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Trump humilie le roi Salman, l’Arabie saoudite garde le silence

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Par Samer R. Zoughaib

Bien que Donald Trump ait humilié publiquement le roi Salman Ben Abdel Aziz, l’Arabie saoudite a gardé le silence.  

Il y a quelques semaines, l’Arabie saoudite avait réagi avec véhémence contre le Canada, qui avait réclamé la libération de deux militantes saoudiennes, emprisonnées dans leur pays. Prononçant des discours grandiloquents, les dirigeants du royaume wahhabite avaient affirmé ne tolérer aucune ingérence dans leurs affaires intérieures ou atteinte à la «souveraineté» du pays. Le sketch s’était terminé par l’annonce du gel des relations commerciales bilatérales par Riyad.

A l’automne 2017, l’Arabie saoudite avait réagi comme une vierge effarouchée à des propos de l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, lors de la crise provoquée par la séquestration à Riyad du Premier ministre libanais Saad Hariri. Au cours d’une conférence de presse conjointe avec le chef de la diplomatie libanaise Gebran Bassil, Sigmar Gabriel avait évoqué «la politique étrangère aventurière» de l’Arabie saoudite et lui avait reproché la guerre au Yémen. Les autorités du royaume avaient rappelé leur ambassadeur à Berlin pour protester contre les déclarations de Sigmar Gabriel. La crise diplomatique a duré près de dix mois et ce n’est qu’en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre, à New York, que les deux pays ont renoué le dialogue et que Riyad a décidé de renvoyer son ambassadeur à Berlin.

En lisant ces quelques lignes, on peut imaginer un pays, l’Arabie saoudite en l’occurrence, farouchement attaché à sa souveraineté, n’acceptant aucune critique contre les effroyables violations des droits de l’homme commises sur son sol, ou ingérence dans ses affaires intérieures, et faisant payer cher à tout Etat qui oserait transgresser ces principes. Mais il n’en est rien. Car Riyad a gardé sa bouche cousue après l’humiliation publique de son roi Salman Ben Abdel Aziz par le président américain, Donald Trump.

Trump agacé par la hausse des prix du pétrole

Dans un langage très peu diplomatique, le locataire de la Maison Blanche a repris un propos qu’il avait déjà dit lors de sa campagne électorale, sur l’impossibilité pour la monarchie des Saoud de se maintenir au pouvoir sans le soutien des Etats-Unis. «Nous protégeons l'Arabie saoudite. Vous diriez qu'ils sont riches, a-t-il lancé à ses supporteurs lors d’un discours prononcé à un meeting dans le Mississippi. Et j'adore le roi, le roi Salman. Mais je lui ai dit: Roi, nous vous protégeons – et vous ne seriez peut-être pas là plus de deux semaines sans nous –, vous avez à payer pour votre armée.»

C’est en substance ce que Trump a dit au roi Salman lors d’un entretien téléphonique le 29 septembre. La version fournie par l’agence de presse saoudienne sur la teneur de la conversation diffère largement. D'après SPA, les deux dirigeants ont parlé, à l'initiative du président américain, «des efforts pour maintenir les approvisionnements de manière à assurer la stabilité du marché pétrolier et la croissance de l'économie mondiale». L’entretien aurait également porté sur «les moyens de développer les relations bilatérales dans le cadre du partenariat stratégique entre les deux pays, en plus de la situation dans la région».

Le compte-rendu de l’agence saoudienne tente visiblement d’édulcorer les propos que le président américain a tenus avec le roi. Car Donald Trump n’avait pas caché son mécontentement lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unis, quelques jours plus tôt. «Nous défendons bon nombre de ces pays pour rien, puis ils profitent de nous pour nous faire payer des prix de pétrole élevés. Ce n'est pas bon. Nous voulons qu'ils cessent d'augmenter les prix, nous voulons qu'ils commencent à baisser les prix», a-t-il déclaré.

Chantage pour la vente d’armes

Trump est visiblement agacé par la monté des prix du pétrole et accuse les pays exportateurs, notamment ceux du Golfe, d’en être responsables, ou du moins de ne pas prendre l’initiative pour les faire baisser. Cependant, c’est surtout lui qui est responsable de cette situation à cause des sanctions qu’il a imposé à l’Iran, affirment de nombreux experts. Et les prix du baril pourraient grimper davantage au cas où il pénalisait le secteur du pétrole iranien, comme il menace de le faire lors d’un second train de sanctions, en novembre.

Le président américain se livre ouvertement, aussi, à un chantage, en martelant que l’Arabie saoudite «doit payer» en contrepartie de la «protection» assurée par son pays depuis la signature du pacte de Quincy, en 1945, entre le président américain Franklin Roosevelt et le roi fondateur, Abdel Aziz ibn Saoud. Conformément à ce pacte, les Etats-Unis garantissent la sécurité de la monarchie en échange de son pétrole. Cet accord avait été renouvelé pour une durée de 60 ans sous la présidence de George W. Bush.

Donald Trump semble estimer que le contrat d’achat d’armes américaines de 110 milliards de dollars par l’Arabie saoudite, signé lors de sa visite à Riyad en 2017, n’est pas suffisant. Il veut pomper davantage d’argent du royaume pour faire tourner à plein régime l’industrie d’armement US. Et pour cela, toutes les armes sont autorisées, l’une d’elle étant le chantage. La semaine dernière, le Pentagone avait annoncé le retrait du Moyen-Orient de quatre batteries anti-missiles Patriot, à un moment où l’Arabie saoudite en a grandement besoin pour se protéger des tirs de missiles par l’armée et les Comités populaires yéménites contre le royaume.

Mais l’arme suprême utilisée par Trump reste l’humiliation publique du roi Salman. Et contre cette arme, les princes des Saoud sont restés silencieux, ravalant tous leurs discours sur la souveraineté, qui ne fonctionnent pas contre le protecteur américain.

Source : French.alahednews

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