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Discours concernant les manifestations au Liban et les derniers développements

Discours concernant les manifestations au Liban et les derniers développements
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Au nom de Dieu

Notre patrie passe actuellement par une situation délicate et sensible. Ce qui exige de notre part de parler avec calme et sens des responsabilités.

Comme nous ne nous trouvons pas dans un meeting populaire, dans une région éloignée, cela devrait aider à parler calmement et à être plus précis.

Je voudrais commencer par rappeler la position du Hezbollah exposée samedi dernier. Je vais l’évaluer puis évoquer les points positifs qui ont eu lieu jusqu’à présent.

Je ne vais pas m’arrêter aux points négatifs, ni aux issues possibles, ni aux limites. Je vais me contenter de décrire ce qui se passe pour attirer l’attention sur certains dangers et je conclurai par une position claire et directe que je voudrais annoncer aux gens en général et au public de la résistance en particulier.

Samedi, deux jours après le déclenchement du mouvement populaire (c’est ainsi que je vais l’appeler), j’avais dit que je respectais ce mouvement, spontané et sincère, qui dépasse les confessions et les régions et qui exprime la souffrance des gens, leurs inquiétudes, leurs soucis et leurs appréhensions et qui n’est pas soumis à un parti ou à une ambassade.

Je peux dire que je suis la personne qui a le plus respecté ce mouvement et les gens qui en font partie. Je l’ai dit : je vous respecte, je vous comprends et je considère que ce que vous faites est très important, grandiose, même. J’ai aussi dit que le Hezbollah ne peut pas participer au mouvement, car s’il le fait, ce sera visible dans toutes les places et cela entraînera le mouvement vers un autre processus. A ce moment-là, le mouvement aura un aspect politique et des accusations sur le plan régional lui seront adressées.

Il est dans l’intérêt du mouvement de rester éloigné de nous et des partis.  J’ai dit aussi : vous pouvez descendre dans les rues, car vous n’êtes pas une partie précise. Vous êtes diversifiés. Vous pouvez donc rester deux ou trois jours, plusieurs semaines et vous retirer quand vous le voulez, ayant ou non atteints vos objectifs. Par contre, si le Hezbollah descend dans la rue, il ne peut s’en retirer sans avoir atteint ses objectifs.

Malheureusement, je vais commencer par cette précision, et le reste de mes propos resteront très prudents en raison de certains démons et des mauvaises interprétations.

Certains ont essayé dès les premiers jours de dire que le sayed menace les manifestants. Les médias du Golfe ont travaillé sur ce point, ainsi que les médias étrangers et certains médias internes. Certains n’ont même pas écouté le discours. Ils ont écouté ce qu’on leur disait, sans vérifier, alors que mon discours était clair. J’avais dit que nous ne pouvions pas descendre dans la rue, parce que si nous devions le faire, ce serait à vos côtés, pour les mêmes revendications, contre le pouvoir et non contre les manifestants.

De plus, j’avais aussi émis le souhait que les manifestants évitent de recourir aux insultes. Je le disais sur un plan fraternel et par souci de préserver le mouvement. A mon avis, il était préférable d’éviter les insultes, les invectives et les atteintes contre les biens publics et privés. Il falalit aussi éviter d’affronter les forces de l’ordre. Tout comme j’avais souhaité que les forces de l’ordre soient patientes avec les manifestants. Mon conseil le plus important était aussi d’éviter  que les partis politiques et certaines forces politiques prennent le mouvement en marche et l’exploitent en leur faveur, de façon à le mettre en contradiction avec vos objectifs, vos souffrances et vos aspirations réelles. J’ai parlé de tout cela samedi et d’autres choses qu’il n’est pas besoin de répéter.

J’entre donc dans les titres.

Le premier titre : les points positifs et les réalisations, pour être justes et équitables, car en définitive, tout ce qui se passe dans le pays doit être utilisé dans son intérêt et dans celui de tout le peuple libanais.

Ce qui s’est passé au cours des derniers jours a beaucoup de points positifs, notamment ce qui s’est passé dans les premiers jours. Malheureusement, ces points positifs n’ont pas été expliqués aux gens, pas même aux manifestants, par ceux qui affirment mener le mouvement de protestation.

Je vais essayer de faire la lumière, rapidement  sur certains de ces points positifs, afin que l’on puisse se baser sur elles, car il faut les préserver. Ces points positifs ont été réalisés par les gens lors qu’ils sont descendus dans la rue, jour et nuit, mettant leurs occupations habituelles et leurs vies entre parenthèses et supportant le soleil et la pluie. C’est pourquoi, c’est la responsabilité de tous de préserver ces points positifs réalisés par le mouvement de protestation populaire jusqu’à présent qui servent l’intérêt de tous.

1-Un des points positifs c’est que le mouvement a pu imposer au gouvernement libanais d’élaborer et d’adopter un budget qui ne comporte pas de nouvelles taxes et de nouveaux impôts, avec un déficit de 0, quelque chose. C’est la première fois depuis des dizaines d’années, à ma connaissance.

Depuis de longues années, il y avait un déficit dans le budget, je ne vous cache pas que les discussions étaient animées au sein du gouvernement avec ceux qui voulaient un projet de budget avec de nouveaux impôts et de nouvelles taxes. Aujourd’hui, le mouvement de protestation a imposé au gouvernement de soumettre au Parlement un budget sans nouvelles taxes et nouveaux impôts. Ce n’est pas une petite chose. Nul ne doit minimiser cet acquis. C’est très important.

Cela a aussi un grand impact sur les gens, car les impôts, la TVA sur certains produits de luxe et tout ce qui était proposé sur le plan de la hausse des prix du carburant auraient touché chaque maison et chaque famille au Liban.

2-Grâce à la pression du mouvement populaire, le document de réformes a été élaboré et adopté. Le Premier ministre en a parlé il y a quelques jours. Ce document est très important. C’est une première. Il contient des points de la plus haute importance. Certes, le document ne répond pas encore aux aspirations et aux attentes des Libanais, c’est premier pas très avancé dans la bonne direction.

Hélas, certains qui se considèrent impliqués dans le commandement du mouvement, certains médias et même certains analystes et commentateurs qui se disent objectifs et que je respecte ont ridiculisé ce document d’une façon étonnante. Pourtant, je ne me souviens pas qu’un autre gouvernement au Liban, à n’importe quelle époque ait pu adopter en une seule réunion et d’une seule décision, de telles décisions tout en leur fixant un calendrier d’exécution.

Pourquoi cherche-t-on à minimiser l’importance de ce document, alors qu’il s’agit d’un grand acquis obtenu par le mouvement de protestation. Comment se fait-il que certains de ceux qui se considèrent des porte-paroles du mouvement de protestation minimisent ses réalisations ? C’est suspect.

Il n’existe personne dans le monde qui minimise ses réalisations, ni une révolution populaire, ni un mouvement, ni des protestations, ni un mouvement de résistance. Au contraire. En général tous ont tendance à les amplifier pour donner le moral aux gens afin qu’ils poursuivent avec eux le chemin. Tous cherchent à ouvrir de nouveaux horizons et à donner de l’espoir, mais c’est une démarche étonnante que celle de vouloir minimiser les acquis.

Je veux dire aux gens que ce document de réformes n’est pas une simple promesse. Il s’agit de décisions accompagnées d’un agenda d’exécution. Ce qui a besoin d’une décision du Parlement est en train d’être de se transformer en projets de loi qui seront envoyés au Parlement, toujours selon un calendrier préétabli.

Un des principaux titres soulevés porte sur le projet de loi pour la restitution des fonds pillés. Il est placé en tête de liste et on y travaille jour et nuit.

Sur le plan de la restitution des fonds pillés, plusieurs décisions ont été prises et des projets de loi sont en préparation pour être envoyés au Parlement.

Je ne veux parler au nom de personne d’autre que le Hezbollah, les autres exprimeront eux-mêmes leur opinion, mais je tiens à vous dire que ce document de réforme a été adopté pour être exécuté. Il ne s’agit pas de promesses, ni d’encre sur un papier. Il n’en sera pas ainsi. Avec  les autres parties désireuses de travailler sérieusement, nous ferons en sorte qu’il ne soit pas rangé dans un tiroir, ni reporté aux calendes grecques. Et cela n’a rien à voir avec le fait que les manifestants restent ou non dans les rues. Cela relève de notre responsabilité.

Parmi les points positifs réalisés par le mouvement, il y a le fait que les responsables au sein du gouvernement ont commencé à appliquer ce qu’ils avaient promis de faire. Les réunions intensives qui se déroulent actuellement sont consacrées à l’étude des projets de la loi sur la restitution des fonds pillés, sur les fuites fiscales et tous les autres projets liés à la lutte contre la corruption. Le gouvernement dans toutes ses composantes est déterminé à déployer de grands efforts pour exécuter ses promesses dans un délai déterminé.

C’est un acquis très important, susciter l’éveil des responsables, actuels et à venir. Qu’est-ce que cela signifie ? Dans le passé récent, le climat général au Liban était que ceux qui sont au pouvoir peuvent faire ce qu’ils veulent, sans avoir à rendre des comptes ou sans craindre une réaction de la part de la population. Ils peuvent donc décider les impôts qu’ils veulent, continuer à dilapider les deniers publics, multiplier les échecs et les négligences, sans se soucier des gens. Aux dernières élections, dont tout le monde a vanté l’intégrité et la transparence et qui se sont déroulées sur la base d’une loi meilleure que les précédentes, la même classe politique est revenue au pouvoir. Autrement dit, une fois de plus les électeurs n’ont pas demandé des comptes à leurs représentants. Je ne condamne pas mais je me contente de décrire la réalité. Donc, les gens au pouvoir étaient convaincus qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Or, cela a changé grâce au mouvement de protestation. A un instant précis, ce mouvement qui dépasse les confessions et qui englobe toutes les régions  a changé cette réalité. C’est un élément positif très important, le peuple a décidé de réagir et de crier lorsqu’il sent que l’étau se resserre autour de lui. Il crie sa colère face à tout le monde. Et je commence à sentir  que cela a une grande influence sur l’attitude d’un grand nombre de responsables.

Le point qui suit est lié à la psychologie. Les gens ont commencé à retrouver leur confiance en eux. C’est important, car en général au Liban, les divisions sont communautaires, régionales, confessionnelles et politiques. Elles sont horizontales et verticales au point que les gens avaient la conviction qu’il n’y a aucune possibilité de lancer une action populaire d’envergure, car elle se heurtera à ces divisions. Cela a changé aujourd’hui. Le peuple libanais a retrouvé sa confiance en lui et de l’espoir. Cette expérience mérite qu’on s’y arrête et qu’on se base sur elle, car comme ce peuple est descendu aujourd’hui dans les rues, il peut le faire de nouveau dans deux mois ou dans un an.

Le point qui suit est le suivant : le mouvement a donné une chance aux gens de s’exprimer comme ils le veulent. Laissons de côté les insultes qui font partie des points négatifs de ce mouvement. Il faut préciser que certaines insultes sont spontanées, d’autres orientées. Je possède des informations sur des mots d’ordre donnés par certains parties pour insulter telle ou telle autre personnalité...Le point positif est que ce mouvement a donné une possibilité pour les gens d’exprimer leurs souffrances, leurs espoirs, leur colère, à leur manière et avec leurs propres mots. Nous devons nous arrêter sur ce point à l’avenir pour définir les objectifs du mouvement et ce qu’il attend de nous. Nous devons écouter les gens simples, les pauvres, les étudiants, ceux qui ont des demandes sociales et économiques, ceux qui parlent d’environnement, d’offres d’emplois, d’égalité des chances etc, bref de tous ces titres que nous entendons  depuis des jours dans les rues. Nous devons être sincères dans l’application de ces demandes. L’aspect positif c’est que les gens ont exprimé leurs aspirations et leurs demandes sans peur, et sans barrages, dans toutes les régions.

Le dernier point positif que je voudrais évoquer ( il y en a d’autres mais faute de temps je me contenterai de ceux-là) est le fait que le mouvement a suscité un climat nouveau dans le pays qui ouvre la porte de l’action aux forces politiques sérieuses, celles qui sont actuellement au pouvoir ou celles qui y entreront par la suite. Si ces forces sont sérieuses et sincères dans leur volonté de lutter contre la corruption, contre la dilapidation des Fonds publics, de procéder à des réformes et de régler la crise économique et financière, elles le seront encore plus désormais ; Parmi ces forces sérieuses et déterminées, il y a le Hezbollah. Au cours de la précédente, nous avons travaillé dans ce sens mais en tenant compte de certaines complications et difficultés. Maintenant, grâce au mouvement, la porte de l’action est plus ouverte qu’auparavant, devant tous ceux qui veulent lutter sérieusement et efficacement contre la corruption. Il y a donc le document de réformes, qui est un premier pas et il y a aussi plusieurs projets et propositions de lois déposés au Parlement. Selon mes informations, le Parlement devrait agir plus efficacement et examiner ces projets et propositions avant de les adopter. Nous autres, nous essayerons de pousser d’autres forces pour qu’elles votent en faveur du projet de restitution des fonds pillés et les autres qui concernent la lutte contre la corruption. Il y a aussi par exemple, la proposition de loi sur la levée du secret bancaire sur tous ceux qui travaillent dans le domaine public, à quelque niveau que ce soit. Cette levée des immunités est très importante car elle lève les obstacles face à la justice qui pourra ainsi faire son travail et demander des comptes aux fonctionnaires et autres responsables. Cela libèrera ainsi la justice qui devra faire son travail en toute justice et intégrité, sans être dans le registre de la vengeance ni dans celui de la sélection. La Justice pourra ainsi ouvrir tous les dossiers de la corruption dans lesquels seraient impliqués des hommes politiques, des hommes de religion ou autre sans qu’une partie politique ou une autorité religieuse ne cherche à les couvrir. Nous pouvons aller dans cette direction. En même temps, nous devons dialoguer et coopérer tous ensemble pour dynamiser l’économie, ouvrir de nouveaux horizons. Dans le document de réformes, il y  des points qui peuvent certainement contribuer à relancer l’économie.

Je voudrais conclure cette partie par les points positifs. Hier, le président de la République a ouvert la porte devant le mouvement de protestation. Il a dit à ce mouvement de venir s’entretenir avec lui  et j’ai vu en direct la déformation de ses propos par certains médias. Le chef de l’Etat n’a pas dit aux protestataires : je n’ai pas entendu vos revendications et je voudrais les entendre. Il a dit : Je souhaite entendre vos revendications et que vous entendiez nos appréhensions. Je voudrais que nous discutions  et échangions nos points de vue. Mais ses propos ont été coupés pour lui faire du tort comme à l’accoutumée. Le chef de l’Etat a ouvert la voie au dialogue et il invité les protestataires à négocier. Je reviendrai sur ce point par la suite. IL a donc ouvert la voie au dialogue sur plusieurs points. Il n’a donc pas dit : je voudrais dialoguer avec vous sur tel ou tel autre point, alors que je ne veux pas aborder d’autres points. Non, il a ouvert toutes les possibilités et c’est lui, le chef de l’Etat qui a prêté serment sur la Constitution, le Premier responsable du pays qui le dit. Il les invite au dialogue et eux, qu’ont-ils dit ?  Vers quel horizon se dirigent-ils ? Je reviendrai aussi sur ce point.

 

Le second titre : lorsque nous parlons de la situation actuelle, il est normal que nous cherchions des solutions. Je voudrais être clair en partant d’un point de départ de responsabilité et pour donner des conseils.  Toute solution, je le dis aux gens et aux forces politiques, toute solution doit être basée sur le refus du vide et de la vacance au niveau des institutions de l’Etat et du pouvoir. Pourquoi ?  Car c’est très dangereux. Même si certains veulent y arriver, la vacance au niveau du pouvoir, dans cette situation économique et financière dramatique, cela signifie qu’on ne peut pas faire entrer son enfant à l’hôpital. Je ne parle pas ici de ceux qui ont des millions et qui ont pris le train des protestations en marche, ceux-là ne savent pas ce que c’est que la faim et la misère. Ils ne peuvent pas comprendre les souffrances des gens.  Donc, dans le contexte financier, économique et social actuel, à l’ombre des tensions politiques dans le pays et dans la région et dans le contexte compliqué dans la région et sur le plan régional, la vacance au niveau du pouvoir va déboucher sur le chaos. La vacance va aussi aboutir à l’effondrement et si cela continue, l’Etat ne pourra plus payer ses salaires ? Même ceux de l’armée qui est en charge de la sécurité et qui est garante de l’unité du pays et de la paix civile...Si les gens n’ont plus de quoi manger, cela signifie que le pays ira vers un chaos total et probablement vers une déstabilisation interne. A Dieu ne plaise, certains pourraient même préparer une guerre civile, comme cela a été fait dans des pays voisins et régionaux. C’est pourquoi je voudrais insister : nous sommes ouverts à tout dialogue et à toute discussion, nous et le Président de la Chambre, mais nous ne voulons pas du vide car il serait fatal.

Samedi, lorsque j’avais dit que certains réclament la chute du gouvernement, celle du mandat et la tenue d’élections législatives anticipées, en réclamant le départ des ministres et des députés et la démission de tous, je me suis demandé s’il s’agissait de vouloir le vide. Ma réponse était que si c’est le cas, nous ne l’accepterons pas. Nous n’appuyons pas la chute du mandat, ni la démission du gouvernement et nous n’acceptons pas, dans un tel contexte, la tenue d’élections législatives anticipées, car il s’agit d’une question complexe. On aurait pu dire : Ok nous acceptons l’idée : adoptez une loi électorale et élisez vos représentants, vous, les partisans du mouvement de protestation. Mais êtes-vous en mesure de vous entendre sur une loi électorale ? C’est notre pays et nous savons tous comment il est composé.  Certains veulent que le Liban soit une circonscription électorale unique. Etes-vous tous d’accord sur ce point ?  Certains veulent sortir du cadre confessionnel et d’autres au contraire y tiennent.  Certains veulent le projet grec orthodoxe... Ne nous moquons pas de nous-mêmes et ne perdons pas de temps. Certains nous ont accusé de protéger le pouvoir et certains corrompus. C’est faux. Nous protégeons le pays du vide qui aboutirait au chaos et à l’effondrement.  Nous voyons loin. Notre religion, notre moralité et nos responsabilités nous poussent à vouloir protéger nos gens, nos enfants et nos femmes des massacres. Nous ne voulons pas que les maisons s’effondrent sur les têtes de ceux qui les habitent. Nous n’avons pas consenti tous ces sacrifices et donné tous ces martyrs pour libérer le territoire, pour en fin de compte lâcher nos gens et notre public.

Sur le plan politique interne, nous sommes concernés par la défense du pays. Nous payons aujourd’hui le prix en essuyant des accusations de vouloir protéger les corrompus et ceux qui ont échoué. On nous accuse même d’être hostiles aux revendications de la population. Mais tout cela est faux. Ces revendications sont les nôtres. Malgré cela, nous acceptons les accusations, c’est un moindre prix face au sang que nous avons versé pour défendre notre pays et pour libérer le territoire national. Mais pour nous, il est important que toute solution n’aille pas vers la vacance du pouvoir. Certains ont déclaré à ce sujet – et je considère que certains de ceux qui ont dit cela sont tout-à-fait respectables- le Hezbollah ne peut pas prétendre refuser la vacance au niveau du pouvoir alors qu’il a préservé cette vacance pendant deux ans et demi pour pouvoir amener le général Michel Aoun à la présidence de la République. Je tiens à préciser que pendant ces deux ans et demi, il y avait un gouvernement en fonction, un Parlement en fonction et des routes ouvertes. Les écoles, les universités, les usines, la vie économique fonctionnaient.  Il est donc injuste de comparer les deux situations. A cette époque-là, le pays n’était pas paralysé. Tout fonctionnait et il ne manquait qu’un seul élément : le locataire de Baabda. Il fallait un président qui puisse reprendre les prérogatives constitutionnelles. Par contre, les prérogatives du Conseil des ministres étaient complètes. Il est donc faux de prétendre que nous avons paralysé le pays pendant deux ans et demi. Nous avons simplement paralysé l’élection présidentielle, mais c’est tout, car le reste fonctionnait.

Je reviens donc à l’appel du chef de l’Etat aux protestataires. Ceux-ci doivent accepter cette invitation au dialogue. S’ils n’ont pas une direction claire qu’ils choisissent des représentants ou des délégations, que chaque place choisisse des représentants et que tous se réunissent et discutent pour s’entendre sur des revendications unifiées en harmonie avec vos aspirations et non avec celles des partis politiques et allez ensuite les soumettre au chef de l’Etat pour discuter avec lui. Cela ne signifie pas que vous devez quitter les places et les rues. Non, restez-y et menez des négociations avec la pression de la rue. Il n’y a pas de problème à ce sujet. Je poursuis dans le positivisme. Nul ne pose le dialogue pour que les gens se retirent des rues et des places. Au contraire, ils peuvent rester. Il n’y a pas de problèmes.

Les protestataires peuvent donc discuter de tous les sujets qu’ils souhaitent soulever, de la situation gouvernementale, de la situation économique etc. Mais il ne faut pas qu’une partie vienne greffer des revendications politiques sur celles des protestataires. Ils ne devraient pas laisser faire cela.

J’en arrive à la fermeture des routes. Je veux là aussi rester positif. Je ne discute pas du principe qui veut que la fermeture des routes soit un moyen de pression civile, pour obtenir des revendications. C’est même courant. Nous-mêmes, nous l’avons fait à une certaine époque pour obtenir des revendications justes. Je ne discute donc pas du principe. Je veux simplement parler du timing. Neuf jours après le début de la fermeture des routes, nous arrivons à la fin du mois et la situation économique et financière est désastreuse. Vous entendez ce que disent les gens : si nous ne travaillons pas nous ne pouvons pas nourrir nos enfants. Cela fait neuf jours que certains sont donc empêchés de travailler. Je veux bien croire que le nombre des manifestants est impressionnant, mais cela n’empêche pas le fait qu’ils empêchent d’autres citoyens de travailler et de nourrir leurs enfants. La fermeture des routes a un impact  sur l’ensemble de la situation économique. Plus grave encore, sur certains barrages qui ferment les routes, les jeunes ne sont pas armés jusqu’à présent, mais ils insultent les passants, les frappent et les humilient.  Nous avons vu cela sur les chaînes de télévision, je ne lance donc pas de fausses accusations. Plus grave aussi encore c’est qu’ils demandent à certains moments les papiers d’identité des passants. Cela rappelle de mauvais souvenirs aux Libanais. Certes, les jeunes n’ont pas vécu cette époque, mais ils n’ont qu’à demander à leurs parents... Certaines routes se sont mêmes transformées en barrages pour soutirer de l’argent aux passants : si vous voulez transporter une personne à l’hôpital payez 50 Dollars ! Si vous voulez voyager payez 100 Dollars, ou alors je vous emmène sur ma mobylette... Comment cela s’appelle-t-il ?  Une désobéissance civile ? Un mouvement de protestation ?  Je ne veux pas faire assumer des responsabilités. Mais je voudrais simplement dire : faites un sondage d’opinion et si la fermeture des routes obtient 50% des voix, je ne parle pas de 60 ou 70, seulement 50%, gardez-les alors fermées. Moi je pense que les gens ne veulent plus que les routes soient fermées. C’est pourquoi j’appelle les manifestants, qui disent défendre les droits des plus démunis, qui disent être eux-mêmes des démunis, à ouvrir les routes.  Personne ne vous demande de quitter les places et les rues. Au contraire, allez-y encore plus nombreux, même sur les autoroutes. Mais laissez un passage pour les gens. Je ne veux pas aujourd’hui faire assumer des responsabilités. Je veux juste lancer un appel aux manifestants avec tout mon respect et mon amitié : ouvrez les routes pour que les gens puissent travailler, aller à l’école et à l’université, à l’hôpital... et après cela, une fois rentrés de leur travail, de leurs universités, qu’ils protestent et manifestent, qu’ils négocient sous la pression, il n’y a aucun problème.

Il y a un autre point sur lequel j’estime qu’il est de mon devoir d’insister : il y a dans ce pays, des parties soit au pouvoir soit simplement politiques qui cherchent à pousser vers une confrontation entre les manifestants et l’armée, en disant que l’armée a tiré sur les manifestants. C’est un mensonge et de la diffamation.  C’est même une incitation contre l’armée sur la base d’informations erronées.  D’ailleurs, il n’est même pas demandé à l’armée de descendre dans la rue pour pousser les manifestants à s’en retirer. Au contraire, l’armée se déploie dans les rues pour les protéger. Je me souviens qu’en 2005, lorsque le pays a connu de grandes manifestations populaires qui n’étaient d’ailleurs pas sociales et économiques mais avaient des objectifs politiques. Le commandant en chef de l’armée de l’époque m’avait envoyé un message, comme il avait dû le faire avec d’autres parties, pour dire : on me demande de déployer mes soldats dans la rue pour en chasser les manifestants même au prix de tirer sur eux. Qu’en pense le Hezbollah ? Nous avions alors répondu que le Hezbollah refuse cela. Nous savons parfaitement ce que signifie le fait que l’armée tire sur les manifestants. Nous en avons été la cible en septembre 1993 et nous avions alors eu des martyrs et des blessés. Plus tard, nos gens ont essuyé des tirs à Hay el Sellom et c’était le même commandant en chef  dont les soldats avaient aussi tiré sur les gens à Moucharrafié qui avaient des revendications sociales. J’avais dit à l’époque : pourquoi les soldats sont-ils si prompts à la gâchette ? Nous ne voulons pas qu’ils le soient, ni avec nos gens ni avec les autres. Les forces de sécurité ne devraient pas tirer sur le peuple.

Donc, il s’agit d’une accusation injuste. Certes, l’Etat doit assumer ses responsabilités lorsqu’il y a atteinte aux biens publics, fermeture des routes et agressions contre les gens, s’il y a aussi des barrages qui demandent aux passants leurs papiers d’identité. Je ne veux pas dire à l’Etat quelles sont ses responsabilités, ni à lui faire assumer toutes les responsabilités. Les soldats accomplissent leur mission et connaissent leurs responsabilités.

Le titre qui suit va peut-être déranger. Il porte sur l’objectivité du mouvement actuel. J’avais parlé de ce sujet samedi, mais je voudrais modifier un peu mes propos. Ce qui avait paru un mouvement populaire spontané, indépendant, nullement lié aux ambassades, uniquement soucieux de revendications sociales et économiques, comportant des gens dans la misère, qui ont mal, a quelque peu changé. Aujourd’hui, dans ses actions quotidiennes, ses slogans et les positions avancées en son nom, le mouvement n’est plus vraiment spontané. Les jeunes qui descendent dans la rue le savent. Je parlerai une autre fois au public de la résistance.

Aujourd’hui, le mouvement est mené par des partis connus et précis. Je ne veux pas les citer nommément aujourd’hui. Nous connaissons les forces politiques et les différents groupes. Il y a même des institutions précises et des figures connues. Il y a même un financement, que personne ne nous dise le contraire. Si vous voulez faire une cérémonie de trois heures, vous devez avoir des moyens. C’est élémentaire. Nous avons manifesté et mené des protestations dans les rues et nous savons comment faire pour assurer une présence permanente sur les places, assurer de la nourriture, des boissons, des médicaments, une couverture médiatique, des téléphones portables pour communiquer... Il faut de l’argent pour tout cela. Sont-ce les pauvres qui l’assurent ?  Non, il y a certainement quelqu’un qui finance. Qui sont les parties qui financent ? Je n’accuse personne Mais je souhaite que ceux qui se considèrent comme des chefs dans ce mouvement qu’ils nous expliquent  ce point. Ils réclament la transparence et ils doivent eux aussi être transparents. Des sommes importantes sont dépensées dans certaines places. Certaines sont pauvres mais d’autres non.  Qu’ils disent donc aux gens avec transparence d’où vient l’argent ainsi dépensé.  Qu’ils disent qui a fait un don, telle personnalité, de tel Etat, ou de telle ambassade, tel richard etc. Il faudra alors voir si ces bienfaiteurs qui donnent tout cet argent veulent vraiment  l’intérêt du peuple libanais ou non, s’ils sont des hommes politiques ou non.. ; Ces gens fortunés qui font des dons ont -ils fait leur fortune grâce à la corruption... Toutes ces questions sont légitimes. Le sujet du financement est une grande question qui suscite des doutes.. ; Nous, au Hezbollah, lorsque nous organisons une cérémonie ou une activité collective, nous disons sans honte d’où vient notre financement. Malgré cela, certains nous critiquent et nous condamnent.  Pas de problème. Mais que les chefs du mouvement nous disent d’où vient le financement ? De même, les revendications ne sont plus les mêmes qu’au début du mouvement. On parle maintenant de renverser le régime. Qu’est-ce que cela signifie au Liban ?  Y a –t-il un régime au Liban, dans le sens qui existe dans les autres pays ? S’il s’agit de renverser le régime confessionnel, ok, nous sommes les premiers avec cette revendication. Venez donc que nous mettions un mécanisme pacifique et constitutionnel pour cela. Mais les gens ne sont pas descendus dans les rues pour cela.  Ou alors s’agit-il de vider le pouvoir ? Les gens veulent-ils vraiment vider le pouvoir ? C’est-à-dire qu’il y ait une vacance ? Je ne crois pas. Je crois que les gens veulent vivre, manger à leur faim, avoir des soins de santé et du travail, un environnement sain et ne pas être humiliés par qui que ce soit. Ils veulent une justice équitable et efficace, la stabilité et la sécurité ainsi que la justice sociale. C’est cela leurs revendications. Pensez qu’une partie du mouvement a élaboré une feuille de route qui doit être adressée au Conseil de sécurité de l’ONU dans laquelle elle réclame que le Liban soit placé sous le Chapitre VII. Est-ce vraiment là les revendications du mouvement populaire ?  Donc, les revendications ont été poussées dans une autre direction. Dans certaines places, on a été jusqu’à qualifier la résistance de terrorisme et on s’est dirigé contre les armes de la résistance. Indépendamment du fait de savoir si ces revendications sont justifiées ou non, que chacun revienne à ses archives. Les gens honnêtes dans leurs revendications doivent revenir à leurs archives  et que nous revoyons tous quelles sont leurs revendications. Un mécanisme pour exécuter leurs revendications a-t-il été établi ? Ou bien cherche-t-on à les entraîner dans une autre direction...

Aujourd’hui, nous nous trouvons face à un mouvement  et des forces politiques ainsi que des partis qui essaient de l’exploiter pour atteindre d’autres objectifs qui ne sont pas ceux de départ. J’ai fait ce développement pour aboutir à ce point : je voudrais demander  aux manifestants qui sont dans les rues depuis 9 jours : voulez-vous atteindre vos objectifs ? Certainement. Le fait de rester dans la rue sans aller plus loin vous permettra-t-il d’atteindre vos objectifs ? Peut-être oui et peut-être non. Cela peut aussi prendre du temps. Nous autres, nous sommes descendus dans les rues et dans les places, à Riad el Solh et à la Place des Martyrs. Peut-être parce que nous n’avions pas alors coupé des routes, on ne nous a pas pris au sérieux. Nous sommes restés une semaine puis deux, puis des mois et un an et au final, nous avons été vers la négociation. Les autres avaient fermé leurs oreilles et ils ont continué comme si de rien n’était avec un gouvernement amputé d’une partie... Les manifestations dans les places ne suffisent donc pas à elles seules. Il faut un plus. Mais ce plus se divise en deux parties. Il faut d’abord voir si le pouvoir est prêt à la négociation, ensuite si vous, les manifestants vous allez vers la négociation. Concernant la première question, le pouvoir veut négocier et il est prêt. Quant à la seconde question, je crois qu’il serait temps d’aller vers la négociation de votre part. N’est-il pas temps pour vous de le faire ? Qui sont vos commandements ?  Pourquoi ne vous choisissez-vous pas des commandements  clairs ? Pourquoi ces commandements n’apparaissent-ils pas au grand jour ? Ils doivent donner les raisons de tout ce flou. Moi je sais, mais c’est à eux de le dire. Je pense qu’il n’y a pas un seul commandement. Il y a aussi des partis, des groupes, des personnalités, des cadres, des personnes influentes. Mais les manifestants doivent derrière qui ils marchent, qui leur dit de couper les routes, de répondre au document de réformes ou à l’appel au dialogue du chef de l’Etat... Qui décide ? Les gens eux-mêmes ou bien des parties politiques, administratives et médiatiques ? Je penche pour la seconde possibilité et ce n’est pas des suppositions, mais les informations que nous possédons.

Aujourd’hui, les gens qui souffrent dans la rue, sous le soleil et sous la pluie doivent savoir qui dirige leur mouvement. Pour être équitable, je dois dire qu’il y a plusieurs groupes dans ce mouvement. L’un d’eux que je connais personnellement est formé de gens sincères, loyaux et nationalistes, propres et crédibles qui ont vraiment à cœur les souffrances des gens. Mais que représente ce groupe comparé à l’ensemble du mouvement ? Il y a un débat à ce sujet. Il y a un autre groupe qui est formé de partis politiques connus. Certains étaient au pouvoir et ont démissionné et d’autres, étaient au pouvoir pendant des années, voire des décennies et ils ont leurs projets, leur passé et leurs liens extérieurs et internes. Il y a aussi un groupe qui est formé de rassemblements, d’entités et de blocs politiques nouveaux, qui se sont constitués récemment et qui ont participé aux dernières élections législatives. Ils avaient d’ailleurs dépensé des sommes considérables pendant ces élections. Mais en dépit de l’adoption du mode de scrutin proportionnel, ils ont obtenu des scores faibles et ont à peine pu entrer au Parlement. Il y a encore un autre groupe dans lequel il y a des personnes sûrement liées aux services de renseignements étrangers. Je voudrais justement dire à cet égard que certaines parties et personnalités qui déclarent être aux commandes de ce mouvement et le financent, sont considérées parmi les plus corrompues. Il y a aujourd’hui des personnalités qui affirment vouloir combattre la corruption et m’accusent moi et le Hezbollah d’être corrompus alors qu’elles le sont elles-mêmes et elles ont des dossiers dans ce sens en attente devant la justice libanaise. Certaines sont mêmes des avocats devant la justice libanaise de parties au pouvoir que je suis accusé de défendre. Je ne vais pas citer de noms. Ces personnes sont actuellement aux commandes du mouvement. Certains veulent une vengeance politique et d’autres veulent régler des comptes, politiques aussi. D’autres encore cherchent un rôle ou une position qui faciliterait leur élection aux prochaines législatives.  J’ai les noms de tous ceux-là. Mais je n’ai pas le temps aujourd’hui de les énumérer. J’ai simplement voulu soulever ces questions, non pour semer le doute, mais pour dire aux gens qui descendent dans les rues pour crier leur colère et leur souffrance qu’ils doivent aussi savoir à qui vous confiez vos efforts et à qui vous allez donner le fruit de tous les efforts que vous avez déployés au cours de ces jours de protestation. Vous êtes concernés par cette question et vous devez savoir qui sont ceux qui tiennent les rênes du mouvement, pour ne pas qu’ils l’exploitent à des fins personnelles. Quelles sont les garanties que vous possédez pour qu’ils n’utilisent pas votre mouvement à des fins personnelles ou pour qu’ils ne l’inscrivent pas dans des projets extérieurs. Quelles sont les garanties ? Jusqu’à présent, je n’accuse personne, mais je demande des garanties, car il y a des craintes et des doutes.

Je veux m’adresser aux manifestants. Lorsque vous avez un commandement de votre mouvement, dont certains n’osent pas s’afficher au grand jour, lorsque vous affirmez vouloir combattre la corruption et l’échec, voulez-vous remplacer les corrompus et les incapables par d’autres comme eux ?  Cela n’existe pas dans le monde entier. Tous les mouvements populaires et les révolutions dans le monde avaient des commandements clairs et présentaient des programmes et des solutions de rechange, qui faisaient d’ailleurs l’objet d’un examen approfondi de la part des révolutionnaires. Il fallait donc que ceux qui allaient prendre la relève soient propres et aient un programme clair et un passé crédible et qu’ils soient surtout déterminés à appliquer des solutions pour aider les gens. Ils ne pouvaient pas être des empereurs qui mènent une vie impériale. C »’est dans ce cas seulement que les gens peuvent dire : nous avons la relève, nous n’allons pas vers le vide et nous n’allons pas remplacer un corrompu par un autre comme lui. C’est ce que j’ai voulu vous dire, un conseil fraternel aux manifestants eet aux gens dans les places et dans les rues. Assurez-vous de tout cela et après cela dites ce que vous voulez.

J’assume une lourde responsabilité quel que soit son poids. Je suis prêt. J’appelle ceux qui se disent dans le commandement du mouvement à se rendre spontanément devant la justice pour voir s’il y a des dossiers les concernant. Si quelqu’un cherche à les accuser de corruption qu’ils aillent vers la Justice et ne se dérobent pas. Il y a par exemple certaines rumeurs qui disent que les protestataires ferment les routes pour empêcher les responsables de fuir, notamment par la route de l’aéroport. Comment peut-on dire de telles choses ? N’est-ce pas une façon de prendre les gens pour des imbéciles ? Montrez d’abord vos vrais visages. Si vous êtes un parti, dites-le, montrez votre structure, votre chef, vos députés et vos ministres. Nous autres, nous sommes tous à découvert. Celui qui veut nous accuser de corruption, je lui dis que nous sommes prêts à aller devant la justice et à lever le secret bancaire sur nos comptes. Faites-en de même  vous qui vous présentez comme la relève et qui dites ne pas vouloir mener le pays vers le vide. Dites aux gens quel est le montant de vos biens et si vous avez de l’argent, dites d’où il vient. C’est comme cela que l’on offre une relève  digne qui suscite de l’espoir et peut réaliser les aspirations des gens.

Lorsque nous disons qu’il y a un mouvement et un commandement capable de faire des réformes et de combattre la corruption, d’arrêter les voleurs et de relever le pays sur le plan économique, en le sortant des crises dont il souffre, un mouvement qui ne veut plus de la mentalité confessionnelle et régionale pour aller vers une attitude nationale, nous sommes tous prêts à l’appuyer. Mais donnez-nous ce modèle de relève.

Le dernier point avant la conclusion porte sur les doutes au sujet du mouvement de protestation. J’ai sciemment laissé ce point pour la fin pour pouvoir par la suite m’adresser au public de la résistance et à l’environnement auquel j’appartiens. Je veux préciser que je suis contre la théorie du complot et depuis le premier jour, j’ai dit que ce mouvement est spontané et qu’il n’est pas à la solde d’ambassades ou de partis politiques. J’ai dit cela le premier jour, le second et le troisième, à plusieurs personnes qui m’ont contacté et qui étaient inquiètes. Je leur ai répondu qu’il n’y avait pas lieu d’être inquiet, car il s’agit d’un mouvement spontané et de revendications justes. Certes, il y avait un risque que par la suite des parties se greffent sur le mouvement , des ambassades, des Etats régionaux, des partis politiques ou autres qui veulent régler des comptes personnels ou grimper sur le dos des gens pour arriver. C’est une possibilité, mais ce qui est visible jusqu’à présent ne suscite pas l’inquiétude. Je refusais donc la théorie du complot. Je fais des rencontres et le lendemain je lis dans les médias des informations qui n’ont rien à voir avec ces rencontres. Je veux dire que lors des rencontres que j’ai faites tout au long de la semaine passée, les sujets discutés étaient relatifs à la situation économique et financière et à leur gravité, aux impôts et au budget et aux moyens d’augmenter les recettes bref sur la situation économique en général. Le lendemain je lis dans les journaux que j’ai évoqué dans mes rencontres l’échéance présidentielle et l’état de santé du président Michel Aoun est inquiétant. Ce sont des informations stupides qui sont dénués de tout fondement...

En tout cas, je le répète, je refuse la théorie du complot. Mais au cours des derniers jours, j’ai reçu des informations – et je dis bien des informations pas des analyses- que nous avons recoupées qui indiquent que le Liban  est entré dans un cercle de menace politique international et régional qui utilise des parties internes.  Il ne s’agit plus d’un mouvement populaire, de question d’emplois, d’environnement sain, de corruption  et de revendications sociales. En tout cas, les informations reçues, les données et les indices indiquaient cela. Je ne veux pas être affirmatif, mais toutes ces données ne devraient-elles pas nous pousser à avoir des doutes ? J’invite les Libanais collés devant leurs petits écrans sur les chaînes locales à aller vers les chaînes du Golfe et étrangères. Regardez les émissions et écoutez les commentaires, consultez les réseaux sociaux, les armées électroniques, s’agit-il réellement de réactions spontanées, de gens affamés qui veulent manger ? c’était vrai au cours des premiers jours du mouvement, mais avec mes respects pour tout le monde dans ce pays, la situation est désormais différente.

J’appelle à la vigilance. Regardons ce qui s’est passé dans d’autres pays. Espérons que le Liban n’est pas la victime d’un tel plan. Mais au moins, j’invite les gens à être vigilants et à garder en tête que cette possibilité existe. A mon avis, il s’agit bien plus que d’une possibilité. Il ne faut pas écouter ce que disent les ambassades. Aujourd’hui l’ambassadrice des Etats-Unis et les autres ambassades disent : nous ne voulons pas faire chuter le gouvernement, ni qu’il démissionne. Mais ce qu’ils disent importe peu. Ce qui compte, c’est ce qu‘ils font. Peu importe ce qu’ils disent. Ce qui compte, c’est ce que font la CIA et les services de renseignements.  Regardez les médias israéliens. Que signifie le fait pour les Israéliens, d’envoyer à ce moment précis des Libanais réfugiés au sein de l’entité sioniste à la frontière pour se solidariser avec le mouvement de protestation ? Nous, les gens de la résistance, avons le droit d’être sensibles à cela. Je voudrais donc exprimer une crainte. Que ceux qui croient que cette crainte n’est pas justifiée, nous rassurent. Je n’ai pas peur pour la résistance. J’ai peur pour le pays. Nous avons peur pour le pays, que certaines parties cherchent à y susciter des tensions sociales, sécuritaires et politiques pour l’entraîner ensuite dans une guerre civile.  Combien de pays dans la région sont-ils en pleine guerre civile ?  Indépendamment des détails propres à l’Irak, que se passe-t-il aujourd’hui dans ce pays ?  Regardez d’autres pays. Voulez-vous que le Liban connaisse le même sort ?

Je ne cherche pas à faire peur à qui que ce soit. Mais aujourd’hui, dans l’équation interne, la partie la plus forte est la résistance. Ce n’est pas une menace- Si certains veulent avoir peur de ce doigt, tant pis pour eux. Mais moi je ne menace personne. Je décris. Nous n’avons donc pas peur pour la résistance. Nous avons peur pour le pays. Nous craignons qu’il n’y ait aujourd’hui une partie qui cherche à viser le Liban.  Comment ?  Le pays qui est formé d’un peuple, d’un Etat, d’une armée et de la résistance bénéficie d’une grande immunité et c’est ce qui dérange les Israéliens.  Ils commencent à considérer cette équation comme une menace existentielle. Israël qui disait-on dans le passé pouvait occuper le Liban avec une troupe musicale est désormais effrayée par le Liban, elle le craint et il l’a humiliée. Aujourd’hui, si le chaos règne dans le pays et si les différentes parties s’entretuent et si l’armée devient impuissante et la résistance sera enlisée dans les conflits internes, ce sera dans l’intérêt de qui ? Je ne cherche pas à faire peur. J’espère qu’il ne se passera rien et que toutes les informations s’avèreront fausses, mais je le répète, il y a des informations et des données qui suscitent les doutes. Certaines parties internes au Liban étaient désespérées de la situation et misaient sur une guerre américaine contre l’Iran pour changer le paysage régional et faire chuter l’axe de la résistance. Ces parties tenaient des réunions internes pour mobiliser leurs partisans et leur donner de grands espoirs sur un changement de situation. Jusqu’à présent, ces espoirs se sont évaporés. Il n’y a pas eu de guerre américaine contre l’Iran. Il n’y a pas de guerre entre l’Amérique et l’axe de la résistance. Les Américains rangent leurs effets. Vous avez vu ce qu’ils ont fait à l’Est de l’Euphrate et dans la région du Golfe. Avez-vous entendu les discours de Trump ? Cette option et ce pari sont tombés. Il faut donc aller vers d’autres choix.

Je voudrais donc alerter sur ce point et rappeler au véritable commandement  du mouvement que c’est à lui de dissiper les doutes. Il doit rassurer les Libanais, et en toute franchise, la résistance. Il faut rassurer la résistance sur le fait que le pays n’est pas la cible d’un plan précis, car la résistance n’est pas un objectif en soi, elle cherche à protéger le Liban et les gens, leur dignité et leur bienêtre, leurs vies , leur sang et leur honneur.

J’en arrive à la conclusion et je m’adresse au public de la résistance – et bien sûr aux gens en général. Je veux parler d’un point qui a un caractère politico-culturel qui a été soulevé récemment. Il a été dit que l’imam Hussein est un modèle pour la révolution contre les oppresseurs, les corrompus et les corrupteurs et au secours  des opprimés. C’est très bien. Mais ils nous ont dit : vous n’êtes pas dans le camp de l’imam , qui est présent sur toutes les places et qui est aux côtés des protestataires. Ils se sont adressés à nous avec cette logique. Que l’on pose des questions aux gens et à soi, il n’y a pas de problème. Mais que l'o’ émette de tels jugements de façon aussi dure, c’est une injustice.  Pourquoi ? Parce que Al Hussein, Achoura et Karbala ce sont des causes justes, des slogans justes et ils sont au secours des opprimés. Mais il s’agit d’un projet complet. De plus, il s’agit d’un commandement clair, sincère et fidèle, prêt à tous les sacrifices et qui n’est pas attaché aux biens matériels ; Ce commandement est prêt à se sacrifier, à sacrifier ses enfants, ses sœurs, sa famille et tous ses biens pour en faire profiter les opprimés.  C’est cela Karbala et c’est cela Achoura. C’est cela la relève qui inspire confiance et à laquelle on est prêt de confier sa vie. A Hussein n’était pas seulement un chef de révolution. Il s’est présenté comme une solution de rechange à l’oppression et à la tyrannie. Lorsqu’il s’est rendu en Irak, car l’Irak l’avait adopté, il voulait en être l’imam et le gouverneur. Lorsqu’on veut se comparer ou comparer un mouvement à l’imam Hussein, il faut d’abord présenter une cause juste, des slogans justes et un commandement clair, sincère, équitable et prêt au sacrifice. Présentez-moi un mouvement ayant ces qualificatifs  et je vous le dis tout de suite, moi et tout le Hezbollah sommes prêts à être des soldats dans ce mouvement. Nous sommes prêts à obéir au commandement de ce mouvement et à donner nos vies, notre sang, nos biens et tous ceux que nous aimons pour réaliser ses objectifs. Car à ce moment-là, l’imam Hussein y sera présent. Si ces qualificatifs ne sont pas présents, il faut laisser l’imam Hussein  là où il est.  Parlons plutôt des développements, de la situation, des dangers, des opportunités et des défis qui attendent notre pays.

J’ai dit dans le passé : si vous voulez manifester faites-le et si vous ne voulez pas, ne le faites pas. Cela vous regarde. Le premier et le second jour, nous n’avons demandé à personne de manifester et nous n’avons pas non plus interdit à qui que ce soit de le faire. Les gens sont descendus d’eux-mêmes. Certains disent : le Hezbollah est contre le mouvement. D’autres, au contraire que c’est lui qui l’agite ou laisse faire. Je vous le dis franchement, nous n’avons pas laissé faire, ni favorisé, ni interdit.  Les gens sont descendus d’eux-mêmes spontanément. Oui, samedi, nous avons demandé à nos partisans de ne pas descendre, car lorsque je demande au mouvement de ne pas laisser les partis l’exploiter et l’utiliser et si le Hezbollah est présent de façon claire et publique, cela aura un impact sur les objectifs et les revendications du mouvement. Nous avons donc dit à nos partisans de ne pas descendre, mais une partie de notre public, de nos amis  et de nos alliés  a continué à être présente sur les places, dans la plupart des régions pour exprimer son opinion. Aujourd’hui, après tout ce qui a été dit et suite au fait que des portes ont été ouvertes et que certaines personnes ne veulent pas entrer à travers ces portes en raison des questions qui se posent, des doutes et des appréhensions, je demande en toute franchise au public de la résistance de quitter les places. Je le dis car beaucoup ont laissé entendre qu’ils ne comprennent pas ce que je veux, ils hésitent et estiment que notre position est confuse. Ils l’expriment sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, je le dis donc directement : je demande au public de la résistance de se retirer. Même ceux qui sont descendus parce qu’ils appuient les revendications du mouvement et pour défendre la résistance. Celle-ci est insultée dans certaines places et pas dans d’autres. Mais il ne faut pas être partie de ce débat. D’autant que dans certaines places la résistance n’est pas seulement insultée. On ouvre le dossier des armes du Hezbollah et les autres places se taisent. Certains disent que le Hezbollah est terroriste et d’autres se taisent. Certains ont senti qu’il était de leur devoir de descendre dans la rue pour donner un autre son de cloche. Mais je leur demande de ne pas rester dans les places. Il n’est nul besoin que vous alliez pour défendre la résistance. Si le besoin s’en fait sentir nous défendrons la résistance dans les médias, par la politique et même dans les rues et à toutes les tribunes. Nous sommes capables de le faire et nous le ferons en cas de besoin. Nous ne voulons pas être placés dans le box des accusés ni faire l’objet de questions.

Quittez donc les places. Nous respectons les convictions de tous, les espoirs et les souffrances. Ceux qui sont convaincus que ce chemin peut les mener vers leurs objectifs, nous ne nous tenons pas contre lui.  Au public de la résistance j’adresse des propos clairs : nous ne sommes pas concernés, plus même, nous n’avons aucun intérêt  à être présents sur les places. Au contraire, notre intérêt est de rester à l’écart et de suivre les développements. S’il y a des objectifs positifs qui sont atteints, nous bâtirons sur eux pour tout le pays. Mais s’il y a des menaces et des dangers, nous surveillons et nous suivons pour garder toutes les voies du dialogue ouvertes. Ce qui est demandé, c’est que nous soyons tous soucieux de la sécurité, de la stabilité, de la paix civile et des traitements calmes et sensés.

C’est ce que j’ai aimé vous dire ce soir. J’invite nos amis, nos alliés et tous ceux qui sont avec nous dans la même tranchée politique et stratégique à m’écouter attentivement. Je les invite à revoir leur  façon de voir les choses. Je respecte leurs options et les considérations qui les motivent. Ils ne sont certainement pas suspects. Chacun a le droit d’avoir sa vision et des calculs précis, mais après ce à quoi nous avons abouti, après tout ce que nous voyons et surtout si le refus de tout dialogue avec le chef de l’Etat se précise, cela signifie qu’il y a quelque chose de caché. Cela signifie qu’il y a un plan politique grave qui vise le pays et qui vise en particulier les éléments de force du pays. Je vous invite donc à étudier la situation, à évaluer les données et à prendre ensuite la décision que vous jugerez bonne.

Que Dieu Tout-Puissant nous donne la clairvoyance et la capacité de faire des évaluations saines et d’adopter des positions sages. Qu’Il protège notre pays et aide le peuple libanais à surmonter cette période difficile de manière à réaliser ses espoirs, ses rêves et un avenir prometteur. Allez en paix.

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