EXCLUSIVITÉSRapportsRapports Infos d’ALAHED:Le président Lahoud: j’étais chanceux d’avoir vécu l’époque de la résistance et de la libération

Please Wait...

Le président Lahoud: j’étais chanceux d’avoir vécu l’époque de la résistance et de la libération

folder_openRapports access_timedepuis 4 mois
starAJOUTER AUX FAVORIS

Interview réalisée par: Fatima Salamé

Lorsqu’on mentionne la fête de «la Résistance et la Libération», il faut impérativement évoquer l’homme surnommé «Le président de la résistance»... la fierté des hommes, comme la décrit le secrétaire général du Hezbollah sayed Hassan Nasrallah, grâce à ses positions nationales et historiques, qui ont toujours soutenu la résistance.

Le parcours présidentiel d’Emile Lahoud, l'homme national, est comblé de positions honorables qui ont permis le passage à la libération, loin de la dépendance externe. Il a pris la défense des résistants avant même de les connaître, tout ce qu’il avait intrigué c’est qu’un groupe de jeunes cherchaient à libérer la patrie. La victoire historique de 2000 a été la fierté de son parcours présidentiel et le résultat de ses positions courageuses qui ont soutenu la résistance, à une époque où le monde entier s'était mis contre lui. Beaucoup de promesses et de concessions lui ont été faites en échange d'abandonner cette voie mais il a rejeté toutes les tentations, il a refusé de vendre ses positions et n’a cédé qu’à sa conscience, ses croyances et ses convictions irréversibles.

Dans une interview accordée au site Al-Ahed, le président Lahoud a évoqué les nombreuses positions, depuis sa nomination à la tête du commandant de l'armée libanaise jusqu'à son élection à la présidence. Il ne cache pas «la joie» qu’il éprouve d’avoir été témoin de la libération de la patrie sous son règne. Il décrit cet événement avec fierté. Il raconte comment il a connu le Hezbollah pour la première fois et comment il a rencontré le secrétaire général du Hezbollah, une rencontre dont il est fier. Il exprime sans embarras le bonheur qu’il ressent de vivre à l’époque de la résistance, qui a rendu la dignité à l’Etat libanais.

Voici le texte de l'interview:

Monsieur le président, dix-huit ans après la libération, que vous souvenez-vous de cette époque?

C’était le plus beau jour de ma vie. Avant cette date, nous n’avons jamais ressenti la capacité de retrouver notre dignité. Notre patrie est restée occupée pendant 22 ans, et toutes les administrations qui ont gouverné le pays tout au long des années, se sont «accommodées» à cette situation qui est devenue une évidence. En fait, je n’avais jamais entendu parler du Hezbollah. Quand j'ai pris mes fonctions en tant que commandant de l'armée, je vivais à Rayak. L’ambiance générale était méfiante vis-à-vis du Hezbollah, quand je voulais rendre visite à ma famille dans le nord, je recevais des messages, me mettant en garde contre les membres du Hezbollah qui soi-disant avaient l'intention de me tuer. Cependant, mon éducation qui rejetait le sectarisme, m’a rendu insouciant envers ce sujet-là, bien que l’image que j’avais dans mon esprit reliait le Hezbollah aux takfiris.

Quand avez-vous connu le Hezbollah?

En 1991, lorsque j'ai pris le commandement de l'armée, l'État libanais a pris la décision de déployer l'armée au Liban-Sud.

Je suis allé à Tyr, l'un des officiers m'a dit: «je travaille là depuis 22 ans, en tant que chef de bataillon, et j’ai toujours reçu les instructions suivantes: Si nous détenons un insurgé, nous devons le livrer aux services de renseignement qui le mettent en détention. Vous êtes le nouveau commandant de l’armée quelles sont vos instructions à cet égard? Je lui ai demandé, quelle est leur nationalité ? Sont-ils des palestiniens ? Il m’a répondu, « Non, ce sont des Libanais qui veulent retourner dans leurs villages occupés par les «Israéliens» et veulent mener des opérations contre eux. Parfois on les attrape avant même qu'ils n'arrivent dans les vallées. Quelles sont vos instructions à ce propos? Je lui ai dit: «Les Libanais qu’ils veulent retourner dans leurs villages occupés par les sionistes, sont des résistants et vous devez les soutenir». Il se réjouit et me dit: «C'est la première fois qu'un officier pense ainsi.» Quant à moi en tant qu’Emile Lahoud, je crois qu’aucun commandant de l'armée nationale ne devrait demander la permission à quiconque pour donner un tel ordre. Est-il possible de me mettre contre ceux qui veulent libérer leurs terres, au contraire, je dois soutenir ces gens-là.

A mon retour à Beyrouth, j’ai été convoqué par le président de la République, Elias Hrawi, qui m'a dit: «Emile, vous êtes fou, vous soutenez les gens qui mettent le chaos à la frontière, si demain un soldat israélien se fait tuer, Israël agressera tout le Liban. Voulez-vous détruire le pays?». Je lui ai répondu : «avez-vous déjà entendu parler d’un commandant d'une armée dont le pays est occupé et qui donne l'ordre à ses officiers d’empêcher la libération du territoire et d’arrêter ceux qui libèrent la terre ? Nous devons les soutenir au lieu de les emprisonner». Il m’a alors donné l’ordre de les affronter mais j’ai refusé.

En 1993, la résistance devint plus forte et plus solide. Les sionistes ont été alors gênés, et ont fait pression sur les américains, qui à leur tour ont fait pression sur l'État libanais et le Conseil de sécurité qui a pris la décision de se débarrasser du Hezbollah. Cette décision a également été adoptée par l'État libanais. Je me souviens d'un incident à l’époque, un officier m’a appelé en me disant qu' «un char sioniste avait bombardé le territoire libanais et a tué une femme, quelles sont vos ordres?» C'était ma première expérience avec «Israël». Je lui ai demandé: «vous avez un char à votre portée, qu'attendez-vous? Ripostez». A ce moment, le président de la république m'a appelé, en me disant: «Emile que se passe ? Comment avez-vous fait cela ?» Je lui ai dit c’est ce qui devait être fais. Il m’a demandé plus d'une fois d’éliminer les forces du Hezbollah via la «FINUL», mais j’ai toujours refusé. Il m’a ensuite convoqué à la réunion du Conseil suprême pour la défense, mais j’ai refusé de participer, il m’a alors dit qu’ils prendront les décisions sans moi et qu’il nommera quelqu’un d’autre à la tête de l’armée. Je leur ai fait comprendre que cela m’est égale, j’ai la conscience tranquille, et j’ai fait mon devoir. Le lendemain je suis arrivé à la réunion en retard, j'ai assisté à la fin des discussions, lorsque le commandant de la FINUL posait le plan pour éliminer le Hezbollah, j’ai alors mis fin aux discussions, en affirmant que ce plan ne sera pas exécuté. Le commandant m’a répondu que «la décision a été adoptée au conseil de sécurité». Je lui ai alors dis «qu’ils prennent la décision qu’ils veulent, je n’exécuterai pas, ils n’ont qu’à chercher un autre commandant pour appliquer ce plan. De quel droit l'État libanais donne l'ordre de combattre son peuple ? Es ce, parce que "Israël" est gênée?!».

Vous aviez fait tout cela, sans même connaître le Hezbollah, quand a eu lieu le premier contact direct avec le parti?

Après toutes ces années, il n'y avait pas de contact entre nous, mais il y avait un soutien absolu de ma part. La première rencontre était en 1997, suite à la mort en martyre du fils du secrétaire général du Hezbollah sayed Hassan Nasrallah. J’ai reçu un appel me disant que Hadi Nasrallah était tombé martyre, c’était la première fois qu'un chef arabe présente son fils en martyre, c’est pourquoi j’étais déterminé à rencontrer sayed Nasrallah. En effet, toutes les mesures nécessaires ont été prises et je me suis rendu chez lui. J’ai vu un homme serein, bien que la nouvelle de la mort de son fils daté de quelques heures. Nous avons parlé pendant environ dix minutes, et j'ai senti qu’avec ce chef nous pouvons remporter la victoire. Les jours ont passé et nous ne nous sommes plus rencontrés. En l’an 2000, au moment de la libération, sayed Nasrallah a demandé de me rencontrer et m’a offert un fusil «israélien». On ne s’est plus revu jusqu’après la fin de mon mandant présidentiel, nous nous sommes assis pendant environ trois heures et nous avons parlé de tout, il m'a dit: je ne te connais pas, je lui ai dit: «nos consciences se sont rencontrées».

Que signifie pour vous la libération du territoire libanais sous votre règne, bien que vous ayez toujours parlé de cet événement avec fierté?

Cet évènement vaut ma dignité, il touche à mon cœur. Je suis heureux que la dignité des Libanais ait été restaurée lors de mon mandat présidentiel. Est ce logique que «l'Israélien» occupe notre patrie pendant 22 ans et que personne n’a réagi sous prétexte que «l'œil ne peut combattre le poinçon». Seul un groupe d'hommes de la résistance se sont réunis et ont réussi à libérer la terre et nous ont défendus, sans eux «Israël» serait aujourd’hui parmi nous.

En ce qui concerne votre expérience militaire, quel est le surplus que vous a donné la libération de la patrie?

Que nous pouvons réaliser l'impossible. Beaucoup se sont opposés à moi en disant que personne ne peut résister à «Israël» mais je répondais que cela se réalisera. La résistance est l'immunité du Liban. Je me demande comment certains appellent encore à la nécessité de désarmer la résistance au lendemain des élections, après toutes ces réalisations! Ceux-là sont surement des pions manipulés et financés par leur maitre.

Comment voyez-vous aujourd'hui l'équation d'or tripartite, dont vous êtes le parrain?

Sans l'équation d'or, le Liban n'existe pas, surtout après les événements qui ont eu lieu en Syrie et en Irak, qui ont rendu le Liban plus fort, et capable à faire face à «Israël». Nous devons sauvegarder cette équation par les efforts nationaux loin du sectarisme.

Aujourd'hui, les Palestiniens font tout ce qu'ils peuvent pour libérer leur terre. Quel conseil vous leur donnez suite à l’expérience que vous aviez gagné avec la libération du territoire libanais?

Seule la force rapporte ces fruits, pas de négociation avec «Israël». Je ne veux pas faire de critiques, mais quand j'entends certains responsables palestiniens parler de règlementation avec les sionistes, je voudrais leur dire que cette voie ne libère pas la terre. La seule solution est la résistance, comme nous l'avions fait au Liban. Cela me rappelle un incident qui s’est produit dans l'une des réunions des chefs des pays arabes tenue à Khartoum, lorsque le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas s’était plaint que les sionistes empêchaient l'arrivée des fonds à l’autorité palestinienne, appelant les autorités concernées à faire pression sur «Israël», pour laisser passer l'argent. Je lui ai alors dit: «Abou Mazen, agissez comme nous au Liban, il est honteux que vous suppliez les autres pour avoir votre propre argent. Vous devez agir face à eux par la force. Si vous vous comportez comme nous vous ne confronterez pas de telle situation».

Vous avez toujours dit que la crise en Syrie s’achèvera par la victoire. Comment décrivez-vous la situation sept ans après?

La Syrie a gagné. Les perdants, les sionistes et les Arabes, veulent à tout prix arracher une victoire, n’importe laquelle c’est pourquoi ils exercent de fortes pressions, mais malgré cela ils resteront perdants. La crise qui se terminera bientôt, mettra fin à l’esprit de conspiration au Liban.

Un dernier mot

Nous avons de la chance d’avoir vécu à l’époque des épopées et des victoires invincibles de la résistance, à l’époque des jeunes qui sacrifient leur vie pour la libération de la patrie.

Source : Al-Ahed, traduit par l’équipe du site

Comments

// 0.029431