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Les médias libanais se révoltent contre l’inquisition du TSL

Les médias libanais se révoltent contre l’inquisition du TSL
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Par Samer R. Zoughaib

Dans un sursaut de patriotisme, les représentants des médias écrits et audiovisuels libanais ont organisé, lundi, un rassemblement de solidarité avec les journalistes du quotidien Al-Akhbar, Ibrahim al-Amine, et de la chaine de télévision Al-Jadeed, Karma Khayat, accusés par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) d'outrage à la cour et d'entrave à la justice.

Une foule nombreuse composée de journalistes, d'hommes politiques, d'intellectuels ainsi queLes médias libanais se révoltent contre l’inquisition du TSL des représentants des ordres professionnels des médias et du Conseil national de l'audiovisuel (CNA) s'est donnée rendez-vous au siège de l'Ordre de la presse, à Beyrouth. Les intervenants se sont succédé à la tribune pour dénoncer les tentatives du TSL de museler les médias libanais et de porter atteinte à la souveraineté du pays. Le président de l'Ordre des journalistes, Elias Aoun, a appelé à une grève, le 6 mai, et à un arrêt de la diffusion des informations le 13, date de la comparution devant le TSL de Karma Khayat et d'Ibrahim al-Amine. Elias Aoun a appelé le ministre de la Justice, Achraf Rifi, et le Conseil supérieur de la magistrature à s'opposer aux poursuites engagées par le TSL contre les deux journalistes. 

Le président de l'Ordre de la presse, Mohammad Baalbaki, a quant à lui appelé le TSL à réexaminer sa décision. «La presse au Liban représente l'opinion publique par excellence et s'engage dans la protection de l'entité libanaise», a souligné M. Baalbaki. Selon lui, aucune instance étrangère ne peut poursuivre et convoquer un journaliste ou organe de presse libanais. «Ceci constitue une violation de la loi libanaise sur les médias», a-t-il estimé.

Le député Hassan Fadlallah, chef de la Commission parlementaire de l'Information et des Télécommunications, a, pour sa part, estimé que le TSL s'est transformé en outil d'obscurantisme contre la liberté de la presse et affirmé que la commission allait prendre des mesures.

Grand absent de ce rassemblement, le ministre de l'Information, Ramzi Jreij, qui a pourtant bâti sa carrière politique sur la «défense de la liberté d'expression». Mais visiblement, ce principe fonctionne à sens unique pour le ministre, qui a fait primer son affiliation politique (proche du 14-Mars) sur ses convictions mille fois exprimées, en adoptant une position ambigüe justifiant les mesures prises contre les deux journalistes libanais. Il les a même appelés à comparaitre devant le TSL, promettant de les «aider à prouver leur innocence». Ibrahim al-Amine a accusé le ministre de négliger ses devoirs et le gouvernement libanais de permettre au TSL de porter atteinte à la presse libanaise.

Réagissant aux mesures du TSL, Karma Khayat a rappelé que le rôle de ce tribunal consiste, en principe, à enquêter sur l'assassinat de Rafic Hariri. «A ma connaissance, je ne suis pas impliquée dans l'assassinat. Je ne suis pas non plus à la tête d'un gang. Les accusations du TSL constituent une grave atteinte pour le Liban et pour sa souveraineté», s'est-elle indigné.
M. al-Amine a estimé que la décision du TSL «vise à interdire aux médias de publier des informations qui ne sont pas diffusées par les services du tribunal». «Le TSL a déjà assez de problèmes avec l'acte d'accusation du procès initial, c'est-à-dire l'assassinat de Rafic Hariri, a-t-il ajouté. Pour couvrir son impuissance et son échec, il est en train d'ouvrir des dossiers secondaires.» Selon M. al-Amine, les accusations portées contre lui et contre Karma Khayat sont destinées à «intimider les médias». «Le TSL profite de la faiblesse des autorités libanaises pour exercer un abus contre les médias», a-t-il conclu.

Interdit d'informer

Mais de quoi donc sont accusés Karma Khayat et Ibrahim al-Amine? D'avoir, tout simplement,Les médias libanais se révoltent contre l’inquisition du TSL exercé leur métier, celui d'informer l'opinion publique, en diffusant des enquêtes braquant les projecteurs sur les irrégularités entachant le travail du TSL et la corruption minant cette instance, qui a déjà coûté des centaines de millions de dollars au contribuable libanais, qui la finance à raison de 49%.
Les deux journalistes sont accusés «d'avoir délibérément et sciemment entravé le cours de la justice en diffusant et en publiant des informations sur de prétendus témoins confidentiels».
Début avril 2013, une liste de 167 noms, avec leur photo, profession et même leur adresse, présentée comme les personnes appelées à témoigner dans le procès de l'assassinat de Rafic Hariri, avait été publiée par un groupe inconnu se faisant appeler «Journalistes pour la vérité». Ils avaient dit vouloir dénoncer la «corruption» au sein du TSL.
Touché au vif par ces révélations, le tribunal, censé rechercher la «vérité», a décidé de lancer une inquisition contre les médias libanais, dans une tentative de les museler, au lieu d'essayer d'identifier l'origine de ces fuites, qui se trouvent, forcément au sein même du TSL.
Ce tribunal n'a pas osé prendre la moindre mesure lorsque de grands médias occidentaux, comme la chaine publique canadienne CBC et l'hebdomadaire allemand Der Spiegel ont publié, en 2010 et 2011, les détails de l'acte d'accusation, avec à l'appui des témoignages «d'experts» et d'anciens collaborateurs du TSL ou des commissions d'enquête internationales.
De même que le TSL s'est jugé incompétent dans l'affaire des faux témoins, sur la base desquels les quatre généraux libanais ont été emprisonnés pendant près de quatre ans, sans preuve, avant d'être libérés en 2009.
Qu'un tribunal relevant des Nations unies, investi des pleins pouvoirs conformément au Chapitre VII, s'attaque à la presse libanaise, est un signe de faiblesse sans pareil. Incapable d'identifier et de juger les vrais assassins de Rafic Hariri, il a dévié de sa mission initiale pour se transformer en tribunal d'inquisition. Sauf si sa vraie mission consiste, en fait, à saper la liberté d'expression, l'un des principaux fondements du Liban.
Mais il ne réussira pas là où tous les autres ont échoué. 

Source : Al-Ahednews

 

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