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Trump sème le chaos dans le monde

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Par Samer R. Zoughaib

Les sanctions économiques décrétées par le président américain contre l’Iran ne visent pas seulement la République islamique mais aussi les plus proches alliés des Etats-Unis.

En dénonçant unilatéralement l’accord nucléaire avec l’Iran et en décrétant de nouvelles sanctions économiques contre la République islamique, le président américain Donald Trump plante un clou supplémentaire dans le cercueil de la superpuissance américaine. Le locataire de la Maison blanche affiche, sans aucun scrupule, son mépris pour les lois et les conventions internationales, et, pire, pour la signature de son pays. Il montre aussi le peu de considérations qu’il a pour ses plus proches alliés. Or la puissance des Etats-Unis ne vient pas seulement de sa force militaire, des avancées technologiques et de ses capacités économiques. Mais aussi de l’image qu’ils renvoient d’eux-mêmes au monde: une nation respectueuse des règles qui régissent les relations internationales et de ses engagements. En balayant d’un revers de la main cette dimension morale essentielle pour «l’attractivité» que dégagent les Etats-Unis, et longuement travaillée et mise en valeur par l’industrie cinématographique et le concept de la «Public diplomacy», qui ont créé et véhiculé dans le monde le «rêve américain» (American Dream), Donald Trump montre qu’il ne croit qu’en la force.

Les alliés humiliés

La force des Etats-Unis ne vient pas uniquement de la taille de sa flotte navale, du nombre de ses avions de combat, ou des technologies dernier cri investies dans le domaine militaire. Elle vient aussi des alliances qu’ils ont conclues dans le monde, à commencer par l’Otan, cette organisation qui leur a permis d’instaurer une hégémonie politique, maquillée en Europe depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Donald Trump affiche dans toute sa laideur l’arrogance et l’insolence du «cowboy» du Far West, qui ne croit dans d’autre loi que celle de son Colt. «Quiconque faisant des affaires avec l'Iran ne fera pas d'affaires avec les Etats-Unis», a tweeté Trump le mardi 7 août. Cet avertissement est surtout adressé à l’Europe, qui a dénoncé, du moins verbalement, la décision de Washington de rétablir les sanctions contre l’Iran. La première vague de ces sanctions, qui ont pris effet quelques heures plus tôt, vise les transactions financières et les importations de matières premières par l’Iran. Elle comprend également des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l'aviation commerciale. Elle sera suivie le 5 novembre d'une seconde série de mesures ciblant le secteur pétrolier et gazier, ainsi que la Banque centrale iranienne.

L'Union européenne a «regretté» le rétablissement de ces sanctions et confirmé sa «détermination à protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des affaires légitimes avec l'Iran». Mais les vociférations des Européens n’ont pas suffi pour convaincre de grandes entreprises européennes, comme Total ou Peugeot, de ne pas mettre un terme à leurs activités en Iran. Le dernier à se retirer a été le constructeur automobile allemand Daimler.

Cette façon cavalière de traiter ses alliés, sans prendre en compte leurs intérêts et en leur imposant sa volonté va entamer davantage le capital de confiance entre l’Europe et les Etats-Unis, déjà affecté depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche.

Par ailleurs, d’autres alliés, comme les Emirats Arabes Unis, pourraient payer le prix du rétablissement des sanctions contre l’Iran. Le volume des échanges entre les EAU et la République islamique s’élève à 8 milliards de dollars par an, ce qui porterait un coup sérieux aux Emirats.  

Tensions internationales

En outre, la tentative d’extra-territorialiser les lois américaines pour les imposer au monde entier va augmenter les tensions au niveau des relations internationales, surtout que de grandes puissances, comme la Chine et la Russie, ont annoncé qu’elles n’appliqueraient pas les sanctions contre l’Iran.

L’Iran, lui-même, a clairement exprimé sa volonté de résister aux menaces et aux intimidations américaines, qui s’inscrivent, selon le président Hassan Rouhani, dans le cadre d’«une guerre psychologique contre la nation iranienne et (visent à) provoquer des dissensions internes».

Téhéran, par la bouche de ses dirigeants politiques et militaires, a donc annoncé qu’il refuserait les diktats de Washington. «Soit l’Iran change son attitude menaçante et déstabilisatrice, et il pourra retourner dans le giron de l'économie mondiale, soit il continue sur la route de l'isolement économique», avait dit Donald Trump. La question ne concerne donc pas l’accord nucléaire mais la politique étrangère de l’Iran, basée sur le refus de l’hégémonie américaine et l’occupation «israélienne» de la Palestine. Ce que réclame Trump est non moins qu’une reddition politique de l’Iran, suivie d’un démantèlement de son programme balistique et de l’arrêt de son soutien aux mouvements de libération nationale, comme le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine et le Hasd al-Chaabi en Irak.

La réponse de la République islamique ne s’est pas fait attendre. Le chef de la Brigade al-Qods des Gardiens de la révolution, le général Qassem Souleimani, a menacé de fermer les détroits d’Ormuz et de Bab al-Mandab si l’Iran était empêché d’exporter son pétrole. Il a aussi laissé entendre que cinquante mille soldats américains seraient à portée des missiles iraniens au Moyen-Orient. Les observateurs estiment que l’attaque par Ansarallah d’un tanker saoudien à Bab al-Mandab, il y a deux semaines, était un signal montrant que l’Iran et ses alliés sont parfaitement capables de mettre à exécution leurs menaces.

L'Iran a aussi effectué la semaine dernière des manœuvres navales dans le Golfe. Cet exercice est intervenu à une date inhabituelle, la République islamique conduisant habituellement des opérations de cette nature et de cette échelle plus tard dans l'année, à l'automne. Les Américains ont compris le message. «Il est assez clair qu'ils essayaient d'utiliser cet exercice pour nous envoyer un message», a déclaré le général Joseph Votel, commandant des forces américaines au Moyen-Orient. Il a réaffirmé à cette occasion que les États-Unis sont déterminés à assurer avec une «extraordinaire vigilance» la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Les propos et les comportements belliqueux de Trump ne feront pas plier l’Iran. Mais ils risquent de plonger le monde dans le chaos. Y’a-t-il quelqu’un pour l’arrêter?

Source : Al-Ahed

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