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Après tant d’épreuves douloureuses, Buthaina al-Raimi enfin sur la tombe de sa famille

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Une photo a fait d’elle un symbole de la tragédie yéménite après le décès de ses parents et de ses cinq frères et sœurs dans une frappe aérienne saoudienne – mais ce n’était que le début des malheurs pour cette fillette yéménite, placée ensuite en résidence surveillée à Ryad.

Dans ses rêves, Buthaina al-Raimi continue d’entendre ses parents lui dire « nous t’aimons ». Le jour de l’an, la fillette âgée de 6 ans a pu leur rendre visite pour la première fois en plus d’un an – au cimetière de Sanaa, où ils ont été enterrés, ainsi que ses cinq frères et sœurs, après leur décès lors d’une frappe aérienne saoudienne.

Le périple de Buthaina avant de pouvoir enfin prier sur les tombes de sa famille a été long et difficile.

Peu de temps après qu’une photo de la fillette – le visage meurtri et tuméfié après avoir été sauvée des décombres de sa maison bombardée, ouvrant un de ses yeux avec ses petits doigts – est devenue virale en 2017, lui valant le surnom de « l’œil de l’humanité », Buthaina, son oncle Ali al-Raimi, sa tante et ses cousins se sont retrouvés en Arabie saoudite.

Cependant, selon Waleed al-Raimi, un autre oncle de Buthaina, « Buthaina n’était pas à Riyad pour y être soignée. Elle y était assignée à résidence et mon frère était en détention arbitraire ».

Le retour au Yémen des al-Raimi le mois dernier, après des négociations entre l’Arabie saoudite et Ansarullah, a marqué un nouveau chapitre dans la bataille des relations publiques qui reflète souvent la brutalité de la guerre.

Une photographie qui a résumé la guerre

Le 25 août 2017, un raid aérien de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a frappé un bâtiment dans la capitale yéménite, contrôlé par Ansarullah, tuant quatorze personnes lors de l’effondrement d’un immeuble voisin.

Buthaina a été sauvée des décombres, mais ses parents, Mohammed Mansour al-Raimi (29 ans) et Amal Mohammed Saad (27 ans), ses sœurs Aayah (8 ans), Bardees (6 ans), Raghad (2 ans), et ses frères Alaa (9 ans) et Ammar (4 ans), sont tous morts.

L’Arabie saoudite a reconnu être responsable de la frappe, la qualifiant d’« erreur technique ».

Environ un mois après que la photo de Buthaina, luttant pour ouvrir son œil, est devenue un symbole de la dévastation de la guerre au Yémen, elle et la famille de son oncle Ali ont été emmenés contre leur volonté en Arabie saoudite, a rapporté Ali.

Ce dernier raconte qu’un journaliste yéménite l’avait convaincu de participer à un projet visant soi-disant à documenter des crimes de guerre saoudiens au Yémen, mais l’a emmené avec Buthaina, son épouse Umm Moayad et leurs trois enfants – Moayad (12 ans), Maeen (11 ans) et Hadeel (7 ans) – dans le gouvernorat d’Aden, dans une zone sous le contrôle de la coalition saoudienne, le 24 septembre 2017.

Le journaliste yéménite accusé par la famille Raimi a refusé de répondre aux sollicitations de MEE.

 

Une fois à Aden, Ali et Buthaina ont rencontré un représentant du Centre du roi Salmane pour le secours et l’aide humanitaire, qui leur a présenté ses excuses au nom du gouvernement saoudien et leur a proposé de soigner les blessures de Buthaina à Riyad.

Ali a déclaré qu’il avait refusé de les laisser emmener sa nièce blessée en Arabie saoudite mais que lui, sa femme, ses enfants et Buthaina avaient été embarqués de force dans un avion le lendemain.

Les autorités saoudiennes n’ont pas répondu aux sollicitations de MEE concernant cet article.

Coincés en Arabie saoudite

À leur arrivée dans la capitale saoudienne, Ali et sa famille se sont retrouvés sans carte d’identité ni passeport yéménites, ceux-ci ayant été confisqués à Aden. En dépit des assurances de l’Arabie saoudite, Ali n’a pas pu inscrire Buthaina ni ses propres enfants à l’école.

Selon son oncle, Buthaina n’a passé qu’une semaine à l’hôpital King Fahd Medical City de Riyad avec sa tante Umm Moayad, avant d’être détenue pendant plusieurs mois avec Ali et sa famille dans un hôtel, puis d’être transférés en résidence surveillée.

Fin septembre 2017, quelques jours seulement après avoir été emmené de force en Arabie saoudite, Ali a publié sur Facebook une vidéo dans laquelle il déclarait qu’il ne souhaitait pas rester dans le royaume, appelant au retour de sa famille au Yémen.

Dans le même temps, a poursuivi Ali, l’un des oncles maternels de Buthaina, qui s’était rendu par avion en Arabie saoudite, cherchait à obtenir la tutelle légale de la petite fille. Ali et son frère Waleed, resté à Sanaa, pensent qu’il s’agissait d’un stratagème des autorités saoudiennes pour que Buthaina soit placé sous la tutelle de parents plus susceptibles de se conformer à la version saoudienne après la frappe aérienne qui a tué la famille de la fillette.

Quelques jours après son arrivée dans le royaume, Ali a déclaré que les autorités saoudiennes avaient fait pression sur lui pour qu’il rencontre le prince héritier Mohammed ben Salmane afin que l’héritier du trône saoudien puisse être photographié avec Buthaina. Toutefois, en arrivant à la cour de Djeddah, Tawfiq al-Rabiah, le ministre saoudien de la Santé, a annoncé que la rencontre avec le prince était annulée « jusqu’à ce que je sois psychologiquement prêt à m’y soumettre », a précisé Ali.

Waleed, l’oncle de Buthaina resté à Sanaa, a déclaré qu’il avait reçu des messages de menaces d’inconnus l’incitant à mettre fin à sa campagne pour la libération de sa famille à Riyad. Il a déclaré à MEE qu’il avait été enlevé le 5 janvier 2018 à Sanaa pendant cinq jours avant d’être conduit dans une zone de Hodeida après une tentative ratée de l’emmener en Arabie saoudite.

Jusqu’en juillet 2018, a indiqué Ali à MEE, les autorités saoudiennes ont continué à faire pression sur lui pour qu’il cesse de publier des vidéos sur ce qui était arrivé à la famille de Buthaina lors de la frappe aérienne et sur la situation actuelle de la famille en Arabie saoudite, mais aussi pour qu’il rencontre le gouvernement yéménite en exil à Riyad et confie Buthaina à son oncle maternel.

Ce mois-là, Ali s’est rendu à une rencontre avec le Comité spécial saoudien pour les affaires du Yémen – dont le président du comité Mohammed al-Qahtani et son adjoint Nasser al-Otaibi – et l’oncle maternel de Buthaina, mais n’est jamais revenu. Sa famille a désespérément demandé l’aide d’ONG pour le localiser, en vain.

Ali a déclaré à MEE qu’il avait été impliqué dans une bagarre lors de la réunion et qu’il avait été emmené à la prison d’al-Haair à Riyad, où il n’avait pas été autorisé à appeler sa famille pendant plusieurs mois, à l’exception d’un appel avec sa mère au Yémen.

Pendant ce temps, sa femme, ses enfants et Buthaina ont été assignés à résidence pendant trois mois de plus, a déclaré le fils d’Ali, Moayad.

« Je suis censé avoir terminé le CM1, mais je suis toujours en CE2 car je n’ai reçu aucune éducation à Riyad », a raconté le garçon à MEE.

« J’avais l’impression d’être en prison », a déclaré Buthaina à MEE au sujet de sa vie à Riyad, affirmant qu’elle souhaitait aller à l’école et jouer avec d’autres enfants, mais en avait été empêchée.

Buthaina et Moayad ont posté une vidéo sur Facebook en août, appelant à la libération d’Ali et à leur retour au Yémen. Dans la vidéo, les deux enfants citaient l’un des premiers califes de l’islam, Omar ibn al-Khattab : « Comment un homme pourrait-il asservir son prochain quand celui-ci est né libre ? »

Moayad a indiqué qu’ils avaient refusé d’ouvrir la porte de leur chambre d’hôtel à quiconque, même à l’oncle maternel de Buthaina. « Nous savions qu’ils venaient emmener Buthaina », a-t-il déclaré.

Une fois en résidence surveillée, la famille recevait de la nourriture et des produits de première nécessité par-dessus le mur entourant la cour de la maison, refusant de laisser entrer les gardes saoudiens ou leur oncle. Mais le 5 octobre, la maison a été prise d’assaut.

Coupés du monde

Ce jour-là, Moayad a raconté s’être rendu dans la cour pour prendre la nourriture qui avait été jetée à l’intérieur lorsque sept Saoudiennes, qui avaient vraisemblablement franchi le mur de la cour, l’ont saisi.

Les femmes, qui sont entrées dans la maison en premier, car il est tabou en Arabie saoudite de laisser entrer des hommes dans une maison en l’absence d’un homme, ont ensuite autorisé les forces saoudiennes de la direction générale des enquêtes à se rendre sur les lieux – ainsi qu’Otaibi, le directeur adjoint du Comité spécial saoudien pour les affaires du Yémen, et l’oncle de Buthaina.

Ils ont confisqué les téléphones portables des al-Raimi, les coupant ainsi de tout contact avec leur oncle Waleed à Sanaa, puis les ont ramenés dans un hôtel.

« Nous avons vécu à Riyad comme si nous étions seuls au monde, sans éducation, ni voisins », a décrit Moayad.

Waleed a déclaré avoir tenté sans succès de contacter des organisations de défense des droits de l’homme au sujet du sort de sa famille, estimant que le raid avait eu lieu à cause de la vidéo de Moayad et Buthaina en août.

Coupés du monde pendant deux mois à l’hôtel, les al-Raimi ont reçu un appel le 17 décembre : Ali allait être libéré et ils rentreraient au Yémen.

Retour au Yémen

Pendant que ses neveux et nièces croupissaient dans un hôtel saoudien, Waleed al-Raimi a finalement obtenu l’aide d’une organisation locale, qui l’a mis en contact avec un représentant d’Ansarullah chargé des échanges de prisonniers.

Au moment où les Houthis (Ansarullah) et les partisans de Hadi devaient se rencontrer pour des négociations de paix en Suède, le représentant houthi pour les prisonniers, Abdulqader al-Mortadha, a annoncé sur les réseaux sociaux le 13 décembre que Buthaina, Ali et sa famille figuraient sur la liste de Yéménites dont les Houthis exigeaient la libération par les autorités saoudiennes dans le cadre d’un accord d’échange de prisonniers.

« Nous suivions les vidéos postées par Buthaina exigeant leur libération », a déclaré Mortadha à MEE. « Mais aucune médiation n’ayant eu lieu entre nous et l’Arabie saoudite [avant les négociations en Suède], la demande de libération de Buthaina était au point mort. »

Alors que les accords conclus lors des négociations de décembre semblaient menacés par la persistance des tensions entre les parties belligérantes, Ali a été libéré de prison et envoyé directement à l’aéroport, où lui-même, Buthaina et le reste de leur famille ont pris l’avion pour le Yémen le 19 décembre, rentrant enfin à Sanaa le 20 décembre.

Pour Waleed, la libération des al-Raimi n’aurait pas eu lieu sans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre. Il a expliqué à MEE qu’il pensait que l’Arabie saoudite craignait que le cas de Buthaina n’attire davantage l’attention sur le pays en pleine crise d’image publique.

L’oncle a ensuite comparé une photo prise par le Centre du roi Salmane pour le secours et l’aide humanitaire en septembre 2017 – avant que la jeune fille et sa famille ne soient emmenées en Arabie saoudite – montrant Buthaina touchant le drapeau saoudien à celle montrant l’un des fils de Khashoggi serrant la main de Mohammed ben Salmane.

Enfin de retour au Yémen plus d’un an après son départ, Buthaina a pu se recueillir sur la tombe de sa famille, priant pour que justice soit faite et que soient punis ceux qui ont tué ses proches.

« Mon frère Ammar me manque », confie-t-elle, se rappelant ses jeux avec lui sur son vélo.

La jeune fille dit vouloir devenir médecin quand elle sera grande. En attendant, elle continue de vivre avec son oncle Ali et sa famille, avec qui elle a traversé tant d’épreuves. 

« Je la traite comme l’une de mes filles, cela ne fait aucun doute », a déclaré Ali.

Source : middleeasteye.net

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