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Quel est l’intérêt de l’Occident à provoquer le démembrement de l’Etat au Liban ?

Quel est l’intérêt de l’Occident à provoquer le démembrement de l’Etat au Liban ?
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Par Samer Zoughaib

Le blocus économique et financier non déclaré, imposé au Liban par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux depuis l’automne 2019, est à l’origine de la crise qui frappe le pays, une des pires de l’histoire depuis la moitié du XIXème siècle, selon la Banque mondiale.

L’ancien responsable au Département d’Etat américain, David Schenker, l’a explicitement reconnu lors d’une conférence donnée au Washington Institute il y a quelques semaines.

Avant lui, dès 2019, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, avait révélé que le déclic de la crise avait été les sanctions prises par le Trésor américain contre la Jammal Trust Bank, à l’été de la même année. Ces mesures contre cet établissement bancaire ont été perçues par les gros investisseurs et déposants au Liban comme un signal qui les a incités à retirer massivement leur argent des banques libanaises, provoquant une pénurie de dollars et entraînant la livre dans le tourbillon de la dépréciation qui ne cesse de s’aggraver.

La crise qui sévit depuis trois ans a plongé dans la pauvreté des millions de libanais et a détruit l’une des principales fonctions de l’Etat, celle de pourvoyeur de services de base.

A cause des pressions maximales des Etats-Unis et de leurs alliés, l’Etat libanais n’existe pratiquement plus. L’électricité, l’eau, l’enseignement, la santé, aucun secteur n’a été épargné.

Créer un fossé entre le peuple et la Résistance

Ces mesures punitives ont un but avoué : pousser les Libanais à se retourner contre le Hezbollah en lui faisant assumer la responsabilité de tous les malheurs qui frappent le Liban et ternir l’image de la Résistance qui a libéré la terre de l’occupant israélien pour saper le respect qu’elle a gagné auprès des peuples libanais et arabes et contrer l’attractivité qu’elle a chez les jeunes générations.

Comparé aux énormes moyens politiques, médiatiques et financiers déployés pour atteindre ce but, on peut dire que les résultats sont plutôt modestes. Les dernières élections législatives au Liban ont montré que le Hezbollah et ses alliés restaient populaires malgré les campagnes de dénigrement agressives dont ils sont victimes depuis des années.

La poursuite des pressions risque d’entraîner le démembrement de l’Etat libanais, ce qui, sur un plan stratégique, ne sert pas les intérêts de l’Occident pour les quatre raisons suivantes :

1- Une éventuelle disparition de la fonction sécuritaire de l’Etat conduira inéluctablement à la fin du contrôle des frontières terrestres et maritimes. Le côté libanais sans surveillance servira alors de point de départ pour une gigantesque vague migratoire vers l’Europe, qui se trouve à 220 kilomètres (L’île de Chypre). Le Liban sera un hub pour des millions de migrants qui ne rêvent que d’aller sur le vieux continent.

Une telle vague migratoire incontrôlée constitue un danger pour la sécurité des pays de l’Union européenne.

Déjà en 2015, lorsque le président turc Recep Tayyeb Erdogan avait initié une vague migratoire pour exercer un chantage contre les pays européens, le projet d’union en avait pris un sérieux coup : Brexit, montée des nationalismes, etc…

On imagine quelles seraient les conséquences d’un immense mouvement de migration non contrôlé.

2- Le désordre règnera aussi à la frontière méridionale aujourd’hui calme après les arrangements consécutifs à la guerre de 2006 qui a vu la consécration de la force dissuasive de la Résistance. L’armée libanaise et la Finul sont chargées de veiller à la mise en œuvre et au respect de ces arrangements par les protagonistes. Si le chaos s’installe à la frontière, la Finul ne sera plus en mesure d’accomplir sa mission qui nécessite une bonne entente avec les habitants du sud.

De plus, le désordre encouragera des groupes «anti-israéliens» à déployer leurs propres agendas. Cela n’est pas dans l’intérêt d’«Israël». L’Occident, qui place la sécurité de l’entité sioniste en tête de ses priorités, en est pleinement conscient. 

3- L’effondrement de la sécurité centralisée au Liban (Armée et Forces de sécurité intérieure) risque de transformer le Liban en pays-refuge pour les groupes terroristes.

L’Occident n’hésite pas à jouer la carte du terrorisme contre ses adversaires pour réaliser des objectifs tactiques. Mais si cette carte lui échappe, elle risque de se retourner contre lui, comme cela s’est produit avec l’Organisation extrémiste appelée «Etat islamique».

4- La disparition de la fonction sécuritaire de l’Etat poussera les chefs politiques libanais à mettre en place leur propre sécurité dans leurs zones d’influence respectives. Cela entraînera le pays dans une dynamique de guerre civile surtout que certaines personnalités n’attendent que ce moment.

Les élites pro-occidentales seront défaites

Une guerre civile serait une catastrophe pour le pays à long terme. Mais à court terme, le parti le plus fort, en l’occurrence le Hezbollah, est capable d’infliger une défaite aux alliés des Etats-Unis, comme cela s’est produit en mai 2008. Cette fois, il pourrait décider d’éradiquer les élites pro-occidentales, formées depuis des décennies pour infiltrer la société et promouvoir la politique, la culture et les intérêts de pays étrangers au Liban. Les Occidentaux pourraient voir un investissement de plusieurs siècles balayé en très peu de temps.

Washington et ses alliés sont peut-être conscients que le démembrement de l’Etat au Liban n’est pas dans leur intérêt. C’est pour cela qu’ils ont décidé de préserver la fonction sécuritaire de l’Etat après avoir détruit tous ses autres attributs.

Le soutien financier et logistique (Versement des salaires des militaires, rations alimentaires, armes et munitions) apporté à l’armée libanaise en est la preuve.

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