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Discours du sayed Nasrallah le 29 septembre 2020

Discours du sayed Nasrallah le 29 septembre 2020
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Au nom de Dieu

Je suis resté loin de vous pendant un mois, depuis le dixième jour de Mouharram. Pendant toute cette période, il y a eu des développements et des événements importants, notamment au cours des dernières semaines et des derniers jours qui nécessitent que j’en parle avec vous.

Je commence toutefois par un premier point qui consiste à présenter les condoléances à l’occasion du décès de l’émir du Koweit, cheikh Sabah al Ahmed Jaber al Sabah. Je voudrais donc présenter mes condoléances au Koweit, à son peuple et à l’héritier du trône, à la famille de l’émir, au gouvernement, au Parlement et aux Koweitiens, un à un en cette occasion douloureuse. Nous, au Liban, l’émir défunt et son rôle dans la fin de la guerre civile à la fin des années 80 du siècle dernier. De même, les Libanais, et nous en faisons partie, n’oublient pas le rôle particulier de l’émir pendant la guerre de juillet 2006 face à l’agression israélienne contre notre pays, sa position politique claire et ferme, ainsi que sa contribution noble à la reconstruction de ce qui avait été détruit par l’agression sioniste contre le Liban en juillet 2006. A partir de notre position résistante contre les agressions israéliennes et contre le projet sioniste, nous rendons aussi hommage à la position du Koweit, à travers celle de son émir défunt, cohérente et claire face aux pressions exercées sur les Etats arabes et en particulier ceux du Golfe, pour les pousser à rejoindre la caravane de ceux qui normalisent leurs relations avec les Israéliens. Le Koweit continue à adopter cette position honorable, conforme à son engagement arabe et islamique en faveur de la oumma, de Jérusalem et de la Palestine.  
En cette occasion, je demande à Dieu Tout-Puissant d’entourer l’émir défunt de sa miséricorde. Je Lui demande aussi de protéger le Koweit et son peuple pour qu’ils puissent aborder cette nouvelle étape dans le calme.

Je vais maintenant évoquer les questions locales. Je commence par des développements sécuritaires et par la suite militaires. J’invite les Libanais à réfléchir longuement sur ce qui s’est passé au cours des dernières semaines dans la localité de Kaftoun qui a perdu trois de ses jeunes et ensuite sur les affrontements entre l’armée libanaise d’une part et des groupes armés d’autre part, dans le Nord du pays. Ces affrontements ont fait des martyrs au sein de l’armée, des officiers et des soldats. Ils ont été couronnés par une grande confrontation à Wadi Khaled, menée par les FSI et en tête, le SR de cette institution, épaulées par l’armée libanaise. Ces forces ont obtenu des résultats importants.

Sur ce point précis, nous devons, nous les Libanais, rendre hommage aux sacrifices consentis par les militaires. Nous devons aussi présenter nos condoléances  au commandement de l’armée, aux familles des martyrs  de l’armée, une à une pour les pertes qu’elles ont subies. Nous devons aussi rendre hommage à la patience de ces familles, et prendre conscience de l’ampleur des sacrifices qu’elles ont consentis  pour assurer la protection du Liban, sa sécurité  et sa stabilité. Nous devons aussi apprécier à sa juste valeur la position populaire au Nord, dans les villages et les localités de cette région  pendant cette confrontation. Les gens se sont en effet soudés autour de l’armée et des forces de sécurité.

Selon les informations disponibles, il apparaît que ces groupes divers aussi bien dans leur composition que dans leurs sources d’armements, et selon les aveux de ceux qui ont été arrêtés, disposaient de matières explosives, d’armes et de ceintures explosives. Mais le plus dangereux, ce sont les canons et les obus hawn ainsi que les missiles law. Ce qui signifie que ces groupes formés de Libanais, de Syriens et de Palestiniens ne se préparaient pas seulement à mener un attentat çà et là ou des opérations limitées. Ils se préparaient à une opération militaire plus importante. Les prochaines semaines ou les prochains jours devraient permettre d’en savoir plus, à travers l’enquête menée par les services de sécurité, qu’il s’agisse de ceux de l’armée ou des FSI. Cette enquête devrait montrer aux Libanais l’ampleur de ce qui a été accompli à travers cette dernière confrontation  et qui a permis d’épargner au Nord et au Liban tout entier des développements dramatiques.

Vous vous souvenez, à ce sujet précis, que j’avais tiré la sonnette d’alarme  il y a quelque temps, lorsque j’avais dit qu’il fallait être vigilant, car "Daech" est en train de renaître de nouveau en Irak, en Syrie et au Liban. Hélas, certains avaient répondu à mes propos de façon négative et parfois violente. En tout état de cause, la haine, l’aveuglement et l’ignorance  poussent certains à ne pas voir les réalités, car de toute façon, ils ne lisent pas ce qui se passe dans la région.

Dans la région, après l’assassinat du siècle, exécuté par les Etats-Unis à l’encontre des chefs martyrs haj Qassem Soleimani et haj Abou Mehdi al Mouhandes, la demande du peuple irakien du départ des forces américaines et la décision du Parlement irakien dans ce sens, les Etats-Unis ont décidé de relancer "Daech". Si vous le remarquez c’est à partir de ce moment que "Daech" a fait sa réapparition en Irak. Elle a recommencé à lancer des attaques et à reprendre le contrôle de certains territoires, notamment des montagnes et des vallées. Elle a aussi recommencé à dresser des guet-apens en Irak et même en Syrie, notamment dans la région dite al Jazira. Donc, "Daech" a repris ses activités dans plusieurs régions et il est donc normal qu’elle se prépare à agir au Liban. Tout cela dans le but de justifier le maintien de la présence américaine dans la région, sous prétexte de combattre "Daech", par le biais de la coalition internationale. Evidemment, il ne s’agit pas d’une bataille d’un pays contre l’autre. C’est d’ailleurs là un des problèmes de la lecture politique de certains au Liban. Ceux-là croient que le Liban est un îlot isolé de la région. Mais en réalité, le Liban est partie intégrante de la région et de son destin, de son passé, de son présent et de son avenir. C’est pourquoi lorsqu’il s’agit de faire renaître "Daech", cela se fait pour toute la région. Or tous ces groupes qui ont été arrêtés ou tués et ceux que l’on recherche encore s’inscrivent dans la mouvance de "Daech". L’es enquêtes menées avec ceux qui ont été arrêtés et à travers les investigations ont montré que ces groupes ont prêté allégeance à Daech. Ils ont reçu des instructions précises pour se constituer, s’organiser et se préparer, en attendent l’heure H. Nous ne savons pas encore ce qui se préparait exactement pour le Liban. Dans ce contexte, j’appelle de nouveau à la vigilance. On ne sait pas ce qui se prépare exactement pour la région. Mais en général, lorsque les Américains se retrouvent dans une impasse et dans l’incapacité d’affronter les peuples de la région, ils ont recours aux moyens que nous connaissons désormais. Nous devons donc être vigilants et attentifs et nous tenir tous derrière l’institution militaire et sécuritaires pour faire face au danger et à la menace qui arrivent.

Le troisième point ce soir, porte sur les frontières sud du pays. A la frontière avec la Palestine occupée, l’ennemi est encore en état d’alerte. Il se cache et prend ses précautions. Ce qui est bien. C’est peut-être la première fois que l’ennemi reste aussi longtemps dans un état d’alerte et vit des moments aussi difficiles de doutes, le long de cette frontière depuis la naissance de cette entité israélienne qui a violé la Palestine et ses droits. Ses soldats n’osent pas bouger. Parfois, la nuit, il y a un peu de mouvement, un blindé par çi par là. On ne sait pas s’il y a des soldats dans les blindés car ils utilisent de plus en plus des véhicules télécommandés, même dans les blindés et les chars. En tout cas, de notre côté, nous surveillons, nous attendons et nous patientons. Notre décision est la même, comme je l’ai dit au dixième jour de Mouharram, nous voulons atteindre notre objectif. Nous verrons ce qui se passera dans les jours et les semaines à venir.

Un autre point lié au sujet israélien. Il y a peu de temps, le Premier ministre de l’ennemi était en train de s’adresser en direct aux médias dans le cadre d’un discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies.  Avant que j’entre dans ce lieu pour m’adresser à vous, les frères m’ont raconté ce qu’il était en train de dire. Ses propos étaient destinés à monter le peuple libanais contre le Hezbollah. Comme d’habitude, il a montré des cartes et pointé des lieux entre Beyrouth et la banlieue sud. Il a prétendu que le Hezbollah cache des missiles dans ces lieux, à proximité d’une station de gaz. Il a aussi comparé le risque encouru à l’explosion terrible du port, faisant peur aux Libanais et les poussant à se rebeller… Comme il n’y a pas de suffisamment de temps, je compte sur les frères pour contacter les médias et les inviter à se retrouver dans un lieu proche de celui montré par Netanyahu vers 22h. En principe, les frères des relations avec les médias ont dû commencer à le faire. Je dis en principe, parce que je suis en train de prononcer mon discours et je souhaite le poursuivre. Mais je le dis en direct, tous ceux qui désirent se rendre sur les lieux le peuvent et nous leur permettrons de visiter les installations là-bas. De la sorte, le monde entier pourra découvrir le mensonge de Netanyahu en direct. Il a achevé son discours il y a peu de temps. Je m’adresse à vous et il est 20h43. Si le Hezbollah, comme le dit Netanyahu a caché des missiles dans ces lieux, ou même s’il s’agit d’un seul missile, il n’aura pas le temps de l’évacuer ou de les évacuer en une demie heure. J’annonce cette démarche pour cette fois. Mais cela ne signifie pas que nous le ferons à chaque fois. Ni moi ni le Hezbollah ne sommes obligés chaque fois que Netanyahu lance un mensonge concernant un lieu précis, de pousser les médias à s’y rendre. A ce moment-là, cela signifierait que nous n’aurions rien d’autre à faire que de suivre les mensonges de Netanyahu. Cette fois, nous avons accepté de recourir à ce procédé car ces mensonges sont formulés après la tragédie du 4 août et nous savons tous combien ce sujet est sensible pour les Libanais, ainsi que la quantité de  mensonges, de désinformation et de fraude dont nous avons été les victimes à la suite de cette explosion. C’est pourquoi tous les médias locaux et internationaux qui le souhaitent peuvent contacter les relations médias du Hezbollah et coordonner avec elles pour pouvoir se retrouver à 22h. Les relations internationales fixeront le point de départ vers les installations mises en cause par Netanyahu. Ceux qui souhaitent s’y rendre dès maintenant peuvent aussi le faire pour constater que nous ne sommes pas en train d’évacuer les missiles…De toute façon, Netanyahu a été très précis dans son indication du Lieu. Je dis tout cela pour que les Libanais soient conscients de la guerre d’incitation qui est menée contre nous et sachent aussi que nous ne fabriquons pas et nous ne déposons pas des missiles ni au port de Beyrouth, ni près d’une station de gaz. Nous savons très bien où cacher nos missiles.

Je passe maintenant au volet politique interne. Je vais parler de la formation du nouveau gouvernement , de l’initiative française et de la dernière conférence de presse du président français M. Macron. Je souhaite évoquer ce sujet pour expliquer à l’opinion publique libanaise le déroulement des faits. J’essaierai de résumer les détails. Je n’évoquerai pas non plus certains faits pour garder les portes ouvertes. Mais je voudrais donner un tableau suffisant- je crois qu’il sera suffisant- de ce qui s’est passé. Je donnerai ensuite notre commentaire au sujet de la conférence de presse du président français et j’essaierai de dire vers quoi nous nous dirigeons.

Concernant le gouvernement : Après l’explosion du port du 4 août, la démission du gouvernement du Premier ministre Hassane Diab, la visite du président français à Beyrouth  et le lancement de l’initiative française, il y a eu deux réunions à la Résidence des Pins en présence du président français et de huit représentants de partis , de forces et de blocs parlementaires. Lors de la seconde rencontre, ils étaient neuf au lieu de huit. L’initiative a été soumise aux présents. Le texte existe et il a été distribué aux présents. Il a été aussi publié dans les médias et sur les réseaux sociaux. Tout le monde peut y revenir il n’y a rien de caché à ce sujet. Je ne dévoile pas des secrets, je me contente de relater les faits.

Donc, qui allons-nous désigner pour la présidence du Conseil ? Nous nous sommes entendus entre nous, les différents blocs parlementaires qu’il n’y avait pas de problème à ce sujet. L’ancien Premier ministre Saad Hariri devait lui nommer, ok, pas de problème, il faut bien que quelqu’un choisisse un nom. Nous l’étudierons ensuite et nous en discuterons entre nous, soit nous l’acceptons, soit nous le refusons. C’est ainsi que la discussion a commencé sur ce sujet. Entre-temps, un club a été formé, nous l’appelons « le club des anciens Présidents du conseil ». En fait, cette appellation n’est pas conforme à la réalité car le Président Salim Hoss que Dieu lui donne longue vie, n’en fait pas partie. De même, le Premier ministre Hassane Diab qui est lui aussi devenu un ancien Président du Conseil n’en fait pas aussi partie. Ce qui signifie qu’il y en a deux en dehors du club. En tout cas, ce club de quatre a commencé à se réunir. Cela ne nous pose aucun problème. Au contraire, nous voulions la plus large entente politique  possible entre les forces, les courants et les blocs au Liban. Or, ce club a des blocs parlementaires et ses membres représentent des forces politiques. Ils ont donc présenté trois noms, avec une nette préférence pour M. Moustafa Adib. Ou en tout cas, c’est ce que nous avons compris. Tous les indices montraient une préférence pour Moustafa Adib. Nous avons cherché à obtenir des informations sur lui, au cours de la même nuit, sachant que le temps pressait et que le délai de 15 jours commençait à se raccourcir. Les échos étaient positifs. Pour faciliter le processus, nous n’avons pas posé de conditions et nous n’avons pas demandé à le rencontrer au préalable ou à conclure avec lui des accords avant la désignation. Certains peuvent dire que c’était une erreur. C’est une autre affaire. Mais nous voulions faciliter le processus. Or qu’est-ce qui est le plus important dans un gouvernement ? C’est son chef. Nous nous en sommes donc remis à Dieu en misant sur le fait que nous voulions un gouvernement qui obtienne le plus large appui et la plus large représentativité pour pouvoir faire face à cette période difficile.  Nous nous en sommes donc remis à Dieu et la première étape, celle de la désignation a été franchie. Tout le monde était satisfait. Le président français est venu dans sa seconde visite au Liban. Il a rencontré tout le monde après la désignation de Moustafa Adib. Et il a dit que nous voulons poursuivre sur cette lancée et compléter le processus avec ce document de réformes.
Après la désignation de M. Adib, les rencontres protocolaires  avec les blocs parlementaires ont eu lieu et c’est tout. On a demandé au Premier ministre désigné d’agir de cette manière. Il faut préciser qu’il s’agit d’un homme respectable et nous n’avons aucune réserve sur sa personne. Mais on lui a dit : vous pouvez attendre quelqu’un va négocier. Mais il faut le faire avec les différents blocs parlementaires qui eux, devront accorder ou non la confiance au Parlement. Même les blocs qui n’ont pas nommé le Premier ministre désigné pourraient accorder leur confiance au gouvernement. A ma connaissance, ils n’ont toutefois parlé avec personne, ni rencontré, ni discuté. Au point que le chef de l’Etat a été contraint par la suite à convoquer certains chefs de blocs parlementaires  pour en discuter avec eux. Ceux qui négociaient ne voyaient donc pas la nécessité d’en parler avec le chef de l’Etat, qui est pourtant, selon la Constitution, dans ce cas précis, un partenaire  dans la formation du gouvernement et non le représentant d’une force politique. Cela signifie qu’il a le droit d’être au courant depuis le premier jour de tous les détails de ce dossier et d’en être informé et d’en discuter avec le Premier ministre désigné. Il doit être consulté dans la distribution des portefeuilles , dans les noms des ministres , dans la nature du gouvernement… Or, cela ne s’est jamais produit. C’était comme s’il s’agissait de former le gouvernement puis d’aller ensuite mettre le chef de l’Etat devant le fait accompli : voici les portefeuilles et les noms. Il ne restera plus alors au chef de l’Etat que le choix de signer ou de ne pas le faire. Il n’y a pas une troisième option. Si le président signe le décret, il aura accepté un gouvernement de fait accompli dans lequel il n’aura pas eu son mot à dire si au niveau des portefeuilles, ni au niveau des noms. Cela signifie aussi que l’une des rares prérogatives laissées au président de la République après l’accord de Taëf a été annulée. N’est-ce pas la prérogative la plus importante laissée au président de la République ? Les Français doivent être conscients de cela. Ils seraient en train de commettre une erreur  en couvrant un processus  politique qui aurait abouti à annuler la plus importante des prérogatives laissées au chef de l’Etat. Et si le président Aoun refuse de signer le décret, un tollé s’élèvera dans le pays, notamment dans les médias et de la part des rivaux dans ce pays, ainsi peut-être que des Français pour accuser le président Aoun d’entraver la formation du gouvernement. Les accusations pleuvront sur le président Aoun  qui dira-t-on entrave le processus pour le profit de Gebrane Bassil, avec tous les respects que je dois à tous. Pourtant il n’y a pas eu de négociation avec eux. Y en a-t-il eu avec le PSP, je l’ignore. Avec les Forces libanaises ? Je l’ignore aussi. Par contre, je sais des blocs alliés et amis, avec lesquels nous avons la majorité parlementaire, qu’il y a eu des discussions avec nous. Oui, il y en a eu parce qu’en toute simplicité, ils ne peuvent pas ignorer le tandem chiite  qui s’appelle le Hezbollah et Amal.   
Nous avons donc discuté. Naturellement celui qui discutait avec nous n’était pas le Premier ministre désigné. Nous n’avons d’ailleurs aucun problème à ce sujet. Ceux qui discutaient à la place du Premier ministre désigné c’étaient les 4 anciens Présidents du Conseil. Mais avec nous en particulier, celui qui menait les discussions c’était le Premier ministre Saad Hariri. Les discussions étaient calmes et rationnelles. Mais il y a eu une première divergence au sujet du nombre des membres du gouvernement. Il voulait un cabinet de 14. Le second point conflictuel a porté sur la rotation dans la distribution des portefeuilles. En toute franchise, il s’agissait de nous dire : donnez-nous le ministère des Finances. Le troisième point de conflit c’était la volonté du club des 4 de nommer les ministres des autres communautés et pas seulement les ministres sunnites. Ils voulaient donc choisir les chiites, les druzes et les chrétiens en plus des sunnites Enfin, el quatrième point de conflit portait sur la distribution des portefeuilles qu’ils voulaient choisir seuls. Donc, quels portefeuilles comptaient-ils donner aux musulmans ? Aux chrétiens ? Aux chiites, aux druzes, aux catholiques, aux arméniens ? Nous n’avions aucune réponse à ces questions. Nous et les autres dans ce pays étions seulement informés que le gouvernement serait de 14 ministres, qu’il y aurait une rotation dans les portefeuilles. Par la suite, nous saurions comment les portefeuilles seraient distribués et qui seraient les noms choisis. Nous autres, quand nous avons été consultés, nous avions admis qu’un gouvernement de 30 serait fatiguant. Même un cabinet de 24 pouvait plus grand qu’il ne le faut. Mais 14, c’est vraiment trop peu. Cela signifie qu’on donne à un seul ministre deux portefeuilles, alors que par les temps qui courent, c’est à peine si un ministre peut assumer les responsabilités d’un seul portefeuille. C’est d’ailleurs un des problèmes dont souffre actuellement le pays. Il faut des ministres compétents et sérieux capables de mener leur ministère. Pourquoi voulez-vous donc donner deux portefeuilles à un seul ministre ?  Nous avons proposé 18 ou 20. Le sujet est resté en suspens, mais l’autre partie insistait sur un cabinet de 14 membres. Il faut encore préciser que les autres blocs parlementaires consultés par le chef de l’Etat ont exprimé leurs réserves sur un gouvernement de 14 préférant un gouvernement ayant la plus grande représentativité possible.
Nous arrivons maintenant au second point celui de la rotation des portefeuilles. Nous étions en conflit sur ce sujet. Tout le monde connaît le débat au sujet du portefeuille des Finances.
Concernant le troisième point, celui du choix des ministres, il ne s’agissait pas seulement du choix du ministre des Finances. La partie adverse voulait choisir tous les ministres qu’ils soient chrétiens, musulmans…au lieu de laisser les blocs parlementaires ou les partis qui représentent leurs confessions respectives le faire. Même si nous mettons de côté les partis politiques, les blocs parlementaires ne représentent-ils pas toutes les communautés ? Les députés ne sont-ils pas élus par les électeurs de leurs communautés respectives ? Malgré cela, ils ont tous été écartés du processus et ils sont simplement mis au courant des choix faits. Naturellement, pour nous ce procédé était refusé de façon indiscutable. Non pas seulement pour les ministres chiites. Nous considérons que le fait qu’une personne choisisse tous les ministres de toutes les communautés est un danger pour le pays.
Ils nous parlent de Taëf, des prérogatives constitutionnelles  et des coutumes. D’accord. Mais depuis l’adoption de l’accord de Taëf jusqu’en 2005, comment se formaient les gouvernements ? Ils vont dire que cela ne sert à rien d’évoquer cette période car il y avait pendant cette période une tutelle syrienne sur le pays.  D’accord. Parlons alors de 2005 à aujourd’hui. Vous aviez pendant la plupart du temps la majorité parlementaire et vous appliquiez les dispositions de Taëf. Le premier gouvernement formé après le retrait des forces syriennes ou pendant ce retrait était présidé par Négib Mikati. Depuis ce gouvernement jusqu’à aujourd’hui, le Premier ministre désigné a mené les négociations avec les différentes parties, lui-même et non quelqu’un à sa place. Ils se mettent ensemble d’accord sur le nombre de ministres, la distribution des portefeuilles et les noms étaient choisis par les partis participant au processus ainsi que par les blocs parlementaires. Le premier ministre désigné ne discutait pas des noms. On pouvait changer certaines choses  ou certaines coutumes, mais le processus était le même depuis 2005 jusqu’à la formation du gouvernement de Hassane Diab qui a respecté ces pratiques. Les blocs et les partis choisissaient les noms et il arrivait que le Premier ministre désigné donne son avis sur une des personnes choisies ou émette des réserves. Il était pris en considération. Il demandait aux partis concernés d’autres noms et ceux-ci s’exécutaient. Nous étions ouverts à ce procédé avant la formation du gouvernement de Hassane Diab et pendant cette formation. Nous sommes encore prêts à le faire maintenant. C’est une évolution positive et cela renforce les prérogatives du Président du Conseil. Cela n’affaiblit donc pas le Premier ministre qui s’entend avec les blocs et les partis qui veulent participer au gouvernement  sur les portefeuilles et leur distribution. Mais il ne discutait pas les noms.
A ce processus, il a été ajouté le fait que le Premier ministre désigné donne son avis sur les noms et celui sur lequel il émet des réserves peut être mis de côté. D’autres seront proposés à la place. En réalité, cela renforce la position du Premier ministre, contrairement à ce qui se passait depuis Taëf jusqu’à récemment.
Ceux qui veulent utiliser le langage confessionnel  disent que ce procédé affaiblit le Premier ministre. Je dis : pas du tout. Cela s’est produit une ou deux fois et nous le considérons logique et naturel. Nous n’y voyons aucun problème.
Même chose au sujet de la distribution des portefeuilles. Même sur le plan des noms, des idées ont été avancées et nous n’avons pas considéré que c’était un problème. Nous avons dit qu’au final, tout peut faire l’objet de discussions et cela sera réglé entre nous et vous.
Par exemple, on nous a dit : nous ne voulons pas de personnes partisanes. Nous avons dit : Ok, nous pouvons en discuter. On nous a dit : nous ne voulons pas des gens ayant déjà participé à des gouvernements. Nous avons dit : Ok, cela peut se discuter. On nous a dit : Le Premier ministre désigné pourrait ne pas accepter tel ou tel autre nom, ou encore ceux-là. Nous avons dit : pas de problème. N’est-ce pas une facilitation du processus ? Nous ne mettions aucun bâton dans les roues du processus.
Finalement, la réponse à toutes ces discussions est arrivée le dernier jour du délai de 15 fixé par le président français. De plus, à ma connaissance, tout cela n’a pas été discuté avec le président de la République. Ils ne se sont pas mis d’accord avec lui sur un cabinet de 14, sur la rotation des portefeuilles ou sur les noms.
Nous sommes donc revenus au point de départ : un cabinet de 14 avec une rotation dans les portefeuilles, et ce sont eux qui choisissent tous les noms et les distribuent sur les portefeuilles. Pour nous, c’était totalement inacceptable. C’est là que les choses sont restées suspendues. Bien entendu cette attitude n’était pas dans la Constitution. Celle-ci se contente de dire que le gouvernement doit regrouper des représentants de toutes les confessions. C’est cela l’élément nouveau dans l’accord de Taëf.  Car le gouvernement est devenu le pouvoir exécutif au niveau de la prise des décisions. Toutes les confessions doivent donc y être représentées.
Je ne compte pas me référer à l’article 95 de la Constitution qui évoque ce point. Mais je souhaite dire qu’on peut donner cette interprétation en appliquant les textes constitutionnels. Je ne cherche pas à imposer notre interprétation, mais celle-ci existe et elle est logique si on veut mener un débat constitutionnel. En tout cas, c’est bien la pratique adoptée depuis 2005 à nos jours.
Pourquoi voulez-vous instaurer maintenant de nouvelles pratiques, qui annulent la majorité parlementaire ? Qui annulent aussi la présidence de la République et les forces politiques ? Pourquoi voulez-vous établir de nouvelles pratiques qui confisquent la formation du gouvernement au profit d’une partie qui est dans la minorité parlementaire ? nous la respectons bien sûr et nous respectons ce qu’elle représente. Mais il s’agit là de nouvelles pratiques  qui sont en contradiction avec les coutumes et la Constitution. Elles sont aussi contraires à la démocratie que nous réclame M.Macron.
A partir de ce moment, les Français ont commencé à intervenir. Ils ont contacté toutes les parties et ont exercé des pressions sur elles. Les Français ont parlé avec les responsables, les chefs de partis. Avec nous, le canal de communication était différent. Le président français a déployé des efforts louables, mais dans quel sens ? Indépendamment de ce qu’il a dit aux autres, je vais parler de ce qu’il nous a dit : pourquoi vous ne facilitez pas le processus ? Pourquoi vous mettez des entraves ? nous voulons que vous ayez un rôle positif… Le tout dans un langage diplomatique qui continent des pressions en disant sinon, les conséquences seront terribles…
De notre côté, nous avons répondu : chers amis, l’initiative française parle-t-elle d’un cabinet de 14 membres ? Ils ont répondu par la négative.
L’initiative française dit-elle que les 4 anciens Présidents du Conseil doivent choisir les ministres du gouvernement quelle que soit leur confession ? Est-ce eux aussi qui doivent distribuer les portefeuilles ? Ils ont dit : non. Nous avons aussi demandé si les 4 anciens Présidents du Conseil devaient décider de la rotation des portefeuilles et donner ainsi celui des Finances à une autre communauté ? ils ont dit : non. Nous avons simplement émis le souhait qu’il s’agisse d’un cabinet restreint, entre 1à et 18 ministres. Mais c’est à vous, les Libanais,  de choisir. Dans ce cas, où voyez-vous que nous sommes en train d’entraver l’initiative française ? Cette discussion a eu lieu. Comme ils se sont exprimés dans les médias, j’en fais de même. Ils ont dit : vous avez raison, tout cela n’existe pas dans le texte de l’initiative.
Je dis au peuple libanais : ce texte existe sur les réseaux sociaux. Le document de réformes français qui constitue l’élément principal de l’initiative française ne comporte pas un cabinet de 14. Il ne parle pas de rotation des portefeuilles, ni de la partie qui choisit les ministres, ni celle qui distribue les portefeuilles. Tout cela ne figure pas dans le texte français.
Je vais continuer l’exposé des faits avant de commenter. Nous avons atteint un moment où les Français nous ont dit : nous comprenons votre position. Ce que vous dites est logique. Il n’y a pas de problème à ce que le ministre des Finances soit chiite.
 Nous n’entrerons pas dans les considérations qui poussent Amal et le Hezbollah à insister sur ce point. Il mérite une explication. Mais tout deviendra plus clair à travers le développement de certains points.
Les Français nous ont dit : laissons donc le portefeuille des Finances à un chiite mais qu’il soit choisi par le Premier ministre désigné. Autrement dit par les 4 anciens Présidents du Conseil. Nous avons répondu que ce qui compte pour nous, ce n’est pas de désigner un ministre de père et de mère chiite pour ce poste. Mais notre attachement à ce point est basé sur le fait d’avoir une participation à la décision. Le club des 4 peut choisir un fonctionnaire chiite qui lui est acquis à cent pour cent. Ce n’est pas ce que nous cherchons. Il faut voir où va sa décision. De toute façon, le Premier ministre désigné peut rejeter les noms jusqu’à ce que nous lui proposions quelqu’un qui lui convienne et qui lui paraît digne de cette responsabilité. Bien entendu, cette idée a été totalement rejetée par le club des 4.
Par la suite, le président Saad Hariri a déclaré qu’il accepte, et pour une fois seulement, que le ministre des Finances soit chiite. Mais il devra être choisi par le Président du Conseil désigné. Pourtant, nous en avions fini avec ce point 5 jours auparavant. Cheikh Saad a même dit qu’il a bu la coupe de poison. Cela n’était pas nécessaire, M. le Premier ministre. Nous tenons à votre santé. Nous pouvons chercher une nouvelle entente. Mais ce qui est sûr c’est que ce qu’il a proposé ne peut pas être la solution.
De plus, les autres partenaires du club des 4 ont aussitôt publié un communiqué pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec la proposition de l’ancien Président du Conseil Saad Hariri. Toute cette histoire n’est d’ailleurs pas claire. Mais laissons cela de côté.
Nous sommes arrivés donc face à un vrai problème. Nous n’étions pas d’accord sur la forme du gouvernement, ni sur la partie qui choisit les ministres, ni sur le principe de rotation ni sur la distribution des portefeuilles. Le Premier ministre désigné s’est excusé. Je voudrais, ici, faire la remarque suivante : si certains, sans préciser l’accusation,  avaient cru pouvoir mettre tout le monde devant le fait accompli en formant un gouvernement sans tenir compte des autres, en supposant que la situation des chrétiens est difficile, notamment celle du CPL, le mandat du Président est sur le point de s’achever et il veut que cela se fasse sur un point positif, il y a des pressions françaises… Par conséquent, ces éléments vont pousser le président à signer n’importe quelle proposition qui lui est soumise. Ceux qui croient cela montrent qu’ils ne connaissent pas le chef de l’Etat.
En tout état de cause, dans le contact qui a eu entre nous et le Premier ministre désigné, ce dernier avait été clair. Il a dit : je suis venu pour être appuyé et positif voulant que mon gouvernement ait le plus large éventail possible d’appuis. Je ne veux entrer en conflit avec personne. S’il n’y a pas un accord au sujet du gouvernement, je n’irai pas vers l’option du gouvernement de confrontation. L’homme a donc fait preuve de noblesse dans sa position et dans son engagement. Il s’est retiré.
Nous aurions souhaité qu’il se donne une chance plus longue. Mais soit il n’a pas pu supporter, soit on lui a demandé de se retirer. Je l’ignore.
Je poursuis mon exposé des faits, après le retrait du Premier ministre désigné. Je commenterai ensuite.
La vague médiatique était déjà connue avant le retrait du Premier ministre désigné. Les médias dont les Américains ont parlé, ainsi que les commentateurs et autres, ont immédiatement orchestré une campagne pour nous faire assumer la responsabilité des entraves.    
Ils avaient d’ailleurs commencé à le faire avant que le Premier ministre désigné ne se retire. Les attaques se sont donc concentrées sur le président de la République et sur le tandem chiite Amal et le Hezbollah, car ce qui était apparent, c’est le ciblage politique.
Les Français se sont fâchés et ils ont annoncé que le président Macron comptait tenir une conférence de presse sur le sujet. Les Libanais ont donc attendu pour voir à qui le président français faisait assumer la responsabilité de l’échec. Nous avons tous écouté la conférence de presse du président Macron et les questions et réponses dans lesquelles les journalistes libanais l’ont entraîné.
J’ai fini l’exposé des faits. Je vais maintenant faire des commentaires. Dans ce contexte, je voudrais préciser certains points :
1-    Ce qui a été proposé au cours du mois écoulé ( il y a eu un premier délai de 15 jours suivi d’une prolongation de 15 autres jours), n’était pas un gouvernement de sauvetage, mais bien un cabinet entièrement formé et sous la houlette du club des 4. Il était ainsi demandé à tous les blocs parlementaires et à toutes les forces politiques , du président de la Chambre au chef de l’Etat à accepter le choix du club des 4 sans discuter et sans poser la moindre question. Comment devait être le gouvernement ? Comment les portefeuilles devaient-ils être distribués ? Quelle devait être la politique du gouvernement ? nous n’avions pas le droit de discuter. Nous devions accepter tout ce qu’ils décidaient, sous la menace de sanctions à venir et de pressions françaises. On nous disait : Vous devrez assumer la responsabilité de l’échec devant le peuple libanais et devant la communauté internationale. Vous apparaîtrez ainsi comme ceux qui entravent et qui empêchent la solution. C’est ce qui était proposé au cours du mois écoulé. Naturellement c’était basé sur une lecture erronée.
L’élément le plus important dans ce qui était proposé au cours du mois écoulé c’était un point précis : savoir si le tandem chiite accepte ou non. Je vais être franc. En réalité, ils n’ont pas parlé avec une autre partie. Ils n’ont pas discuté ou négocié avec qui que ce soit d’autre. Ils ont considéré que si le tandem chiite accepte, aucune autre partie ne pourra s’opposer à ce projet. Si le président Aoun voudra soulever la question des prérogatives, il se retrouvera tout seul pour faire face à toutes les pressions. Je dis cela pour que tout le monde sache dans quelle situation nous nous trouvions.
Donc, ce qui était proposé au cours du mois écoulé n’était pas un gouvernement de sauvetage, mais un gouvernement entièrement formé par le club des anciens Premiers ministres. Un cabinet de 14 membres  comme s’il s’agissait d’un Conseil d’administration d’experts, de fonctionnaires, dont la décision politique est totalement soumise à un seul camp, lui-même faisant partie de la minorité parlementaire. Ce camp représente une partie politique importante au sein de la communauté sunnite, mais on ne peut pas dire qu’il représente l’ensemble de cette communauté. Il y a beaucoup de députés sunnites élus par des voix sunnites  et qui ont une représentativité au sein de la rue sunnite et qui ne font pas partie de ce camp. Voilà donc ce qui était proposé et tout le monde devait accepter sans discuter. Certes, dans ce contexte, il y avait donc une lecture fausse de la situation. On pensait que les gens vont avoir peur et que le pays est dans une situation dramatique, les pressions augmentent, les nouvelles sanctions arrivent. D’ailleurs, c’est dans ce climat que les sanctions sur les deux anciens ministres Ali Hassan Khalil et Youssef Fenianos ont été annoncées. On parlait même d’une nouvelle liste de sanctions sur 94 personnes. On nous disait donc : si vous entravez le processus, les conséquences seront terribles. Si à nous, qui sommes quand même une partie non négligeable ils ont dit cela, je n’ose pas imaginer ce qu’ils ont dit aux autres et de quoi ils les ont menacés.
Dans ce point toujours, je voudrais dire que cette méthode ne réussit pas au Liban quels que soient ceux qui l’appuient ou se tiennent derrière, qu’il s’agisse des Etats-Unis, de la France, de la communauté internationale, de la Ligue arabe ou de toute la planète et de l’univers. Cette méthode ne réussit pas au Liban et en l’utilisant, vous êtes en train de perdre du temps. C’est la remarque numéro1. La remarque numéro 2, c’est que le président français nous a accusés de faire peur aux gens. Ceux qui nous accusent de faire peur aux autres sont ceux-là-mêmes qui ont utilisé cette méthode avec les responsables, les blocs, les partis et les forces politiques, tout au long du mois écoulé, pour faire passer un gouvernement de cette sorte. Ils ont utilisé toutes les menaces, les sanctions, la peur d’aller vers le pire. Voyez donc les mots qu’ils ont utilisés. Cela a paru dans les médias.
2-Nous avons rejeté cette formule pas parce que nous voulons ou non être présents au sein du gouvernement. La question principale que nous nous sommes posés était la suivante : l’intérêt du Liban et son sauvetage étaient-ils assurés dans un tel gouvernement ? A ce sujet, nous avions deux étapes, celle du mauvais vers le bon et celle du mauvais vers le pire. Où allons-nous ?  a qui devons-nous confier le navire pour qu’il soit sauvé ? Le club des 4 est formé d’anciens Présidents du Conseil qui ont occupé cette fonction de 2005 jusqu’à tout récemment. Est-ce vrai ou non ? Pendant 15 ans, ils ont assumé ces responsabilités. Certes, ils ne les assument pas seuls. Nous sommes tous responsables. Mais eux assument la plus grande responsabilité car ils étaient Premiers ministres et ils avaient des ministres dans les gouvernements. Ici, je souhaite les inviter à ne pas fuir leurs responsabilités et de les assumer. Nous devons donc coopérer entre nous et nous entendre, c’est vrai. Mais le sauvetage réside-t-il dans le fait de faire appel à ceux qui ont assumé la plus grande partie des responsabilités au cours des 15 dernières années ? Est-il logique de dire à ceux-là : voilà prenez en charge le pays et vous êtes en charge de son sauvetage ? De quelle logique s’agit-il là ?
3-En ce qui nous concerne, et je parle là du Hezbollah spécifiquement car nos frères à Amal étaient présents dans les gouvernements bien avant nous,  nous n’avons commencé à être dans les gouvernements qu’après 2005. J’ai longuement évoqué ce sujet lors de la campagne électorale de 2018. J’avais dit que nous devions désormais être dans les gouvernements, non par goût du pouvoir, d’un portefeuille, d’un salaire ou d’un ministère. Dieu a été clément avec nous et nous n’avons pas besoin des salaires de l’Etat ni de ses budgets. Non, j’avais évoqué une raison précise et aujourd’hui, je voudrais y ajouter une seconde. La première raison que j’avais évoqué c’était le souci de protéger les arrières de la résistance. Je l’ai déjà expliqué et il n’est pas besoin de revenir sur cela. Certains amis disent à ce sujet que le Hezbollah n’a pas besoin d’être au gouvernement pour protéger les arrières de la résistance. C’est un point de vue que nous respectons mais que nous ne partageons pas. Plus d’un ami disent cela  mais nous ne sommes pas d’accord. Pour nous, il faut être représenté au sein du gouvernement. Maintenant avec un membre du parti ou non , cela reste à discuter. Nous devons être présents au gouvernement pour ne pas rééditer l’expérience du 5 mai 2008. Qui était le gouvernement du 5 mai 2008 ? C’était ceux-là-mêmes  qui veulent former le prochain gouvernement. Ce qui se passe c’est comme le scénario du 5 mai 2008. Le 5 mai 2008, une décision dangereuse a été prise  qui aurait pu provoquer une confrontation entre l’armée libanaise et la résistance. C’est un projet américano-israélo-saoudien. Ce sujet a été surmonté. En toute franchise, nous n’avons pas peur du commandement de l’armée, ni de l’armée en général, ni même d’aucun officier, ni encore des soldats. L’armée est une institution nationale. Mais nous avons le droit d’avoir des craintes au sujet du pouvoir politique et de la décision politique. Nous avons donc décidé d’être présents au gouvernement pour protéger les arrières de la résistance. Cela c’est la première raison. Je vais en ajouter une autre aujourd’hui.
Dans toutes les discussions passées, on nous reprochait de nous être consacrés à la résistance, de nous être rendus en Syrie, en Irak et Dieu sait où encore et vous avez laissé la situation économique, monétaire et quotidienne régresser. Une série d’accusations ont commencé à nous être lancées et des équations ont été mises en place disant les armes de la résistance contre la corruption.  Ou encore l’économie contre la résistance. Je ne veux pas discuter cela maintenant, mais je voudrais au contraire exploiter ces équations pour dire que nous ne pouvons pas être absents du gouvernement, en toute franchise, par crainte pour ce qui reste du Liban, sur le plan financier, économique et sur tous les plans en fait.  Nous avons des craintes pour le Liban et pour le peuple libanais. J’ai déjà dit que je n’avais pas peur pour le Hezbollah, mais pour le pays, ses gens et son avenir.  Comment ? Si un gouvernement est formé, nous ne savons pas s’il est prêt à accorder un chèque en blanc au FMI sans discuter et accepter ainsi toutes ses conditions. Je n’accuse personne mais c’est une possibilité. Je connais les convictions des gens. Est-ce permis ? Nous sommes un bloc parlementaire, comment allons-nous voter la confiance au gouvernement ?  D’autant qu’il y a cette possibilité d’accepter sans discuter le plan du FMI qui pourrait poser des conditions  au Liban, assorties de menaces ? N’avons-nous pas le droit d’avoir des craintes que le gouvernement dont la principale mission est de traiter la situation financière, décide de vendre les biens de l’Etat ? C’est évoqué dans certains plans. De même, il est question de la privatisation du secteur public, sous prétexte qu’il faut assurer des fonds au Trésor public et pour combler le déficit et rembourser les dettes…N’avons-nous pas le droit d’avoir des craintes au sujet de l’augmentation de la TVA ? je voudrais préciser que dans les gouvernements précédents où nous étions représentés, il y avait des batailles à ce sujet et nous n’étions pas les seuls à les mener. Si un gouvernement était formé de la façon dont cela se passait, la première décision qu’il aurait prise aurait porté sur l’augmentation de la TVA sur tout. Il aurait sans doute été décidé d’augmenter les taxes et les impôts. Or nous nous étions engagés auprès du peuple libanais à rejeter cela. Ce peuple déjà épuisé et éprouvé aurait-il supporté une hausse de la TVA ?
Pour quelques cents  sur le wattsapp, les gens sont descendus dans la rue le 17 octobre dernier. N’avons-nous pas le droit d’avoir des craintes au sujet d’un gouvernement dont nous ignorons comment il va traiter le dossier des dépôts dans les banques ? Non, mes chers amis, nous avons peur pour notre pour notre pays et pour notre peuple, pour les biens de l’Etat et pour les avoirs des déposants dans les banques. Nous avons des craintes au sujet des conditions du FMI et nous avons peur d’aller du mauvais vers le pire.  Je ne prétends pas que nous avons des solutions miracles. Nous avons proposé des alternatives liées à l’importation de produits pétroliers à partir de l’Iran. Ce qui aurait fait faire des économies de l’ordre de milliards de dollars au Trésor public.  Nous avons aussi proposé des alternatives liées au fait de se diriger vers l’Est, sans pour autant abandonner l’Ouest. Il s’agissait de se diriger vers la Russie, la Chine, l’Irak, l’Iran… Mais les gens ont eu peur  de ces propositions, les Américains en particulier.  Il y a donc des propositions alternatives . mais malgré cela, nous ne disons pas que nous sommes l’alternative. Nous disons venez que nous coopérions ensemble pour trouver des solutions. Mais en toute franchise, nous ne pouvons plus, à cause de la résistance ou d’autres,  tourner le dos, fermer les yeux et dire : que n’importe qui vienne au pouvoir, forme un gouvernement, prenne les décisions et reste au pouvoir. Aujourd’hui, ce n’est plus possible d’avoir cette attitude et de rester en dehors du pouvoir. Cette étape est finie et ces principes, nous les mettrons en avant dans la formation de tout gouvernement au cours de l’étape prochaine.
Concernant la conférence de presse du président Macron j’ai des remarques sur la forme et sur le fond. Je vais les lire rapidement.
Sur le plan du fond, le président français fait assumer aux forces politiques libanaises la responsabilité du sabotage de son initiative. Je lui pose donc les questions que nous avons déjà posées à ses représentants : l’initiative française prévoyait-elle que les 4 anciens Présidents du Conseil doivent à eux seuls former le gouvernement et l’imposer ensuite aux blocs politiques et au président de la République, après voir précisé la distribution des portefeuilles et choisi les noms des ministres de toutes les communautés ? Oui ou non ? Nous avions obtenu la réponse : Non. On nous avait dit que cela ne figure pas dans l’initiative française. Dans ce cas, vous devez aller voir qui a mis en échec l’initiative française, dans sa première étape. Vous devez aller voir qui a profité de l’initiative française et des pressions françaises pour imposer un gouvernement ainsi composé, pour imposer de nouvelles pratiques  et s’accorder des acquis politiques qu’il n’a pas pu obtenir au cours des 15 dernières années, avec votre couverture et avec vos pressions. Si vous saviez et vous compreniez ce qui se passait, cela signifie qu’il ne s’agit plus d’une initiative, mais d’une catastrophe. Cela signifie aussi que l’initiative s’est transformée en projet pour donner le contrôle du pays à un groupe et annuler ainsi toutes les autres forces politiques. Si vous n’en étiez pas conscients, soit, vous pouvez rectifier le tir  dans la seconde étape actuellement de l’initiative française. Donc, il n’y a aucune raison pour généraliser les responsabilités dans l’échec de l’initiative. Vous devez déclarer avec précision quoi est responsable de cette situation.
Sur le plan des responsabilités, je ne veux pas défendre le Hezbollah. Au contraire, je souhaite que le président Macron  déclare ouvertement que le Hezbollah est responsable de l’échec de l’initiative. Je n’ai pas de problème à cela et qu’il innocente ensuite les autres forces politiques. Mais, il y a des forces politiques au Liban avec lesquelles nul n’a parlé. On ne leur a posé aucune question et nul n’a négocié avec elles. Elles ne savent pas ce qui se passe. Si on menait des négociations avec nous, nous ne connaissions pourtant aucun nom ni aucun portefeuille. Eux, ne savaient donc rien du tout ! Comment, dans ce cas, peut-on leur faire assumer la responsabilité de l’échec ? Lorsque vous avez distribué les accusations, vous avez englobé tous les responsables et chefs d’institutions. Admettons que le président de la Chambre soit responsable parce qu’il fait partie du tandem chiite, mais dites-moi en quoi le président de la République est-il responsable ? Où n’a-t-il pas assumé ses responsabilités ?  Vous avez englobé tout le monde dans les accusations, parlant des chefs des institutions et de toutes les forces politiques. Mais où le président de la République a-t-il commis une faute ?  Où n’a-t-il pas assumé ses responsabilités ? En fait, la formule du gouvernement n’est même pas arrivée chez lui. Personne n’est venu lui dire : voilà le gouvernement, c’est ainsi que seront distribués les portefeuilles et voici les noms.
Lorsqu’on nous dit que nous assumons la responsabilité et que nous entraînons le pays vers le pire, c’est faux. Au contraire. Ce que nous avons fait c’est empêcher le pays d’aller vers le pire. Nous sommes encore dans le mauvais, pas le pire et nous espérons que l’initiative retrouve son chemin initial et que les Libanais coopèrent entre eux  pour que nous allions du mauvais vers le bon.
Quelles sont les promesses que nous avons faites et que nous n’avons pas tenues ? Un document a été mis sur la table. Notre frère, le chef du bloc de la Résistance qui représentait le Hezbollah dans cette réunion, Hajj Mohammed Raad l’a lu. Il a déclaré en toute franchise qu’il était d’accord avec 90% de son contenu. Le président Macron a insisté : c’est vrai ? Vous êtes d’accord avec 90% du contenu ? Hajj Raad a répondu par l’affirmative. Bien entendu, les Français n’ont pas demandé quels étaient les 10% sur lesquels ils n’étaient pas d’accord. Mais même si hajj Raad avait dit nous sommes d’accord à 100%, il n’y avait rien dans le document sur la façon de former le gouvernement. Où n’avons-nous donc pas tenu nos promesses, M.Macron ?
Ne pas tenir ses engagements et ses promesses, c’est ne pas être respectable. C’est ce qui a été dit de plus dur. Mais je voudrais vous rappeler que vous avez-vous-même parlé au début d’un gouvernement d’union nationale. Puis vous vous êtes rétracté sur ce sujet. Nous avons compris votre situation et nous avons accepté cette rétractation. Certains ont parlé d’une erreur dans la traduction., d’autres ont évoqué des pressions américaines ou saoudiennes. Ok. Vous avez alors parlé d’un gouvernement de compétences et d’indépendants. D’accord. Mais qui doit choisir ces personnalités indépendantes ?  Cela ne figure pas dans l’initiative et il n’y a eu aucune discussion ni aucun accord à ce sujet. Vous dites que vous ne voulez pas que les chefs de partis nomment les ministres. Mais cheikh Saad Hariri est un chef de parti, le Premier ministre Négib Mikati l’est aussi. Le Premier ministre Fouad Siniora est membre d’un parti. Pourquoi est-il permis à un parti de choisir les ministres et pas aux autres ? M.Le président et tous les Libanais, nous ne nous sommes pas engagés, lors de cette réunion, à accepter n’importe quel gouvernement. Nous ne nous sommes pas engagés à accepter de remettre le pays entre les mains de n’importe quel gouvernement. Il n’y a eu aucun accord  sur la façon de former le gouvernement et sur la partie qui choisit les ministres. Cela ne figure pas dans le plan, ni dans l’initiative. Il y a eu une tentative de profiter de l’initiative française pour imposer cette formule aux blocs et aux partis politiques. Nous, M.le Président, nous sommes connus chez nos amis et chez l’ennemi pour respecter nos engagements et nos promesses. Nous somems connus pour notre crédibilité chez l’ami et chez l’ennemi. Nous sommes connus pour notre reconnaissance des bienfaits et comment nous les rendons. Nous somems connus pour respecter nos promesses et comment nous sommes prêts à faire des sacrifices pour pouvoir les respecter. Il nous arrive aussi de mécontenter nos amis et nos alliés pour tenir nos promesses. Je ne vais pas donner d’exemples à ce sujet. Ils sont connus.
Un point que je voudrais commenter : il n’est pas possible d’utiliser la promesse d’aides financières pour éliminer de l’équation des forces politiques essentielles dans le pays et pour contourner les résultats des élections. Le président Macron déclare : Amal et le Hezbollah, le Hezbollah et le président Berry, les chiites doivent choisir : la démocratie ou le pire. Ok, nous avons choisi la démocratie. Mais ce que vous nous demandez, M.Le président, est contraire à la démocratie. Si les élections, ce n’est pas la démocratie alors en quoi consiste celle-ci ?
La démocratie a produit en 2018 une majorité parlementaire. Aujourd’hui, M.Le président, vous ^tes en train de mander à cette majorité de se retirer et de remettre son sort et celui du pays à une partie de la minorité parlementaire. Nous autres, nous avons choisi de recourir aux élections législatives et municipales  et de respecter leurs résultats. Nous avons choisi le partenariat. Nous n’avons donc pas choisi le pire, ni la guerre. Nous n’avons pas agressé qui que ce soit. Ce sont les sionistes qui ont mené une guerre contre notre pays, ont occupé notre terre et confisqué nos choix.  Ce sont eux qui menacent notre pays.  Nous ne nous sommes pas rendus en Syrie pour combattre les civils. Nous sommes allés en Syrie  avec l’accord du gouvernement syrien  pour combattre les groupes que vous qualifiez  de takfiristes et terroristes et dont la France fait partie de la coalition  internationale destinée à les combattre. C’est vous qui êtes présents en Syrie de façon illégale et sans l’accord du gouvernement syrien. Nous n’avons pas été en Syrie pour combattre les civils. Nous y avons été pour défendre notre pays, pour protéger le Liban, la Syrie et toute la région  du pire projet qui la menace après le projet sioniste. Il s’agit du terrorisme takfiriste.
Nous ne faisons pas partie de la classe corrompue. Nous n’avons pas pris des fonds appartenant à l’Etat. Tout le monde sait d’où vient notre argent. Nous le crions sur tous les toits clairement. Nous ne possédons pas de biens et de fonds qui viennent de certaines recettes et nous cherchons ainsi à les préserver.  Nous ne possédons pas des projets partisans que nous voulons préserver. Cette généralisation n’a pas lieu d’être. Les autres sont libres de réagir comme ils le veulent. Mais nous, nous n’acceptons que l’on s’adresse à nous de cette façon. Nous n’acceptons pas que l’on pense même à nous de cette façon. Je voudrais rappeler que nous avons accepté la désignation de M.Moustafa Adib pour former le gouvernement, sans entente préalable et sans conditions. Nous avons alors agi en misant sur la bonne foi. Nous avons fait cela par souci de faciliter le processus non de l’entraver.  Nous voulions donc faciliter et aider, mais cela ne signifie pas que nous étions prêts à une reddition et que nous étions prêts à renoncer à la responsabilité du pays à l’aveuglette. Ce n’est pas du tout cela.
Je voudrais encore dire  que nous n’exerçons pas de pressions et nous ne cherchons pas à effrayer ou à manier le procédé de la terreur contre qui que ce soit au Liban. Je dis cela parce que le président Macron a mentionné cela, même s’il l’a fait sous la forme d’une question en évoquant les résultats des élections. Je lui dis donc : vous pouvez demander à votre ambassade, à vos services de renseignements au Liban. Ils pourront vous dire combien il y a de médias, de personnalités médiatiques, de politiciens, de websites, de réseaux sociaux et de quotidiens qui nous insultent et nous attaquent en permanence, lancent des mensonges à notre égard et nous diffament. Ils sont là et n‘ont peur de personne. S’ils avaient peur, ils n’oseraient pas ouvrir la bouche. Par contre, certains Etats arabes que vous protégez et qui sont vos amis ou vos alliés qui empêchent même un simple tweet hostile à la normalisation des relations ou légèrement critique contre telle autorité, tel roi ou tel émir... Non, nous ne faisons pas peur aux autres. Si certains ont peur, c’est leur problème, mais nous n’utilisons pas ce procédé. Vous pouvez venir au Liban et interroger les gens sur ce sujet.
Le dernier point que je voudrais soulever  à ce sujet est le suivant : je souhaite que l’administration française ne prête pas trop l’oreille à certains Libanais. Si elle a un point de vue, cela peut être traité. Mais non, tout le problème n’est pas que l’Iran a voulu entraver l’initiative française. L’Iran n’a pas demandé d’être plus ferme dans le choix des ministres et elle n’a pas non plus demandé au tandem chiite de s’accrocher au portefeuille des Finances. Tout cela n’a aucun sens. Ce n’est basé sur aucun élément concret. L’Iran n’est pas comme cela. Ce pays n’est pas comme vous. Il n’intervient pas dans les questions internes libanaises. C’est nous, le Hezbollah, le tandem chiite avec nos alliés, qui prenons nos décisions. L’Iran n’intervient pas et ne nous dicte pas nos décisions. C’est le cas depuis 20 ans, et même plus. Je peux dire que c’est le cas depuis que je suis secrétaire général du Hezbollah en 1992,  puisque depuis je suis en contact direct avec les autorités iraniennes. En tout cas, tous ceux  qui parlaient et parlent avec les autorités iraniennes  vous disent que chaque fois qu’elles étaient sollicitées au sujet du Liban, elles disaient allez voir les frères libanais et discutez avec eux. Ce sont eux qui décident.
A chaque fois, on parle d’un accord américano- iranien, le Hezbollah met des bâtons dans les roues ou attend le résultat des négociations irano-américaines. Mais moi je vous le dis, il n’y a pas d’accord américano-iranien, ni de négociations américano-iraniennes. En tout cas jusqu’aux élections. C’est clair et les Iraniens l’ont déclaré clairement. De plus,  l’Iran ne veut faire pression sur la France pour je ne sais quel dossier au Conseil de sécurité. Tout cela n’a rien de sérieux. Si cette ignorance des faits et cette façon erronée de penser  vont se poursuivre, cela signifie que nous n’aboutirons à aucun résultat au Liban. Car si les approches sont fausses, elles ne peuvent aboutir qu’à de fausses conclusions.
M.Macron si vous voulez chercher des responsables étrangers de l’échec de votre initiative, allez voir du côté des Américains qui ont imposé des sanctions et menacent d’en faire d’autres. Allez chercher du côté du roi Selmane et son discours devant les Nations Unies. Mais comment pouvez-vous dire que toutes les forces politiques, les dirigeants des institutions constitutionnelles, tous ont trahi, vous avez bien utilisé ce terme, quelle que soit la traduction, on le retrouve. Sur quelle base lancez-vous de telles accusations ?
D’abord, nous n’acceptons pas que vous nous accusiez de trahison.  Nous refusons catégoriquement cette accusation et ce style arrogant à notre égard et à l’égard  de toutes les forces politiques du Liban.  Nous refusons ce langage et cette manière de procéder.
Nous n’acceptons pas que quelqu’un mette en doute notre respectabilité. Nous sommes un parti respectable qui respecte ses promesses et les autres. Nous n’acceptons pas que l’on nous accuse de corruption. Si les amis français possèdent des dossiers de corruption  contre des gens, des responsables, des députés du Hezbollah, s’ils ont des preuves que nous avons pris de l’argent de l’Etat, qu’ils viennent les présenter devant la justice libanaise. Nous sommes prêts à livrer à la justice toute personne de chez nous accusée de corruption. C’est peut-être la centième fois que je dis cela. Je le répète encore. Mais dire que la classe politique est corrompue ainsi que toutes les forces politiques, c’est inacceptable. Nous avons accueilli chaleureusement le président Macron lorsqu’il est venu au Liban. Nous avons aussi accueilli favorablement son initiative. Mais nous n’avons pas donné notre accord pour qu’il soit un procureur général, un juge d’instruction et un juge qui émet les sentences, un tuteur, un gouverneur et un wali sur le Liban. Nous avons accueilli favorablement le président Macron et l’initiative française parce que nous les considérons comme des amis qui aiment le Liban et veulent l’aider à sortir de ses crises, qui veulent aussi rapprocher les points de vues entre les différentes parties. C’est cela être un ami. Cela signifie aussi  vouloir aider, parrainer, faire des médiations et privilégier la fraternité et l’amour. Mais cela ne signifie pas qu’un mandat lui a été accordé pour être le tuteur, le gouverneur ou le juge et le wali du Liban. A ma connaissance, les Libanais n’ont pas pris une décision de ce genre. C’est pourquoi nous souhaitons que la façon de procéder, la forme et le fond soient revus.
Je conclus ce volet en disant : Nous avons accueilli favorablement l’initiative française et aujourd’hui, le président français a prolongé le délai de celle-ci. Ahlan wa sahlan. Nous continuons à l’accueillir favorablement. Nous sommes prêts à dialoguer, à l’ouverture et à la discussion avec les Français, avec tous les amis du Liban et avec toutes les forces politiques au Liban. Mais cette approche supérieure et arrogante qui a été adoptée au cours du mois dernier et la façon de dépasser  les réalités qui a été suivie sont inacceptables. Elles ne peuvent pas continuer car si elles continuent ainsi on n’aboutira à aucun résultat.  Nous sommes prêts à  être ouverts. Nous voulons que l’initiative française réussisse, nous misons sur elle, comme le fait tout le monde, et nous voulons qu’elle se poursuive, mais je propose de changer la méthode, les analyses, les interprétations, la façon de parler avec les différentes parties. Le plus important est le respect, ainsi que la dignité des gens. Ce qui a été atteint, il y a deux jours, c’est la dignité nationale. Il y a des gens en colère contre certains partis et contre la classe politique. C’est leur droit. Mais il ne faut pas pour autant généraliser à tous les partis, institutions et forces politiques, car cela touche à la dignité nationale. C’est inacceptable. Nous connaissons  les Français. Ils ont étudié les règles de la morale, ils sont diplomates et utilisent une belle langue, même si parfois le contenu est dur, ils essaient toujours de l’embellir. Je ne sais donc pas ce qui a pu se passer dimanche soir. En tout cas, nous restons ouverts dans l’intérêt de notre pays. Il y a aujourd’hui, une nouvelle étape. Il est normal , après ce qui s’est passé, que les blocs parlementaires recommencent à parler entre eux, à discuter et à entrer en contact avec les Français. Ceux-ci disent qu’ils veulent poursuivre leur initiative. C’est bien. Quelles sont les nouvelles idées ? Quelles sont les nouvelles bases ?  je ne vais pas soumettre maintenant de nouvelles idées, ni proposer des solutions ou des limites pour nous en tant que Hezbollah.  Car tout cela doit être discuté avec nos alliés et nos amis. Mais il faut  supposer que nous tous nous ne céderons pas au désespoir. Ce qui est demandé c’est que nous travaillions tous ensemble, que nous nous entendions. Nous continuons à miser sur la coopération de tous  et sur une approche positive de la part de tous pour passer de l’étape du mauvais vers le bien, non du mauvais vers le pire.
Le dernier paragraphe, en deux mots, sera consacré au peuple de Bahrein. Il est de mon devoir de saluer la position du peuple de ce royaume, qui a récemment rallié la caravane des Etats qui normalisent leurs relations avec l’ennemi israélien, après les Emirats Arabes Unis.
Les jeunes de Bahrein sont descendus dans les rues, malgré l’oppression et les risques. DE même, des ulémas ont publié des communiqués en ayant le courage de signer de leurs noms. Dans un langage clair ils ont dénoncé cette décision, tout en étant à Bahrein.  Je rends hommage à tous, à l’intérieur et à l’extérieur du royaume, à tous les partis et institutions,  à certains députés au Parlement pour ces positions honorables et dignes. C’est cela Bahrein. C’est cela le peuple de Bahrein.  Nous savons tous que le pouvoir qui a pris cette décision n’est pas maître de ses choix. D’ailleurs tout le monde traite avec lui comme s’il était une province de l’Arabie. Notre pari sur le peuple du Bahrein justifie notre pari sur tous les peuples du monde.
Je réitère donc mon hommage au peuple courageux du Bahrein, qui, en dépit de ses blessures et du fait qu’une partie de ses jeunes et de ses symboles sont en prison, ne s’est pas tu et est resté fidèle à ses principes. Avec un courage immense, ce peuple a ouvert sa poitrine aux balles et tendu ses mains pour être arrêté, pour dire la vérité et le droit sans peur. Il y a aussi des positions tout aussi honorables dans plusieurs coins du monde arabe, en Tunisie, la position est à la fois populaire et officielle, en Algérie, aussi, dans plus d’un pays, les voix s’élèvent pour protester contre le silence, la trahison ou la reddition. Aujourd’hui, je voudrais demander au peuple soudanais, dont nous connaissons l’histoire et les sacrifices, ainsi que la lutte  contre les colonisateurs, nous l’appelons à ne pas se plier àaux pressions et à ne pas accepter la normalisation. Mais en tout état de cause, même si les gouvernements normalisent leurs relations, et c’est certainement une mauvaise chose,
cela n’est pas l’essentiel. Ce qui compte ce sont les peuples et c’est sur eux que nous misons.  L’accord de Camp David a plus de 40 ans. Où en est aujourd’hui la normalisation du peuple égyptien ?  Même chose pour le peuple jordanien. Il n’y a pas de normalisation, ni en Jordanie ni en Egypte. Le chef des EAU dit : nous sommes fatigués des guerres et des sacrifices. Mais Lui ne s’est pas battu et n’a pas consenti de sacrifices. Ceux qui ont souffert, ce sont les Palestiniens, les Egyptiens, les Libanais, les Jordaniens. Et ces peuples-là n’ont pas été vers la normalisation.
Tant que c’est là le sentiment des peuples, tant que le peuple palestinien reste attaché à ses droits, nous ne serons pas inquiets des développements dans la région. Ceux qui ont normalisé  ont forcément perdu leur sauvetage pour le Jour du Jugement dernier. Mais même leurs calculs dans ce monde seront perdants. Je n’ai pas le temps de développer ce point. Mais l’avenir proche confirmera cette tendance. Allez en paix.

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