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Les journalistes au front... entre la victoire de juillet et celle du Jouroud ?

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Par Bilal Assaf

Les médias sont devenus l'arme la plus puissante de notre époque moderne, et font partie de la machine de guerre moderne, capables de semer des idées, de répandre des idéologies et de promouvoir des victoires. La machine médiatique est devenue si importante qu'elle peut empêcher une grande partie du public de voir les choses de manière objective, en se servant du flux rapide d'informations, de données et d'analyses, qu'elles soient vraies ou fausses. La menace de l’arme médiatique a augmenté avec l'avènement et la montée rapide des médias sociaux.

Cette machine médiatique joue un rôle central dans la couverture des guerres. Durant l’agression de juillet 2006, par exemple, les médias ont joué un rôle essentiel dans la démonstration de la victoire de la résistance contre l’ennemi israélien, ils ont également joué un rôle majeur tout au long de la guerre en Syrie. Les réseaux sociaux ont également joué un rôle essentiel dans la couverture de la guerre et de ses développements, la guerre médiatique était importante et se joue au plus haut niveau, celui qui regarde certaines chaines telles qu'Al Jazeera et Al-Arabia, pourrait croire que la Syrie a été vaincue bien que la réalité sur le terrain prouve le contraire. Sans doute les exqoupériences médiatiques vécues entre la guerre de juillet 2006 et la guerre contre la Syrie qui dure depuis 2011 sont différents, c’est ce que nous expliquent des journalistes qui ont participé à la couverture médiatique de ces deux guerres.

L'expérience médiatique durant la guerre contre l'ennemi israélien et la guerre contre les groupes Takfiri était évidemment différente. Selon le journaliste et le correspondant de la chaine Al-Manar Diaa Abou Taam «l'expérience varie dans ces deux régions, en fonction de la géographie et de l'environnement. En Syrie, le mouvement des journalistes était plus lent et plus prudent en raison du manque de connaissance de la région. Les journalistes devaient circuler en groupes ou être accompagnés par un groupe de combattants ou de résidents ou des correspondants locaux.»

Dans un entretien avec le site Al-Ahed, Abou Taam a signalé que «la situation dans le sud était différente. La couverture était souvent individuelle, il n'y avait que le journaliste et le photographe qui l’accompagnait. Durant la guerre de juillet, j’ai passé plusieurs jours seuls dans la région de Qaqaiyat al-Jisr, où j'ai mené moi seul la couverture médiatique». «L’ouverture sur une nouvelle réalité opérationnelle donne au journaliste une plus grande expérience et relève de nouveaux défis lui permettant de développer sa performance professionnelle de manière significative», a-t-il ajouté.

Parmi les autres facteurs évoqués par Abou Taam, on peut citer le développement de la capacité de la résistance. «La différence entre la force de la résistance entre 2006 et 2012 était visiblement claire, nous avions assisté à une sorte de lutte et de force jamais vu dans les années précédentes, il était clair que la résistance avait développé ses performances de manière très vaste en termes de capacités, de compétences diverses, de force et d’expérience», a-t-il ajouté.

Il n’y a aucun doute qu’il est important d’introduire les réseaux sociaux dans le processus médiatique, comme le confirme Abou Taam, qui estime que «entre 2006 et au-delà de 2012, les médias et les réseaux utilisés dans la couverture médiatique se sont remarquablement développés. En 2006, les nouveaux outils de communication n’étaient pas aussi répandus, le coût de l’Internet était très élevé et il était encore difficile d’envoyer et diffuser les productions audio-visuelles, la seule méthode adoptée étant les antennes paraboliques détectées par les avions d’espionnage, et qui posaient de très grandes difficultés, c’est pourquoi il y avait un très grand manque de production visuelle».

«En Syrie, la situation était très différente, car les moyens de communication permettaient d'envoyer facilement les productions audio-visuelles et de diffuser l'intégralité des comptes rendus depuis le terrain. Nous avions eu l'habitude de transférer en direct par téléphone portable, tous les évènements importants tels que la reprise de certains sites ce qui permettait de réfuter les rumeurs et les mensonges lancés par l'ennemi.»

Les déclarations du journaliste d'Al-Manar, Mohammed Kazan, rejoint celles d'Abou Taam en ce qui concerne la différence dans la couverture médiatique de la guerre de juillet 2006 et la guerre en Syrie. «Pendant la guerre de juillet, nous étions bombardés par l'artillerie et l’aviation israéliennes. En Syrie, à Qousseir, à Zabadani et au Jroud, nous étions en coordination permanente avec le commandement des opérations de la résistance et les médias militaires, qui assuraient notre mouvement», ajouta Kazan, «mais le danger résidait dans les engins et les obus d'artillerie, et les tireurs d’élites».

Pour ce qui est de l’importance des réseaux sociaux, Kazan a souligné que «leur utilisation fut primordiale depuis la guerre de Mossoul en Irak, nous nous trouvions dans une région déserte et dans le besoin pressant d’utiliser le réseau Internet pour compenser l’absence de satellites, de même dans la guerre du Jroud face au Front Al-Nosra et Daech, où les nouveaux médias ont remplacé l’absence de la chaîne Al-Manar dû au blocage de la diffusion de la chaine par les satellites. Durant la guerre de juillet, les émetteurs de la chaine qui fonctionnaient toujours, nous laissaient exposés aux drones d’espionnages israéliens et nous mettaient en danger».

La journaliste de la chaîne Al-Jadeed, Nancy Al-Sabee, a raconté au site Al-Ahed son expérience en tant que correspondante de la chaine Al-Jadeed durant la guerre de juillet, notamment lors de l’agression israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, «la transmission des messages et des comptes rendus médiatiques au public étaient très difficiles à l’époque. En l'absence de nouveaux médias et des réseaux sociaux, il n’y avait pas d’interaction comme celle qui existe aujourd'hui sur les réseaux sociaux».

Al-Sabee a signalé que le moment inoubliable durant la guerre de juillet et dont elle était témoin, était le retour des personnes déplacées vers la banlieue peu de temps après l’arrêt de l'agression. «Je suis arrivée à la banlieue à 7 heures du matin pour couvrir l’évènement, il y avait une foule de personnes, ils voulaient retourner chez eux pour inspecter leur maison». «À notre époque le journalisme dépendait plus de réseaux sociaux que du journalisme traditionnel, contrairement à ce que nous avions vécu dans le passé. Pendant la guerre de juillet, le travail était plus précis et nous accomplissons notre devoir national sans chercher de gloire ou de prestige comme ce qui se passe aujourd'hui à travers les nouveaux médias», a-t-elle ajouté.

Pour sa part, la correspondante de la chaine «LBC» Houda Shdeed a déclaré au site AL-Ahed que «lors de la guerre de juillet, nous étions témoins que la plupart des pays occidentaux et arabes attendaient la victoire d'«Israël» et la défaite de la résistance. Le rôle de chaque journaliste et correspondant était de montrer comment les habitants du sud ont résisté à l’agression et comment ils se sont tenus fermement et ont vaincu l'ennemi israélien.»

Shdeed a expliqué que «lors de la guerre contre les groupes terroristes, la situation a complètement changé. Il y avait un consensus sur la nécessité d'affronter les groupes terroristes et de refléter cela médiatiquement, les réseaux sociaux ont joué un rôle important et ont constitué un élément de soutien très important dans cette couverture, comme si le pays entier participait à la confrontation du terrorisme d’Al-Nosra et de Daech. Au niveau personnel cette expérience m’était très importante et je l’ai vécue fièrement vu l’importance de la couverture de cette guerre et de la victoire et  la libération du Jroud.»

Comme sur le terrain, dans les médias aussi, les fronts sont toujours bien démarqués, entre le camp qui soutient le Vrai et les droits et celui qui soutient les mensonges de l’autre. Et c’est le rôle et le devoir des journalistes professionnels de montrer et de défendre le chemin véridique et de promouvoir les victoires.

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