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Maltraitance des détenus à Bahreïn: il est urgent d’agir

Maltraitance des détenus à Bahreïn: il est urgent d’agir
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Par Middle East Eye

En tant que personnes privées de liberté, les détenus à Bahreïn sont vulnérables, car exposés plus volontiers aux violations des droits de l’homme par les autorités publiques. Par principe pourtant, un détenu conserve l’ensemble de ses droits fondamentaux et doit être traité de manière compatible avec le respect de la dignité humaine.

Or selon un rapport de Salam for Democracy and Human Rights, une ONG basée à Londres, les conditions de détention dans les prisons bahreïnies, et particulièrement la prison de Jau, se placent loin de cet idéal : manque d’hygiène et entretien déplorable des locaux, violation de la vie privée, accès inexistant à l’éducation, surpopulation carcérale, utilisation de l’isolement pour de longues périodes, etc. font partie du quotidien des détenus.

Des témoignages de personnes privées de liberté ont de fait permis d’établir une réelle volonté de la part des autorités de maltraiter les détenus. À titre d’exemple, ces derniers ne sont autorisés qu’à une heure d’exposition au soleil par jour, à l’entière discrétion des policiers, qui en font un instrument de maltraitance.

Des conditions de détention inhumaines

Durant les mois d’été, les prisonniers ne peuvent sortir qu’aux heures les plus chaudes, rendant la promenade insupportable. Durant les mois d’hiver, ils ne peuvent sortir que tôt le matin quand il fait froid, et qu’il n’y pas encore de soleil. Parfois même, cette heure de sortie est annulée sans raison apparente, empêchant les détenus de voir la lumière naturelle pendant plusieurs jours.

Par ailleurs, des témoins décrivent aussi que les repas ne sont pas délivrés à heure fixe et parfois même supprimés, ou délivrés en quantités insuffisantes pour nourrir tout le monde.

L’indignation que soulève cette situation est d’autant plus marquée lorsque l’on parle des prisonniers de conscience. Incarcérés à la suite de procédures ne respectant pas les garanties d’un procès équitable, et pour le seul crime d’avoir exercé leur liberté d’expression et d’opinion, les prisonniers de conscience sont l’illustration du régime répressif qu’est Bahreïn.

En prison, la violation de leurs droits continue, avec des conditions d’incarcération faisant office de punition.

Négligence médicale et maltraitance

La pandémie de COVID-19 est loin d’avoir amélioré la situation. Si la première vague de l’épidémie avait permis la libération de plusieurs prisonniers en mars 2020, aucun d’entre eux n’était un prisonnier d’opinion. Surtout, elle a fait la lumière sur une des formes les plus sévères de maltraitance détectées dans les prisons bahreïnies ces dernières années : la négligence médicale. Les détenus sont confrontés à un accès limité à des soins précaires, et le contexte sanitaire actuel a fait de cette privation un mauvais traitement récurrent.

Amnesty International note ainsi que les installations sanitaires sont insuffisantes : «Les prisonniers détenus dans la prison de Jau n’ont pas reçu de masques, de gants, ni de gel hydroalcoolique et n’étaient pas soumis à un dépistage régulier», et ce encore en juin 2021.

De plus, la situation a mis en évidence l’incapacité des autorités à contenir l’épidémie en prison, en raison d’un autre disfonctionnement : la surpopulation carcérale.

Selon Amnesty, les prisonniers sont détenus dans des cellules de 3 mètres sur 4,5 à plus de douze. Les gestes barrières et la distanciation sociale, qui comptent parmi les mesures clés pour freiner la propagation du virus, ne peuvent être appliqués dans les prisons surpeuplées, comme l’a rappelé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme (HCDH).

Malgré la réalité du terrain, le gouvernement bahreïni continue de nier la gravité des faits et ne communique pas de façon transparente sur le nombre de cas dans la prison de Jau. En juin 2021, le ministère de l’Intérieur bahreïni n’a admis que l’existence de trois cas de COVID-19, alors même que Salam DHR compte plus de 140 cas uniquement dans le bâtiment 10 de la prison centrale de Jau.

Au-delà d’une négligence médicale accrue, l’épidémie de COVID-19 est aussi utilisée comme une excuse par les autorités bahreïnies pour imposer encore plus de restrictions aux prisonniers, notamment restreindre les visites et les contacts avec leurs familles.

L’État responsable de la mort de deux prisonniers de conscience

L’incapacité et le manque de volonté des autorités bahreïnies en matière de protection des prisonniers contre le virus ont atteint le point de non-retour en 2021. Deux prisonniers, Abbas Hassan Ali Mal Allah, 50 ans, et Hussein Barakat, 48 ans, sont décédés des conséquences de l’inaction de l’État.

Abbas Hassan Ali Mal Allah est mort le 6 avril 2021. Prisonnier d’opinion et victime de torture lors de son arrestation, il est décédé en raison d’un retard dans la fourniture de soins médicaux. Il souffrait de problèmes de santé dont avait connaissance l’administration de la prison, avertie à plusieurs reprises par sa famille. Pourtant, rien n’a été fait pour qu’il soit soigné dans les plus bref délais.

Hussein Barakat est décédé le 9 juin 2021 de complications dues au COVID-19, après avoir été contaminé le 27 mai 2021. Il avait alerté à plusieurs reprises son épouse pour lui demander de l’aide, sentant la gravité de son état de santé. La prison a refusé de le transférer à l’hôpital, estimant qu’un passage à la clinique de la prison suffirait. Il a ensuite été renvoyé dans sa cellule, où il est resté cinq jours et où son état s’est considérablement détérioré. Finalement transféré à l’hôpital aux soins intensifs, il n’a pas survécu.

Hussein Barakat et Abbas Mal Allah sont des victimes de l’inaction et de la maltraitance médicale des autorités publiques. Ils sont également le reflet d’une culture d’impunité, où les agents de l’État et le gouvernement ne sont pas tenus de rendre des comptes pour ces violations.

La responsabilité de la communauté internationale

Malgré la volonté de Bahreïn de les dissimuler, ces conditions de détention sont dénoncées par les citoyens du pays, et notamment les familles des détenus, qui organisent des manifestations pacifiques violemment réprimées par les forces de l’ordre.

Ainsi, à la suite de la mort de Abbas Mal Allah en avril, 24 manifestants se sont vu remettre des citations à comparaître, et certains ont été forcés de signer une déclaration selon laquelle ils s’engageaient à ne pas exercer leur droit de manifestation pacifique. Certains ont été arrêtés, d’autres ont même été détenus.

Hussein Barakat est décédé le 9 juin 2021 de complications dues au COVID-19, après avoir été contaminé le 27 mai 2021. Il avait alerté à plusieurs reprises son épouse pour lui demander de l’aide, sentant la gravité de son état de santé. La prison a refusé de le transférer à l’hôpital, estimant qu’un passage à la clinique de la prison suffirait. Il a ensuite été renvoyé dans sa cellule, où il est resté cinq jours et où son état s’est considérablement détérioré. Finalement transféré à l’hôpital aux soins intensifs, il n’a pas survécu.

Hussein Barakat et Abbas Mal Allah sont des victimes de l’inaction et de la maltraitance médicale des autorités publiques. Ils sont également le reflet d’une culture d’impunité, où les agents de l’État et le gouvernement ne sont pas tenus de rendre des comptes pour ces violations.

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