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Affaire Khashoggi : sept gardes du corps de MBS parmi les suspects

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Middle East Eye est en mesure de révéler que sept des quinze hommes soupçonnés d’être impliqués dans une opération visant à assassiner le journaliste saoudien Jamal Khashoggi appartiennent à la sécurité personnelle et à la protection rapprochée du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane.

Les suspects ont dîné à la résidence du consul général d’Arabie saoudite après avoir assassiné et démembré Khashoggi à l’intérieur du consulat, a indiqué mercredi à MEE une source du bureau du procureur général d’Istanbul alors que la police turque avait finalement obtenu l’accès au bâtiment.

La plupart d’entre eux sont des officiers de haut rang qui ont accompagné le prince héritier lors de visites diplomatiques au Royaume-Uni et en France en début d’année.

MEE a obtenu du ministère de l’Intérieur saoudien un document détaillant leurs rangs, dates de naissance, numéros de passeport et de téléphone, et indiquant les dates auxquelles ils ont accompagné Mohammed ben Salmane lors de voyages à l’étranger. Tous sont membres de la force de sécurité spéciale du prince héritier.

MEE ne publie pas le document afin de protéger la sécurité de ses sources.

La confirmation que ces sept hommes sont des membres de haut rang de l’équipe de protection rapprochée du prince héritier et qu’ils voyagent régulièrement avec lui lors de visites de haut niveau compliquera les efforts en cours pour éloigner Mohammed ben Salmane de l’enquête sur le meurtre à Istanbul.

Trois suspects ont visité le Royaume-Uni

Au moins trois d’entre eux ont accompagné le prince héritier lors de sa visite au Royaume-Uni, en mars. Il s’agit du lieutenant Dhaar Ghalib Dhaar al-Harbi, du sergent-major Walid Abdullah al-Shihri et de Abdul Aziz Muhammad Musa al Hawsawi.

Au moins deux d’entre eux ont accompagné Mohammed ben Salmane en France en avril. Il s’agit du major général Mahir Abdul Aziz Muhammad Mutrib et du colonel Badr Lafi Muhammad al-Oteibi.

MEE a appelé les numéros de téléphone des sept hommes en question avec les indicatifs téléphoniques saoudiens figurant sur le document, mais la plupart des numéros avaient été déconnectés. L’un des numéros a sonné, sans réponse. Un homme a répondu à un autre numéro en disant qu’il n’était pas la personne citée dans le document.

Alors que des sources turques proches de l’enquête ont déclaré à MEE et à d’autres médias que les procureurs soupçonnaient que Khashoggi avait été tué et démembré peu après son entrée au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre, les médias turcs ont publié la semaine dernière les noms et les photos des quinze suspects.

Le 2 octobre, plusieurs des suspects sont arrivés à l’aéroport Atatürk par des vols commerciaux, tôt le matin, tandis que d’autres sont arrivés à bord d’un vol privé en provenance de Riyad plus tard dans la matinée. Un deuxième avion privé a atterri à Istanbul cet après-midi-là, au moment où trois suspects prenaient également des vols commerciaux.

Les suspects se sont enregistrés dans deux hôtels proches du consulat saoudien, mais ils ont tous quitté le pays quelques heures après leur arrivée. Treize des quinze suspects ont quitté Istanbul à bord des deux avions privés le soir du 2 octobre, tandis que les deux derniers sont partis tôt, le 3 octobre, sur des vols commerciaux.

Des responsables saoudiens ont fermement démenti avoir la moindre information sur la disparition de Khashoggi et ont d’abord affirmé qu’il avait quitté le consulat peu de temps après son arrivée. Après la publication des noms des quinze suspects, la chaîne de télévision saoudienne al-Arabiya les a qualifiés de «touristes».

Mais CNN a rapporté en début de semaine que l’Arabie saoudite se préparait à admettre que Khashoggi était mort au cours d’un interrogatoire qui avait «mal tourné» ou d’une tentative d’enlèvement, dans un contexte d’écœurement international de plus en plus grand face aux circonstances du décès présumé du journaliste.

Mutrib, le «coordinateur de l’opération»

Mutrib, l’officier le plus haut gradé parmi les sept hommes cités dans le document du ministère de l’Intérieur, a été identifié par les enquêteurs comme étant le «coordinateur de l’opération», ont indiqué des sources turques à MEE.

Selon eux, Mutrib a affrété les deux avions privés pour la mission et est l’un des deux suspects à voyager avec des passeports diplomatiques.

Mutrib a déjà été identifié par le New York Times comme un diplomate affecté à l’ambassade d’Arabie saoudite à Londres, selon une liste diplomatique du ministère britannique des Affaires étrangères datant de 2007.

Le journal a également retrouvé des photos de Mutrib se tenant aux côtés du prince héritier lors de visites en Espagne, en France et aux États-Unis.

Dans ce document, Mutrib est décrit comme un «ingénieur en communication» et un «compagnon de sécurité» du prince héritier.

Deux des noms figurant sur la liste ne sont pas identifiés comme ayant accompagné Mohammed ben Salmane lors de ses visites à Londres et à Paris.

Les deux, cependant, sont hauts gradés. Il s’agit du commandant Nayif Hasan Saad al-Arifi et du brigadier général Mansour Othman Aba Hussein. Les deux sont décrits comme des «agents de soutien [sécurité et protection] pour le prince héritier saoudien».

Spécialiste des autopsies

Le huitième homme, Salah Muhammad al-Tubaigy, a été identifié sur des enregistrements audio dont le contenu a été divulgué à MEE comme la scène où Khashoggi a été démembré alors qu’il était drogué mais toujours en vie.

Tubaigy avait deux postes de responsabilités. Il occupait le poste de président du département des preuves médico-légales au sein de la Sécurité générale saoudienne. Il était aussi président du Conseil scientifique de médecine légale à la Commission saoudienne des spécialités médicales.

Un équivalent saoudien de l’ordre des médecins où Tubaigy occuperait le poste d’examinateur pour les médecins souhaitant se qualifier en tant que spécialiste en médecine légale, et déciderait si les médecins formés à l’étranger sont qualifiés pour travailler en tant que spécialistes dans les hôpitaux saoudiens.

Le New York Times a rapporté mardi que Tubaigy avait publié une étude sur la dissection et les autopsies mobiles, et indiqué que sa présence parmi les suspects «suggère que la mise à mort aurait pu faire partie du plan initial».

Les dernières révélations sur les liens étroits entre Mohammed ben Salmane et les quinze suspects vont probablement renforcer les soupçons sur ce que le prince héritier savait et si une opération impliquant des membres de haut rang de sa garde rapprochée de la sécurité aurait pu être approuvée à son insu ou sur son ordre.

Officiellement, le prince héritier, qui est également ministre de la Défense, contrôle les trois forces armées saoudiennes, le ministère de la Défense, la Garde nationale et le ministère de l’Intérieur.                                          

Mardi, Trump a tweeté qu’il avait parlé au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, lequel «a fermement nié toute connaissance de ce qui s’est passé dans le consulat» à Istanbul. Trump a également déclaré que MBS lui avait dit «avoir déjà ouvert une enquête complète sur cette affaire, et que ces investigations allaient rapidement être élargies».

Le ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré à MEE qu’il allait demander aux autorités saoudiennes de confirmer si les membres de la délégation du prince héritier étaient bien présents lors de la visite de Mohammed ben Salmane à Londres.

MEE a contacté les ambassades saoudiennes à Londres et à Washington pour obtenir leurs commentaires.

Source : MEE

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