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Abadi: Le rapprochement Iran-Arabie saoudite ne devrait plus trop tarder...

Abadi: Le rapprochement Iran-Arabie saoudite ne devrait plus trop tarder...
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Pour célébrer le 35e anniversaire de la révolution iranienne, l'ambassade d'Iran à Beyrouth a organisé une rencontre entre l'ambassadeur Ghadanfar Rokon Abadi et la presse. Une occasion pour les représentants des médias de se rendre à la chancellerie, après le double attentat terroriste qui l'a visée en novembre 2013.

Les lieux sont transformés en une véritable forteresse, mais l'accueil est courtois et la conversation facile. D'ailleurs, au moment où les journalistes commencent à poser leurs questions, les pourparlers de Genève 2 entre le régime syrien et la délégation de la Coalition reprennent. La discussion s'ouvre donc sur ce sujet, et l'ambassadeur Abadi répond qu'il ne faut rien attendre des négociations de Genève 2 car même s'il y a un accord, la délégation de l'opposition n'est pas en mesure de l'exécuter sur le terrain qu'elle ne contrôle pas. «C'est juste pour la photo», dit-il avant de poser en compagnie des journalistes libanais, précisant toutefois avec humour que les photos de Genève sontAbadi: Le rapprochement Iran-Arabie saoudite ne devrait plus trop tarder...
différentes de celles prises ici, qui, elles, consacrent «une conversation fructueuse, amicale et franche».

Les questions sont certes nombreuses, d'autant que l'ambassade a été ces derniers temps le théâtre de nouvelles rencontres entre les diplomates iraniens et l'ancien président de la République Amine Gemayel, le leader druze Walid Joumblatt et même l'ancien ministre de l'Intérieur et de la Défense Élias Murr. Ce qui permet à l'ambassadeur de préciser que son pays établit un dialogue avec toutes les parties libanaises et que les portes de l'ambassade sont ouvertes à tout le monde. «Nous considérons que le seul ennemi est l'entité israélienne car elle viole les droits des Palestiniens et elle est basée sur l'injustice. Mais nous n'avons pas de problèmes avec toutes les autres parties qui peuvent être nos alliés».

Le ton est ainsi donné, et c'est un discours d'ouverture que l'ambassadeur Ghadanfar Rokon Abadi tient tout au long de la rencontre, en dépit des tentatives des journalistes de le «coincer», notamment sur le sujet des relations avec l'Arabie saoudite.

Abadi commence donc par rappeler qu'en 35 ans d'existence, la République islamique d'Iran n'a pas changé ses principes. Elle continue de ne pas intervenir dans les affaires internes des autres pays et son souci est d'assurer la justice, dans le cadre de solutions politiques. C'était donc sa position depuis le début au sujet de la crise syrienne et elle avait même proposé un plan en six points qui prévoyait un cessez-le feu, une réconciliation nationale, un gouvernement de transition, une nouvelle Constitution, des élections présidentielle et législatives. À ce moment-là, ce plan n'avait pas été accepté. Plus tard, le secrétaire général des Nations unies a sollicité l'aide de l'Iran dans le dossier syrien, et la République islamique a répondu qu'elle était prête à faire de son mieux pour faciliter une solution politique. «En même temps, notre position était claire, déclare Abadi. Il faut cesser d'armer les factions de l'opposition, notamment les takfiristes, et cesser d'envoyer des combattants en Syrie».

Au passage, l'ambassadeur dénonce l'attitude des Américains qui ont poussé le secrétaire général de l'ONU à retirer l'invitation qu'il avait adressée à l'Iran et la façon dont on a voulu imposer à celle-ci d'accepter le communiqué de Genève 1, alors que l'Iran n'avait pas participé à cette réunion. «Nul n'a le droit de se comporter ainsi avec nous, ajoute Abadi. Malgré cela, nous avons déclaré notre appui au processus, même si nous ne sommes pas invités à y participer. Car pour nous, il s'agit d'une question de principes, non d'intérêts. Toute notre politique est décidée en fonction des principes sur lesquels est fondée la République islamique. Notre Constitution prévoit ainsi le soutien aux opprimés. Ni au Liban, ni en Syrie, ni ailleurs nous ne cherchons à imposer quoi que ce soit, car ce serait violer les principes de notre Constitution. Mais nous souhaitons aider...»

L'ambassadeur revient sur la période au cours de laquelle les Américains affirmaient qu'ils allaient frapper la Syrie. «Nous pensions qu'une telle décision aurait des répercussions négatives sur l'ensemble de la région et nul ne devait donc s'en réjouir. Heureusement, les frappes n'ont pas eu lieu...»

Abadi évoque aussi ce qu'il appelle «l'épopée démocratique en Iran, avec l'élection du président Rohani avec une participation de 72 % des électeurs».

Concernant l'Arabie saoudite (qui a constitué le sujet principal des questions), Abadi rappelle que son pays souhaite les meilleures relations avec le royaume saoudien, d'autant qu'elles auraient des conséquences positives pour l'ensemble de la région. C'est vrai que pour l'instant, les appels de l'Iran n'ont pas eu réellement des échos en Arabie, mais la République islamique ne désespère pas d'avoir un jour des réponses positives. Abadi croit d'ailleurs que ces réponses ne devraient plus trop tarder car il y a déjà des changements, et son pays appelle constamment à la sagesse et à l'adoption de positions rationnelles. «Bien entendu, ajoute-t-il, il faut aussi attendre la visite du président américain à Riyad...»

Abadi insiste sur le fait que l'Iran n'a pas fait de concessions sur ses principes, notamment sur le dossier nucléaire. Le langage est le même depuis le début. L'Iran a commencé par vouloir un enrichissement de l'uranium à 3,5 %. Il est monté à 20 %, et maintenant, l'accord porte sur 5 %, avec l'accord des pays dits du groupe 5 plus un. «Nous disons toujours la même chose, mais avant ils ne voulaient pas entendre ; aujourd'hui, ils nous écoutent», dit-il.

«Au sujet de la déclaration du ministre iranien des AE sur le fait que tous les combattants étrangers doivent se retirer de Syrie qui a été comprise comme une injonction au Hezbollah, l'ambassadeur répond qu'au contraire, l'idée du Dr Zarif était de se demander pourquoi on insiste sur la présence du Hezbollah, alors qu'on oublie les autres groupes armés qui, selon les rapports de l'ONU, seraient au nombre de 2 000. De plus, dit-il, la question est la suivante: si le Hezbollah retire ses combattants de Syrie, la crise dans ce pays sera-t-elle terminée?»

Mais est-il possible qu'un jour l'Iran lâche le président Assad ou le Hezbollah pour les besoins d'un grand compromis international? «C'est l'habitude des États-Unis, précise Abadi, de lâcher leurs alliés, pas celle de la République islamique. En 35 ans, où l'a-t-elle fait?»

Prié de dire pourquoi l'Iran tient autant au président Bachar el-Assad, Abadi répond qu'une fois de plus, il s'agit d'une question de principe. «Bachar el-Assad est un président élu et une grande partie de son peuple continue à l'appuyer. Lorsque Jeffrey Feltman est venu en Iran (en tant qu'émissaire de l'ONU), il a demandé aux responsables iraniens d'empêcher le président Assad de se présenter à l'élection présidentielle de 2014, et à la question iranienne de savoir pourquoi, il a répondu: parce que, selon nos études, s'il se présente, il sera élu. Comment peut-on dire qu'on est avec la démocratie et empêcher la population de choisir son président? Enfin, imaginons un peu la Syrie sans Bachar el-Assad. Dans le contexte actuel, ce serait une catastrophe...»

Interrogé sur le rapprochement entre l'Iran et la Turquie, Abadi précise qu'il est encore trop tôt pour parler d'un changement de la politique turque à l'égard du dossier syrien.

Aux accusations de «vouloir envenimer la discorde entre les sunnites et les chiites» dans la région, l'ambassadeur riposte en affirmant qu'il faut voir comment les musulmans sunnites sont traités en Iran, où ils ont des députés au Parlement et tous leurs droits. Et il ajoute: «Si nous voulions réellement convertir la région, et notamment le Golfe, au chiisme, comme on nous en accuse, pourquoi ne commencerions-nous pas par nos propres sunnites? Mais non, nous les respectons et nous les considérons comme des citoyens à part entière». Mais leur nombre n'est-il pas en train de baisser? «Il y a peut-être des conversions individuelles, mais la République islamique n'encourage pas cela et ne le cherche pas», répond Abadi.

Sur le sujet libanais, Abadi salue les efforts de tous les services libanais dans l'enquête sur l'attentat contre l'ambassade. Évoquant «les dîners» avec des figures libanaises de «l'autre bord», Abadi répète que l'Iran n'a rompu les liens avec aucune partie au Liban et considère que son seul ennemi est l'entité sioniste. Avec Joumblatt, le lien a été rétabli lorsqu'il a participé au dîner donné en l'honneur du ministre iranien des AE, et il a été alors convenu de poursuivre le dialogue. «D'ailleurs, je perçois une volonté d'entente de la part de toutes les parties. Et je suis optimiste sur la naissance prochaine d'un gouvernement...» Mais la chose qu'il ne comprend pas, c'est pourquoi tous les accords de coopération signés avec l'Iran ne sont pas appliqués...

Le mot de la fin reste un hommage à la révolution islamique, qui, «contrairement aux révolutions actuelles, n'a pas vieilli en 35 ans ni dévié de la ligne tracée, et continue d'offrir un modèle islamique rayonnant basé sur les principes»...

Source: OLJ

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