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Liban: La volte-face des diplomates au sujet des élections

Liban: La volte-face des diplomates au sujet des élections
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Par Fouad Karam

En quelques mois, la tendance s’est complètement inversée. Tous ceux, politiciens, journalistes ou spécialistes et intellectuels qui rencontrent les diplomates occidentaux en poste à Beyrouth ont constaté récemment un changement radical dans leur approche des élections législatives qui doivent se tenir le 15 mai.

Ceux qui, il y a un an et moins, affirmaient avec beaucoup d’assurance à leurs interlocuteurs libanais que les prochaines législatives seront cruciales pour le pays car elles marqueront le début d’un changement en profondeur des rapports de forces, notamment sur le plan de l’effondrement du CPL et de l’affaiblissement considérable du Hezbollah, ont modifié leur discours.

Il y a près d’un an, ces mêmes diplomates exposaient à leurs interlocuteurs libanais les résultats d’études effectuées par des sociétés de statistiques étrangères (considérées, selon eux, comme plus crédibles) qui montraient la grande colère des Libanais à l’égard de leurs dirigeants et leur détermination à procéder à ce qu’on appelle «un vote sanction» qui devrait affaiblir non seulement la classe politique traditionnelle et les partis politiques, mais aussi essentiellement le Hezbollah et son principal allié chrétien le CPL. Le premier est accusé par les diplomates étrangers de constituer une menace pour les Israéliens et d’avoir changé le cours des batailles dans plusieurs pays arabes dont la Syrie, tout en étant ce qu’ils appellent «un des bras armés de l’Iran et sa carte de visite auprès des populations arabes et musulmanes». Le second, lui, est accusé d’avoir donné une couverture chrétienne considérable au Hezbollah et, par la même occasion, d’avoir changé la tendance chez les chrétiens du Liban qui étaient pratiquement tournés vers l’Occident, en renforçant leur appartenance arabe et leur incrustation dans la région.

Le mot d’ordre des diplomates à leurs alliés libanais était donc d’insister sur la colère des citoyens, pour la canaliser ensuite dans le bon sens. C’est ainsi qu’est né le fameux slogan «Tous, cela veut dire tous» pour finalement être dirigé spécifiquement contre le CPL et le Hezbollah. Même dans le cadre de la tragique explosion du Port de Beyrouth le 4 août 2020, la colère justifiée des gens a été canalisée dans une seule direction, celle du Hezbollah qui serait à l’origine de cette explosion qui a surtout visé les quartiers chrétiens voisins du port. Depuis, tous les incidents sont exploités de la même manière : le président Michel Aoun est rendu responsable de la terrible crise économique et le Hezbollah du blocus indirect imposé au Liban par les Occidentaux et les Etats du Golfe.

En principe donc, le climat populaire était particulièrement hostile à ces deux parties et les diplomates insistaient pour la tenue des élections à la date prévue, afin de produire le changement tant attendu par eux d’abord au Parlement et ensuite au gouvernement et à la tête de l’Etat.

Mais face à cette tendance étrangère, aussi bien le Hezbollah que le CPL ont réagi. En dépit des pressions, des obstacles et des difficultés, chacun de son côté, ils ont accordé une attention particulière à la population, tentant de rectifier l’image qu’on voulait donner d’eux et cherchant autant que possible à prendre des mesures concrètes pour aider les citoyens.

Alors que les ONG financées par l’étranger ont commencé à fleurir au Liban, financées par l’étranger et destinées à aider les Libanais tout en exploitant leur colère et leur misère, le Hezbollah lui, a pris des mesures concrètes pour aider ceux qui le souhaitent en important notamment du mazout et de l’essence.

Finalement et à pratiquement un mois des élections, les diplomates étrangers ont dû se rendre à l’évidence : les élections législatives ne devraient pas apporter un grand changement dans les rapports de force politique, le Hezbollah et ses alliés étant pratiquement assurés d’avoir au moins 60 sièges sur les 128 du Parlement libanais. Le CPL, que l’on avait dit fini, devrait conserver un nombre important de sièges et en fin de compte, les alliés des diplomates étrangers ne parviendront pas à changer la donne.

Au contraire, le 15 mai au soir ou le 16 mai au matin, les diplomates étrangers se trouveront devant un paysage politique terrible : non seulement tout l’investissement qu’ils avaient fait sur les forces dites du changement aura échoué, avec tous les moyens déployés dans ce but, mais de plus, ils devront faire face à un Parlement élu démocratiquement (puisqu’ils comptent surveiller le déroulement des élections) qui donne une grande légitimité pour les 4 prochaines années au Hezbollah et au CPL.

Pour toutes ces raisons, selon des personnes qui rencontrent les diplomates, ceux-ci ne seraient plus attachés à la tenue des élections à la date prévue. Ils préfèreraient avoir affaire à un Parlement dont le mandat est prorogé pour pouvoir l’inonder de critiques et augmenter encore plus la colère populaire contre «la classe politique». Certes, lorsqu’ils sont interrogés, ils répondent que les élections font partie du processus démocratique et il faut respecter les échéances, mais le ton est différent et l’option du report n’est plus rejetée avec la même véhémence. Au point que ces personnes disent que si on trouve un bon prétexte pour reporter les élections, ils seraient prêts à s’incliner devant ce développement «rendu indispensable».

Le tout est donc désormais de trouver le bon prétexte qui justifierait un tel report et, pour le Parlement et le gouvernement, d’avoir le courage d’assumer une telle décision face à la population… A quelques semaines de l’échéance électorale, ce n’est pas évident, même si les électeurs sentent le manque d’empressement de nombreux candidats à mener la bataille électorale…. C’est dans cet esprit que dans son dernier discours le secrétaire général du Hezbollah a évoqué une intention probable de reporter les élections de la part du camp adverse.

Ce qui semble clair, c’est que si ce scénario s’avère difficile, les diplomates étrangers commencent déjà à en réduire l’impact et cherchent un nouveau moyen de maintenir la pression sur le Hezbollah et ses alliés…

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