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Le pire ennemi de l’Arabie saoudite se nomme MBS

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Par Samer R. Zoughaib

Rarement un prétendant aux fonctions suprêmes n’aura fait autant de mal à son pays que le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane.

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane (MBS), est certainement un cas unique, une perle rare. Non pas pour les grandes choses qu’il a pu accomplir pour son pays, mais au contraire pour le nombre incalculable d’erreurs, de mauvais choix, de décisions impertinentes et de couacs, qu’il a accumulés en trois ans, et qui ont provoqué des pertes colossales et des dégâts irréparables pour la pétromonarchie, dont il convoite le trône avec avidité.

Ce prince presque inconnu il y a à peine trois ans, préféré du roi, son père, sur lequel, dit-on, il exerce une influence sans limites, a progressivement concentré entre ses mains tous les pouvoirs. Nommé à la tête d’une multitude de commissions, il a fait en sorte d’avoir le dernier mot dans les affaires politiques, militaires et économiques du royaume wahhabite.

Dans sa quête insatiable du trône, pour lequel il n’est pas le prétendant le plus légitime, puisque le roi fondateur, Abdel Aziz Ibn Saoud, a encore des fils capables d’occuper la charge, comme le prince Ahmad, MBS a mis à sa disposition toutes les ressources du pays.

L’une de ses premières décisions a été de provoquer la guerre du Yémen, qualifiée par les Nations unies et les grandes ONG internationales, de «plus grave catastrophe humanitaire du siècle». Ce qui était censée être une promenade de quelques semaines s’est transformée en véritable «Vietnam» pour l’Arabie saoudite et ses alliés, notamment les Emirats arabes unis. Malgré des moyens militaires colossaux, déployés par une large coalition de pays, l’armée yéménite et les comités populaires (essentiellement formés du mouvement Ansarullah), opposent une résistance héroïque. Non seulement l’Arabie saoudite n’a pas réussi à enregistrer une victoire militaire décisive, mais les Yéménites ont occupé de vastes territoires saoudiens dans les provinces de Assir et Jizane, et menacent de leurs missiles balistiques les aéroports, les ports et les installations pétrolières du royaume.

Sur le plan politique aussi la récolte saoudienne est pauvre. Malgré les massacres à répétition de civils commis par la coalition pro-saoudienne, soutenue par les Etats-Unis, l’implacable blocus alimentaire et énergétique, la famine, les épidémies, notamment le choléra, les Yéménites n’ont pas brandi le drapeau blanc et rien ne montre qu’ils ont l’intention de le faire.

La guerre du Yémen saigne les finances saoudiennes

La guerre du Yémen a pompé des centaines de milliards de dollars des réserves en devises du royaume, si bien que le budget saoudien est déficitaire et le pays a dû emprunter sur le marché international.

Les souffrances inhumaines infligées aux Yéménites sont désormais connues du monde entier malgré le verrouillage pratiqué par les médias mainstream, et l’image de l’Arabie saoudite en pâtit énormément.

Evidemment, l’échec au Yémen n’a pas fait vaciller MBS, soutenu plus que jamais par son père. Au contraire, le fils préféré du roi a continué son ascension, évinçant l’ancien prince héritier Mohammad ben Nayef pour prendre sa place. Pour y parvenir, il s’est acheté le soutien des Etats-Unis, en se liant au très sioniste gendre du président américain, Jared Kushner, et en achetant le soutien de Donald Trump à coups de centaines de milliards de dollars entre contrats d’achat d’armements (110 milliards), promesses d’investissements dans les grands projets d’infrastructure aux Etats-Unis, et lancement du plan de réforme appelé Vision 2030, dont la construction de Neom, une ville du future sur les rives de la Mer Rouge (500 milliards de dollars), servirait surtout à faire tourner à plein régime les industries américaines.

Un coup d’Etat feutré

En contrepartie du soutien américain à son coup d’Etat feutré, MBS a soutenu les politiques de Washington au Moyen-Orient, notamment la sortie de l’accord nucléaire avec l’Iran et toutes les sanctions qui en ont découlé, et, surtout, ledit «Accord du siècle», qui vise à liquider la cause palestinienne.

En parallèle à toutes les concessions politiques et les généreux cadeaux économiques et financiers offerts aux Américains, MBS s’est employé à mettre au pas toute opposition interne. Il n’a pas hésité à s’attaquer aux princes des Saoud et à des dizaines d’hommes d’affaires, qu’il a emprisonnés, humiliés et dépossédés. L’épisode du Ritz-Carlton (l’hôtel où ont été incarcérés les princes et les businessmen) a montré que le royaume wahhabite est un pays de non loi. Le résultat de cette purge a été d’effrayer les investisseurs internationaux, dont beaucoup ont estimé que la sécurité et la protection juridiques nécessaires pour faire des affaires en Arabie saoudite n’existait pas. Et que par le bon vouloir d’un prince, ils pouvaient être dépossédés du jour au lendemain. Beaucoup de princes et d’hommes d’affaires saoudiens ont commencé aussi à sortir du pays leur fortune de peur que MBS ne la saisisse.

La séquestration de Saad Hariri

Eloigné des réalités et vivant dans l’illusion que le soutien du président américain lui permettait de faire ce que bon lui semble, Mohammad ben Salmane n’a pas hésité à convoquer le Premier ministre libanais, Saad Hariri, en novembre 2017, pour le forcer à démissionner, avant de le séquestrer pendant deux semaines dans une villa. L’agence de presse britannique Reuters a publié un long article, le 21 octobre, révélant ce que beaucoup de Libanais savaient déjà, à savoir que Saad Hariri avait été battu et humilié lors de sa détention.

La séquestration du Premier ministre libanais a provoqué un véritable tollé international. MBS a été contraint de relâcher Saad Hariri qui, à peine rentré à Beyrouth, est revenu sur sa démission, montrant au monde entier qu’elle lui avait été arrachée de force à Riyad.

Cette affaire a été un camouflet politique pour le prince héritier, qui n’a atteint aucun des objectifs qu’il espérait à travers les mauvais traitements infligés au Premier ministre libanais. Le gouvernement est resté en place, avec deux ministres du Hezbollah, et le Liban n’a en rien modifié sa politique étrangère.

Echec au Qatar

Comme si tous ces échecs n’étaient pas suffisants, MBS en a ajouté un supplémentaire à son CV. Du jour au lendemain, il a décrété que le Qatar soutenait le terrorisme et que l’émir Tamim ben Hamad Al Thani devait être destitué. Il a imposé, avec les Emirats arabe unis, un embargo au Qatar et aurait même envisagé d’envahir le pays, selon des articles parus dans la presse internationale. Résultat, il a poussé Doha dans les bras de l’Iran. Et plus d’un an après l’embargo, Tamim est toujours en place et le Conseil de coopération du Golfe (CCG), un des principaux outils diplomatiques et politiques de l’Arabie saoudite, n’existe plus que sur le papier.

L’assassinat sauvage de Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre, n’est que le prolongement naturel des actes antérieurs de MBS. Il s’agit d’une décision irréfléchie, qui a eu des conséquences politiques et diplomatiques dévastatrices, difficiles à réparer quelle que soit l’issue de l’affaire. Tous les efforts déployés par MBS et ses conseillers pour le présenter sous l’image d’un homme moderne et réformateur, qui ont coûté des dizaines de millions de dollars, sont partis en fumée.

Malgré tous ces échecs, le roi Mohammad ben Salmane continue de soutenir son dauphin. C’est le meilleur service qu’il puisse rendre aux ennemis de l’Arabie saoudite, car, finalement, le plus grand danger qui plane sur le royaume et sur la dynastie des Saoud, émane du prince héritier.

Source : French.alahednews

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