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Discours consacré à la lutte contre le coronavirus et le retour des immigrés

Discours consacré à la lutte contre le coronavirus et le retour des immigrés
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Au nom de Dieu

Bienvenue à tous. J’avais pensé d’abord consacrer mon discours ce soir au domaine culturel et à un sermon éducatif, ainsi que pour accueillir une occasion religieuse très importante, le mois de Chaabane avec tout ce qu’il porte en lui de symboles et surtout parce qu’il précède le mois béni de Ramadan. Mais en raison de certains développements dans le pays et dans la région, au cours des derniers jours et en raison des demandes que j’ai reçues au sujet des souffrances subies par notre peuple dans cette période difficile, j’ai donc estimé qu’il était préférable que je consacre ce discours à la guerre contre le corona.  Depuis le premier jour, j’avais qualifié la lutte contre le corona de guerre et j’avais même dit qu’elle pourrait se prolonger car il n’y a aucune date précise à ce sujet.

Permettez-moi, au début, de bénir l’arrivée du mois de Chaabane qui sera suivi du mois béni de Ramadan avec toutes ses particularités et ses bienfaits. Il est d’ailleurs intéressant de constater, lorsque nous examinons les occasions religieuses du mois de Chaabane, qu’elles concernent souvent la naissance de personnalité religieuses, celle du sayed des martyrs Hussein ben Ali ben Abi Taleb, qui est aussi le petit-fils du Prophète, celle de Abbas ben Ali ben Aboi Taleb, celle de Ali ben al Hussein, celle de Zein el Abidin, celle de Ali al Akbar ben al Hussein... Toutes ces occasions nous donnent la force de résister, la patience et la détermination qui sont nécessaires dans une période comme celle que nous vivons actuellement. Nous devons nous inspirer des leçons de Karbala, des personnalités qui ont joué un rôle dans ce grand événement et tout ce qui s’est passé pendant le mois de Chaabane pour supporter ce qui se passe actuellement. Nous devons penser à tous ces héros, ces figures bénies, notamment celle de Abi Fadl al Abbas, qui est né dans ce mois et dont le jour de la naissance est devenu le Jour du Blessé en hommage à lui, qui est un modèle de sacrifice, de patience et de courage.

Mais revenons au corona. J’ai plusieurs titres à ce sujet, plusieurs questions que je voudrais évoquer.

Le premier porte sur la situation des Libanais à l’étranger, qu’on les appelle des émigrés, des personnes résidant à l’étranger, qui y ont un toit, un travail, une occupation et peut-être une famille. Ceci englobe aussi ceux qui étudient à l’étranger et ceux qui sont partis en voyage pour une raison précise, tourisme ou travail, et n’ont pas pu rentrer au pays dans le délai fixé par le gouvernement avant la fermeture de l’aéroport. Qu’ils aient commis une erreur ou non, ils se sont retrouvés coincés à l’étranger et ils veulent rentrer au pays.

Ce dossier s’impose avec force depuis quelques jours et il place tout le monde, le gouvernement, l’Etat et le peuple, face à leurs responsabilités.  Nous disons depuis le début que dans cette bataille, tout le monde est responsable. Car chaque décision, qu’elle soit négative ou positive, a des conséquences sur tous.

Au départ, il ne devrait pas y avoir de débat sur la question du droit des Libanais à rentrer dans leur pays. C’est un droit naturel que personne ne peut contester. Il ne devrait donc pas y avoir de débat sur le fait que l’Etat, et le gouvernement qui est une partie de l’Etat, doivent assurer les conditions du retour de ces Libanais chez eux. Le gouvernement doit donc agir rapidement, je dis bien rapidement, mais non avec précipitation, pour assurer un tel retour.

Au cours des derniers jours, ce sujet a fait l’objet de débats, non sur le fond, c’est-à-dire le droit  et le principe du retour. Mais sur le timing. Pouvons-nous assurer ce retour immédiatement ou bien vaut-il mieux attendre jusqu’après le 12 avril ? Il est clair que certains responsables  craignent une telle décision, je le répète il ne s’agit pas d’une question de droit ou de principe. Il faut aussi préciser que certaines voix se sont élevées dans le pays contre une telle décision, en disant que si l’on veut ramener au pays tous les Libanais de l’étranger, cela signifie que l’épidémie va s’étendre et la situation deviendra hors de tout contrôle.

Il est clair qu’il y a donc une crainte et nul ne doit prendre cela à la légère. Tous ceux qui ont réclamé le retour des Libanais de l’étranger, le cri du président de la Chambre Nabih Berry est clair en ce sens – d’ailleurs nous étions en contact et nous parlions dans le souci de parvenir à un résultat, n’ont jamais dit qu’il s’agissait d’une opération simple.  Tout le monde est conscient du fait qu’il s’agit d’un dossier compliqué et difficile et que l’Etat se trouve face à un défi historique, ainsi que le gouvernement et le peuple dans son ensemble.  Mais nous devons assumer cette responsabilité.  L’Etat et le gouvernement doivent le faire.  Tout le peuple libanais doit les appuyer. Car lorsque nous parlons des émigrés, des Libanais à l’étranger qu’ils soient des étudiants, des touristes, des commerçants etc, cela ne concerne pas une région en particulier, une communauté, une confession, un courant en particulier. Ces Libanais de l’étranger appartiennent à toutes les régions et à toutes les confessions et ils sont de toutes les orientations.  Aujourd’hui, ils appellent au secours de là où ils sont, ou du moins une partie d’entre eux. Et nous disons que quel que soit le défi que cela entraîne, nous devons répondre à cet appel. Nous devons voir comment le faire et si nous sommes en mesure d’absorber ce sujet. . Je crois que si le gouvernement  parvient à accomplir cette mission hautement humanitaire et historique – et je crois qu’il peut le faire-, ce sera une très grande fierté pour lui.

Dans ce sillage, je voudrais dire que nul n’a proposé un retour désordonné. Je dis cela pour calmer les craintes. Nul n’a donc demandé que des avions soient envoyés pour que les gens s’y entassent et reviennent au Liban. D’ailleurs, les Libanais de l’étranger accepteraient-ils de rentrer dans ces conditions ? Ils tiennent eux aussi à leurs vies. Je ne veux pas entrer dans les détails pratiques. Mais les responsables ont discuté entre eux et ils ont abouti à certaines idées. On peut donc prendre aisément des mesures de garantie. Par exemple, une des questions posées que se passera-t-il si nous affrétons un avion de 200 à 300 passagers et si parmi eux il y a deux ou trois qui ont chopé le virus ?  Naturellement, personne ne peut accepter cela. Même les autres passagers n’accepteraient pas de monter dans un avion ou il y a deux ou trois personnes atteintes du virus. . Par contre, il est possible de prendre des mesures de protection médicales etc Il faut prendre des décisions adéquates pour cela.  Pour prendre la bonne décision, il faut bien mesurer les risques et évaluer les moyens disponibles et avec de la détermination, on peut y arriver.  C’est comme cela que cela se passe en général, dans une guerre militaire, politique ou économique, ou encore lorsqu’il y a des élections, des maladies, des conditions sociales difficiles, en situation d’urgence, en cas de séisme, de catastrophes douloureuses etc. Nous ne pouvons donc pas rester à ne rien faire, sous prétexte  qu’il y a des difficultés ou des dangers, des voix qui s’lèvent de ci et de là. On ne peut pas faire la sourde oreille à ceux qui appellent au secours et renoncer à nos responsabilités. . Ce n’est pas possible, voire même c’est inacceptable, humainement, moralement, légalement et émotionnellement. Nous parlons de notre peuple, de nos gens. Il faut donc préparer un retour sécurisé, étudié, bien calculé, mais malgré tout rapide. Il ne s’agit pas de fixer avant ou après le 12 avril, mais nous devons commencer les préparatifs au plus tôt. S’il est certain qu’il ne faut pas agir avec précipitation, il faut quand même un travail sérieux, jour et nuit, le gouvernement doit se réunir, n’importe quel jour, même s’il s’agit d’un dimanche. Il s’est d’ailleurs déjà réuni un dimanche, pour trouver les mécanismes, avec les ministères concernés. Deux raisons imposent actuellement d’agir vite.

La première : Des Libanais installés dans certains pays demandent à rentrer au Liban, alors que le Corona en est encore à ses débuts dans leurs lieux de résidence. A l’heure actuelle, le nombre des atteints est encore réduit. Mais il peut doubler ou tripler, voire plus, dans les jours qui viennent. Que ferons-nous alors ? Si nous accélérons le retour de ces personnes en prenant les précautions requises – et nous pouvons le faire-, nous pourrons éviter cette catastrophe pour ces émigrés qui nous sont chers. Deuxièmement, nous n’avons pas le droit de prendre à la légère ce que disent certains de ces Libanais sur la faiblesse du système de santé dans leurs lieux de résidence, en plus de la faiblesse de l’Etat en général. Je ne lance pas ici des accusations sur qui a amené le corona dans le pays. Mais il se peut que l’expansion du virus entraîne un effondrement social et sécuritaire qui fera que de nombreuses personnes pourraient être victimes d’assassinats. Devons-nous laisser faire cela ? Nous avons vu hier des reportages sur les chaînes de télévision sur le fait que les Etats-Unis qui se considèrent comme le pays le plus puissant de la planète, avec l’armée la plus fortes, les services de sécurité et la police les plus efficaces et malgré cela, dans les grandes surfaces on ne trouve plus d’armes à vendre. Les gens là-bas achètent des armes comme ils achètent la nourriture. Pourquoi ? Parce qu’aux Etats-Unis, les gens ont peur les uns des autres. Dans certaines villes et dans certains Etats, les gens ont peur d’un effondrement social, d’un effondrement sécuritaire et de l’effondrement du système. Par conséquent, les gens achètent des armes pour se protéger. Que serait-ce alors si nous parlons de certains Etats africains ? La menace de santé et la menace sécuritaire qui pèsent sur certains de nos émigrés devraient pousser les Libanais, gouvernement, Etat et peuple, à ne perdre aucun instant pour traiter ce dossier qui a pour titre : le retour des Libanais à l’étranger.

D’après ce que je sais, et j’ai suivi ce dossier au cours des derniers jours, la question a été tranchée et elle ne fait plus l’objet d’une discussion. Nous avons tous entendu le communiqué du Président du Conseil il y a quelques instants et selon mes informations, les ministres concernés ont commencé à travailler sur les mesures concrètes et à préparer les conditions pour que le sujet prenne son cours normal et efficace.

Dans ce dossier, je voudrais encore dire deux choses : D’abord, ce dossier exige une coopération de la part de tous. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas demander au gouvernement d’agir et d’assumer les responsabilités et en même temps, de rester les bras croisés à le regarder  et à le critiquer. Ce dossier est plus grand que le gouvernement et plus grand que l’Etat. Ceux qui ont de l’argent doivent en proposer, ceux qui ont des cadres médicaux doivent offrir leurs services, ceux qui possèdent des lieux fermés, des hôtels, des villages scouts, des cités sportives, des hôpitaux, même privés doivent les proposer. Il faut une mobilisation nationale. Même les colonies libanaises à l’étranger doivent être mobilisées. Certaines disent être prêtes à couvrir les frais ou une partie, c’est très bien. Mais il faut commencer à créer des caisses pour recueillir l’argent. Il ne faut donc pas laisser le gouvernement seul, lorsqu’il commencera à prendre les mesures concrètes. Si nous le laissons seul, nul ne sait s’il pourra mener à bien l’ensemble du dossier, avec les moyens dont il dispose. Il faut donc une aide concrète, réaliste de la part de tous sans exception.  Il s’agit d’un dossier très délicat, très important et à risque. Il exige un souci de temps. Nous parlons d’heures, de jours et non de semaines et de mois, car la menace est pressante, surtout dans certaines régions, auxquelles il faut donner la priorité. De plus, au minimum, il faut une solidarité morale et politique et un appui réel, au lieu de songer à marquer des points.

Le second point : Nous allons peut-être entendre des voix de la part de ceux qui se considèrent dans l’opposition à ce gouvernement, c’est-à-dire pas nous qui l’appuyons ou en faisons partie. Si ces voix dans l’opposition appuient ce dossier, ce sera un indice très positif. Personnellement j’appuie une telle position et nous devons tous le faire. Il faut donc ramener les Libanais à l’étranger, ceux qui sont atteints et ceux qui ne le sont pas. C’est une position excellente. Mais je préfèrerais qu’elle soit formulée sans l’utilisation de mots qui pourraient blesser les responsables actuels, les présidents et les ministres. Car, à ce moment-là, on pourrait ressortir les déclarations faites il y a un mois, ou les tweets dans lesquels ceux-là réclamaient la fermeture des frontières, de l’aéroport et rejetaient le retour de tout Libanais de l’étranger. Modifier cette position, c’est bien et je n’appelle pas à l’ironie sur ce sujet. Il y a donc eu une révision de la position précédente. Ce qui est bien. Mais il faut continuer dans ce sens, dans le fond et la forme, en coopérant et en étant solidaire et en évita nt l’utilisation de mots qui constituent de la provocation.

Nous devons tous assumer les responsabilités et mettre nos mains les unes dans les autres, pour ramener ceux qui nous sont chers qui se trouvent à l’étranger, pour les protéger, quelles que soient leurs conditions dans leurs lieux de résidence. Nous pouvons donc coopérer et être solidaires sur ce sujet. Nombreux sont ceux qui sont à l’étranger et qui ont exprimé leur désir de rentrer au pays. Nous devons nous assurer qu’ils feront l’objet de mesures précises, des examens médicaux et un confinement dans l’intérêt de ceux qui sont au Liban. C’est logique et normal et personne ne dit le contraire, depuis le début.

Je voudrais rappeler que bon nombre de ceux-là  possèdent des maisons au Liban et y ont de la famille. Il ne s’agit donc pas de déplacés  qui arrivent au Liban et auxquels nous devons assurer des lieux pour qu’ils y restent  comme des camps et autres.

Non, ils viennent dans leurs maisons et dans leurs familles et leurs proches. Il ne faut donc pas trop compliquer la situation. Je dirais  qu’ave de la solidarité, de la coopération, nous pouvons réaliser cela. Inchallah nous pourrons le faire avec la bonne volonté de tous les responsables, une approche positive et un effort quotidien. Nous pourrons surmonter toutes les difficultés.

Le second point que je voudrais évoquer, toujours dans le cadre de la guerre contre le corona, c’est que nous avions dit depuis le début, qu’elle relève de la responsabilité de l’Etat, du peuple et de toutes les forces politiques et autres. Elle relève aussi de la responsabilité de tous ceux  qui se trouvent sur le sol libanais, les frères palestiniens, les déplacés syriens, tous les non –Libanais qui vivent sur le territoire libanais. C’est la responsabilité de chacun de mener cette bataille.

Il est important, dans ce contexte, que chacun d’entre nous comprenne que nous faisons face à une guerre mondiale. DE fait, c’en est une. Le monde entier est actuellement occupé par la façon de faire face au coronavirus, sauf quelques rares exceptions et par le fait d’essayer de trouver des traitements.  En considérant qu’il s’agit d’une guerre mondiale, nous devons donc observer ce qui se passe sur les autres fronts et les autres champs de bataille. Nous devons voir ce que font les autres, quelles mesures ils prennent et à quels résultats ils aboutissent. Cela un impact sur notre moral, tous au Liban, qu’il s’agisse de l’Etat, des citoyens, des forces politiques etc et sur les décisions que nous devons prendre Nous devons profiter des expériences des autres pays, des autres gouvernements, de leurs plans et de leurs mesures. Il est clair que certains Etats dans le monde sont perdus et embarrassés dans la gestion de cette bataille. Nous devons aussi voir cela. Il apparaît ainsi que certains grands pays et des Etats puissants sont hésitants et ne savant pas quoi faire. Ils prennent une décision, la modifient deux jours plus tard etc. je parle par exemple de l’administration américaine et du gouvernement britannique.

On en arrive au Liban et il faut reconnaître qu’en dépit des moyens modestes – il est vrai aussi que les proportions sont différentes- la situation est acceptable. On peut dire que la confrontation est acceptable. Nous arrivons à faire face à ce défi et à cette menace. Tout le monde coopère et le gouvernement assume les responsabilités. Il prend des mesures importantes, dans le domaine du possible. Par exemple, la mobilisation générale est sans doute la meilleure mesure possible actuellement ainsi que le couvre-feu de 19h à 5h du matin. J’y reviendrai.

Certaines voix s’élèvent pour réclamer l’état d’urgence. Nous avons dit depuis le début que nous n’avons aucun problème  avec n’importe quelle décision que prendrait le gouvernement.  Certes, elles seront discutées en conseil des ministres et dans le cadre du Haut Conseil de défense. Dans les milieux politiques, la question qui doit être présente dans nos esprits  est la suivante : devons-nous réellement recourir à une telle décision ? Beaucoup de ceux qui l’appellent ne savent pas vraiment en quoi elle consiste.

C’est d’ailleurs une des lacunes de la loi et du système libanais. Au Liban nous avons l’état d’urgence dans son sens large et c’est tout. C’est pourquoi il a fallu recourir à des demi -mesures comme la mobilisation générale et les décisions prises actuellement.

En tout cas, les mesures prises jusqu’à présent sont bonnes et acceptables. Nous devons saluer  les efforts du gouvernement, des ministres, du président du Conseil, l’attention particulière du chef de l’Etat, celle du président de la Chambre, du Parlement et de toutes les forces mobilisées dans cette bataille.

Je le répète, d’une façon générale, notre situation est acceptable. J’avais dit dans le passé que ce gouvernement a accepté d’assumer les responsabilités dans une période très difficile sur les plans économique et financier et cela témoigne d’un grand courage. Le coronavirus est ensuite arrivé, en plus de la situation économique et financière et malgré cela, le gouvernement a accepté d’assumer les responsabilités. Il n’a pas démissionné. Il n’a même pas déclaré son impuissance en demandant que l’on cherche un autre pour le remplacer... Il faut leur reconnaître cela. Je le dis aux gens : quelles que soient nos conflits et les divergences dans nos points de vue, nous devons reconnaître cela au gouvernement.

Si nous prenons cet aspect, nous faisons donc une évaluation positive. Il faut préciser qu’au début, au cours des deux premières semaines, on a tenté de transformer la bataille contre le coronavirus en bataille des haines, de la division horizontale et verticale. Le virus est devenu une considération confessionnelle. Il a même été doté d’une nationalité, d’une ethnie etc et des cris se sont élevés. Heureusement, cela s’est calmé, si j’en crois mes frères qui suivent de près les médias. Je le fais aussi, mais je ne prétends pas que rien ne m’échappe. En tout cas, l’atmosphère est nettement plus saine actuellement. Tout le monde parle  coopération, de solidarité, de bataille nationale. C’est très positif, car dans une bataille, il est important de se focaliser sur l’ennemi. Il ne faut pas être distrait de l’objectif par des considérations internes. Il faut être serein à l’intérieur pour affronter l’ennemi.

Cette approche positive ne doit toutefois pas nous pousser à être rassurés. Car ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est que nous sommes encore au début de cette guerre. Nous ne sommes pas proches de la fin. Nous sommes encore au début du danger et du défi. Je ne suis pas d’accord avec les experts qui disent qu’il s’agit d’une affaire de deux semaines et tout sera fini, le réchauffement du climat fera le reste.  Nous entendons cela chaque jour, mais la réalité, c’est que nous ne connaissons pas cet ennemi, ce virus.  Nous ne savons pas de quoi il est composé et quelle est sa véritable nature. Jusqu’à maintenant, certains grands experts dans le monde disent qu’il meurt avec la chaleur et d’autres disent le contraire.  Certains disent qu’il se transmet dans l’air et d’autres non. Même au sujet des traitements préconisés, les experts ne sont pas d’accord. Le monde est encore perplexe face à cet ennemi. C’est pourquoi je dis que nous sommes encore au début de la bataille. Je ne dis pas cela pour faire peur ou susciter la panique. Ce serait une erreur. Même si les craintes sont justifiées, il ne faut pas céder à la panique. Cela fait d’ailleurs partie de la gestion de la bataille. Surtout si celle-ci a un coût moins élevé que celui d’une bataille militaire. Dans une bataille militaire, les gens peuvent perdre leurs maisons, s’entasser à plusieurs dans un abri. Là, nous leur disons de rester chez eux, tranquilles, sans sortir et se mêler aux autres que lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix. Notre peuple a vécu des moments plus durs et pénibles et il a réussi à les surmonter. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est donc la sagesse, l’éveil, la patience, la discipline et l’action responsable.

Nous devons malgré tout baser notre approche sur le pire des scénarios. Nous devons nous attendre au pire pour ne pas être pris de court demain si le virus se répand. Nous devons donc nous comporter comme si nous sommes encore au début de la bataille. Cela exige une plus grande planification, une plus grande gestion de la crise, encore plus de décisions, de mesures renforcées. Nous devons poursuivre dans cette voie. Le sujet ne mérite pas beaucoup de réflexion :  le plan de la confrontation est le suivant, dans le monde entier ; de la Chine à l’Europe, aux Amériques, partout, un mot est utilisé : le confinement. Le fait de circonscrire ce virus commence par là. Si les gens respectent à la lettre les consignes de confinement, l’humanité pourra surmonter cette période avec un minimum de pertes humaines. Les pertes économiques existent et d’autres sans doute, mais le plus important restent les vies humaines.

A cet égard, je voudrais confirmer et même répéter certains points :

  1. Il faut respecter les dispositions de la mobilisation générale, surtout dans la journée, car celles de la nuit sont plus sévères.  Que se passe-t-il parfois ? Les gens se conforment pendant un jour ou deux aux directives puis ils oublient et sortent un jour avant de reprendre le confinement. Mais ils ne se rendent pas compte que ce qui a été accompli pendant les jours de confinement se perd par un jour de sortie.  Tout oubli des consignes fait perdre tout le temps gagné par leur respect et il a un impact sur nous tous. On ne peut pas dire : on s’enferme dix jours puis on se repose en sortant. Non, il ne faut pas lâcher prise. Sinon tous nos efforts sont inutiles et perdus. L’engagement à respecter les consignes doit être permanent et continu. Il ne souffre aucune lassitude ou ennui.
  2. Les mesures du couvre-feu la nuit de 19h à 5 heures du matin. Certes, les forces de sécurité sont chargées de les exécuter. Mais j’appelle à leur respect de la part de la population.  Grâce à Dieu, les gens semblent se conformer à ces mesures, d’après les données en ma possession.  Mais il y a quelques violations. A ma connaissance, les forces de sécurité se comportent avec bienveillance, cherchant à convaincre et à orienter dans le bon sens les contrevenants. Plus tard, il se peut qu’elles agissent avec plus de fermeté. C’est normal, les gens doivent le supporter. Nul ne doit pas protester et dire : les forces de l’ordre m’ont fait ceci ou cela. C’est normal que les forces de l’ordre agissent avec fermeté et même plus. Les gens doivent se conformer à ces mesures. Il y a des exceptions. Si quelqu’un a vraiment besoin de sortir, il fera partie des exceptions. Mais il faut que ce soit une urgence absolue. Je le répète, il s’agit d’une question de vie ou de mort, de santé. Dans ces questions, il n’y a pas de mansuétude, ni de clémence, ni dans ce monde, ni dans l’autre.
  3. Les débuts  de la coopération et de la solidarité sociales. Ces débuts sont excellents. Je voudrais, dans ce cadre, remercier tous les partis, les forces, les courants, les associations, les groupes et les personnalités  qui ont lancé des initiatives dans ce domaine. Nous devons toutefois agir sur le long terme. Il ne s’agira peut-être pas d’une question de deux ou trois mois. Il se peut que la situation se prolonge pendant plus longtemps. Nous ne devons donc pas épuiser nos possibilités en un mois ou deux.  J’appelle aussi à surmonter les susceptibilités  dans toutes les régions et dans toutes les localités. C’est-à-dire qu’il ne faut pas priver certaines familles d’aides pour des raisons particulières, car, au final, les moyens restent limités.

La complémentarité, la distribution des rôles, la coordination sont très importantes car elles rendent l’action sociale plus efficace. Il est normal qu’il y ait des rivalités. Nous appelons toutefois à une rivalité positive qui finalement rapproche de Dieu et pousse les gens à s’aimer plus.  La coopération, la coordination, la distribution des rôles, la complémentarité sont donc très importantes, surtout pour ceux qui sont dans les villages, els localités et les villes. Ce ne doit pas être l’occasion d’une rivalité politique, d’une concurrence électorale  ( qu’il s’agisse des législative ou des élections pour les collectivités locales)ou municipale. Nous devons nous comporter à ce sujet d’un point de vue humanitaire et moral purs, sans songer à d’autres calculs. Plus tard, lorsque nous aurons dépassé cette période, tout sera vu par Dieu.

  1. Il faut s’occuper des familles, surtout celles qui ne souhaitent pas se faire inscrire sur les listes de l’Etat ou des municipalités, pour des raisons morales ou d’autres qui les regardent. Il ne faut pas les oublier. Deux cercles peuvent aider à les déceler. D’abord, le cercle des proches. Même s’ils n’ont pas les moyens de les aider, ils peuvent au moins signaler leur existence. Il y a aussi le cercle des voisins qui peuvent aussi savoir si une famille est dans le besoin même si elle ne souhaite pas se déclarer. Les voisins savent  en général comment tout l’immeuble vit, ou  les maisons à proximité.

En tout cas ces familles dans le besoin qui ne veulent pas se déclarer ne doivent pas être oubliées.

  1. Il faut surveiller les prix. Cela suscite d’ailleurs un grand cri de la part des gens. Les prix sont en train d’augmenter, en raison des monopoles sur certains produits. Pourtant, les frontières ne sont pas fermées pour les importations. Mais certains commerçants font des monopoles qui leur permettent de hausser leurs prix de manière vertigineuse.  Le ministère de l’Economie et les parties concernées doivent mener une action efficace.  Car les gens sont dans des situations matérielles très difficiles. Beaucoup de gens sont sans travail et d’autres ont leur argent dans les banques et ils manquent donc de liquidités.  Certains vendeurs, certains commerçants lèvent les prix de façon illégale et amorale et surtout dans un procédé dépourvu d’humanité. Les ministères concernés doivent agir efficacement. Les forces de sécurité doivent être plus fermes, ainsi que la justice. Nos ministres, nos députés, nos frères et nos responsables ainsi que d’autres députés font le suivi. Les ministères et les services de sécurité disent qu’ils comptent sur la justice. Que fait donc celle-ci ?  Jusqu’à présent, elle bouge lentement. Mais cela fait partie de la bataille. Nous avons dit que dans cette bataille, les médecins, les infirmiers, les secouristes et le corps médical dans son ensemble sont en première ligne. Mais les autres secteurs font aussi partie de la bataille.  Les gens sont placés aujourd’hui devant un défi horrible : soit mourir de maladie soit mourir de faim. Mais nous ne voulons pas mourir, sauf si telle est la volonté de Dieu, ni de maladie ni de faim. Nous devons faire face à la maladie et à la faim. Pour affronter la faim, les ministères sont concernés ainsi que la justice, les forces de sécurité et les gens eux-mêmes. Les commerçants et les vendeurs qui haussent les prix doivent cesser de le faire. Dans les villes, les villages et les quartiers, il y a des ulémas, des dignitaires religieux, des notables et des personnalités qui doivent indiquer l’orientation. Il y a aussi la pression populaire, sans recourir à la violence. Mais il faut faire comprendre à ceux qui haussent les prix qu’ils commettent un crime contre les gens et qu’ils exploitent des circonstances humaines et sociales difficiles pour gagner de l’argent. Cela s’appelle de la voracité. Ils doivent comprendre que le crime qu’ils commettent s’approche de la trahison. Ce dossier doit donc être traité.

J’appelle les commerçants honorables, qui ont des valeurs morales et une religion, ceux qui craignent Dieu et qui croient dans le Jour du jugement Dernier, qui ont un sens humain et de l’honneur qu’ils interviennent et mettent leurs marchandises sur les marchés à des prix abordables en réduisant leurs bénéfices pour casser la voracité des autres. Ils casseront ainsi le monopole des autres et réduiront les prix. C’est une mission humanitaire, morale, religieuse et nationale. Les commerçants et les vendeurs doivent travailler sur cela.

J’ai vu sur certaines chaînes de télévision des échoppes, des vendeurs de légumes, des dépôts qui exposent leurs marchandises à des prix acceptables, avec des bénéfices réduits. C’est une action excellente. Cela sera pris en considération le jour du Jugement Dernier, surtout ceux qui croient en un tel jour.   C’est une des actions les plus nobles qui sera retenue au moment voulu. Car c’est important que lorsque dans les moments difficiles de crise, de famine et de difficultés sociales, il y a de la voracité, qu’il y ait en même temps de la générosité, des gens qui décident de faire moins de bénéfice par humanité et par sens moral.

  1.  Il faut régler la question des dépôts dans les banques. Je ne veux pas trop agrandir le problème. Je vais donc évoquer le cas des petits déposants qui sont très nombreux. Les banques peuvent régler leur problème avec les avoirs qu’ils ont ici ou à l’étranger. Régler ce dossier est devenu une nécessité morale et humaine. Pourquoi ? Parce que ces gens, les petits déposants ont dans les banques des sommes qui varient entre 500 dollars et 4000 dollars par exemple. Au lieu de songer à leur donner des aides  en produits de première nécessité, ne vaudrait-il pas mieux que les banques leur donnent leur argent ? Si les banques le font, ils n’auront plus besoin d’aides ni de l’Etat, ni des partis, ni des associations. Au moins, une partie du dossier des banques avec les lois en préparation, les propositions et les discussions qui vont avec, seront résolues. En tout cas, ce serait une façon de diviser le dossier pour des raisons d’urgence sociale. Les gens sont sans travail et ne peut pas gagner de l’argent. Il faut donc une solution. Il faut que le gouvernement se penche sur ce point, les banques prennent des initiatives particulières. Mais ce dossier a besoin d’un traitement et d’une solution.

Il y a aussi un autre sujet, toujours dans le même contexte. Il s’agit de la situation des étudiants qui se trouvent à l’étranger. Ils ne demandent pas que l’on collecte des fonds pour eux, ou des aides. Ils demandent simplement que leurs parents puissent leur envoyer  de l’argent, à partir de leurs comptes dans les banques. Ils demandent donc qu’on permette à leurs parents de leur faire des virements bancaires.

Ces deux dossiers ont une dimension humanitaire. Il ne faut pas confondre ces cas avec ceux qui ont des fortunes, des projets etc. Ces deux dossiers sont aujourd’hui  très pressants.

Permettez-moi de m’étendre un peu sur cette question. J’avais demandé précédemment combien les banques avaient fait de bénéfices depuis 1992 et 1993 à aujourd’hui, juste à cause des transactions bancaires, de l’endettement et des ingénieries financières. Ils ont dû gagner des dizaines de milliards de dollars. La dernière fois j’avais dit à ceux qui ont fait tant de bénéfices qu’ils devaient participer, que vous traitiez et que vous preniez des initiatives, face à cette crise sans précédent. Même pendant la guerre de juillet 2006, certaines régions du pays vivaient normalement et les boutiques y étaient ouvertes, ainsi que les hôtels et les restaurants. Les gens vivaient presque normalement et des fonds arrivaient au Liban. Des aides arrivaient aussi au Liban. Il n’y avait donc pas de problème à ce niveau. Aujourd’hui, la situation est plus dure qu’en 2006. Aujourd’hui, toutes les villes, les villages et les quartiers sont fermés et les gens sont sans travail. Ceux qui ont donc gagné des dizaines de milliards de dollars pendant toutes ces années ne devraient-ils pas aider le pays dans de telles circonstances ?  N’est-ce pas leur Etat ?  N’est-ce pas leur gouvernement ? Leur peuple ? Leurs proches, leurs gens ? Or que voyons-nous de leur part, à ceux-là qui ont gagné des milliards de dollars ? Les banques ont fait un don de 6 millions de dollars et ils veulent que cela se fasse dans un certain cérémonial. Ils veulent par exemple s’asseoir avec le président du Conseil et peut-être qu’ils exigent une retransmission en direct du moment§ Les banques donnent donc 6 millions de dollars pour faire face au coronavirus.  Nous avons pourtant vu dans les médias qu’une des grandes fortunes du Liban a marié son fils dans un pays d’Europe ou ailleurs et elle a dépensé entre deux et trois millions de dollars. Pensez-vous, pour un mariage, une telle somme. Et avec cela, les banquent ne donnent que 6 millions de dollars pour le coronavirus ! Je comprends que le gouvernement  et son président ont actuellement besoin de toute aide, mais je crois qu’ils n’auraient pas dû accepter cette somme. Croyez-moi, c’est honteux ! je dois dire que je suis perplexe. Si quelqu’un peut m’aider car je ne sais pas comment susciter  un sentiment humain chez les propriétaires des banques.  Que faut-il faire pour cela ? Comment le faire ? Comment s’adresser à eux et dans quelle langue ?  Que doit-on leur dire ?  Avec qui faut-il parler ? Je comprends qu’il y a des Etats qui sanctionnent le Liban et ne veulent pas l’aider. Mais enfin, nous avons des banques qui possèdent des milliards de dollars, en bénéfices, qui ont été faits avec l’argent des Libanais. Je ne veux pas dire comment ces bénéfices ont été réalisés. Je ne cherche pas à ouvrir ce dossier maintenant. Il se pourrait qu’on soit obligé de le faire plus tard. Donc, ces banques dorment sur des dizaines de milliards de dollars, en bénéfices. Vous vous installez derrière des bureaux  que vous ont assurés les mesures financières, économiques et monétaires officielles. Et maintenant que le gouvernement  libanais et le peuple libanais ont besoin de toute aide, vous ne donnez que 6 millions de dollars et vous voulez que ce soit annoncé dans le cadre d’une transmission en direct à partir du sérail gouvernemental ? Comment cela ? Laissons cela de côté. Vous pouvez en tout cas régler en toute simplicité  et sans que vos trônes ne soient ébranlés, régler la situation des petits déposants. Vous pouvez en toute simplicité et sans ébranler vos royaumes, régler la situation des étudiants libanais à l’étranger, en permettant qu’on leur envoie des virements.

A mon avis, on ne peut pas se taire sur un tel sujet. Pas du tout.  Si un jour vient  où le gouvernement libanais – comprenez cela comme vous le voulez-, en coopération avec la justice, le procureur financier et le procureur près la Cour de Cassation constate qu’il ne peut rien faire, il devra le dire au peuple libanais. S’il apparaît qu’il ne peut rien faire pour susciter un sentiment de compassion ou de simple humanité de la part des banques, si tout l’Etat avec ses institutions est incapable de le faire, il devra le dire aux gens. Cela signifiera que ce pays devra ne plus être considéré comme tel. Cela signifie aussi qu’il faut éliminer ce point des capacités qui peuvent être utilisées dans la lutte contre le coronavirus. Ou alors, comment traiter avec cette situation ?

Pour l’instant, nous continuons à chercher le moyen de réveiller votre humanité. Si vous voulez nous dire comment faire...

Je voudrais aussi adresser un message aux grandes fortunes du pays pour leur demander de bouger un peu. N’agissez pas sur base de considération nationale. Que chacun d’entre vous donne de l’argent à sa communauté, sa région, ses coreligionnaires, sa ville ou à sa circonscription électorale. Considérez que vous êtes en campagne électorale.  N’achetez-vous pas des voix pendant les élections ?  Lors de certaines  élections, il est arrivé que 100 dollars, ou même 500 et parfois 1000 soient payés pour une seule voix. Au cours des dernières élections (2018), il n’y avait pas beaucoup d’argent. Mais dans celles qui le sont précédées, le prix d’une voix a atteint vers 12h, 5000 dollars ! Considérez donc que vous êtes en période électorale et bougez un peu ! Dépensez un peu d’argent cela sera retenu en votre faveur le jour du Jugement Dernier. Cela sera aussi retenu par les gens. Nous ne savons pas vers quoi se dirige le monde. Je reviendrai sur ce thème. Mais il se peut que tout cet argent que vous amassez  disparaisse. On parle d’effondrements économiques et de graves troubles sociaux  en Europe et aux Etats-Unis. Si un jour arrive où tout cet argent ne sera plus que du papier qu’aurez-vous gagné ?  Aujourd’hui, c’est le moment de l’utiliser. Que vous songiez à ce monde ou à l’autre, c’est le moment de desserrer les cordons de la bourse !

7-Un dernier point avant de conclure par deux autres points. Je voudrais préciser que le coronavirus est une maladie comme les autres. Je le dis parce que nous avons reçu des plaintes de la part des familles de personnes atteintes de ce virus. Une fois que les malades sont guéris, il n’y a plus de raison de continuer à se méfier d’eux et à les éviter. Car cela peut entraîner des conséquences psychologiques graves qui mènent vers la dépression et le désespoir. Le comportement des autres avec les personnes atteintes du virus et guéries est primordial et il s’inscrit dans le cadre de la solidarité. Il faut être solidaire et coopérant. Le malade atteint du corona c’est comme un malade asthmatique ou ayant un ulcère ou encore souffrant de rhumatismes. Une personne est atteinte du corona, elle a un donc une sorte de gros rhume. Ensuite, lorsqu’elle est guérie et qu’elle a passé les tests qui confirment son rétablissement, il ne faut plus la regarder comme une atteinte du corona. Il faut dépasser ce sentiment car il peut avoir des conséquences graves  sur son moral et sur ses émotions. Non seulement il faut surmonter ce sentiment mais il faut aider cette personne, car après cette maladie, elle a besoin d’un plus grand appui psychologique et de beaucoup d’intérêt et non pas seulement d’être traitée normalement. Les personnes guéries ont donc besoin d’intérêt, d’appui et de respect pour surmonter cette épreuve.

Cela au sujet du corona. Maintenant, je voudrais évoquer un dernier sujet, qui porte sur ce qui se passe dans le monde. Les élites du monde observent ce qui se passe et tout le monde constate que nous traversons une période qui n’a pas de semblable dans l’histoire. Certains la comparent à la Seconde guerre mondiale. Les conséquences de cette épidémie sont en tout cas plus graves que celles de la Seconde guerre mondiale. Après la fin de cette épidémie, nul ne peut prédire comment évoluera la situation. Nous pourrions nous retrouver  devant un nouvel ordre mondial. Après la première guerre mondiale, le monde s’est trouvé devant un nouvel ordre. Après la seconde guerre mondiale aussi. De même, après la chute de l’empire soviétique, un nouvel ordre mondial s’est établi. Ce qui se passe aujourd’hui est bien plus important encore, surtout qu’il touche toutes les scènes de la planète. Il y a des discussions religieuses, philosophiques, culturelles, idéologiques et spirituelles sur ce sujet, car ce qui se passe a toutes ces dimensions et le débat est ouvert au sujet de ce séisme.

En même temps, il y a désormais une discussion sur les priorités des Etats. Il y a aussi des discussions sur l’utilité des Nations Unies, celle des grands blocs. Nous ne savons pas aujourd’hui si les Etats-Unis resteront tels quels ou bien s’ils seront démembrés. Même chose pour l’Union européenne. Aujourd’hui, des voix commencent à s’élever pour réclamer le retour aux nationalismes et à la priorité des considérations nationales. Sur le plan économique, ce système libéral capitaliste fait l’objet d’une remise en question. Les systèmes de santé dans le monde font aussi l’objet d’un débat. C’est aussi le cas des systèmes financiers de la politique des grands blocs ; On ne sait pas si certains Etats continueront d’exister ou s’ils s’effondreront. Il y a aussi des questions sur le sort de certains Etats militarisés. Je n’ai pas de réponses à toutes ces questions, je dis simplement qu’il faut observer ce qui se passe et les conséquences possibles. Il ne faut pas faire des analyses précipitées, mais moi je dis qu’il est encore trop tôt pour décider de ce que sera le futur. Le panorama final sera tributaire du succès des mesures prises actuellement. Le monde se débat aujourd’hui pour savoir s’il parviendra à trouver un traitement à ce virus ou non. Ce qui est sûr, c’est que les peuples du monde, et nous, dans la région et au Liban, nous vivons une expérience qui n’a pas sa pareille depuis au moins cent ans. Peut-être même plus, 200 ans. Ce qui est aussi certain c’est que la planète entière et l’humanité changeront après cela. Il y aura forcément de nouvelles données et une situation nouvelle. Je ne veux pas trop m’avancer, mais il y aura des changements sur les plans économiques, politiques, culturels, financiers et sociaux. Nous devons continuer à observer tout cela, car il y aura nécessairement des conséquences sur notre situation, sur celle de la région, dont nous faisons partie. De toute façon, nous sommes aussi une partie de ce monde qu’ils appellent désormais un village planétaire. Nous sommes tous influences par ce qui se passe sur cette terre. Nous devons donc observer tout cela.  Il se peut que nous soyons amenés à prendre des mesures, à faire preuve de prudence, ou encore à revoir certains calculs dans plusieurs sujets qui nous concernent tous.

J’appelle à s’arrêter devant ce qui se passe et à en tirer les leçons qui s’imposent. Quand on voit l’administration américaine qui se considère comme la plus puissante du monde, je parle d’une administration entière et pas seulement le président Trump, même s’il a une grande influence sur elle, hésitante, débordée, ne sachant pas comment traiter avec ce virus, tantôt elle le qualifie de maladie ordinaire et tantôt de danger extraordinaire. Un jour, elle veut rouvrir les usines et les commerces le 12 du mois et le lendemain, elle veut décréter l’état d’urgence dans certains Etats ou des mesures moins sévères dans d’autres. La plus grande puissance du monde est donc embarrassée, perdue et elle doute d’elle-même. Cela se passe aussi dans d’autres pays du monde, qualifiés de puissances. Nous le voyons sur nos chaînes de télévision. Heureusement d’ailleurs que nous voyons désormais tout sur les chaînes de télévisions. Il y a cent ou 150 ans, ce n’était pas possible. Quelle est la leçon qu’il faut en tirer ? C’est que cette planète, ce monde, cette humanité qui ont atteint un niveau inégalé de développement, de savoir, de progrès technologique et scientifique, qui ont conçu des armes inédites, d’une incroyable puissance et précision, ce monde qui s’est cru trop fort et qui croyait pouvoir égaler la puissance du Dieu Tout Puissant, un petit virus, invisible à l’œil nu lui a tout fait basculer. En un rien de temps, les usines, les commerces, les écoles etc se sont fermées, les rues se sont vidées. Les compagnies d’aviation sont au bord de la faillite. Le Fonds monétaire international a officiellement annoncé que le monde entrait dans une période de récession inédite. Ce virus invisible a emprisonné chez eux trois milliards et plusieurs centaines de millions de personnes chez elles, depuis que l’Inde s’est jointe à la lutte contre le coronavirus, car l’Inde, c’est à elle seule Un milliard et deux cents millions d’humains. Tous ces individus n’ont pas été emprisonnés par une guerre, une armée puissante, une administration ou une Grande puissance. C’est un petit virus invisible à l’œil nu qi a réussi cela. Cela devrait nous faire réfléchir. Depuis deux ou trois mois, l’humanité entière avec ses moyens et son savoir, ne parvient pas à dévoiler les secrets de ce virus invisible. Le monde entier cherche aujourd’hui un traitement ou un vaccin contre ce virus, des sommes énormes sont consacrées à cette recherche et les plus importants cerveaux du monde sont mobilisés dans ce but. Tous les leaders se consacrent à cette recherche, certains pour des raisons électorales, d’autres pour des raisons racistes, d’autres encore par souci de l’humanité et d’autres encore pour des raisons de profit financier, mais tout le monde cherche et reste impuissant.

J’espère qu’un traitement sera rapidement trouvé, par compassion pour l’humanité et Dieu Tout Puissant sera miséricordieux. Mais nous qui vivons cette crise sans précédent nous devons en tirer les leçons qui s’imposent.

Dans le passé, lorsque l’humanité traversait une crise de ce genre, les gens se réfugiaient en Dieu. Nous devons le faire aujourd’hui. Je sais que certains ont d’autres convictions et s’obstinent à ne pas vouloir s’en remettre à Dieu. C’est leur problème. Mais la logique, l’instinct, le cerveau, l’émotion et les indices nous poussent à nous en remettre à Dieu. Ce  recours à Dieu, nous l’avions dit dans le premier discours sur ce sujet, est notre arme la plus forte dans la guerre contre le corona, surtout chez les honnêtes gens, ceux qui sont de bonne foi et qui ont le cœur brisé. Il se peut que certaines personnes n’aient pas encore réellement pris conscience du danger, parce que, comme je l’ai déjà dit, grâce à Dieu, la situation au Liban reste acceptable. Le nombre de morts du corona est encore assez bas chez nous. Comme d’ailleurs celui des personnes atteintes du virus, comparativement à bien d’autres pays dans le monde. Jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu chez nous de cas atroces, comme quelqu’un qui meurt de faim, ou de la maladie pure, faute de soins. Chez nous, des mesures ont été prises. Les gens étouffent certes, dans leurs maisons. Nous devons en remercier Dieu et non pas attendre que la situation se détériore pour avoir recours à Lui.

En tout cas, je laisse ce sujet à la réflexion et à la méditation et nous en reparlerons dans quelques jours. Le dernier que je voudrais évoquer, c’est le fait que la guerre contre le Yémen achève sa cinquième année. L’agression contre ce pays se poursuit encore et le peuple yéménite a fait preuve d’une résistance légendaire. Une des bénédictions de ces jours et de ces nuits, c’est que la culture de Karbala, de la foi, de la patience, du jihad et du martyre a encore montré qu’elle donne la force de faire face à une agression aussi violente et prolongée.

5 ans déjà et les Etats-Unis sont le fer de lance de cette guerre. L’Arabie saoudite la dirige. Plusieurs Etats sont dans le coup. Des dizaines de milliers de mercenaires sont utilisés dans cette guerre. Un blocus terrible est imposé au pays et malgré cela, les Yéménites remportent de grandes victoires sur le terrain. Je ne vais développer ce dossier maintenant, car le discours a déjà pris trop de temps. Je veux juste dire deux choses :

D’abord je renouvelle mon appel à ceux qui mènent cette agression, en tête les dirigeants de l’Arabie saoudite, d’arrêter cette guerre.  N’est-il pas temps pour les peuples arabes et islamiques, pour les dirigeants du monde arabe et islamique et ceux du monde en général, les partis, les groupes, n’est-il pas temps pour tous ceux-là de dire d’arrêter cette guerre et de crier cela suffit.

Le monde entier appelle aujourd’hui à l’arrêt des guerres et à la mobilisation de tous pour trouver un traitement au coronavirus. Les Yéménites ne méritent-ils donc pas  que la guerre contre eux soit arrêtée ? Ce cri doit s’élever aujourd’hui plus que jamais. Au cours des 5 dernières années, certains pouvaient avoir une vision ou des intérêts différents. Mais aujourd’hui, tout doit s’effacer face aux considérations humanitaires. Pars souci humaniste, il faut arrêter cette guerre, contre le peuple du Yémen opprimé et injustement traité.

Le second point est qu’il faut apprécier à sa juste valeur l’initiative du frère, le chef sayed Abdel Malak Badreddine al Houthi, lorsqu’il a proposé d’échanger les prisonniers saoudiens entre les mains de ses soldats contre les détenus palestiniens injustement emprisonnés dans les geôles saoudiennes. Ceux-là vivaient en Arabie, certains depuis de longues années. Leur crime était de gagner de l’argent pour le donner à certains mouvements de résistance. Ce leader qui a des hommes emprisonnés en Arabie a préféré donner la priorité, dans un échange potentiel, à la libération des détenus palestiniens. C’est un acte de foi d’une grande noblesse. C’est aussi l’expression d’un engagement idéologique, jihadiste, humaniste et moral qui exprime à lui seul la réalité de ce mouvement au Yémen qui résiste contre une agression d’une rare violence depuis 5 ans, avec une foi inébranlable et un courage exemplaire. CE peuple et ce chef, malgré leurs souffrances, ont exprimé une fois de plus leur soutien à la cause palestinienne et leur solidarité avec le peuple palestinien.

Cette position mérite l’estime de tous. Nous aimerions que tous aient la même noblesse, la même conviction et le même engagement idéologique que ce chef et ce sayed.

Pour en revenir au Liban, Inchallah que nous pourrons tous ensemble dépasser nos conflits et nos petites susceptibilités pour sauver notre pays et notre peuple. Ce que nous avons fait pendant cette crise sans précédent sera retenu au jour du Jugement Dernier. Le monde et l’humanité se trouvent aujourd’hui face à un test difficile, moral. Certains commandements vont échouer, certains  Etats et gouvernements qui faisaient des surenchères sur les droits de l’homme et la moralité vont peut-être échouer dans cet examen. Nous autres, nous devons le passer avec succès, pour ce monde et pour l’autre, mais aussi pour notre oumma, pour nos peuples et pour le monde.

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