LE HEZBOLLAHSGDiscours complets Infos d’ALAHED:Discours lors du meeting électoral consacré à la circonscription de Baabda

Please Wait...

Discours lors du meeting électoral consacré à la circonscription de Baabda

folder_openDiscours complets access_timedepuis 6 mois
starAJOUTER AUX FAVORIS

 

Au nom de Dieu, bienvenue à tous, les ministres, les députés, chers frères et sœurs.

Dans ce discours, je compte parler de Beyrouth et en particulier de la seconde circonscription, de la circonscription de Baabda et de la banlieue sud en particulier, ainsi que des développements, car on ne peut pas continuer à ne parler que du Liban et des élections.

Il est clair que la région vit actuellement une période particulièrement sensible et très importante. Les développements qui visent et qui ont eu lieu en Syrie peuvent avoir des répercussions sur toute la région. Je parlerai de cela dans la dernière partie du discours.

L’objectif de ce rassemblement, comme c’était le cas de celui de dimanche dernier à Nabatiyé, est d’appuyer le Hezbollah. C’est en effet le Hezbollah qui l’a organisé et il vise à obtenir un appui populaire et politique à deux listes, la première, celle de l’unité de Beyrouth, dans la seconde circonscription de la capitale et qui constitue une alliance entre le Hezbollah, le mouvement Amal, l’association Al Macharih al islamiya  (Ahbaches) et le CPL. Elle comprend des personnalités connues et respectées à Beyrouth. La seconde liste est celle de l’entente nationale à Baabda et elle est formée d’une alliance entre le Hezbollah et Amal, le CPL et le Parti démocratique libanais.

Je commence par Beyrouth, même si une partie du contenu qui concerne Beyrouth touche en réalité tout le Liban. Même chose pour la circonscription de Baabda.

A Beyrouth donc, il y a de larges parties populaires qui estiment de leur droit d’être représentées au Parlement. Ces parties estiment avoir le droit d’avoir au Parlement des députés qui portent leur volonté, leurs droits, leurs intérêts et leur voix. Dans la loi basée sur le système majoritaire, il y avait peu de chances de réaliser cela. Par contre la loi basée sur le mode de scrutin proportionnel offre cette opportunité dans toutes les circonscriptions. Les forces politiques doivent reconnaître cet avantage de la nouvelle loi.

Lorsque nous parlons de Baalbeck-Hermel, certains disent : nous sommes tous des musulmans, à quoi sert dans ce cas, une loi proportionnelle ? D’autant que cela permettra à des parties d’une autre liste que la nôtre à effectuer des percées et à se faire représenter au Parlement. Le débat porte donc sur le nombre. C’est le cas à Beyrouth et ailleurs. L’objectif de cette liste à Beyrouth est justement de permettre à ces parties d’être représentées au Parlement. La liste de l’unité de Beyrouth ne mène pas la bataille électorale pour confisquer la représentativité de Beyrouth, comme le prétend le Courant du Futur, et il attaque en particulier cette liste, mais de permettre à certaines parties lésées par le scrutin majoritaire de se faire représenter. Et si les critiques du Futur se concentrent sur cette liste c’est qu’il sait qu’elle dispose d’une force électorale peu négligeable.

Je ne vais pas revenir sur les termes inappropriés qu’ils utilisent. De toute façon, ils considèrent que toutes les autres listes que la leur dans cette circonscription visent à confisquer la voix de Beyrouth, directement ou non. C’est absolument faux. Le but n’est donc nullement de confisquer la voix de Beyrouth, mais de permettre à des Beyrouthins de pure souche établis à Beyrouth d’être représentés au Parlement. Point à la ligne.

L’affaire ne va pas au-delà de ce point. D’autant que ces gens sont de Beyrouth et votent dans cette circonscription. Lorsque la liste organise un meeting électoral, ce sont eux qui viennent et no des électeurs venant d’autres régions. Leurs noms figurent donc dans les listes électorales.

Il faut encore préciser que Beyrouth, dans ses deux circonscriptions, a une particularité qu’il ne faut pas perdre de vue. Elle reste la capitale du pays. Elle est au cœur du pays et résume dans sa composition populaire et démographique tous les Libanais. A Beyrouth, il y a des musulmans de toutes les confessions musulmanes et des chrétiens de toutes les confessions chrétiennes. La ville de Beyrouth doit être un condensé de tout le Liban, son symbole et une image fidèle de la composition libanaise et de la formule spéciale de ce pays.

Cette particularité de la capitale signifie qu’aucun parti, courant, mouvement, association ou leadership ne peut se l’approprier en totalité. La couleur de Beyrouth doit rester celle de tout le pays et de tout son peuple. Il est donc normal que toutes les confessions, tous les partis, tous les courants sentent qu’ils ont une chance d’être représentés au Parlement. C’est l’un des aspects positifs de la loi proportionnelle.

Un des thèmes évoqués actuellement est celui de l’identité de Beyrouth. Nous voulons en discuter. Certains pourront dire : le sayed est vraiment très ouvert aujourd’hui, plus qu’il ne le faut. Mais il faut reconnaître il y a aujourd’hui une bataille au sujet de l’identité de Beyrouth. Certains ont dépassé les questions dérangeantes des résultats de la représentation de Beyrouth au cours des dernières années. Le Courant du futur en particulier a occupé la plupart des fonctions publiques, celle de Premier ministre et les sièges des députés de Beyrouth pendant de longues années. Qu’a-t-il fait pendant cette longue période ? Malgré cela, il a choisi d’aller vers un autre débat pour mobiliser les électeurs sur la base de la fibre confessionnelle. Aujourd’hui, le thème électoral est devenu l’identité arabe de Beyrouth, l’appartenance arabe et le projet arabe. Face à quoi ? Au projet perse. Aujourd’hui, tous ceux qui sont sur la liste de l’unité de Beyrouth et ceux qui les appuient sont devenus des partisans du projet perse. Cette accusation est aussi portée contre les autres listes qui ne sont pas celles du courant du Futur…

Parlons un peu de ce sujet. Qu’entend-on par identité arabe de Beyrouth ? On va dire : le sayed dit cela avec un sourire. Il est vraiment très calme aujourd’hui. Certains intellectuels disent que l’identité arabe c’est utiliser la langue arabe, car l’arabité ce n’est pas une race, ni une ethnie comme les autres, notamment les Turcs, les Perses, les kurdes. J’ai entendu récemment une conférence d’un uléma du Golfe qui se basait sur un des discours du prophète pour parler de l’arabité. Je n’ai pas eu le temps de vérifier dans les livres modernes pour voir si ce discours du Prophète existe bel et bien. Mais j’ai entendu l’uléma parler de l’arabité de la langue. Il ne s’agit donc pas d’une race, d’un sang. Si ce concept est vrai ou adopté, cela signifie que l’arabité a un sens large, un sens humaniste et civilisationnel qui ne peut pas être limité à une race, une ethnie ou une descendance. Je ne souhaite pas m’étendre sur la question car il y a des sujets importants à évoquer comme l’arrivée des Américains chez nous. Mais si l’identité arabe est la langue arabe, je demande à la commission de supervision des élections ( c’est une plaisanterie bien sûr) de former une commission spécialisée chargée de faire passer un examen de langue arabe aux listes en compétition, pour voir qui est plus arabe que l’autre. S’ils veulent aussi faire passer cet examen aux leaders et aux chefs des partis et courants, nous sommes prêts et nous verrons qui est lus arabe que l’autre si le critère est la langue.

De plus, si l’arabité et l’identité arabe dépendent de la descendance et des ancêtres, je demande aussi à la commission de supervision des élections de vérifier la généalogie des chefs et leaders des partis et forces politiques pour voir qui est arabe de longue date et qui est un nouveau venu, selon leurs propres critères. C’est aussi une boutade.

Passons maintenant aux choses sérieuses. Si l’arabité et l’identité arabe se résume aux gens qui ont cette identité, il s’agit de voir qui sont ces gens ? Ce sont ceux qui portent les causes arabes, celles des peuples et de la oumma, leurs aspirations et leurs rêves de démocratie, de liberté, de dignité, de noblesse, de courage. Toutes ces valeurs donnent beaucoup à l’identité arabe sur le plan humain et moral. Il s’agit de ne pas accepter l’humiliation. D’ailleurs, combien de guerres ont été menées par les Arabes entre eux à cause d’une insulte ou d’une humiliation personnelle.

Malheureusement, des Etats arabes et des symboles sont détruits et leurs souverainetés sont violées sans que nul ne bouge dans le monde arabe. Si c’est cela l’arabité. Je ne veux pas recourir à la commission de supervision des élections, mais je pose une question à l’autre camp, aux gens et à tous ceux qui évoquent cette question : Vers quelle arabité nous conviez-vous et laquelle voulez-vous définir comme l’identité de Beyrouth ?  L’arabité est-elle de baisser la tête devant l’arrogance américaine ? Est-elle d’être à sa traîne et d’exécuter ses projets, ses ambitions et ses désirs dans le monde arabe et musulman ? Est-elle de mener à sa place des guerres ? L’arabité est-elle de renoncer au peuple palestinien, à la Palestine et aux symboles sacrés ? Ce peuple palestinien qui subit depuis des dizaines d’années, la mort, l’assassinat, l’arrestation et le blocus, qui est affamé, appauvri, poussé à l’exode, dispersé, qui est spolié de ses biens et privé d’avenir ? L’arabité est-elle de se taire sur ce qui se passe chaque vendredi à Gaza, des dizaines de martyrs, des milliers de blessés et un peuple qui n’a que son corps pour se battre ? Est-ce cela l’arabité ? Accepter et promouvoir le deal du siècle qui liquide la cause palestinienne ? L’arabité est-elle de se taire sur la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ? L’arabité est-elle de dire, comme le font certains dirigeants arabes, qu’Israël est un fait accompli et il est appuyé par les Etats du monde, que pouvons-nous faire face à cela ? Le pragmatisme et le réalisme nous imposent d’accepter un Etat israélien. Le pire c’est encore ce que nous avons entendu récemment de la part du prince héritier saoudien qui a affirmé que les pères et grands-pères  des occupants sionistes ont des droits sur la terre de Palestine. Ces envahisseurs, ces gangs terroristes ont le droit de créer un Etat sur la terre palestinienne. Est-ce cela l’arabité à laquelle vous voulez qu’on appartienne ? L’arabité est-elle de donner des centaines de milliards de dollars qui appartiennent  aux arabes et aux musulmans aux Etats-Unis, à la France, à la Grande Bretagne et maintenant à l’Espagne ? restons aux Etats-Unis, ces centaines de milliards de dollars sont destinés à renflouer son économie et à assurer des millions d’emplois à ses travailleurs, alors que le chômage est énorme dans le monde arabe, et pas seulement en Arabie. Il touche surtout des millions de jeunes qui souffrent de faim, de maladies et qui sont contraints à l’exil. Le taux d’illettrés est élevé dans le monde arabe et les crises sociales y sont très aigües. Est-il normal que ces centaines de milliards sont dépensés aux Etats-Unis pour obtenir leur bienveillance, alors que les peuples arabes manquent de presque tout ? Est-ce cela l’arabité ?

Pire encore : l’arabité est-elle « de nettoyer la religion musulmane » pour en présenter une copie sombre et l’utiliser et la répandre en dépensant des milliards de dollars face à l’URSS ? Simplement parce que c’est l’Amérique et l’Occident qui le veulent ? C’est le prince héritier saoudien qui l’a reconnu il y a quelques jours aux Etats-Unis.  L’arabité est-elle de lancer une guerre destructrice contre le Yémen et sa population depuis plus de trois ans ?

Si l’Arabie saoudite est le grand frère et le leader du monde arabe,  et elle abrite les deux piliers de l’islam, ne devrait-elle pas, à ce titre, veiller sur ses frères et ses enfants et chercher à régler leurs problèmes, les gronder au besoin, au lieu de couper leurs têtes et de les détruire par le biais de massacres horribles ? Est-ce cela l’arabité ?

L’arabité est-elle de détruire l’Irak, la Syrie et le Liban ? Quelqu’un a dit il y a quelques jours aux habitants de Beyrouth de ne pas voter pour ceux qui ont détruit l’Irak et la Syrie. Je suis d’accord avec lui et je répète avec lui aux habitants de Beyrouth de ne pas voter pour ceux qui ont détruit l’Irak et la Syrie.

En Irak, il y avait un gouvernement, un Parlement et une situation stable… Qui l’a détruit ? Qui, au cours des années passées, a appuyé, financé et poussé Daech pour qu’elle fasse ce qu’elle a fait en Irak ? Avant cela, qui, en 2003, a envoyé des milliers de kamikazes en Irak ? S’il les avaient envoyés en Palestine, Israël n’existerait plus aujourd’hui…Face à 4000 kamikazes, Israël aurait-il peu résister ? Non. Qui a amené des dizaines de milliers de combattants de tous les coins du monde et leur a donné de l’argent et des armes pour détruire la Syrie ? Est-ce cela l’arabité ?

L’arabité est-elle de pousser Israël à déclencher la guerre de juillet 2006 ? Est-elle d’inciter Israël à écraser la bande de Gaza ? Vous avez pourtant entendu cela sur les chaînes de télévision au cours de la dernière guerre contre Gaza.

L’arabité est-elle ceci ou cela ? Je vais arrêter cette liste de questions pour dire seulement : ce n’est pas cela l’arabité de Beyrouth. L’arabité est la capitale du Liban, elle a son histoire. Ses habitants, quelle que soit leur religion ou leur confession, chrétiens, musulmans, sunnites, chiites, druzes, ont toujours brandi les causes arabes et les soucis arabes dans leurs médias et dans leurs éditoriaux, dans leurs congrès, leurs pièces de théâtre, dans leurs chansons, dans leurs poèmes et dans leur littérature.

Beyrouth est descendue dans la rue pour les causes arabes, la Palestine bien sûr, et pour tous les pays arabes victimes d’une agression, d’une invasion… elle a toujours été solidaire avec eux.

Jamais auparavant, Beyrouth et ses habitants ne se sont distanciés des causes et des problèmes arabes. Le vrai titre de Beyrouth a toujours été cette arabité. Elle a toujours appuyé la cause palestinienne, depuis le début du conflit. En 1982, elle a combattu l’invasion israélienne et les premières balles de la résistance libanaise ont été tirées dans les rues de Beyrouth. Les résistants, les habitants de Beyrouth ont réussi, par leurs balles, leurs fusils et leurs grenades, à contraindre les soldats de l’occupation à se retirer de leur ville, rapidement, défaits et vaincus. D’ailleurs tout le monde se souvient de ce que disaient les soldats israéliens à travers les hauts parleurs : ils suppliaient les habitants de Beyrouth de ne pas tirer sur eux en criant : ne tirez pas sur nous, nous nous retirons.

Israël qui a occupé une capitale arabe s’en est retirée sous le feu, non par le biais de négociations ni de conditions humiliantes, ni de reconnaissance, rien. La véritable identité de Beyrouth est l’identité arabe, cette identité résistante.

Venez donc que nous nous fassions la concurrence sur qui préservera l’identité de Beyrouth. Je ne dis pas que la liste de l’unité de Beyrouth est la seule qui préserve cette identité. Dans les listes concurrentes, on peut aussi le faire, nous respectons nos rivaux. Mais l’identité dont j’ai parlé au début est étrangère et n’a rien à voir avec l’arabité de Beyrouth.

A Beyrouth, l’une des premières obligations est de préserver le tissu social varié de la ville. Entre les habitants de Beyrouth, il y a des liens sociaux, économiques, commerciaux, des relations de voisinage, il y a des quartiers mixtes et des dizaines de milliers d’unions mixtes. Le devoir de tous est de préserver tout cela. Nul n’a le droit, pour obtenir des acquis politiques ou électoraux, de se lancer dans des discours confessionnels, incitant à la discorde confessionnelle. L’une des plus importantes régions dont il faut préserver le tissu social est la ville de Beyrouth.

Il faut donc que la concurrence à Beyrouth soit au service de la ville, de ses habitants et de tous ceux qui veulent réaliser leurs aspirations et répondre à leurs besoins.

Les candidats parlent de leurs programmes électoraux et font des promesses. En général, je n’aime pas entrer dans les détails. Il y a des problèmes et des soucis importants à Beyrouth que les habitants et les candidats connaissent. Les forces politiques les connaissent aussi. Mais je vais évoquer un problème dont nous souffrons tous et je sais que les habitants de Beyrouth en souffrent en particulier, c’est celui de l’habitation. Aux yeux des habitants de la ville, ce problème est plus pressant que celui du projet arabe ou perse. Une partie importante des gens de Beyrouth vivent en dehors de la ville, car ils n’ont pas les moyens d’y acheter ou même d’y louer un appartement, à cause de la voracité des commerçants et pour d’autres raisons liées à la promotion immobilière.

Aujourd’hui, la majorité des gens de la ville, la génération des fils et des petits-fils pourrait ne pas trouver une chance de rester à Beyrouth. Ils ne sont plus à Beyrouth que sur les listes électorales. C’est là une des questions importantes à laquelle il faut chercher des solutions.

J’en arrive maintenant à la circonscription de Baabda.

La liste que nous appuyons ainsi s’appelle « la liste de l’entente nationale ». Il est certain qu’au Liban, nous avions, nous avons et nous aurons toujours besoin de l’entente nationale, une véritable entente nationale, qui est basée sur un concept profond, sur une culture et une volonté. Cette entente ne se réalise pas à travers les intérêts uniquement, mais aussi à travers un contact permanent et une rencontre constante entre les diverses composantes de la population libanaise. Il faut éviter les coupures entre nous et au contraire, maintenir un dialogue permanent. Nous devons toujours mettre l’accent sur nos points communs, essayer de nous comprendre les uns et les autres, de nous respecter, de reconnaître les spécificités de chaque composante, culturelles et religieuses et de reconnaître nos droits réciproques, même sur le plan politique. Tous ces éléments font partie de l’entente nationale qui n’est pas seulement un slogan.

Il y a des gens qui ne supportent pas le seul nom de banlieue sud. A ceux-là je dis : vous devez l’accepter. Finalement, le nom des lieux est constitué par ses habitants, par les événements, par l’histoire et en particulier à des moments importants. Nous sommes bien sûr avec l’appellation « le littoral du Metn sud » auquel je rends hommage à lui et à ses habitants. Mais cela ne signifie pas que nous devons dénigrer ou mépriser le nom de banlieue sud. Aujourd’hui, non seulement au Liban, mais dans tout le monde arabe et musulman et peut-être dans le monde, le nom de banlieue sud est devenu synonyme de résistance, de tout ce qui a trait à la dignité, à l’honneur, à la fierté et au refus de l’humiliation.

C’est pourquoi vous devez accepter cette appellation. Et même la respecter. Ce sont là des éléments de base pour consolider la coexistence et en faire plus qu’un slogan. Aujourd’hui, c’est le 13 avril, une date douloureuse, celle du déclenchement de la guerre civile en 1975. Cette guerre a pris comme point de départ, un bus à Aïn el Remmaneh, c’est-à-dire dans le caza de Baabda.

Lorsque nous parlons d’entente nationale et que nous insistons sur la coexistence et sur l’unité nationale, nous devons revenir sur cette expérience, celle de la guerre civile. Non pour déterrer les morts et réveiller les susceptibilités, ni même pour juger qui que ce soit, mais pour attirer l’attention sur le fait que la guerre civile libanaise, quels qu’aient été ses objectifs et ses dessous, a été destructrice, douloureuse, triste. Elle a d’ailleurs laissé des blessures dans le corps libanais qui n’ont toujours pas disparu.

Cela devrait être suffisant pour que les Libanais soient plus attachés à la paix civile lorsqu’ils se souviennent de cette expérience. Ils doivent être encore plus attachés à leur entente et ils doivent chercher à régler leurs conflits politiques et leurs susceptibilités partisanes, loin de la logique de la rue, du combat et de la confrontation, bref tout ce qui pourrait ramener le Liban à la guerre civile.

A cette époque, tous, les amis et les ennemis, se souviennent que la stratégie américaine a sérieusement évoqué la possibilité d’envoyer des bateaux dans les ports libanais pour transporter les chrétiens en Europe et considérer le Liban comme la patrie de rechange pour les Palestiniens, afin de liquider la cause palestinienne. Ce sont là les Américains que certains considèrent comme des amis. Ils étaient depuis longtemps en train de comploter contre les chrétiens et contre les musulmans.

Aujourd’hui, nous avons besoin de l’entente. En 2006, à quelques pas de Aïn el Remaneh, nous nous sommes rencontrés à l’église de Mar Mikhaël avec le président de la république, le général Michel Aoun, alors qu’il était le leader du CPL. La rencontre a eu lieu en présence des commandements du CPL et du Hezbollah et nous avons conclu un accord. Nous avons signé un document d’entente qui a permis de grandes réalisations pendant la guerre de juillet, ainsi que dans le cadre de la conférence de dialogue, pendant la guerre de juillet et après pour faire face aux échéances politiques, à la conférence de Doha et aux élections de 2009, jusqu’à la dernière élection présidentielle qui a permis l’arrivée du général Miche Aoun à la présidence de la République.

Mais plus important que toutes ces réalisations politiques, c’est la rencontre populaire et le contact populaire et social qui a suivi ce document d’entente. C’est ce climat populaire qui a favorisé le soutien populaire à la résistance pendant la guerre de juillet et au-delà et qui a resserré les liens entre les gens. C’est cela le plus important et que le président de la République appelle la paix interne, la paix intérieure et psychologique. Il faut les préserver. Ils sont plus précieux que les rivalités politiques.

Vous le savez aussi, chers frères et sœurs, ce document d’entente a aussi jeté la base d’un principe qui a longtemps été appliqué, celui de « l’allié de l’allié », selon les termes utilisés dans la presse libanaise, en dépit d’un manque de chimie, comme on dit, dans certains cas. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de ce principe de la rencontre entre les Libanais. Il ne s’agit pas d’un besoin propre à un parti, un mouvement, un courant ou un groupe précis. Il s’agit d’un besoin national. Nous avons besoin que les groupes politiques se retrouvent surtout ceux qui ont une même vision stratégique. Il n’y a pas de conflit stratégique entre le Hezbollah, le CPL et le mouvement Amal, ni entre le Parti démocratique et d’autres forces politiques qui sont présentes dans ce grand groupe qui s’appelle le 8 Mars. Après les élections, nous devons tous ensemble œuvrer à trouver une solution à cette rivalité politique entre Amal et le CPL et entre le Courant des Maradas et le CPL.  

L’intérêt national et stratégique exige une entente et un contact entre les gens. Je le dis à tous, il y a au Liban des forces politiques réelles ayant un poids certain qu’il ne faut pas négliger. Nous autres, nous songeons à dialoguer et à nous retrouver avec nos adversaires et avec ceux avec lesquels nous avons des divergences stratégiques, pour tenter de nous entendre dans l’intérêt du pays, comment dans ce cas pourrions-nous ne pas dialoguer avec ceux qui ont la même vision stratégique que nous ?

De cette expérience à Baabda, de cette expérience entre le Hezbollah et le CPL et avec d’autres parties politiques, il est clair qu’une entente ne signifie nullement que nous sommes devenus un seul parti. Cela doit être compris. Nous ne sommes pas un même parti et nous ne nous entendons pas sur tous les points, nous ne prenons pas une décision unique sur tous les dossiers. Ce n’est pas cela l’entente. Entre le Hezbollah et le CPL, il y a une entente sur les questions stratégiques et sur des principes de base qui concernent la situation libanaise, mais il existe de nombreux dossiers politiques, au sujet des desquels nous pouvons nous entendre ou nous pouvons avoir des divergences. Par exemple, l’accord électoral à Baabda et à Beyrouth 2, est dans le fond, un souci de préserver l’entente politique bien plus qu’une entente électorale. Vous entendez certaines machines électorales dire par exemple qu’à Baabda, il est dans l’intérêt du CPL, du Hezbollah et d’Amal de former des listes séparées, mais nous avons tenu à former une même liste à Baabda, indépendamment des intérêts électoraux pour confirmer notre intérêt politique commun. Nous nous sommes séparés dans certaines circonscriptions pour des raisons électorales et nous avons vu les réactions et les commentaires sur le sort de l’entente entre le CPL et le Hezbollah. Cette entente a tenu bon pendant 12 ans, sachant qu’au Liban, de nombreuses ententes politiques se sont avérées éphémères et les alliances ont changé subitement. L’indice de la solidité de l’entente entre le CPL et le Hezbollah est qu’il a tenu bon pendant toutes ces années, en dépit des divergences sur certains dossiers et des différences sur le plan électoral. Nous devons donc nous habituer à la solidité de cette entente qui ne signifie pas pour autant que le CPL et le Hezbollah sont devenus un seul parti. Lorsque nous avons des divergences, elles ne remettent pas en cause cette entente.

Je voudrais insister sur ce point : aujourd’hui, nous devons être plus soucieux que jamais de la coopération entre les forces politiques. Aujourd’hui, tout le monde parle de la lutte contre la corruption. C’est très bien. La plupart des programmes électoraux portent sur la lutte contre la corruption, sur les réformes administratives et financières, sur l’édification de l’Etat, sur la création d’emplois etc. C’est excellent, mais cela exige une coopération réelle entre les forces politiques et les blocs parlementaires après les élections. A partir de Baabda et en ce 13 avril, je voudrais demander aux Libanais de ne pas écouter ni accorder la moindre importance à ceux qui veulent les mener vers un projet de guerre civile. Que personne ne m’accuse de vouloir peur aux gens. Ce projet existe. Il a été soulevé en 2006 et il revient régulièrement à l’ordre du jour, dans plusieurs occasions. Pour ne pas être trop long, j’évoquerai un cas qui a eu lieu il y a quelques mois à travers ce que j’appellerai «  la tentative sabhaniste » ( en référence à Sabhane). Aujourd’hui on sait qu’une partie de ce que préparait Sabhane en retenant le Premier ministre à Riyad était le déclenchement d’une guerre civile au Liban. Certains étaient prêts à se lancer dans ce projet. C’est pourquoi nous devons rester vigilants.

La guerre civile est un projet perdant pour le Liban, indépendamment des rapports de force militaires. Ce serait le pire des crimes que d’entraîner le pays vers une guerre civile. Il y a quelques années, lorsque la guerre a éclaté en Syrie, beaucoup de gens avaient intérêt à ce que cette guerre s’étende au Liban et que les Libanais s’affrontent.

Nous sommes et nous restons la force militaire la plus importante. Je dis cela dans un souci de décrire la réalité. Nous aurions pu utiliser cela dans la guerre des axes qui se déroule dans la région, en Irak, en Syrie, au Yémen, à Bahrein et en Afghanistan en disant que le Liban doit aussi en faire partie. Nous ne l’avons pas fait. Lorsque nous avons décidé de participer à la guerre en Syrie, j’avais déclaré :  Au Liban, certains appuient ce camp et d’autres, le camp adverse. Si nous voulons participer à cette bataille, allons le faire en Syrie. Certains ont commenté positivement cette phrase et d’autres l’ont critiquée. Mais la pensée profonde qui était derrière ces propos était le refus d’une guerre civile au Liban. Nous voulons la paix au Liban et donc isoler ce pays des guerres qui se déroulent dans la région. Malgré cela,  certaines parties voulaient pousser le Liban dans ces sens. Ce sont ceux qui ont amené les groupes armés vers la chaîne de montagne de l’Anti-Liban. Ils les ont appuyés et les ont installés le long de la frontière de Kousseyr à Hermel. Ces groupes ont envoyé des voitures piégées qui ont explosé dans la banlieue sud, à Bir Hassan, à Beyrouth, au Hermel, à Nbai Osman…Ceux-là poussaient le Liban vers la guerre civile. Leurs aveux et les interrogatoires menés avec eux le montrent.  Ils essayaient par leurs actes de provoquer des réactions violentes. Je me souviens ainsi qu’après la première explosion d’une voiture piégée dans la banlieue sud, beaucoup de Libanais ont craint une réaction de la part de la banlieue sud qui enverrait à son tour une voiture piégée pour se venger. Il y avait des parties qui oeuvraient pour le déclenchement d’une guerre civile à travers les attentats suicides. Elles voulaient aussi déclencher un conflit libano-palestinien, toujours par le biais des attaques suicides. Ne pouvaient-elles pas envoyer un Yéménite, un Irakien ou un saoudien pour exécuter ces attaques ? Pourquoi était-ce toujours des palestiniens qui exécutaient les attaques suicides dans la banlieue sud ?

Nous au Liban, nous ne voulons donc pas d’une guerre civile. Mais à l’étranger, ceux qui ont planifié la destruction de l’Irak, de la Syrie et du Yémen ( cela continue d’ailleurs) continuent de planifier une nouvelle guerre civile au Liban. Cela exige de notre part une position ferme et décisive. Ce sont notre entente et notre éveil  qui mettront en échec ce projet et qui ont réussi à le faire jusqu’à présent. Après sa résistance historique pendant la guerre de juillet 2006, la banlieue sud et ses habitants ont écrit une nouvelle épopée de patience, d’éveil, de vision claire des priorités et de la stratégie en se gardant de faire la moindre réaction, en faisant preuve de retenue et d’engagement religieux, moral et national, humain et politique. Les habitants de la banlieue sud ont enterré leurs martyrs et reconstruit leurs maisons et leurs rues sans la moindre volonté de vengeance, en considérant que la réponse à ces attaques est ailleurs. Nous avons besoin d’une telle attitude, d’une telle visibilité et notre alliance à Baabda renforce cela.

Permettez-moi d’aborder maintenant la situation régionale.

La région traverse actuellement une situation d’angoisse. C’est le cas des commandements, des dirigeants et de la population, des élites et même de ceux qui d’habitude ne se soucient pas beaucoup des développements politiques. Cette situation incertaine et inquiétante est due à certains développements en Syrie.

La semaine dernière, il y a donc eu deux développements importants.

Le premier est l’agression israélienne lâche et claire contre la base militaire T4 dans la province de Homs. Cette agression a visé des forces iraniennes présentes sur place. Des membres des Gardiens de la Révolution. L’agression qui a utilisé un grand nombre de missiles a abouti à la mort de 7 officiers et soldats qui sont tombés en martyrs. L’agression a aussi fait un certain nombre de blessés. C’est un développement nouveau et important.

Dans cette agression, il y avait donc une volonté réelle préméditée de tuer. Il y a eu des attaques israéliennes précédemment, mais les Israéliens disaient pour les justifier qu’ils ignoraient qu’il y avait parmi les personnes visées des Iraniens. Cela a été le cas lors de l’attaque de Quneïtra. C’est donc la première fois que les Israéliens visent directement et sciemment des membres des Gardiens de la Révolution iraniens présents en Syrie depuis sept ans. Les responsables iraniens décideront de leur réaction. Ils le diront et je ne suis pas dans la position de celui qui veut s’exprimer à leur place. Je ne suis pas non plus leur porte-parole. Mais en tant que Hezbollah, présent dans la région et concerné par ce qui s’y passe, je voudrais dire aux Israéliens ce qui suit :

D’abord, vos mensonges ne convainquent personne. Le ministre de la guerre israélien Avigdor Lieberman a déclaré qu’il ne savait  pas qui a bombardé la base de T 4, mais les américains ont dit que c’était les Israéliens. Le Liban aussi le sait. Les Russes aussi ont fait des déclarations dans ce sens, mais le ministre israélien ignore l’identité des attaquants…

En tout cas je voudrais dire aux Israéliens qu’avec ce bombardement prémédité, ils ont commis une faute grave historique. J’ai choisi soigneusement mes mots. Ils ont commis une bêtise car ils sont entrés dans une confrontation directe avec l’Iran avec la République islamique d’Iran. L’Iran, messieurs les sionistes, n’est pas un petit Etat, ni faible, ni lâche. Vous le savez.

Je voudrais encore dire que ce développement constituera un tournant dans la situation régionale. Il ne peut pas passer inaperçu comme c’est le cas de beaucoup d’attaques. Il s’agit d’un tournant historique. Les Israéliens sont désormais en confrontation directe avec la République islamique d’Iran. A mon avis, ils ont fait une fausse estimation de la situation en lançant cette attaque. Je leur conseille de ne pas faire la même faute d’estimation pour l’avenir. Je n’en dirais pas plus. Point au début de la ligne…

Il faut en tout cas rendre hommage aux Iraniens qui écrivent aussi leur solidarité dans le sang, à travers le martyre. Les Israéliens disent qu’ils ne supportent pas la présence iranienne en Syrie car elle représente, selon eux, une menace existentielle pour eux et les Iraniens tombent en martyrs. Certes, il n’y a pas un grand nombre d’Iraniens en Syrie, mais même ce petit nombre, les Israéliens le considèrent comme une menace existentielle, alors que des dizaines de milliers de combattants de Daech et de Nosra, qui possèdent une grande variété d’armes et de missiles, à Quneïtra, à Deraa et dans la région frontalière du Golan syrien occupé ne leur font pas peur. Non seulement, ces combattants aux multiples allégeances islamiques ne leur font pas peur et ils ne les considèrent pas comme une menace stratégique, mais au contraire, ils les aident, les soutiennent, leur donnent des informations et soignent leurs blessés. Ceux-là que vous appelez les rebelles ou les révolutionnaires syriens sont considérés par les Israéliens comme des alliés, des amis alors qu’ils sont des dizaines de milliers. Par contre, le petit nombre de Gardiens de la Révolution en Syrie est considéré par les Israéliens comme une menace stratégique. C’est donc à mettre à l’actif des Iraniens pour pouvoir mesurer qui sont réellement les ennemis et qui sont les amis, qui sont ceux qui défendent la cause palestinienne et font face au projet sioniste et qui sont ceux qui travaillent sous la table et au-dessus avec l’entité israélienne et avec le projet sioniste.

Le second développement, ce sont les menaces de Trump.

Vous savez tous comment s’est passée la mascarade de Douma. Vous savez que la Ghouta orientale était pratiquement libérée et qu’il y avait des négociations à Douma pour l’achever au plus tôt. Et c’est justement à ce moment que s’est déroulée la comédie des armes chimiques. Nous condamnons tous l’utilisation d’armes chimiques dans toutes les batailles et nous considérons une telle utilisation comme un crime contre l’humanité. Il n’y a pas de débat sur cette question. Mais je peux vous assurer, en tout cas à vous, nos partisans parce que nous sommes concernés par cette bataille, que ce qui a été dit sur Douma est un tissu de mensonge. Il n’y a pas eu d’utilisation d’armes chimiques. Ce sont en tout cas les informations que nous possédons et nous en sommes sûrs. D’ailleurs, il n’y a aucune logique à prétendre que le régime a utilisé des armes chimiques à Douma. Le vaincu, celui qui est en difficulté pourrait utiliser l’arme chimique. Mais pourquoi le vainqueur le ferait ? A Douma, la bataille était pratiquement terminée, les combattants étaient en train de se rendre. Il n’y avait plus que quelques détails en suspens pour aboutir à un accord d’évacuation. Notamment au sujet des otages, des armes lourdes, ce genre de détails. Mais l’affaire était terminée. Il n’y a donc aucune logique pour dire que le régime a utilisé des armes chimiques. Il n’y a non plus aucun indice concret, aucune preuve. Il s’agit donc d’une mascarade. D’ailleurs, il y a quelques semaines, il se disait qu’ils préparent quelque chose, comme à chaque importante victoire en Syrie.

Donc Trump a utilisé cette mascarade et il a commencé à publier des tweets pleins de menaces et de colère, annonçant son intention de faire payer cher le prix de l’utilisation de l’arme chimique.

Nous sommes donc face à un nouvel épisode de l’arrogance américaine. Les américains se sont instaurés enquêteurs sans mener d’enquête, procureurs et juges. Ils sont aussi ceux qui exécutent les jugements. Trump n’a même pas laissé de temps à quiconque avant d’annoncer son verdict et son intention d’agir. Il n’a pas attendu ni L’agence internationale pour les armes chimiques, ni le Conseil de sécurité. Il a regardé la télévision et a jugé cela suffisant pour annoncer de violentes représailles. Si l’on ne veut pas considérer cela comme un complot, au moins il s’agit de la concrétisation de l’arrogance américaine et du mépris américain de l’opinion publique internationale. Les Américains veulent imposer leur opinion et se présenter au monde comme les seuls décideurs, obligeant tous les autres acteurs à s’incliner devant leur décision.   

Le second point est le suivant : les peuples de la région ont le droit d’être inquiets, pas seulement au sujet de cet incident, mais surtout parce qu’il y a un homme comme Trump à la tête des Etats-Unis. Tout le monde doit être inquiet à cause de cela. Pourquoi ? Parce qu’à la tête de la force la plus importante du monde, il y a une administration qui n’est pas homogène, qui est en conflit et en rivalité interne, qui n’a pas une stratégie claire. Au cours d’une discussion avec mes frères, il y deux jours, un ami a dit une phrase qui m’a frappée. Il a dit : nous sommes en train de discuter de ce que feront les Américains, s’ils vont frapper ou non et quelle sera la dimension des frappes. Mais peut-être que les Américains eux-mêmes l’ignorent. Effectivement, l’administration américaine est divisée et elle n’a pas de stratégie définie. Chaque jour il y a soit une démission soit un renvoi au sein de cette administration. Il y a donc une confusion au niveau des centres de décision américains et une absence de vision…

Il y a donc aux Etats-Unis un président dont nul ne parvient à comprendre le mécanisme de réflexion. L’administration est une chose et Trump en est une autre. Comment réfléchi-til et prend-il les décisions ? Nul ne le sait. C’est un homme impulsif, qui a un caractère emporté, qui annonce ses positions sur Twitter. Autrement dit, il ne prend pas la peine de convoquer une réunion du Conseil national de sécurité ou même de consulter ses conseillers pour que le porte-parole de la Maison Blanche annonce les décisions. Non, il a son téléphone dans la poche, il le sort et fait des tweets. Qui peut contrôler Trump ou prévoir ses réactions ? Personne.

Il était par exemple en train de préparer la guerre contre la Corée du Nord. Il a préparé ses porte-avions et ses navires de guerre. Le monde entier retenait son souffle. Et puis, brusquement, tout cela s’est terminé. Il veut maintenant négocier avec la Corée du Nord. Il y a une semaine, il avait annoncé son intention de retirer ses troupes de Syrie, sans même en informer le Département d’Etat ou le ministère de la Défense. Ce retrait a une signification très importante stratégique, politique et sécuritaire, il touche le monde entier, mais nul n’en avait été informé. Il est comme cela, Trump, une semaine il veut se retirer de Syrie et la suivante il veut mener la guerre contre la Syrie ! Comment prend-il les décisions ? C’est un mystère !

Ensuite, c’est un homme qui a une mentalité de commerçant. Il ne pense qu’à l’argent, comment en faire et en prendre. Du temps de Obama, et même du temps de Georges W Bush, il y avait des mots-clés, comme la démocratie, la liberté, la paix dans le monde, mais depuis que Trump a été élu, tout cela a disparu. Même pendant sa campagne électorale, il n’était question que de milliards, d’emplois et de faire payer à ceux-là et à d’autres, à tous ceux qui ont de l’argent...Que doivent faire dans ce cas les peuples du monde ?

C’est donc un président qui a la mentalité du commerçant. C’était clair lors de sa visite en Arabie saoudite. De retour aux Etats-Unis, de quoi a-t-il parlé ? De politique ? Des relations dans la région ? De l’avenir de la région ? Non, il a simplement déclaré : nous sommes revenus avec des milliards et cela représente des dizaines de milliers d’emplois...

Il y a quelques jours, il a reçu le prince héritier d’Arabie à la Maison Blanche. Il a présenté des papiers disant : cela vaut 200 millions de dollars, cela un milliard etc. Un commerçant aurait eu honte de faire une telle déclaration ! Il voulait pousser l’émir à acheter ces armes exposées. Le tout valait à peu près 2,5 milliards de dollars et il lui a dit : ce n’est rien pour vous !

C’est cela la mentalité de Trump ! Le lendemain de son annonce sur le retrait de ses troupes de Syrie, il a tenu une conférence de presse, entouré de trois de ses conseillers. Il a dit, sans honte : Si l’Arabie veut que nous maintenions nos forces en Syrie, elle doit payer ! C’est quoi ce président ? Veut-il dire que les soldats américains sont des mercenaires ? On leur paye et ils se battent ? Si on ne les paye pas, ils s’en vont. Si vous prétendez être présents en Syrie pour la liberté et la démocratie, pour la paix et els droits de l’homme, pourquoi réclamer des fonds à l’Arabie ?

Trump se comporte comme si l’armée américaine est un groupe de mercenaires, pire que « Blackwater ». Si on lui paye, elle se bat à votre place.

Il s’agit donc d’un président commerçant, businessman, mais aussi un président qui en mauvaise posture sur le plan interne. Les affaires et les scandales l’encerclent. Il est poursuivi par les enquêtes et notamment par le procureur Muller. Une heure ou deux après avoir bombardé la Syrie, il a fait un tweet dans lequel il a attaqué Muller et son enquête.

Nous nous trouvons donc face à un président impulsif, businessman, en difficulté, et en plus, nous sommes devant une administration peu homogène, dépourvue d’une vision stratégique. Dans ces conditions, le monde n’a-t-il pas raison d’avoir peur ? Il y a une grande confusion et on ne comprend rien.

Sur la base de ces données, la question reste : que se passe-t-il en Syrie ?  Trump a dit que quelque chose pourrait se produire très bientôt ou peut-être pas. C’est lui qui le dit. Avec un tel président, pouvons-nous prévoir quelque chose ?  Je ne veux donc pas privilégier une hypothèse plutôt qu’une autre.

Au Liban, nous suivons ce qui se passe, mais nous ne pouvons pas faire de prédiction. Il pourrait apparaître à la télévision et déclarer que c’est fini, qu’il retire ses menaces et la vie reprendra son cours normal en Syrie. On peut aussi croire à une frappe limitée pour sauver la face et il peut encore aller vers une guerre totale. Tout est possible, avec un tel président.

Je compte toutefois développer deux points importants que l’administration américaine et les services  qui surveillent la région connaissent.

Le premier est que contrairement à ce qui se passe habituellement lorsque les Américains lancent des menaces, le monde a peur et tremble et se précipite pour négocier, cette fois, les menaces américaines ne font pas peur ni à la Syrie, ni à l’Iran, ni à la Russie, ni aux mouvements de résistance dans la région, ni aux peuples de la région. Je le dis, en ce jour du 13 avril, personne n’a peur. Que nul ne s’attende donc à ce que nous plions l’échine et fassions des concessions.

Il y a aujourd’hui, une force importante dans la région qui est basée sur les victoires, qui a mené de grandes batailles et a mis en échec des projets importants. Cette force possède les capacités, l’intelligence, le cerveau, la volonté et l’expansion populaire nécessaire pour faire face à toutes les tornades  du monde. Soyez confiants dans mes propos et nul ne doit donc avoir peur et aller vers la reddition. Que Trump menace autant qu’il veut et qu’il fasse ce qu’il veut.

Le second point est le suivant : Trump lance des menaces, mais les Etats-Unis ont accumulé ces derniers temps les échecs, voire les défaites. Rappellez-vous l’Irak, la Syrie, le Liban, l’incapacité à trancher au Yémen, l’Iran etc et avant cela, le Viet Nam, et au début des années 80, l’Irak, la Somalie et l’Afghanistan. Les Américains ont dans leur bilan, un grand nombre de défaites. Nous autres, nous allons vers encore plus de victoires. Ils viennent avec des ambitions et de l’argent, mais ils ont peur de verser leur sang ? Nous autres, nous marchons par dizaines de milliers vers le martyre pour que notre oumma conserve sa dignité, son honneur et ses idéaux.

Le plus important est que l’administration américaine sait que sa guerre dans la région ne sera pas contre les régimes et les armes. Elle sera surtout contre les populations de la région.

Dans les batailles menées contre les armées, Les Américains peuvent gagner ou perdre, mais contre les populations, ils ont toujours perdu. Nous ne devons pas oublier l’image des soldats américains qui se retirent tête basse, humiliés. Nous ne devons donc pas avoir peur.

Face à toute nouvelle étape, nous assumons entièrement nos responsabilités, avec sagesse, volonté, détermination et courage.

Chers frères et sœurs, j’ai été un peu long. Je reviens aux élections. Nous avons rendez-vous le 6 mai. Je compte sur votre participation massive, dans toutes les circonscriptions, à Beyrouth2, à Baabda. Je vous dis à partir de ma position religieuse et politique, allez voter et soyez présents en force.

Que le ton monte en période électorale, c’est normal, mais nous voulons une présence calme. Nous ne voulons pas d eproblème avec qui ce soit. Nous voulons des élections calmes, sûres, qui renforcent la paix civile. Chacun doit exprimer son opinion, comme il le souhaite. Je compte sur vous le 6 mai, par fidélité pour les martyrs. ET vous êtes des gens fidèles. Vous êtes fidèles à la promesse, à la victoire et au sang des martyrs, vous êtes fidèles à la résistance et à l’avenir de ce pays, à un peuple libre et fier et un Etat fort et souverain.

Nous vous attendons le 6 mai avec vos voix qui seront déposées dans toutes les urnes. Allez en paix.

Source : Les Relations médiatiques du Hezbollah, traduit par l'équipe du site

Comments

// 0.581895