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Le discours de Trump au Congrès, un symbole du fossé abyssal avec les démocrates

Le discours de Trump au Congrès, un symbole du fossé abyssal avec les démocrates
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Par AlAhed avec France24

Lors de son discours devant le Congrès, mardi, Donald Trump a de nouveau attaqué le bilan de son prédécesseur Joe Biden. Le président américain n'a pas hésité à le qualifier de «pire président de l'histoire de l'Amérique» alors que les démocrates protestaient en arborant leurs griefs sur des panneaux comme pour le disqualifier en direct.

Un show télévisuel à la sauce Donald Trump. Trois mois après sa victoire face à Kamala Harris, le 47ème président des États-Unis a délivré, mardi 4 mars, son premier discours devant les deux chambres du Congrès américain. À l'instar de celui sur l'État de l'Union, prononcé chaque année par le président en janvier, cet exercice permet au nouveau dirigeant américain d’exposer de manière directe sa vision et ses priorités législatives à l’ensemble des représentants et sénateurs.

Cent dix minutes d'un discours dans lequel Donald Trump a réservé une place toute particulière à son prédécesseur Joe Biden, objet d’une nouvelle attaque en règle face à une audience plus divisée que jamais.

«Je n’ai jamais vu un discours comme celui-ci lors duquel un président en exercice s’écarte autant de ses priorités pour accuser son ou ses prédécesseurs», analyse David Schultz, professeur en sciences politique à l’université Hamline, dans le Minnesota, décrivant la prestation de Donald Trump comme un «spectacle» destiné à ses seuls soutiens.

Trump refait les comptes

Dès les premières minutes, Donald Trump a donné le ton, une ode à sa gloire et au parfum de revanche. «Nous avons accompli plus en 43 jours que la plupart des administrations en quatre ans ou huit ans et nous ne faisons que commencer», a-t-il assené, suscitant la ferveur de ses partisans.

S’en est suivi le solde de tout compte du résultat des élections. Évoquant un «mandat populaire massif inégalé», le président s’est félicité de sa victoire dans les sept États pivots qui lui ont permis d’obtenir 312 votes au sein du collège électoral. Un résultat il est vrai très large: loin du seuil des 270 et du score de Kamala Harris, qui n’en a remporté que 226.

«Trump a bien remporté les sept États clés mais à l’échelle de ces États les marges de victoire étaient en réalité très serrées», rappelle Julien Labarre, maître de conférences en sciences politiques à la California State university. Le candidat républicain a remporté la majorité des suffrages, avec 1,5 % d’avance sur sa rivale (49,8 % contre 48,3 %).

«Nous avons gagné le vote populaire de manière très large», s’est-il néanmoins félicité, suscitant de vives protestations côté démocrate.

Joe Biden, «le pire président»

C’est sur la question migratoire que Donald Trump a d’abord attaqué Joe Biden. Celui qui s’était présenté quelques minutes plus tôt comme le meilleur a qualifié son pire ennemi et prédécesseur de «pire président de l’histoire des États-Unis d’Amérique» coupable d’avoir laissé entrer sur le sol américain des «meurtriers, trafiquants de drogue et membres de gangs».

Sur l’inflation, là encore, Joe Biden en a pris pour son grade, accusé d’«avoir laissé les prix, en particulier des œufs [la grippe aviaire décime les élevages NDLR], hors de contrôle», a fustigé Donald Trump assurant «travailler dur» pour les faire redescendre.

Un sujet d’autant plus délicat que le nouveau président, qui avait promis «de faire baisser les prix immédiatement, dès le premier jour» de son mandat, a depuis annoncé une augmentation des tarifs douaniers contre le Mexique, la Chine, le Canada et bientôt l’Union européenne qui devraient alimenter cette inflation. «Il y aura quelques perturbations, mais nous sommes d'accord avec cela», a-t-il concédé dans son discours.

Mentionnant le nom de son prédécesseur plus d’une dizaine de fois lors de son discours fleuve, Donald Trump a critiqué ses politiques en matière d’énergie, d’environnement et d’industrie. Il a également réaffirmé que Joe Biden avait instrumentalisé la justice de «manière vicieuse» pour lui nuire, faisant ainsi référence aux nombreuses poursuites judiciaires à l’encontre du républicain.

Les attaques de Donald Trump contre les démocrates et Joe Biden en particulier indiquent qu’il ne s’agissait pas d’un discours rassembleur mais «exacerbant les divisions existantes», analyse le professeur David Schultz. Une situation qui n’est pas nouvelle, selon l’expert, mais qui a franchi mardi un nouveau cap.

Riposte démocrate

Au congrès, les démocrates ont affiché leur opposition à l’image du député Al Green, élu du Texas, expulsé de la salle après avoir interpellé le président Trump et refusé de se rasseoir. «Vous n’aviez pas de mandat pour réduire Medicaid», a-t-il asséné avant d’être forcé de quitter la salle. Les démocrates accusent Donald Trump de vouloir démanteler ce programme d'assurance santé pour les personnes à faibles revenus, qu'il avait promis de maintenir.

Durant le discours, les démocrates ont organisé une manifestation silencieuse brandissant des pancartes aux messages évocateurs: «Commence à payer tes impôts», «Musk vole» ou bien «Faux» pour contrer les affirmations du président. Certains ont même préféré quitter la salle en cours de route, à l’image d'Ayanna Pressley, élue du Massachusetts, qui a affirmé ne pouvoir en toute conscience «offrir une audience à quelqu'un qui agit avec un mépris flagrant pour le Congrès et les citoyens de cette nation».

Une attitude jugée peu constructive, voire puérile, par Julien Labarre. «Il y a des choses très graves qui se passent aux États-Unis et ce que je note c’est que les démocrates ne sont pas capables d’accorder leurs violons pour avoir une réponse claire et consistante», déplore-t-il. Et d'analyser: «Au sein du parti démocrate, l’exercice d’inventaire qui devrait avoir lieu n’est pas du tout tranché, tout le monde se montre du doigt et il n’y a pas pour l’heure pas de réponse claire sur les causes de l’échec de Kamala Harris».

Devant le Congrès, Donald Trump a quant à lui adressé une main tendue, un brin ironique, à ses détracteurs. «Je regarde les démocrates devant moi et je me rends compte qu’il n’y a absolument rien que je ne puisse dire pour les rendre heureux, les faire se lever, sourire ou applaudir. (…) Pourquoi ne pas célébrer ensemble toutes ces victoires pour l’Amérique?  Travaillons ensemble pour lui rendre véritablement sa grandeur», a-t-il proposé, sous les airs visiblement amusés du vice-président, JD Vance, et du président conservateur de la Chambre des représentants, Mike Johnson, suscitant l'effroi du camps adverse.

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