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Discours de la neuvième nuit de Achoura

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Bismillah al rahmane al rahim

Je vous salue mon sayed Abi Abdallah al Hussein et je salue les âmes qui sont tombées avec vous, je vous salue tous, chers frères et sœurs.

Pour commencer je voudrais vous remercier d’être présents en si grand nombre cette nuit, ici et dans tous les autres lieux destinés à la commémoration de Achoura, cette nuit et toutes celles qui l’ont précédée.

Je voudrais aussi remercier l’armée libanaise, commandement, officiers et soldats, ainsi que les forces de sécurité, commandement, officiers et militaires qui ont assuré la sécurité de ces rencontres tout au long des derniers jours.

Je dois aussi remercier les frères d’Amal et saluer la coordination entre eux et nos frères du Hezbollah, sur l’ensemble du territoire libanais et pendant tous les jours et les soirs de Achoura.

Dieu merci, nous avons pu commémorer ces soirées sans le moindre incident. En même temps, je dois saluer les mesures de sécurité prises par les services de sécurité, par nos frères et ceux d’Amal, tout en priant les gens de nous excuser si elles leur ont causé des dérangements. Nous espérons que l’an prochain, certaines de ses mesures seront revues et que la situation générale sur le plan de la sécurité soit meilleure, ce qui devrait forcément alléger les mesures de sécurité. Mais il faut savoir que celles-ci n’ont d’autre but que d’assurer la sécurité et d’éliminer les menaces sécuritaires.

Comme c’est devenu courant, en cette nuit, je parlerai des questions d’intérêt général. Je commence par une introduction, avant de développer certains sujets importants et de passer ensuite à la conclusion.

Je compte diviser les sujets entre le discours de ce soir et celui de demain. Je n’aborderai donc pas tous les sujets ce soir.

L’introduction porte sur l’occasion pour laquelle nous nous retrouvons ce soir et demain, celle du «dixième jour».

Je voudrais ce soir aborder d’une façon nouvelle cet événement qui est commémoré partout dans le monde, par des millions de personnes. On a tendance à croire qu’il s’agit d’une pratique chiite, une sorte de rite spécial. Pourtant, pendant ces dix jours, des milliers de discours ont été prononcées devant des centaines de millions de personnes, sans exagération et ces personnes ont réagi, ont écouté et ont vécu pratiquement ce qu’ils entendaient. Il s’agit d’un grand événement culturel et de civilisation, qui dépasse la simple célébration d’un rite religieux. C’est une culture, un parcours et un mode de vie.

Ce parcours connaîtra son apogée demain. Mais il faut aussi préciser qu’il y aura un phénomène similaire au quarantième du martyre de Abou Abdallah al Hussein. Des millions de fidèles se rendront à Karbala, venus des quatre coins de l’Irak, mais aussi du monde, pour rendre hommage à Abou Abdallah al Hussein, son courage, son dévouement, son sacrifice, ses grandes réalisations, sa victoire par le sang. Cette victoire, l’Histoire continue à en parler. C’est devenu un symbole et un rendez-vous annuel. Chaque année, le monde entier en parle alors que qui parle encore de Ibn Yazid ? N’est-ce pas la preuve de la grande victoire du sang de Hussein ? Ce phénomène n’a pas son pareil dans le monde moderne, ni même dans l’Histoire. Chaque année, des millions de personnes se retrouvent pour lui rendre hommage et revivre son sacrifice et son martyre…Ils produisent des œuvres culturelles spirituelles et éducatives, des œuvres artistiques, de la poésie, de la littérature, de la musique, des images pour louer son souvenir et son parcours et garder son expérience vivace dans les mémoires. C’est parce que des millions de personnes sont restées attachées à son souvenir qu’il arrivé jusqu’à nous dépassant les années, voire les siècles. Notre responsabilité est de continuer à commémorer l’événement, avec son symbolisme et ses slogans, avec sa grandeur et sa noblesse, sa signification et son côté sacré. Notre responsabilité est donc de continuer à faire vivre cette commémoration, en utilisant des méthodes nouvelles plus appropriées, qui lui donnent sa dimension plus large et profonde. Grâce à vous, cette commémoration revêt toute son importance au Liban et ce sera je l’espère visible demain, au dixième jour. C’est notre responsabilité face à cette grande et noble cause.

Cette partie était l’introduction. Maintenant, je vais passer aux questions politiques liées à la chose publique.

Je ne vais pas évoquer ce soir certains détails, mais je veux plutôt parler de principes fondamentaux et de questions importantes.

En général, la nuit du dixième jour est celle où l’on prend les décisions importantes et existentielles. En ce qui concerne la oumma, la décision la plus importante est de distinguer l’ennemi de l’ami. C’est très important, car ne pas définir clairement l’ennemi de l’ami peut entraîner un groupe ou la oumma dans une confrontation militaire, politique, sécuritaire, économique ou culturelle avec celui que l’on a cru pendant des années être un ennemi, avant de découvrir soudain, des années plus tard, qu’il s’agissait de la mauvaise bataille, de la mauvaise arène. L’identification de l’ennemi est la chose la plus importante dans la conscience politique, sociale et historique.

Je ne vais pas parler du globe terrestre, mais du Liban et de la région qui nous entoure. Il y a donc des divergences au sein des élites et de la population en général, sur le regard porté sur l’administration américaine et le pouvoir aux Etats-Unis. Je ne parle évidemment pas du peuple américain. Je parle de l’Etat, du pouvoir et de l’administration qui prennent les décisions de déclencher des guerres, d’imposer des sanctions et d’intervenir dans les affaires internes des autres pays du monde. Nous les considérons comme des ennemis, nous, l’imam Khomeiny, le chef suprême et d’autres, sans vouloir entrer dans une énumération. D’autres, dans la région, les considèrent comme des amis et des alliés, c’est-à-dire qu’ils se trouvent dans le camp opposé au premier. Il y a aussi un camp qui définit sa position selon chaque dossier, «à la carte», avec pragmatisme. Je vais développer ce point, car il s’agit d’une question de prise de conscience et d’éveil.

Je voudrais m’adresser aux Libanais, ceux avec lesquels nous sommes en conflit sur ce sujet et ceux qui sont d’accord avec nous, dans le but de mener une discussion calme. Nous n’allons pas lancer maintenant des slogans du genre «mort à l’Amérique», mais initier un débat calme. Il m’arrive souvent de poser des questions à mes frères et de discuter ensemble. Parfois, nous n’aboutissons pas à des réponses. Voyons si maintenant, nous pourrons avoir des réponses.

A ceux qui disent que les Etats-Unis sont les alliés, les amis du Liban et les amis des peuples de la région (je ne parle pas des régimes), peuvent-ils nous dire où les Américains servent-ils nos intérêts, se tiennent à nos côtés, ne complotent pas contre nous,, ne nous poignardent pas dans le dos et ne nous mènent pas vers l’abîme ? N’est-ce pas le rôle de l’ami et de l’allié ? Je vais me contenter d’énumérer quelques titres, à propos de sujets que nous avons développés au cours des dernières années.

L’appui américain total et inconditionnel à Israël, sur tous les plans et dans tous les domaines : militaire, sécuritaire, financier, économique, moral et médiatique, sans parler de l’usage du droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU qui rend impossible l’adoption de toute résolution critique contre Israël. Ceux qui estiment que les Etats-Unis sont les alliés du Liban et des Arabes peuvent-ils nous dire en quoi le renforcement d’Israël et la couverture qui lui est accordée pour augmenter son arrogance et ses pratiques injustes et irrespectueuses des droits sont-ils dans l’intérêt des Arabes, des Libanais, des Palestiniens, des Syriens, des Jordaniens, des Irakiens et de tous les peuples arabes, y compris ceux des pays du Golfe et des pays de l’Afrique du Nord ? Je vous l’ai dit je parle seulement des pays de la région.

Cet appui est à l’opposé des intérêts des peuples de la région, dans tous les domaines : militaire, sécuritaire, économique, social, émotionnel, moral, religieux etc. Malgré cela, c’est ce que font les Etats-Unis chaque jour et chaque heure depuis des années.

Les Etats-Unis sont-ils les amis du peuple palestiniens ? Je ne parle pas ici du seul Trump mais des expériences passées avec toutes les administrations américaines qui se sont succédé à la Maison Blanche. Ce sont les Etats-Unis qui empêchent le peuple Palestinien d’avoir un Etat, même au sens le plus étroit, et à un stade minimal, même un Etat non viable. Est-ce dans l’intérêt du peuple palestinien et des peuples de la région que les Etats-Unis  et Trump ont reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël ? Est-ce dans notre intérêt, nous les musulmans et les chrétiens ? Est- ce dans l’intérêt d peuple palestinien, et du peuple libanais que Trump annule le droit au retour des réfugiés palestiniens et suspend le financement de l’UNRWA ? Demain, il pourrait aussi faire pression sur les autres pays contributeurs à l’UNRWA pour qu’ils fassent comme lui…Cette décision nuit à qui ? Est-elle dans l’intérêt du peuple libanais ? Du peuple Palestinien qui est ainsi poussé à être implanté au Liban ?  Toujours au sujet des Etats-Unis, qui a amené les groupes takfiristes dans la région et qui les a appuyés ? La région a traversé l’une des pires périodes de son histoire au cours des dernières années avec Daech et Nosra. Qui les a amenés ? De l’aveu même de Trump, n’a-t-il pas dit que c’est l’administration américaine précédente et les alliés des Etats-Unis qui les ont amenés et appuyés ? D’ailleurs, ces alliés oseraient-ils amener aider et donner des armes et des fonds aux groupes takfiristes sans l’approbation des Américains ? Les Etats-Unis ont donc amené ces groupes et les ont aidés pour détruire la région, au cours des années précédentes. Etait-ce vraiment dans l’intérêt du peuple libanais et des peuples de la région.

Les Etats-Unis ont amené Daech et tous leurs alliés lui ont facilité la tâche et le passage aux frontières. Nous en parlons depuis des années. Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis voulaient, à travers Daech, renverser la situation en Irak, où une situation nationale et indépendante commençait à se mettre en place. Les Etats-Unis voulaient trouver un prétexte  pour que ses forces qui n’avaient pas quitté l’Irak, y reprennent l’initiative. C’est pourquoi ils ont tout fait pour prolonger la vie de Daech et retarder la bataille finale contre cette organisation au Liban, en Syrie, en Irak et dans la région.

Les sanctions et les pressions sur les peuples sous prétexte de faire pression sur un gouvernement ou un parti et les menaces contre tous ceux qui pourraient se tenir aux côtés de ces peuples, tout cela est-ce dans l’intérêt des peuples arabes et des Libanais ? L’exemple le plus clair est celui de la République islamique d’Iran. Il lui est même interdit de recourir à la Cour pénale internationale. Nous avons tous entendu John Bolton parler de la CPI. Il s’agit pourtant d’une institution internationale, non de l’Iran. Il ne s’agit pas d’un parti, ou d’un groupe au Moyen Orient, non d’une institution internationale qui bénéficie d’un statut international reconnu. Pourtant, il s’est adressé à elle avec arrogance et mépris, menaçant même ses membres de sanctions s’ils osaient accepter une plainte contre les Américains et les Israéliens. Est-ce cela les Etats)-Unis amis et alliés des peuples de la région. Même l’ultime recours des opprimés, des Palestiniens, ils en sont privés. Pour rappel, nous n’avons aucune confiance dans ces institutions.

L’appui et l’encouragement aux guerres dans la région, qu’il s’agisse de l’Irak, de la Syrie et même du Yémen, est-ce dans l’intérêt des peuples de la région ? Qui a commencé la guerre au Yémen ? Qui a annoncé « la tempête de la fermeté » ? et qui a fixé des dates et des objectifs avec l’appui des Américains ? Le comble de l’indécence est lorsque le secrétaire d’Etat américain se tient devant les membres du Congress pour lire un texte écrit qui dit que l’alliance de l’agression au Yémen respecte les critères humanitaires et évite les civils dans la guerre au Yémen. Si dans cette agression, les civils sont protégés, quelles sont donc les guerres dans lesquelles ils sont tués ? C’est cela l’appui américain.

Les Etats-Unis n’interviennent-ils pas dans les affaires internes de tous les pays du monde ? En Russie, en France, en Allemagne et bien sûr dans notre région…Dans les réunions de la Ligue arabe, quels que soient les ministres des Affaires étrangères des pays membres, il y a un point qui revient toujours, celui de la condamnation des interventions iraniennes dans les affaires arabes. Quelqu’un oserait-il condamner les interventions américaines dans les affaires internes arabes, sachant qu’elles sont systématiques ? Dans plusieurs pays arabes et musulmans, malheureusement, le chef véritable est l’ambassadeur des Etats-Unis. Il est la véritable autorité et le recours. Pourquoi occultez-vous cette réalité ? Il y a quelques jours encore, en Irak, il y a eu une intervention américaine claire, flagrante et humiliante. Les Américains ont voulu désigner le président de la République, le chef du Parlement et le Premier ministre. Ils voulaient imposer des noms. Mais par leur éveil, les Irakiens grâce à leur commandement religieux, ont réussi à déjouer les plans américains, tout comme ils avaient réussi à surmonter le complot américano-saoudien qui s’était concrétisé avec Daech. Ils ont donc empêché les Américains d’imposer leur volonté avec l’argent saoudien et ils ont choisi ceux qu’ils voulaient pour les représenter.

Ce ne sont là que quelques exemples. Si nous devions parler de toutes les interventions américaines nous en aurions pour toute la nuit. C’est cela les Etats-Unis et leur politique. Là où ils décèlent un résistant, ils le poursuivent, le traquent, lui imposent des sanctions et l’assassinent. Lorsqu’il y a un camp qui veut préserver les symboles sacrés de la oumma, il est aussitôt placé sur la liste des organisations terroristes. Soyons logiques : voici nos arguments pour considérer les Etats-Unis comme un ennemi. Les Etats-Unis ne font que ce que veulent les Israéliens. S’ils sont mécontents d’une personne ou d’un groupe, les Etats-Unis le sont aussi. Ne sont-ce pas là les critères adoptés ? Vous, les amis des américains, dites-moi où les Etats-Unis font preuve d’amitié envers nos peuples ? Pourquoi vous taisez-vous ? Le Liban tout entier est opposé à l’implantation des Palestiniens. Qui pousse aujourd’hui vers une telle implantation ? Les Palestiniens ? Les organisations palestiniennes ? L’OLP ? non, il s’agit des Etats-Unis qui le font et cela dans l’intérêt d’Israël, pour servir Israël… Cela c’est le premier titre.

En cette nuit du dixième jour, chacun peut choisir la voie qu’il souhaite suivre. Mais nous autres, en ce jour et en tous les autres, chaque année depuis que nous avons ouvert les yeux sur ce monde, nous disons que les choses doivent être claires et nul ne peut se moquer de nous et nous faire avaler n’importe quoi. Le problème dans la région, ce sont les Etats-Unis, leurs politiques et leurs projets. Même Israël est un instrument dans le projet américain. C’est ce que nous croyons et nous avons des preuves pour étayer nos dires. Nous avons aussi des chiffres. Pour nous, les Etats-Unis sont dans le camp des ennemis. Si certains ne veulent pas les considérer comme tels, qu’ils le fassent, mais au moins qu’ils ne les considèrent pas comme des amis, ou comme une partie fiable dont ils veulent solliciter l’aide pour régler leurs problèmes. Soyez prudents en traitant avec eux, et vigilants et circonspects. Au moins cela.

C’est le premier point et les divergences à ce sujet ne finiront jamais. Car, quelque part, ce sujet ne relève pas de la logique, de la raison et du dialogue. Il est tributaire de considérations personnelles et d’intérêts personnels ou partisans étroits, malheureusement.

Le second point qui constitue un sujet de discorde au Liban et qui fait partie de notre quotidien est celui de l’attitude à l’égard de la région. Certains disent que le Liban doit rester à l’écart de ce qui se passe dans la région et ne pas s’en mêler. Dans notre littérature interne, nous parlons de politique de distanciation ou de neutralité positive.

Je vais essayer de dire deux mots sur ce sujet en toute logique. Réellement, le Liban est-il à l’écart de ce qui se passe dans la région ? Qui peut prendre le Liban et le retirer de la région ? Qui peut empêcher le Liban de subir les conséquences de ce qui se passe dans la région ? Ce qui se passe dans la région est vital pour le Liban et pour les Libanais, tous les Libanais. Il est vital pour l’avenir des Libanais et pour leur présent. Comment pouvons-nous enfouir notre tête dans le sable et prétendre que cela ne nous concerne pas ? Sur quelle base ? Selon quelle logique ? Malheureusement dans la vie politique actuelle, même certaines évidences ont besoin d’être prouvées. Je vais en parler rapidement. La manière dont les Etats-Unis cherchent aujourd’hui à régler la cause palestinienne n’a-t-elle aucun impact sur le Liban ? La première conséquence porte sur l’implantation des Palestiniens que tous les Libanais rejettent et ce refus figure dans le préambule de la Constitution libanaise. Dans ce cas, comment un Libanais pourrait-il dire je ne suis pas concerné par «  le deal du siècle » ? Tout ce qui se passe en Palestine concerne le Liban. Sur un autre plan, « le deal du siècle » qui vise à renforcer Israël et consolider son existence, en quoi sert-il l’intérêt du Liban ? Demain, la région se dirigera vers un conflit au sujet du pétrole et du gaz, quel est l’intérêt de tous les Libanais, dans toutes leurs diversités confessionnelles, d’avoir à faire avec un Israël fort et vorace ayant les moyens de satisfaire ses ambitions ? C’est ce que font les Américains en Palestine et vous voulez dire que le Liban n’est pas concerné ?

Au sujet de la Syrie, depuis sept ans je pose la même question aux amis et alliés des Etats-Unis, sans obtenir de réponse. Ces amis et alliés peuvent-ils me dire quel aurait été le sort du Liban si Daech, Nosra et leurs alliés d’Al Qaëda en Syrie avaient remporté la guerre dans ce pays ? Quel aurait été aussi le sort de la Jordanie et de l’Irak ?  Et quel aurait été le sort des pays du Golfe ? Ils disent : nous ne sommes pas concernés. Il s’agit d’une affaire syrienne interne. Vraiment ? Pouvez-vous réellement vous convaincre qu’il s’agit d’une affaire interne syrienne ? Il faudrait d’abord en convaincre Daech, Nosra et al Qaëda qui ont un projet global international. Il ne suffit donc pas de le dire pour que ce soit vrai.

Si Daech avait contrôlé l’Irak, que serait-il advenu à la Syrie ? Et aux pays du Golfe, l’un après l’autre ? L’Arabie saoudite, le Koweit, le Qatar, les Emirats ? Tous. Je ne peux pas oublier comment, lorsque les provinces irakiennes ont commencé à tomber l’une après l’autre entre les mains de Daech et de Nosra, le roi Abdallah d’Arabie a réuni les diplomates étrangers et leur a dit : si les Etats du monde n’interviennent pas, Daech  contrôlera la région et dans deux mois, il sera en Europe et aux Etats-Unis. Un vent de panique avait alors soufflé sur les Etats du Golfe et sur l’Arabie, qui avaient créé Daech et l’avaient utilisé, non pour proclamer le califat islamique sur la oumma islamique dont l’Arabie est une partie, mais pour changer la situation en Irak. Comment, dans ce cas, pouvons-nous dire que ce qui se passe en Irak ne nous concerne pas ?   

Dois-je encore poursuivre et donner de nouvelles évidences ? Si Daech avait pris le contrôle de la Syrie, tous les pays de la région en auraient subi les conséquences. C’est clair.

Au Liban, nous cherchons à nous différencier et nous inventons la politique de distanciation. Soyons francs. Nous sommes avec le fait que l’Etat libanais adopte une politique de distanciation, le gouvernement, l’armée, les ministères, les institutions, les services de sécurité. Pourquoi ? Parce qu’il y a là, un conflit vertical au Liban au sujet des dossiers de la région. Quant aux forces politiques, elles se moquent d’elles-mêmes en parlant de politique de distanciation. Qui a adopté une politique de distanciation ? Nous autres, nous sommes plus visibles parce que nous avons des combattants et nous nous battons en Syrie. Nous sommes présents dans ce pays.  Nous sommes visibles. Mais au début de la guerre en Syrie, toutes les parties sont intervenues, chacune avec les moyens dont elle disposait. Chacun a donc fait ce qu’il pouvait, loin de toute idée de distanciation. C’est clair ? La différence entre nous et les autres porte sur les moyens disponibles, humains, matériels et militaires. La plupart des forces politiques libanaises sont donc intervenues en Syrie, depuis le premier jour et je vous le dis maintenant, jusqu’à aujourd’hui.

Donc, il est faux de dire que les forces politiques adoptent une politique de distanciation à l’égard des dossiers régionaux. Et moi je les appelle à ne pas le faire car ce qui se passe dans la région dessine les contours de l’avenir dans cette zone, dont le Liban fait partie.

Nous sommes d’accord pour que le gouvernement et l’Etat libanais adoptent une politique de distanciation, même si ce n’est pas toujours le cas. Il y a beaucoup d’exemples sur l’absence de la politique de distanciation de la part de positions officielles…

Par conséquent, nous avons une approche raisonnable et logique. Nous n’en avons pas honte. Il ne s’agit pas non plus d’un moyen de pression. Pour nous, il s’agit d’une conviction. Nous sommes convaincus que le sort du Liban doit être façonné par les Libanais sur les scènes et les arènes de la région. Celui qui a une logique différente, qu’il essaie de nous en convaincre avec des arguments logiques.

Le troisième point est le suivant : je crois que cette année est celle de la fin militaire de Daech dans la région.  Au Liban, la bataille contre Daech est terminée. En Irak, la bataille militaire contre cette organisation est terminée, en dépit de certains foyers qui apparaissent çà et là. En Syrie, il y a encore des foyers à Touloul al Safa dans le désert de Soueyda et à l’est de l’Euphrate. En fait, ceux-là ont la vie plus longue que les autres groupes à cause des politiques américaines. Mais je crois que d’ici la fin de l’année ce dossier sera clos et la menace militaire de Daech sera éliminée. Il s’agit bien sûr d’une grande victoire, très importante pour la région, qui aura ainsi surmonté une crise historique majeure.

Certes, le problème sécuritaire demeure. Il faut rester vigilant sur cette question, en Syrie et au Liban. Même si au Liban, grâce à la coopération sécuritaire et aux efforts déployés par les services de sécurité officiels ( il faut d’ailleurs les en remercier), il n’y a plus de structure pour les terroristes. On ne parle plus désormais que des « loups solitaires » qui doivent chercher les moyens de se procurer des armes ou des couteaux pour attaquer des positions de l’armée ou d’autres.

Il y a donc un véritable recul des capacités sécuritaires de Daech au Liban. Je ne parle pas de Nosra.

Mais le pire en ce qui concerne Daech, c’est que les combattants sont emmenés dans un autre lieu au lieu d’être déférés devant les tribunaux. Nous autres, nous voulons qu’ils soient jugés. Mais les Etats-Unis qui ont créé Guantanamo après l’Afghanistan, assurent le transfert des combattants de Daech vers d’autres lieux, grâce à leurs hélicoptères. Il y a des vidéos qui montrent cela.

La région a donc vaincu Daech. Mais où sont emmenés les combattants ? en Afghanistan ? au Pakistan, dans les pays nord africains, en Algérie, en Libye, en Tunisie, en Egypte, au Yémen ?

Cela confirme le premier point que j’ai évoqué.

En tout cas, je le répète je crois que cette année, le dossier militaire de Daceh dans notre région sera clos. L’an dernier, nous avions dit que ce serait l’année de la bataille contre Daech. Cette bataille a eu lieu et elle a abouti à la victoire militaire contre Daech.

Je vais développer quelques points dans le dossier syrien :

A Idlib, il y a eu un accord à la suite des discussions qui ont eu lieu à Téhéran puis en Russie. Cet accord est un résultat acceptable et satisfaisant. Mais il faut attendre son application et les mesures décidées.

Depuis la tenue du sommet entre les présidents russe et turc, beaucoup se demandent quelle est la position du Hezbollah. 

Premièrement, notre position est tributaire de celle du commandement syrien. C’est ce commandement qui décide si cet arrangement est bon ou non. Nous ne sommes pas la partie concernée pour accepter ou refuser ou même encore pour qualifier.

Mais si l’on veut faire une lecture objective de ce qui se passe actuellement, nous considérons que le résultat est acceptable et bon. Mais tout dépend des résultats, comme toujours. Vous vous souvenez que depuis sept ans, nous disons que là où il est possible de faire un compromis, il faut le faire. Là où une réconciliation est possible, il faut la réaliser. Là où un être raisonnable peut atteindre son objectif sans verser le sang et provoquer des victimes humaines, il doit le faire.

Ce qui s’est passé est donc un pas vers la possibilité d’une solution politique. Ce qui est en soi un pas positif et requis. Mais, comme je l’ai dit, tout dépend des résultats et de l’application précise des points de l’accord. Naturellement, cet accord devrait entraîner la Syrie au cours des prochains jours, des prochaines semaines et des prochains mois vers une étape nouvelle.

Deuxièmement, toujours dans le dossier syrien : Le volet de l’est de l’Euphrate, région contrôlée par les unités kurdes dépend en premier lieu de la décision américaine. Or, les Américains disent chaque jour une chose. Il y a quelque temps, Trump disait qu’il voulait quitter la Syrie après en avoir fini avec Daech.  Puis les Américains ont dit, il y a un mois, qu’ils comptent rester en Syrie tant que les Iraniens seront sur place. Hier, Trump a redit qu’il comptait retirer ses troupes  dès qu’on en aura fini avec Daech. « Non seulement, ils sèment la confusion mais ils sont eux-mêmes confus ».

Ils sont perdus, mais ce qui est sûr c’est que la situation à l’est de l’Euphrate dépend de la stratégie et de la décision américaines. Je voudrais toutefois réitérer mon appel aux Kurdes de ne pas miser sur les Américains. Je leur ai déjà dit cela il y a quelque temps et je le répète aujourd’hui. Votre intérêt est dans la négociation avec l’Etat syrien et de parvenir à une entente avec lui.

Le pari sur les Américains est une erreur, car ils peuvent vous vendre à n’importe quel moment.

Troisièmement, toujours dans le dossier syrien : Si le compromis d’Idlib est exécuté comme prévu, nous pouvons considérer que la Syrie se dirigera vers une période de calme et il n’y aura plus de fronts sur son territoire. Certes, il y aura encore des foyers et une vigilance est nécessaire, car on ne peut pas avoir confiance dans de nombreuses parties qui ont comploté contre la Syrie dans le passé. Mais la question  de la présence du Hezbollah en Syrie se pose de plus en plus.

Dans une réponse rapide, je dirais que nous resterons en Syrie, même après le compromis d’Idlib et le retour au calme dans cette province. Notre présence en Syrie est tributaire du besoin et de la décision du commandement syrien. J’ai dit dans le passé, que nul ne peut nous sortir de Syrie. Mais je n’ai pas dit cela  parce que nous voulons nous imposer au commandement syrien. Tant que ce commandement dira qu’il a besoin de nous et souhaite notre présence, nous resterons. Le retour au calme, le recul des menaces militaires auront certes un impact sur le nombre de nos effectifs en Syrie. Ce nombre peut diminuer ou augmenter, selon l’ampleur des responsabilités et des menaces.

Mais sur le principe, nous restons en Syrie jusqu’à nouvel ordre. Je dis cela pour éviter les analyses et les supputations.

Quatrièmement, toujours dans le dossier syrien : Les prétextes invoqués par les Israéliens pour mener leurs agressions en Syrie, et la dernière en date a eu lieu à Lattaquié sont des purs mensonges. Les Israéliens ont dit qu’ils ont mené ces bombardements parce qu’ils visaient  une caserne ou un centre de recherches qui s’apprêtait à remettre des armes au Hezbollah. Mais c’est faux. Parfois, les agressions sont liées au transport des armes, les Israéliens le disent et en parlent. Mais dans la plupart des cas c’est faux et les agressions israéliennes sont dues au fait que les Israéliens ont compris que le projet américano-israélo-saoudien en Syrie a échoué. Ce sujet est terminé.

Il y a quelques semaines, Lieberman disait que l’armée syrienne a retrouvé sa force et elle deviendra l’une des plus puissantes armées de la région. Israël ne cherche plus à défendre les groupes armés à Kuneïtra et à Deraa. Face à la renaissance de la Syrie, à sa reconstruction et à la force retrouvée de son armée, Israël est contraint de se défendre seul et directement.

C’est pourquoi Israël cherchera à empêcher la renaissance d’une armée syrienne puissante. Israël ne veut pas d’une force militaire syrienne réelle. Il sait que l’équilibre stratégique avec la Syrie depuis l’époque de Hafez Assad puis sous le mandat de Bachar Assad n’est pas dans la supériorité de l’armée de l’air, mais dans les missiles possédés par les Syriens. Israël veut donc empêcher la Syrie d’avoir une puissance en matière de missiles. Il est donc faux de dire qu’il lance des agressions pour empêcher les armes d’arriver au Hezbollah.

Israël sait que si la Syrie entre en possession de missiles qualitatifs et en quantité, il y aura  un équilibre dans la dissuasion et les violations israéliennes de la souveraineté syrienne qui se déroulent actuellement devront cesser.

Il y a peut-être une dimension psychologique. Certains parlent d’une volonté de vengeance, mais le véritable objectif des Israéliens est là. L’Iran et le Hezbollah sont des prétextes ; le véritable objectif est la Syrie.

C’est pourquoi je dois dire que l’axe de la résistance est concerné par tout ce qui se passe. Je ne cherche pas à lancer une menace précise. Cela viendra en temps voulu. Mais je ne crois pas que la situation actuelle peut se prolonger. Elle est inacceptable et insupportable. Nous devons tous trouver une solution. Mais permettez-moi d’évoquer en particulier la responsabilité libanaise à ce sujet.

Les avions israéliens bombardent la Syrie, les villes syriennes, l’aéroport de Damas en survolant l’espace aérien libanais. Parfois, le Liban officiel publie un communiqué condamnant cette violation. Mais où est la plainte déposée devant le Conseil de sécurité ? Nous voulons qu’une telle plainte soit déposée, même si elle n’a aucun résultat. Il s’agit simplement qu’il soit noté qu’Israël a attaqué le Liban. Mais il faut aussi plus que cela. Il faut réfléchir sur le moyen d’arrêter ces violations de l’espace aérien libanais, qu’il s’agisse de bombarder le Liban ou la Syrie.

Mettez trois points d’interrogation et plusieurs points d’exclamation...

Il s’agit d’une réalité qui mérite qu’on y réfléchisse et de prendre position à son sujet.

Je conclus la partie syrienne avec le dossier des réfugiés. Après l’expérience du Hezbollah qui a été précédée par celle de la Sûreté générale, il apparaît chaque jour que des parties internationales encouragent les déplacés syriens à ne pas rentrer chez eux. Ces parties leur font peur. Il y a aussi des parties locales qui agissent de la même façon. C’est pourquoi ce dossier exige un effort supplémentaire pour être traité efficacement. Jusqu’à présent, ceux qui sont rentrés chez eux en Syrie restent peu nombreux par rapport au chiffre global, même s’il s’agit de plusieurs milliers.

Entre parenthèse, je souhaite demander aux autres forces politiques si le fait de décourager les déplacés syriens de rentrer chez eux sert les intérêts du Liban, sachant que nous parlons d’un retour sûr et volontaire. Ce retour sert l’intérêt national libanais, sur le plan sécuritaire, économique, financier, électrique et sur le plan de la santé. Dans ce cas, dans l’intérêt de qui ces forces cherchent-elles à décourager les déplacés syriens pour les empêcher de rentrer chez eux ? En tout cas, nous poursuivrons nos efforts, comme par le passé. Malgré cela, le régime et l’Etat syriens sont accusés de vouloir créer un changement démographique. L’Iran aussi et même nous, on nous a lancé ces accusations, de vouloir procéder à un changement démographique en Syrie.

Ces parties, ces Etats, ces régimes et ces partis qui sont accusés de vouloir créer un changement démographique en Syrie sont ceux qui appellent chaque jour au retour des déplacés chez eux, dans leurs villages, leurs champs, leurs fermes. Certains incidents rapportés dans le Qalamoun sont faux. Même la situation à Qousseyr et dans les villages avoisinants n’est pas celle que l’on présente. Il y aura bientôt une solution claire et toutes les mesures prises avec le gouvernement syrien vont dans ce sens. On nous accuse de vouloir procéder à un changement démographique, alors que nous appelons les Syriens à rentrer chez eux. Dans ce cas, dites-nous en toute franchise, qui veut le changement démographique en Syrie ? Ceux qui appellent les déplacés à rentrer chez eux, nous, l’Etat syrien,  ou bien ceux qui les découragent de le faire et leur font peur ? Indépendamment des résultats, ce dossier exige de la persévérance et encore plus de travail. Ces critiques ne doivent pas nous empêcher de poursuivre nos efforts et nous pousser au découragement. Nous continuerons donc à déployer des efforts aux côtés de la Sûreté générale libanaise et du gouvernement syrien.

En dépit des propos généralisés sur la gravité de la situation économique et financière, ainsi que sur l’accumulation des dossiers non traités, comme les déchets, les maladies, la pollution du Litani, qui exigent la formation du gouvernement, nous traversons une période de stagnation. Tout le monde de la nécessité de former un gouvernement, mais la stagnation est les entraves restent pesantes. Personnellement, je ne veux pas vous pousser au désespoir ni en même temps, vous tromper. Je ne vais pas mentir. Il n’y a rien pour l’instant à l’horizon. Selon les données en ma possession, il n’y a rien qui bouge. Il se peut que tout change dans une semaine, dans deux ou trois mois je ne sais pas. Mais, pour l’instant, rien n’indique un changement dans les positions et le sujet de la formation du gouvernement est devenu ennuyeux. Mais malgré tout, nous devons préserver le climat de dialogue et le calme interne. Je voudrais rappeler à ceux qui haussent le ton puis baissent leurs revendications et reviennent à poser de grandes exigences qu’au final, ils devront tous former ensemble le gouvernement et s’asseoir après cela à la table du Conseil des ministres, pour assumer les responsabilités de la gestion des affaires du pays. Nul ne peut être éliminé, ni rayé. C’est pourquoi j’estime que cette perte de temps est inutile. Ils savent tous qu’au final, il y aura un gouvernement qui sera formé de toutes les parties. Pourquoi, dans ce cas, perdent-ils tout ce temps ? En tout cas, si on ne peut pas gagner du temps, au moins, on peut chercher à préserver le calme. Hélas, le climat qui règne actuellement au Liban et celui du durcissement politique, psychologique et médiatique, en raison des discours violents, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Une petite chose devient un grand sujet de polémique et soulève toutes les susceptibilités, tout en mobilisant tous les actifs sur les réseaux sociaux, plaçant le pays dans une situation de tension.

Je voudrais ce soir, réitérer mon appel au calme, à la retenue, pour éviter les tensions. Je souhaite que les conflits soient réglés par le dialogue et la sagesse, autant que possible.

Le dernier point dans le dossier libanais porte sur le renouvellement de notre engagement à lutter contre la corruption et le gaspillage des fonds publics. Nous en avions parlé lors de la campagne électorale. Aujourd’hui, je réitère cet engagement. C’est vrai que j’avais dit, dans mon discours à Hermel, que nous attendons la formation du gouvernement et la relance du Parlement. C’est pourquoi, dans ce contexte, nous sommes en faveur de « la législation d’urgence », au moins au sujet des dossiers pressants. Nous avons essayé de gagner du temps depuis les élections législatives, nous avons dressé des plans et des cadres pour l’action. Nous nous sommes préparés pour le moment où l’action législative et gouvernementale va commencer. Je réitère cet engagement, car on me pose cette question.

En cette dixième nuit, je réitère mon appel à la réforme, à la lutte contre toutes les formes de corruption. Notre plan est en plusieurs parties. La première vise à arrêter les voies de la corruption et la seconde est de combattre celles qui existent déjà. Il faut donc empêcher une nouvelle corruption, puis combattre celle qui existe. Mes frères ont commencé à préparer des propositions de lois, des amendements de lois et des projets qui sont prêts à être discutés avec les certains de nos alliés. Si nous sommes d’accord, c’est mieux et toutes ces suggestions seront soumises aux députés. Nous avons ainsi préparé une proposition de loi sur les contrats publics, qui a  trait aux adjudications pour mettre un terme à la corruption dans l’octroi des contrats publics. Nous avons aussi préparé un amendement de la loi sur le Conseil de la Fonction publique qui devrait donner plus de pouvoirs à ce Conseil, sur le plan de l’embauche dans le cadre de la distribution des parts politiques et des interventions politiques dans ce domaine. Tout cela est prêt. Si le Parlement accepte nos propositions et si le gouvernement s’engage à appliquer les nouvelles lois, il y aura un pas en avant dans le sens de la fermeture des canaux de la corruption.

En tout état de cause, le travail dans ce domaine exige une coopération de tous, le Parlement, le gouvernement, les responsables, les ministres et toutes les forces politiques. Il faut aussi une coopération populaire et l’appui populaire car je pense que si les gens ne facilitent pas cette lutte, rien ne peut être fait. Je pense particulièrement à la pollution du Litani, aux déchets, à l’électricité etc, tous ces dossiers exigent une solidarité et une participation populaires.

Le dernier point, nous sommes aujourd’hui face à une étape importante et avancée. En cette année 2018 (1440 de l’Hégire), l’axe auquel nous appartenons est en train de remporter la victoire. Je parle en tant que Hezbollah et dans la région dans son ensemble. Nous faisons partie donc de l’axe qui est en train de remporter la victoire. Certains reconnaissent cette victoire, aux Etats-Unis et en Europe, ainsi que dans certains médias internationaux et certains anciens ou actuels responsables arabes qui le disent sur les chaînes de télévision. D’autres au contraire, refusent de le reconnaître même si la victoire de notre axe est claire. Ils préfèrent mettre l’accent sur l’ampleur des pertes, au lieu de parler de l’ampleur des victoires. Mais ceux qui complotent  contre cette région, en particulier les Etats-Unis, Israël et ceux qui sont avec eux, n’accepteront pas facilement la défaite. Je dis cela pour que ceux qui m’entendent parler de victoire ne considèrent pas que la confrontation est terminée. Il s’agit d’une confrontation à long terme, dont l’issue est toutefois connue. Ceux qui complotent iront donc vers d’autres options et dresseront de nouveaux plans pour frapper les éléments de force au Liban et en Syrie pour empêcher notre axe de préserver ses victoires et d’en remporter de nouvelles. Aujourd’hui, en Irak, il y a de nouvelles victoires politiques, en Syrie, de nouvelles victoires militaires et politiques, au Yémen, la résistance se poursuit, en Palestine aussi et le sang affronte « le deal du siècle ». Au Liban, la résistance, selon leurs propres termes, est devenue une force régionale, en Irak, l’Etat ne cède pas et ne fléchira pas. Tous les éléments de force dans la région, ils cherchent à les frapper, à travers les sanctions ou à travers la menace de lancer des guerres en poussant Israël à faire des frappes. Chacun a donc son projet et son plan.

Concernant le Hezbollah,  nous vivons actuellement une période de pressions de plus en plus grandes. Je ne vous dis pas que la route sera facile. Elle est bordée d’épines ; Nous subissons des pressions et des menaces permanentes de guerre, même si à mon avis, ces menaces sont surtout psychologiques. Mais nous ne pouvons pas en être sûrs. Vous savez d’ailleurs que je n’ai pas l’habitude d’être catégorique dans ce genre de sujets. Nous entendons tous les jours les responsables israéliens menacer de détruire le Liban. Cela fait partie d’un plan global de pression. Dans quel but ? Je vais en parler.

Il y a ensuite la menace sécuritaire permanente. Ils ont tué nos chefs et nos cadres. Nos martyrs sont nombreux en commençant par sayed Abbas et sa famille, Oum Yasser et Hussein, hajj Imad, cheikh Ragheb et beaucoup d’autres chefs  tués par les instruments des Américains et des israéliens, comme le martyr sayed Moustafa Badreddine et bien d’autres. La menace sécuritaire ne s’arrête jamais et je crois qu’elle va augmenter au cours de l’étape prochaine.

Il faut encore mentionner les pressions financières. Elles visent à nous affamer pour que nous n’ayons plus de fonds et pour assécher le sang dans nos veines. C’est cela la signification des sanctions financières, des pressions sur les banques, les commerçants, les donateurs en leur disant qu’ils appuient le terrorisme. Malheureusement, certains au Liban encouragent les Etats-Unis à améliorer leurs pressions sur le pays. Ils disent aux Américains que les sanctions imposées au Hezbollah ne suffisent pas. Le Hezbollah peut surmonter cette crise et la gérer qu’il s’agisse des banques ou des services sociaux. Si vous voulez des résultats, vous devez donc  mettre des sanctions sur tout le pays. A ceux qui disent cela, je réponds : vous devriez avoir honte. Cette démarche nuira à tout le pays, à vos gens, à votre peuple. Vous devriez arrêter ce jeu et ne pas atteindre ce niveau dans le complot contre le Liban.

Mais le plus grave dans ce qui se passe, c’est la guerre psychologique qui est exercée sur nos frères et nos sœurs et sur notre parcours. L’objectif est de faire tomber le Hezbollah et la résistance aux yeux de leurs partisans et sympathisants, aux yeux de leurs alliés et amis. Tantôt on les traite de trafiquants de drogues, de mafieux, de voleurs de voitures, de pro dans le blanchiment d’argent... Ils mentent, ils mentent et mentent encore dans l’espoir que quelqu’un finira par croire ces mensonges. Ils s’en prennent même à notre passé et à nos martyrs. Ce n’est pas nouveau. Vous savez qu’à l’époque de l’armée de Mouawiya, certains croyaient les mensonges sur le fait que Ali ben Abi Taleb ne priait pas. Finalement, lorsqu’il a été tué dans une mosquée, ceux-là n’ont pas caché leur étonnement voulant savoir ce qu’il y faisait, puisqu’il ne priait pas ! Voilà jusqu’ont tombent les mensonges. Vous devez donc vous attendre à tout au sujet du Hezbollah, de ses figures, de ses symboles et de ses personnalités. Mais tout ce qui se dit ne doit pas être cru, surtout sur les réseaux sociaux. Cela fait partie de la confrontation actuelle ; il ne faut donc pas croire qu’il s’agit de gens qui s’amusent. Non, il s’agit d’un plan  guerre, après avoir échoué dans la guerre militaire et sécuritaire, après avoir échoué à casser notre détermination. Ils veulent donc désormais nous frapper de l’intérieur, dans le cœur, dans notre confiance en nous et dans notre moral et notre foi.

De même, on cherche à faire pression sur nous dans les détails, dans de petits règlements de comptes, dans une municipalité ou à travers un moukhtar. Ils prennent de petits incidents qui arrivent partout et les amplifient pour les transformer en affaires nationales.  Des armées électroniques sont mobilisées dans ce but. Tout cela pour mettre en cause notre crédibilité et notre moral. On essaie aussi de nous plonger dans des responsabilités qui ne sont pas les nôtres, dans le but de montrer que nous ne sommes pas à la hauteur. Nous ne sommes pas responsables du pays et nous n’avons pas les moyens d’assumer une telle responsabilité. Ils le savent, mais malgré tout ils veulent nous les faire assumer pour dire ensuite que nous avons échoué et que nous sommes à l’origine des malheurs de ce pays. Cela se travaille dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Il faut bien sûr faire face à cette campagne. Nous sommes prêts sur le plan militaire et nous prenons nos précautions sur le plan sécuritaire. Sur le plan financier, nous essayons de gérer la crise  avec savoir-faire et sagesse. Il reste le plan psychologique. C’est pourquoi je vous appelle ce soir à avoir confiance dans notre parcours, dans notre résistance, dans nos chefs et nos responsables. Certes, nous ne sommes pas infaillibles et sans défauts, certains d’entre nous ont certes commis des erreurs, mais nous sommes déterminés à les régler et à ne pas les laisser s’étendre et s’incruster. Nous essayons de traiter ces erreurs en permanence, mais nous ne le disons pas. Nous ne voulons pas blesser qui que ce soit ; L’un de nos frères peut commettre une erreur. Nous lui demandons des comptes mais nous ne le disons pas dans les médias. Nous ne cherchons pas à ternir sa réputation dans son environnement, son village ou sa ville. Pourquoi ? Pour ménager sa famille, ses parents, ses enfants, son épouse. Même si parfois il mérite les critiques, nous ne cherchons pas à ce qu’elles soient connues parce que notre objectif n’est pas de blesser les familles, ni de les détruire. Il y a eu malheureusement des cas où des familles ont été mises en cause à cause des erreurs de certains et cela a filtré dans les réseaux sociaux. Nous tenons à demander des comptes et à la sanction, lorsque des fautes sont commises, mais tout doit se faire dans la discrétion et le respect pour préserver la dignité des familles.

Je le répète : il faut donc d’abord avoir confiance dans notre parcours et ensuite ne pas se laisser aller au désespoir car c’est là qu’ils veulent nous entraîner.

Ensuite, j’appelle tous les responsables, les frères et les sœurs, les gens ordinaires qui appartiennent à notre parcours de faire très attention à tout ce qu’ils disent et à tout ce qu’ils font. A tout ce qu’ils écrivent sur les réseaux sociaux, aux photos qu’ils publient, avec qui ils se prennent en photos. Car après l’échec des guerres militaires, on veut entraîner notre peuple vers l’effritement, à travers le lancement de fausses rumeurs, de mensonges. C’est ce qui se passe actuellement entre les peuples irakien et iranien. Il y a beaucoup de détails, des films vidéo, des montages, des mensonges qui n’ont rien à voir avec la réalité.

Nous traversons actuellement une période très délicate. Nous, nous réunissons avec les frères, député, membres du conseil politiques ou autres. Et soudain, un jeune qui n’a rien à voir avec la réunion publie un commentaire sur les réseaux sociaux qui devient une vérité, les médias le reprennent  et cela devient un sujet principal dans les bulletins d’information. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent en réalité semer la discorde.

C’est pourquoi le second titre dans cette confrontation est l’extrême prudence. Il faut éviter de commettre la moindre erreur. Car tout peut être nuisible et avoir des conséquences ; Tout comme pendant la guerre, il y a un état de mobilisation extrême, nous devons tous être en état d’alerte sur le plan médiatique, dans nos actes et dans nos propos, pour éviter que les malintentionnés puissent exploiter une réflexion ou un commentaire ou un acte.

Le troisième point dans cette confrontation est la nécessité d’insister sur les victoires. Au lieu d’être plongés dans les problèmes, levons haut la tête. Même s’il y a des problèmes, il faut se rappeler que nous sommes la résistance islamique au Liban qui a remporté des victoires, au Liban et dans la région.  C’est cette résistance, avec son environnement populaire, les hommes et les femmes, qui ont poussé l’ennemi israélien hors du Liban remportant ainsi une victoire arabe historique. C’est elle encore, qui, avec les autres a remporté une grande victoire contre Daech. Il faut apprécier cette bénédiction à sa juste valeur, même si certains ne veulent pas la reconnaître.

Notre parcours a éliminé l’humiliation. Il a permis de sortir cette région d’un sentiment de faiblesse et de fragilité. Nous avons contribué à retrouver la dignité et à l’Histoire. Cette guerre psychologique qui vise à nous faire perdre notre confiance et à nous faire douter de nos capacités à changer les réalités et les rapports de force, à nous convaincre que nous sommes incapables de faire face aux grands projets et de lutter contre la corruption, tout cela ce sont des mensonges. Si vous entendez quelque chose qui va dans ce sens, allez-vous en assurer avant de le laisser influer sur vos convictions et sur votre moral. Si vous avez commis des erreurs, cherchez à les réparer.

Nos ennemis veulent s’en prendre à notre confiance, à notre état d’esprit. Cet projet échouera comme les précédents, qu’ils soient militaires, sécuritaires ou financiers. Maintenant, la guerre psychologique va augmenter, mais elle ne réussira pas car notre foi est la plus forte. Nous misons sur notre fois, notre force, notre détermination et nous sommes prêts à tous les sacrifices.  Ce plan échouera. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il vise à laisser Israël occuper ce qu’il veut dans le monde arabe et puis Daech et Nosra feront le reste. Nous autres, nous nous opposons à tout ce projet.

Nous nous appuyons aussi, pour être prêts au sacrifice sur une montagne immense qui s’appelle Karbala, Hussein, Zeinab. Depuis l’an 1380 à nos jours,  son courage, ses propos, ses positions sont encore présents ainsi que ceux de ses compagnons. Nous sommes les partisans de Abou Abdallah al Hussein. Nous suivons le chemin qu’il a pris et nous répétons ses mots. Rien, dans ce cas, ne peut nous décourager ou nous faire peur. En cette dixième nuit, je ne peux que répéter les propos de Hussein et réitérer l’engagement pris à poursuivre le chemin qu’il a tracé par son sang et son courage. Son discours, son histoire ont traversé les années et les siècles. Ils résonnent encore dans nos oreilles  au Liban et dans le monde. Ce soir, nous disons à Hussein que nous marchons ensemble sur ses traces, nous remplissons les arènes et les places et rien ne nous fera reculer. Nous resterons fidèles et loyaux au sang qu’il a versé et rien ne nous découragera. Avec Lui, nous avons appris la dignité et nous n’y renoncerons pas, nous n’accepterons pas l’humiliation quel qu’en soit le prix.

 

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