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«Mohammed ben Salmane est le prochain Saddam Hussein»

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C’est le titre d’une tribune un peu provocatrice publiée dans la revue américaine «Foreign Policy», qui rappelle à la Maison-Blanche que choisir ses amis en fonction de leur relation à l’Iran peut se révéler catastrophique.

Il paraît que le prince saoudien Mohammed ben Salmane a été choqué des réactions très négatives qui ont suivi le meurtre par son gouvernement du journaliste éditorialiste au Washington Post Jamal Khashoggi, commence Foreign Policy. Lors d’un coup de téléphone à Jared Kushner, le gendre et conseiller du président Trump, sa fureur serait même devenue de la rage en évoquant son sentiment d’avoir été «trahi» par les Occidentaux.

«Ce n’est pas la première fois qu’un autocrate allié des Etats-Unis imagine pouvoir agir en quasi toute impunité en raison de son alignement avec les Etats-Unis contre l’Iran», écrivent Ryan Costello et Sina Toossi dans une tribune publiée par la revue diplomatique américaine, en revenant sur la similarité «frappante» entre l’accession fulgurante au pouvoir du prince et celle d’un ancien allié devenu ennemi juré des Etats-Unis, l’ex-président irakien Saddam Hussein.

La concentration de pouvoir entre les mains d’un jeune ambitieux imprévisible est aussi inquiétante aujourd’hui qu’elle l’était à l’époque, estiment les deux experts (dont il est précisé en fin d’article qu’ils sont affiliés au NIAC, le Conseil national irano-américain, groupement apolitique qui défend les intérêts des Irano-Américains). Or non seulement le soutien indéfectible de Washington à Saddam dans les années 1980 lui a permis de s’en prendre à son propre peuple et ses voisins, mais l’homme s’est aussi à la fin retourné contre les intérêts américains.

«Une victoire de l’Iran n’est pas acceptable»

Selon un ancien officiel du Conseil national de sécurité, Roger Morris, la relation des Etats-Unis avec Saddam remonte à 1963, quand sous John Kennedy la CIA préparait un coup d’Etat avec lui pour renverser le gouvernement du général Karim Kassem, qui cinq ans plus tôt avait détrôné la monarchie irakienne, pro-américaine.

Le lien s’est vraiment renforcé en 1982, quand Ronald Reagan retira Bagdad de la liste des pays soutiens du terrorisme, ouvrant la voie à la fourniture d’équipements militaires. Dix-sept mois après l’attaque de l’Iran par l’Irak, avide d’annexer le Khuzestan frontalier riche en pétrole, Reagan envoie Donald Rumsfeld négocier avec Saddam Hussein la normalisation de leurs relations, le partage d’informations stratégiques sur la conduite des opérations militaires, la fourniture de bombes à fragmentation et les éléments précurseurs à la fabrication d’armes chimiques et biologiques. Ce, alors que l’utilisation d’armes chimiques contre des cibles iraniennes militaires et civiles était déjà bien documentée.

L’affaire des Contras permit aux Iraniens d’obtenir des armes américaines. Mais l’équilibre était largement en faveur des Irakiens. Quand en 1988 les Etats-Unis eurent vent d’un projet d’offensive iranien, Ronald Reagan eut ces mots: «Une victoire de l’Iran n’est pas acceptable».

L’usage d’armes chimiques en pleine coopération américano-irakienne

Selon des documents déclassifiés de la CIA, poursuivent les experts invités par Foreign Policy, deux tiers des armes chimiques utilisées pendant la guerre l’ont été quand la coopération américano-irakienne battait son plein, y compris l’attaque chimique contre les Kurdes de la ville d’Halabja, qui fit 5000 morts.

Ironiquement, l’administration Bush prendrait prétexte de cette attaque en 2003 pour envahir l’Irak afin de détruire des «armes de destruction massive» – inexistantes… Quelques mois après l’attaque de Halabja, un mémo américain mentionnerait encore que la relation Etats-Unis - Irak était importante «pour nos objectifs politiques et économiques à long terme». «L’administration Trump fait écho à ce langage lorsqu’en dépit du meurtre de Khashoggi et du bain de sang au Yémen, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo proclame que l’Arabie saoudite est un allié stratégique important et que les Saoudiens sont de bons partenaires», note Foreign Policy.

L’épisode du Koweït

Pas étonnant en tout cas qu’à la veille de l’invasion du Koweït par l’Irak, Saddam se soit senti soutenu sans conditions par les Etats-Unis. Une semaine avant l’invasion du Koweït, l’ambassadrice américaine April Glaspie soulignait même lors d’une rencontre capitale avec Saddam Hussein (et au contenu révélé par les WikiLeaks) que sa mission était d’approfondir les relations des Américains avec les Irakiens. Quand Saddam souleva la question koweïtienne, menace incessante chez lui, April Glaspie déclara que «les Etats-Unis ne prenaient pas position sur des affaires arabes».

La question reste posée d’un feu vert que les Etats-Unis auraient alors inconsciemment donné à Saddam Hussein. «Les Etats-Unis eurent tort de soutenir Saddam Hussein simplement parce qu’il s’opposait à l’Iran, continue la tribune, et cette erreur les a poursuivis pour des décennies. Non seulement il a fallu 500 000 soldats pour déloger Saddam du Koweït, dont 382 sont morts, mais l’opération qui mena à la destitution de Saddam Hussein en 2003 déclencha l’essor de groupes terroristes comme l’Etat islamique, et en dernier ressort modifia «inextricablement» l’équilibre régional des pouvoirs en faveur de l’Iran – dont les alliés chiites ont pris le pouvoir à Bagdad via des élections démocratiques.»

MBS pourrait terroriser la région pour des décennies à venir, comme l’a fait Saddam

«Le soutien de l’administration Trump à Mohammed ben Salmane prend la même direction, même sa justification est la même – contrer l’Iran», écrivent les experts, impitoyables. Trump a accepté la purge contre les rivaux du prince et lui a donné carte blanche pour en finir avec les Houthis tout en massacrant les civils au Yémen, pour vassaliser le Qatar, pour déloger le premier ministre du Liban, et pour punir le Canada dans une affaire de droits de l’homme.

Le désir de «faire saigner» l’Iran ne doit pas une fois de plus l’emporter sur la menace grandissante dans la région: un prince saoudien hors de tout contrôle, ambitieux, qui a décimé le Yémen et assassiné un journaliste en vue pour consolider son pouvoir absolu. S’il arrive au trône sans subir les conséquences de son comportement inadmissible, il terrorisera la région pour des décennies à venir, comme l’a fait Saddam. Le monde va peut-être faire face à une menace encore plus grande que celle de Saddam. Non seulement le prince a fait savoir qu’il était prêt à recourir à la force contre ses voisins, mais le pétrole de son pays lui donne la possibilité de perturber l’économie globale (certes sans l’ampleur de l’embargo arabe sur le pétrole de 1973) et de menacer les profits des industriels de l’armement occidentaux, Riyad étant le troisième acheteur mondial derrière les Etats-Unis et la Chine.

Les experts du NIAC en sont convaincus: il est urgent que le gouvernement Trump avertisse clairement la famille royale saoudienne qu’il y aura des conséquences sévères à de telles transgressions, et qu’il annonce la fin de son soutien inconditionnel.

Source : Le Temps

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