L’ambassadeur Hreidi à Al-Ahednews: L’Égypte n’a pas assumé son rôle dans le règlement de la crise syrienne

En réponse à une question concernant les positions extérieures de l'Égypte suite à la révolution du 30 juin, M. Hreidi a affirmé que tous les pays ayant des relations géographiques, culturelles ou économiques avec l'Égypte, souhaitaient que ce pays jouisse de la stabilité et qu'il réussisse à établir la démocratie dans les plus proches délais.
«En effet, tous les pays considèrent l'Egypte comme un pays clé dans la région. De ce fait, le processus démocratique dans ce pays aura des retombées positives sur le Moyen Orient et le monde arabe. Mais si ce processus est entravé pour une raison ou une autre, ce fait aura des répercussions sur les pays du voisinage. D'ailleurs ce serait la raison de l'attachement de la majorité des pays à la réussite du Caire dans la consécration du régime démocratique et dans la réactivation de l'Économie et du Tourisme», a-t-il dit.
Concernant la politique étrangère du prochain président égyptien, le diplomate a estimé que la question était tributaire de l'identité du président et de son programme électoral.
«Seul le président décide des choix politiques dans les questions étrangères. Malheureusement, depuis la révolution de Janvier, nul leader révolutionnaire n'a existé en Égypte. On n'y trouve que ceux qui cherchent le leadership», a-t-il déploré.
En réponse à une question sur les relations turco-égyptiennes, M. Hreidi a noté en premier lieu que la crise n'avait pas éclaté avec la Turquie en tant qu'État et peuple, mais plutôt avec le premier ministre Recep Tayyep Erdogan.
«Lorsque l'Egypte a décidé d'expulser l'ambassadeur turc, la cause était les positions hostiles d'Erdogan contre le peuple égyptien. Le gouvernement turc a incité la communauté occidentale et le Conseil de Sécurité contre le gouvernement du Caire. Les responsables turcs œuvraient pour imposer des sanctions internationales contre l'Egypte. L'expulsion de l'ambassadeur a été une riposte à l'escalade turque contre notre pays, depuis le 30 juin et jusqu'à l'heure actuelle», a-t-il expliqué. Selon ses propos, malgré le retard dans la prise des mesures diplomatiques par les autorités égyptiennes, la Turquie a poursuivi ses politiques hostiles.
À propos du nombre des Égyptiens rentrés d'Afghanistan et de Pakistan suite à la révolution du 25 janvier, le diplomate a affirmé que cinq mille Égyptiens sont rentrés de ces deux pays après 2011.
«C'est notamment une des raisons derrière l'arrivée des islamistes au pouvoir. Pour notre part, nous ne nous opposons pas à tous les groupes islamistes, mais plutôt aux terroristes. Des groupes islamiques modérés existent au Caire. Cependant, ceux qui y sont retournés détenaient des identités étrangères et ont communiqué avec des éléments terroristes condamnés dans des affaires d'atteinte à la sécurité de la patrie et puis graciés par le président déchu. Ce serait peut-être une des raisons de la crise au Sinaï».
Prié de répondre à une question concernant les répercussions de la crise syrienne sur l'Égypte, M. Hreidi a rappelé que le régime de Morsi avait déclaré la guerre contre la Syrie. «Si le soulèvement du 30 juin n'avait eu lieu, l'Armée Syrienne Libre aurait été entrainée en Égypte », a-t-il révélé.
«J'avais toujours souhaité que notre pays ait un rôle effectif dans le règlement pacifique de la crise syrienne, similaire à celui de Abdel Nasser suite à la crise du septembre noir entre l'OLP et la Jordanie en 1970. C'est le devoir national de l'Égypte. Nous aurions pu épargner au peuple syrien et à la région beaucoup de destruction, de sang et d'exploitation de sa cause», a-t-il ajouté.
Sur un autre plan, le diplomate égyptien a estimé que le suivi de la crise du barrage Annahda par le ministère des AE était devenu plus rationnel, contrairement à la situation sous le pouvoir de Mohammad Morsi. «Le problème ne réside pas seulement dans la construction du barrage, mais aussi dans nos relations avec l'Afrique et les pays du bassin du Nil. Il faut se concerter avec tous les pays du voisinage. L'Éthiopie dispose du droit de bâtir le barrage, sans toutefois léser les autres. Le renforcement des relations de l'Égypte avec l'Afrique sur le plan économique, social et culturel est nécessaire, surtout que notre pays a beaucoup perdu pour avoir ignoré les relations avec son entourage africain».
Quant à la possibilité de l'annulation de l'accord de Camp David, M. Hreidi a affirmé que toute partie avait le droit de reconsidérer l'accord. Il s'est toutefois interrogé si le moment était propice pour le faire.
Selon lui, la question de l'accord a été exploitée par les Frères Musulmans, tout au long du mandat de Moubarak. «Mais lorsque la confrérie est arrivée au pouvoir, les Frères Musulmans n'ont rien fait. Les Israéliens même affirment que le mandat de Morsi leur était meilleur que celui de Moubarak».
Le diplomate a finalement expliqué que les évènements en cours dans le monde arabe surviennent dans le contexte du projet du grand Moyen Orient visant à instaurer «l'anarchie créative», dans le but d'éliminer les régimes arabes et de retracer les frontières pour qu'«Israël» soit en mesure de contrôler l'économie de la région sous le parrainage américain, par l'exploitation des ressources du Golfe et de la main d'œuvre dans le monde arabe.\
Source : Al-Ahednews
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