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Ain-Remmeneh: de Beyrouth à Sidney

 Ain-Remmeneh: de Beyrouth à Sidney
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Par Dr. Makram Khoury-Makhoul*

Il ne faut pas seulement braquer l’éclairage sur la scène libanaise pour éclaircir les origines de la situation sécuritaire tendue au Liban, lors du panorama du massacre de Tayouneh (Ain-Remmeneh), à Beyrouth, le jeudi 14 octobre 2021.

Pour bien comprendre les évènements, il faut adopter l’approche verticale des trois cercles : locale, régionale et mondiale.

En effet, les outils de Washington au Liban n’auraient agi et provoqué le massacre de Tayouneh, qu’à la suite de l’élaboration des plans et l’émission des ordres, approuvés dans le cercle de la prise de la «décision américano-sioniste», en coordination politique, militaire avec des acteurs régionaux, dans le but d’assiéger Téhéran, en intervenant dans les élections irakiennes, en pilonnant Palmyre, en semant le chaos à Beyrouth et en préservant les intérêts et le pouvoir international de Sidney à Pékin, passant pas Al-Qods et Beyrouth.

Les conséquences du massacre scintillent de Tayouneh à Washington, où une réunion a regroupé le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken et le ministre des Affaires étrangères de l’occupation, Yaïr Lapid, le 13 octobre 2021.

Le responsable américain avait indiqué lors de l’entretien (Time is running short), «le temps presse» pour que l'Iran revienne à l'accord nucléaire (du point de vue américano-sioniste). Une déclaration faite après l’insistance du ministre de l’occupation sur le fait «qu’il ne faut pas donner à l’Iran tout le temps nécessaire pour être de retour à l’accord».

Nous aurions estimé que ces deux déclarations étaient dérisoires, sans la tromperie cachée entre les lignes, visant notamment à créer une impression chez l’opinion publique mondiale, selon laquelle la partie iranienne est la coupable, comme si c’était elle qui s’était retirée de l’accord nucléaire, non l’administration américaine en mai 2018; (Un discours au cœur de la vision américano-sioniste et sa rhétorique actuelle contre l’Iran).

Pour exercer des pressions contre l’Iran, l’alliance américano-sioniste estime qu’il faut contrôler la scène irakienne (via les élections ?), asséner les frappes à Téhéran en Syrie et tenter d’affaiblir ses alliés au Liban (la Résistance). Ce pays placé sous l’embargo économique visant à briser l’équation de la dissuasion établie par la résistance en face de l’occupation, dans les deux dernières décennies.

De fait, une des conditions posées par l’État de l’occupation aux États-Unis, pour admettre le retour de Washington à l’accord nucléaire, réside dans le changement de l’équation de la force, à partir de l’Irak, passant par la Syrie, arrivant au Liban, notamment en Syrie et au Liban, en affaiblissant ou éliminant la résistance au Liban et la nomination d’un nouveau gouverneur administratif-militaire, similaire et à Primer en Irak. Toutes ces démarches sont dans l’objectif d’entraver le soutien de l’Iran à la Syrie et au Liban pour libérer le Golan, ce qui constitue une menace pour l’État de l’occupation, à la suite du retour de Washington à l’accord avec l’Iran, avant le changement de l’équation actuelle de la force dans la région.

Du point de vue de l’alliance américano-sioniste, la pression sur le Liban comprend ce qui suit :

1- Retarder et atermoyer dans la formation du gouvernement

2- Politiser l’enquête et le processus judiciaire dans l’explosion du port

3-Tenter d’affaiblir la popularité de la résistance (depuis l’explosion du port le 4 août 2020). Le plan A n’a pas été fructueux. Pour cette raison, on est passé au plan B. Ainsi les ordres ont été donnés pour déstabiliser la situation sécuritaire dans la rue, pour tenter de faire passer les complots suivants :

  1. Le plan tracé pour le juge Bitar et la dissimulation des vérités concernant l’explosion du port et inciter la rue contre le Hezbollah
  2. Déstabiliser la scène intérieure et la paix sociales, provoquer la discorde confessionnelle islamo-chrétienne et sectaire (chiite-sunnite)
  3. Exploiter l’instabilité sécuritaire pour que l’État de l’occupation entame ou poursuive (en secret) l’exploration du gaz à la frontière libano -palestinienne afin d’accaparer les droits du Liban, aux côtés du droit des Palestiniens d’explorer le pétrole et le gaz sur les côtes de Palestine.

Ainsi, l’alliance américano-sioniste aurait remporté plusieurs réalisations, après avoir conclu les contrats de l’exploration avec une entreprise qui se prépare à lancer les travaux dans la Méditerranée, près de la frontière maritime du Liban, sans parvenir à un accord sur le tracé des frontières avec le Liban et imposer ainsi la politique du facto.

Dans l'équation régionale des profits et pertes, les États-Unis ont commencé à sentir que leurs pertes dans les foyers de conflit augmentaient :

1- Washington croyait qu'elle serait la seule qui explorerait tout l'Afghanistan «la mère des minerais» selon l'accord Trump-talibans (février 2020), mais la situation régionale et le voisinage russo-chinois en particulier ne l’admettrons que par la participation du voisinage (et de l'Union européenne) au «gâteau afghan».

2- La Turquie, alliée et sœur des États-Unis au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), achète le système de missile S-400 et coopère dans les gazoducs avec la Russie (South Stream), en plus de l'action de la Turquie contre les agents séparatistes kurdes américains en Syrie.

3- La République arabe syrienne a signé deux accords d'exploration avec deux sociétés russes en été de 2021.

4- L'intensification de la coopération sino-israélienne après qu'une entreprise chinoise a obtenu un contrat pour développer le port de Haïfa. Par la suite, l’ancien chef du Mossad Ephraim Halevy (le 13 octobre 2021) a averti que le rapprochement «sino-israélien» coutera cher à «Israël», si l'administration Biden, décide de répondre durement envers Tel Aviv (au cas où son "Israël") ne se conforme pas à ses exigences de réduire la coopération économique avec la Chine.

C'est exactement ce qu'a dit Blinken lorsqu’il a exigé que Lapid réduise les relations d'Israël avec la Chine.

Le discours médiatique adopté lors de la présence du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis à une réunion avec Blinken et Lapid signifiait qu'ils célébraient le premier anniversaire de l'accord "Abraham" signé sous la direction de Trump. Cependant, la vraie raison est l'augmentation de la pression américaine sur « Israël » via les Emirats, comme l'une des agences américaines dans le Golfe, après que la société émiratie « Mubadala » basée à Abu Dhabi a racheté les parts israéliennes de 22% de la société « Dilek Kedohim » dans le complexe de gaz naturel situé dans le champ de Tamar, au large des côtes de la Palestine occupée.

L'administration Biden est sous la pression des membres du Congrès, y compris des démocrates fidèles à l'État occupant et influencés par ou travaillant pour le lobby sioniste à Washington, pour ne pas revenir à l'accord nucléaire avec l'Iran.

Cependant, l'administration Biden ne veut pas acquiescer à leurs demandes à moins qu'Israël ne fasse des concessions dans le cadre de ses relations avec la Chine, ce qui reste dans les salles de négociation fermées entre eux deux.

Pour approfondir la confiance avec l'administration Biden (qui a promis de revenir sur l'accord nucléaire signé par Obama lorsque Biden était son adjoint), Washington dit en retour à Tel Aviv : «Nous faisons pression sur l'Iran pendant les négociations pour qu'il n'obtienne pas du tout une bombe nucléaire, selon vos souhaits, et nous l'assiégeons parfois Indirectement, à travers le siège de ses alliés; donc nous touchons leurs points de présence en Syrie (la dernière frappe aérienne a été effectuée dans la matinée du jeudi 14 octobre, depuis la base la base Al-Tanaf en , en parallèle des événements d'Ain- Remmeneh au Liban».

«Nous demandons également à nos agents de provoquer en même temps le massacre de Tayouneh au Liban, afin d’intensifier les pressions sur l’Iran et d’obtenir des concessions dans plusieurs dossiers durant les négociations nucléaires, pour qu’Israël approuve Le retour de Biden à l'accord nucléaire selon les « termes d'Israël».

En enchaînement, on ne peut pas voir le massacre du rond-point de Tayouneh (Ain-Remmeneh) comme le début d'une guerre régionale car les administrations Biden et Bennett ne sont pas à l'ordre du jour d'une guerre directe, majeure et coûteuse avec la résistance libanaise.

Pour que l'Etat occupant attaque le Liban et la résistance libanaise, trois conditions doivent être remplies :

1- Soit les Etats-Unis la demande ; Ou « qu’Israël » le veux, alors Biden offre son consentement, et cela ne s'est pas produit et ne se produira pas, puisque Washington, après son retrait d'Afghanistan, n'acceptera pas d'entrer dans une telle guerre, et ne délivrera certainement pas de permis pour la déclencher.

2- Pour lancer une telle agression, il faut trouver le financement auprès de certains pays du Golfe, et ces derniers ne sont pas pressés en ce moment de financer une telle guerre (l'Arabie saoudite est toujours au Yémen et les Emirats ont une ambassade à Damas), surtout si l'on prend en compte le dialogue irano-saoudien, et donc le conflit sunnite-chiite qui s'est apaisé.

3- Il faut que l’Etat de l’occupation ait un état de préparation militaire, et cela n'existe pas actuellement.

Par conséquent, la stratégie de la puissance occupante n'est pas seulement de ne pas faire de concessions, mais d'essayer de maintenir une domination maximale sur le voisinage arabe (après avoir accompli une certaine fragmentation, division et normalisation), d'appliquer l’« équation zéro » et d'essayer de tirer profit de tous les fichiers. Par conséquent, il prévoit d'atteindre les objectifs suivants :

  1. Un accord d'échange de prisonniers avec l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, et une trêve à long terme.
  2. Il satisfera l'Autorité palestinienne à Ramallah avec une aide économique et quelques mesures symboliques, peut-être comme la réouverture du bureau de l'OLP à Washington et le gel des discussions sur un État palestinien.
  3. Il tentera d'affaiblir la présence iranienne en Syrie par le bombardement aérien continu depuis plusieurs années
  4. A travers des événements fabriqués comme celui qui a eu lieu à Ain-Remmeneh, cela déclenchera une «longue guerre civile d'usure et un feu silencieux», au cours de laquelle l'État occupant aidera au maximum ses outils au Liban, ce qui lui donnera l'opportunité de « renforcer l'armée libanaise » et d'autres forces de la droite (par le financement et la formation ?) aux dépens de la résistance afin d'imposer le fait accompli et d'explorer librement le gaz dans les complexes gaziers controversés.

Quant à «Israël», il conservera ses accords dans les domaines portuaires et technologiques avec la Chine (à moins qu'il n'y ait des pressions comme ce qui s'est passé dans le cas de la société « Huawei » aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Suède et dans d'autres pays qui ont conduit à l’annulation de contrats importants), bien qu'il n'intensifiera ou n'augmentera pas sa coopération publique avec la Chine. Ainsi, serait-il bénéfique que la partie chinoise en action dans le port de Haïfa contribue à la reconstruction du port de Beyrouth ?

Cependant, l'arrêt des relations d'«Israël» avec la Chine dans divers domaines est une condition américaine constante afin de ne pas saper les deux alliances récemment établies par les États-Unis : la première est «Aukus», qui rassemble Washington, le Royaume-Uni et l'Australie... La deuxième, l’activation de l'alliance «Quad» entre les États-Unis, l'Australie, l'Inde et le Japon, et celle de contrôle l'océan Pacifique de l'Australie au sud et au nord jusqu'à la Chine, avec une distance de surface de mer de plus de 165 millions de km, pour repousser principalement la Chine et empêcher la Chine d’annexer Taïwan.

Ce projet, qui a conduit la France à crier à l'Australie, qualifiant l'annulation de l'accord sur les sous-marins (que la France devait construire) de «coup de poignard dans le dos».

Cependant, la décision de calmer et de réduire les conflits (confessionnels ou sectaires) au Liban et de ne pas se laisser entraîner dans une «guerre civile d'usure sur un feu calme à moyen terme» ou une guerre féroce majeure qui reste principalement entre les mains des décisions (rationnelles) de la résistance (à la lumière notamment de la demande de sayed Hassan Nasrallah à ses partisans de retenir la colère, de contenir le choc, et de faire preuve de sang-froid malgré les pertes lorsque l'effusion de sang et les pertes de vies humaines se sont poursuivies de (Khaldeh à Ain-Remmaneh). De fait, la Résistance peut adopter une politique de «tergiversation stratégique» sur tous les fronts (local, régional et international), obtenir des succès supplémentaires significatifs et entraver les plans sionistes-américains restants ou renouvelés.

*Universitaire palestinien spécialisé dans les relations internationales et les médias politiques – Royaume-Uni.

 

 

 

 

 

 

 

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