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L'étude qui vient d’être publiée par le Jane’s Terrorism & Insurgency Centre est des plus instructives. Elle montre que «Daech», contrairement aux apparences, est de plus en plus meurtrier, et que 2016 a été son année la plus sanglante. Au micro d'Europe1, la chronique du rédacteur-en-chef international du JDD, François Clemenceau.

Chaque année, l’institut de recherches militaires et stratégiques Jane's publie un rapport des violences dans le monde. Son chapitre pour 2016 sur le terrorisme est très révélateur puisque c’est l’année des offensives sur l'«Etat islamique», que ce soit en Syrie sur Palmyre ou en Irak sur Mossoul.

D’abord, un chiffre pour mesurer l’importance du conflit irako-syrien : 45% des attaques menées dans le monde se sont concentrées sur les seuls fronts de l’Irak et de la Syrie. Et à l’échelle du monde, les seules attaques ou attentats menés par «Daech» ont causé la mort de 39% des victimes civiles de conflits, c’est-à-dire exactement 10.807 civils tués. Ce chiffre est minimal, il ne retient que les décès vérifiés.

90% des victimes de «Daech» sont des civils musulmans qui vivent en Irak, en Syrie ou en Turquie

Ce qui revient à dire, compte tenu des attentats qui ont ensanglanté la France, l’Allemagne ou les États-Unis et qui ont fait moins de 1.000 morts, que 90% des victimes de «Daech» sont des civils musulmans qui vivent en Irak, en Syrie ou en Turquie. Autrement dit, plus «Daech» recule sur le terrain, plus il se livre à des attentats à l'intérieur comme à l’extérieur des territoires qu’il défend. Notamment en Turquie, où le nombre d’attaques militaires et terroristes a plus que doublé par rapport à 2015.

Les auteurs du rapport estiment que «Daech» ne va pas disparaitre avec la perte des villes qu’il contrôlait depuis 2014. En fait, soit cette organisation s’éparpille en conservant des moyens mobiles qui lui permettent de continuer à semer la mort, soit l’«Etat islamique» est remplacé dans son activité terroriste par d’autres organisations comme s’il y a avait un vide à combler.

C’est le cas pour «Fatah al Sham», l’ancien «Front al Nosra» en Syrie affilié à «Al-Qaïda», et dont le nombre d’attaques a augmenté de 20% en 2016 en Syrie. Les experts de Jane’s estiment également que «Daech» est capable de se sanctuariser ailleurs. Malgré son échec en Libye, l’«Etat islamique» pourrait ainsi changer complètement de direction et établir un califat en Asie du Sud-Est, au Pakistan, en Afghanistan, en Inde ou au Bangladesh, autant de pays où des cellules sont déjà activées et opérationnelles.

La menace ne s'éradique pas, elle se déplace

Ce qui signifie que la menace ne s'éradique pas, elle se déplace. C’est encore trop tôt pour le dire, mais on voit bien comment «Al-Qaïda» s’est fait déloger d’Afghanistan en 2002 et qu'il a fallu ensuite attendre huit ans pour que son chef Oussama ben Laden soit tué en 2010 au Pakistan. Le «djihadisme» ne réagit pas comme un État qui capitule après une défaite.

Le fait que ce soit un acteur non-étatique, bien que «Daech» ait voulu s’implanter en tant que tel, lui permet d’être mobile, de recruter sur pratiquement tous les continents et de bâtir ce que le ministre français de la Défense appelle une force «militaro-terroriste». Lorsque sa composante militaire est défaite sur le terrain, l’autre composante terroriste continue de frapper de façon asymétrique. Cela ne veut pas dire qu’il est vain de la combattre, mais qu’on ne peut s’y opposer durablement qu’avec une forme de résilience morale au plus haut niveau.

Source : lejdd.fr

25-01-2017 | 15:08
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