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Arabie Saoudite: la princesse Basma bent Saoud libérée après trois ans d’incarcération

Arabie Saoudite: la princesse Basma bent Saoud libérée après trois ans d’incarcération
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Par AlAhed avec AFP

La princesse Basma bent Saoud, cousine du très controversé prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), vient d’être libérée après trois ans passés dans une prison de très haute sécurité, sans inculpation.

La militante des droits humains de 57 ans est rentrée chez elle à Djeddah, jeudi, avec sa fille Suhoud al-Sharif, avec qui elle avait été arrêtée en 2019.

Dans un tweet en arabe, le premier depuis juillet 2019, la princesse a adressé «toute [sa] reconnaissance et [ses] remerciements à [son] père, le roi Salmane, et au prince héritier MBS».

«Elle semble épuisée mais est de bonne humeur et reconnaissante de retrouver ses fils en personne», a déclaré dimanche son conseiller juridique, Henri Estramant.

Le groupe de défense des droits de l’homme ALQST, basé à Londres, précise que les autorités ont toujours «refusé les soins médicaux dont elle avait besoin pour [sa] maladie potentielle mortelle» et qu’aucune charge n’avait jamais été retenue contre elle.

Une disparition inexpliquée

La plus jeune des filles du roi Saoud ben Abdelaziz, qui a régné sur l’Arabie Saoudite de 1953 à 1964, avait disparu dans de mystérieuses circonstances, début mars 2019.

Le jet privé de cette mère de cinq enfants, qui devait se rendre à Genève pour un traitement médical, n’a jamais quitté le royaume.

Des images de vidéosurveillance obtenues par le média espagnol ABC avaient révélé que huit hommes armés attendaient dans le hall de l’immeuble de la princesse, avant son arrestation.

Treize mois après sa disparition, son appel à l’aide lancé depuis la prison d’Al-Hair, près de Riyad, en avril 2020, avait éclairci cette affaire énigmatique: «J’ai été jetée en prison après avoir été enlevée sans explication avec une de mes filles», avait-elle écrit dans un tweet, très vite supprimé.

La princesse évoquait son état de santé «très critique» et appelait son oncle, le roi Salmane, et son cousin MBS à sa libération.

Mais les autorités saoudiennes ont toujours fait la sourde oreille. Aucun responsable n’a jamais commenté publiquement le cas de Basma bent Saoud.

«Rivalité personnelle avec MBS»

La mission saoudienne auprès des Nations unies à Genève a toutefois déclaré au groupe de travail sur les détentions arbitraires que la princesse Basma avait été «accusée d’infractions pénales impliquant une tentative de sortie illégale du royaume», et que sa fille avait été arrêtée pour «avoir agressé un agent alors qu’il exerçait ses fonctions».

Sa famille, qui rejette cette version, suggère de son côté que sa détention est liée à son rôle «en tant que critique virulente des abus dans notre pays de naissance», ou parce qu’elle «s’est renseignée sur la fortune gelée laissée [par] son père», affirme une pétition soumise à l’ONU, datée de mars 2020.

Contactée par Libération, l’organisation ALQST, qui a œuvré pour la libération de la princesse, précise que certaines arrestations, notamment de membres de la famille dirigeante, peuvent aussi «résulter d’une rivalité personnelle avec MBS».

Célèbre pour son franc-parler, cette femme d’affaires, ayant vécu dans plusieurs capitales européennes et aux Etats-Unis avant de revenir dans son pays d’origine en 2015, intervenait régulièrement dans des forums internationaux où elle appelait à de vastes réformes dans le royaume.

Elle souhaitait, entre autres, que l’Arabie Saoudite devienne une monarchie constitutionnelle – un changement fondamental par rapport à son statut de monarchie absolue –, et avait critiqué le traitement réservé aux femmes dans le pays.

D’autres membres de la famille royale en prison

La princesse Basma fait partie des nombreux militants, dissidents ou membres de la famille royale emprisonnés ou assignés en résidence depuis que le prince héritier, MBS, 36 ans, s’est imposé comme le nouveau maître du royaume saoudien, dès 2015.

Il avait notamment été accusé, dans un rapport de la CIA déclassifié en février, d’avoir «approuvé» le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018 dans le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul.

Trois ans plus tard, des dizaines de défenseurs des droits de l’homme et des militants continuent à purger de longues peines de prison pour avoir critiqué les autorités ou préconisé des réformes politiques dans le royaume.

Parmi eux, des membres de la famille royale comme l’ancien prince héritier Mohammed ben Nayef, démis de ses fonctions par le roi Salmane au profit de MBS, ou l’ancien responsable du Croissant-Rouge saoudien, Faisal ben Abdullah.

Tous deux ont été arrêtés au début de l’année 2020 et «détenus sans aucune base légale apparente», selon l’ONG Human Rights Watch.

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