a pas accordé d'importance à sa publication.

Nasrallah à Berry : nous intensifierons demain le pilonnage des colonies
Vers 10h30, hajj Hussein Khalil est arrivé à Ein-Tineh et a rapporté un message du sayed Hassan Nasrallah révélant que « le ralentissement du pilonnage des colonies israéliennes durant les deux derniers jours a visé à apaiser les gens, mais à la lumière de l'escalade israélienne dans les dernières heures, nous avons décidé d'intensifier demain le lancement des missiles. Je vous rassure que le contrôle, le commandement et la communication de la résistance, sont toujours bons.
Hajj Hussein a ajouté que le premier ministre Siniora a demandé au ministre des AE iranien de se prononcer en faveur de la teneur de son discours à Rome (le projet comprenant 7 articles), et puis il lui a dit de s'en abstenir.

Il a poursuivi que les Français ont informé l'Iran de leur disposition à participer à la force internationale, à condition qu'ils reçoivent des garanties de la part du Hezbollah et du mouvement Amal.
Le mercredi 2/8/2006 a été caractérisé par le plus grand nombre de missiles lancés par la résistance vers les colonies et les villes israéliennes, ce qui a stupéfié les responsables israéliens et confirmé le haut niveau de la gestion de la bataille, dont le plan du pilonnage des villes éloignées allait en crescendo. Cette situation a renforcé les spéculations sur l'insistance de l'armée israélienne à atteindre le point le plus proche sur les rives du Litani en vue de remporter une quelconque victoire, même illusoire, pour hausser le morale de ses soldats ;
Nous avons ce jour suivi le combat sur l'axe de la région de Taybeh, le point le plus proche du fleuve, et où la résistance était à l'affût pour surprendre l'ennemi, notamment par l'usage d'armes modernes antichars, qui entraveront ses plans.

Le président Berry a hésité le matin de maintenir un rendez-vous accordé d'avance à l'ambassadeur de la Grande Bretagne James Watt, en protestation contre une position annoncée la veille refusant le cessez-le-feu, mais il l'a de même reçu, lui avouant avoir voulu annuler l'entretien. Watt a répondu que les informations véhiculées dans les médias n'étaient pas exactes et que son pays est engagé à établir le cessez-le-feu. Il a en outre renforcé la conviction du président Berry sur le fait que le ministre français des AE, représentait les Etats Unis durant sa rencontre avec son homologue iranien, révélant que les tractations étaient axées sur la nature de la force internationale prévue et que les Anglais tendent à être convaincus de la résolution du conflit en deux étapes convenues à l'avance , en prenant en considération le projet du gouvernement libanais comprenant sept articles.

Berry : Mais en réalité Tony Blair est allé chez George Bush pour réclamer le cessez-le feu, pour revenir persuadé du contraire.
Watt : ce que je vous dis sur la partition de la solution et les sept articles du gouvernement, représente la position officielle du gouvernement britannique, que je vous transmets, et au Hezbollah, par votre intermédiaire. Nous voulons assumer le rôle de médiateur et nous nous efforcerons pour convoquer une réunion du Conseil de sécurité et l'émission d'une résolution d'ici une semaine.
L'attitude du président Berry a bientôt changé, il a signalé l'importance du rôle de l'Angleterre et la nécessité d'annoncer la teneur de l'entretien.

Abou el-Geith : retrait des armes du Hezbollah

Avant que le président Berry ne poursuive ses entretiens, nous nous sommes mis d'accord sur l'envoi d'une missive écrite au sayed Hassan Nasrallah, concernant la situation sur le front et des informations relatives au processus politique, et qui ont été livrées à un messager, en raison de l'absence de hajj Hussein Khalil.
Le président Berry a ensuite reçu le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Abou el-Gaith qui adoptait une attitude enjouée et prenait les choses à la légère, mais qui a bien écouté les rapports sur la bataille terrestre, les pertes des israéliens et les préparatifs de la résistance.
Le président Berry l'a accueilli en interrogeant : le président Hosni Moubarak est-il gêné de mes propos tenus à son encontre ?
Abou el-Gaith : oui
Berry : j'avais exprimé l'ennui de la majorité des Libanais voulant l'Egypte de leur côté et surpris de ce qui a été dit.
Abou el-Gaith : nous voulons être au côté du Liban, et jouer un rôle dans la résolution du conflit et c'est dans ce contexte que j'ai rencontré depuis deux jours le président Bachar Assad.
Berry : nous encourageons tout rôle arabe, mais il serait utile que vous rétablissiez la confiance en ce rôle.
Puis le débat s'est axé sur le dossier politique, notamment sur la formation de la force internationale et le ministre égyptien a posé les points suivants :
- Un cessez-le-feu immédiat.
- Le déploiement de forces internationales dans 48h, à la suite du cessez-le-feu.
- Le retour des déplacés après 48h de l'arrivée des forces internationales.
Le président Berry a alors rectifié que « puisque la seule force internationale admise, est représentée par la Finul qui se trouve déjà au Liban, il ne serait pas nécessaire d'ajourner le retour des déplacés. Qu'ils regagnent immédiatement leurs villages et puis l'augmentation des effectifs de la Finul ne posera pas de problèmes ».
Abou el-Gaith : Quel serait le rôle des forces internationales et les effectifs de l'armée Libanaise dans la région du sud du Litani ?
Berry : le même rôle qu'elles assument actuellement, avec une augmentation de leurs effectifs, mais sans qu'elles n'aient aucun rapport avec les armes de la résistance.
Abou el-Gaith : Qu'aurions-nous fait ? Cela est inacceptable. Il faut qu'il y ait des dispositions et des compétences nouvelles.

Berry : Croyez-vous que cela peut être accompli sans accord préalable avec nous ?
Les armes de la résistance et les effectifs de l'armée sont des affaires libanaises que nous discuterons plus tard sur la scène interne, mais nous n'avons aucune réserve sur le nombre des soldats libanais déployés au sud.
Les discussions ont duré une heure et demi et les points suivants ont été convenus :
- Un cessez-le-feu
- Retour immédiat des déplacés puisque les avant-gardes de la Finul sont déjà présentes.
- Les compétences de la Finul seront déterminées par un accord commun, sans qu'elle n'ait rien à voir avec les armes de la résistance et sans qu'elle ne soit une force de dissuasion.
Abou el-Gaith de conclure : les responsables syriens se sont prononcés en ma présence sur la réactivation de l'accord d'avril et l'on dit que le premier ministre Siniora est contre le déploiement de la Finul dans les fermes de Chébaa.
Berry : Je ne suis point au courant d'une telle position, il se peut qu'il y ait un malentendu. De toute façon vous aller le rencontrer.
Moratinos en visite de reconnaissance....et des tractations irano-britanniques
Parmi les audiences du président Berry en ce jour, le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos qui n'a rien avancé de nouveau, a appuyé le cessez-le-feu immédiat, en adoptant un discours ouvert à l'égard du rôle du Hezbollah. Il a en outre affirmé qu'il visitera la Syrie, longtemps boycottée par la diplomatie européenne.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères Abdel Ilah el-Khatib s'est de même rendu à Ein-Tineh.
Vers 18h, hajj Hussein Khalil a remis la réponse du Sayed Nasrallah sur la missive envoyée le matin, et le président Berry, optimiste de la tournure des évènements, l'a mis au courant de ses récents contacts, qui ont montré que les développements sur le terrain favorisaient une résolution du conflit conformément à nos conditions.

Hajj Hussein a rapporté que des tractations irano-britanniques sont en cours, notant que le Hezbollah estimait que la stratégie de l'israélien consistait à envahir une zone de 3 Km de profondeur avant de déclarer le cessez-le-feu, en attendant l'arrivée des forces internationales, formées selon ses conditions.
Le président Berry a souligné la nécessité d'assurer un suivi avec tous les Etats amis, pour assurer le veto contre toute force multinationale, en attendant les résultats des contacts effectués par l'Egypte et l'Angleterre.
« Mais il est nécessaire que nous gardions notre aplomb dans le combat, et que nous soyons ouverts aux initiatives » a-t-il conclu.
Nous avons par la suite discuté de la proposition du PSNS (parti socialiste national syrien) sur la tenue d'un congrès national, affaire que le président m'a chargé de suivre avec le parti, préférant la tenue d'une rencontre des partis afin de prévenir tout clivage.

Le président Berry estimait qu'une résolution du Conseil de sécurité sur le cessez-le-feu pourrait être émise lundi prochain, mais il appréhendait que le premier ministre Siniora et le gouvernement libanais insistent sur la modification du mandat de la Finul, pour qu'il englobe le désarmement du Hezbollah au sud du Litani, affirmant qu'il fallait marcher sur le fil du rasoir à ce propos.
Le président Berry m'a enfin pressé de rencontrer le secrétaire général du Haut Comité de secours, pour l'informer du refus de la distribution des aides libyennes sur les lieux de regroupement des déplaces, affaire délicate qui pourrait susciter des réactions, proposant d'en limiter la distribution dans les régions frontalières du Liban nord.


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