noscript

Please Wait...

Pour maintenir son hégémonie, l’Occident devient suicidaire

Pour maintenir son hégémonie, l’Occident devient suicidaire
folder_openAnalyses access_timedepuis 3 mois
starAJOUTER AUX FAVORIS

Par Samer Zoughaib

La pérennité de la «civilisation occidentale» dépend de la perpétuation de son hégémonie planétaire.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a assuré, plus d’une fois, que l’ère de l’hégémonie occidentale sur le monde touchait à sa fin.

Dans un discours de 73 minutes prononcé le 17 juin au Forum économique mondial de Saint-Pétersbourg, le dirigeant russe a affirmé que les élites occidentales vivent «dans un passé illusoire». «(Elles) refusent de voir l’évidence et s’accrochent obstinément aux ombres du passé. (Elles) semblent croire, par exemple, que la domination occidentale sur la politique et l’économie occidentales mondiales est une valeur immuable et éternelle. Rien n’est éternel».

«De nouveaux centres de pouvoir ont émergé, qui ont le droit de protéger leurs propres systèmes, modèles économiques et souveraineté (…). Ces changements véritablement révolutionnaires et tectoniques dans la géopolitique, l’économie mondiale, la technologie et l’ensemble du système des relations internationales sont fondamentaux, révolutionnaires et inexorables», a encore dit M. Poutine.

Dans une déclaration faite le 18 août, le chef du Kremlin est revenu à la charge, réaffirmant que «l’ère du monde unipolaire devient une chose du passé (…). Les changements géopolitiques historiques s’orientent vers une direction totalement différente».

Tony Blair prédit un monde bipolaire ou multipolaire

Les pronostics de Vladimir Poutine sont corroborés par Tony Blair. Dans sa conférence annuelle à la Fondation Ditchley, le 17 juillet, l’ultra-atlantiste ex-Premier ministre britannique a affirmé que la domination mondiale des États-Unis et de leurs alliés touchait à sa fin.

«Nous arrivons à la fin de la domination politique et économique occidentale. Le monde va être au moins bipolaire et peut-être multipolaire», s’est-il inquiété.

«C’est la première fois dans l’histoire moderne que l’Orient peut être sur un pied d’égalité avec l’Occident», a déploré l’ex-Premier ministre britannique, qui a été l’un des rares dirigeants occidentaux à soutenir sans réserve l’invasion de l’Irak par le président américain George Bush, en 2003.

Malgré ces prédictions qui se multiplient dans la bouche d’adversaires ou de partisans de l’ordre mondial actuel, les Etats-Unis et les pays occidentaux s’accrochent.

Dans leur confrontation avec la Russie, et derrière elle la Chine, ils semblent décidés à mener le monde au seuil d’une catastrophe, peut-être nucléaire, dans une tentative acharnée de contrer le cours de l’histoire.

La dangereux bras de fer militaire, politique et diplomatique autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia montre jusqu’où les Occidentaux sont prêts à aller. En incitant les Ukrainiens à bombarder la plus grande centrale nucléaire d’Europe dans l’espoir d’engranger des gains diplomatiques face à la Russie –en imposant à Moscou une gestion onusienne de cette infrastructure aujourd’hui contrôlée par l’armée russe-, ils prouvent que rien ne se dresse devant leurs tentatives de maintenir leur domination, pas même le risque d’un accident nucléaire qui, s’il se produisait, affecterait l’Europe toute entière et pas seulement la Russie.

Toute personne censée et sage sait qu’il suffit qu’un diplomate de l’ambassade des Etats-Unis à Kiev appelle le président Zelensky au téléphone pour faire cesser les bombardements ukrainiens contre Zaporijjia.

Une richesse bâtie sur le pillage

Cette attitude presque suicidaire s’explique par le fait que les élites occidentales sont convaincues que la prospérité, la stabilité et la cohésion des sociétés de leurs pays respectifs dépendent de la perpétuation de leur hégémonie sur le reste de la planète.    

Le degré de développement, le niveau de vie élevé et les marges de liberté observés dans les pays occidentaux après la Deuxième guerre mondiale ne sont pas le fruit d’une exception culturelle ou d’une supériorité intellectuelle de l’homme blanc. Elles sont dues à une meilleure répartition des richesses et à des acquis sociaux obtenus à travers le pillage des ressources des pays du sud.

Ce pillage systématique, qui dure maintenant depuis plusieurs siècles, à travers l’esclavage, le colonialisme et, aujourd’hui, la mondialisation, a permis une accumulation de richesses colossales chez des élites occidentales minoritaires, qui se sont résignées à en distribuer des miettes à leurs peuples pour obtenir une paix sociale nécessaire pour poursuivre le processus d’exploitation du reste de l’humanité.

Cette hégémonie, aujourd’hui dissimulée derrière de complexes mécanismes, a permis aux pays occidentaux de contrôler les flux énergétiques –et les prix des hydrocarbures-, les ressources minières, les métaux rares, les voies internationales du commerce, les marchés des biens de consommation, les investissements etc…

Les pays occidentaux ont ensuite progressivement construit un cadre juridique et imposé des principes qui leur ont servi d’outils pour asseoir et perpétuer leur hégémonie. Le libre commerce international (la globalisation), les droits de l’homme, la liberté d’expression font partie de ces instruments de domination, que les Occidentaux étaient les premiers à violer lorsqu’ils ne leur convenaient pas ou plus.

Le retour des Etats-Unis au protectionnisme (en contradiction totale avec la philosophie de la mondialisation), l’exception israélienne en matière des droits de l’homme, la violation du principe sacro-saint de la liberté d’expression (l’affaire Julian Assange), les interventions armées hors mandat des Nations unies (Yougoslavie-1999, Irak-2003, présence militaire américaine en Syrie), sont des preuves indiscutables que les lois édictées par l’Occident sont à géométrie variable.

Le journaliste et militant belge Michel Collon a dit en 2015 que «l’Occident est une civilisation de voleurs».

«Si l'Espagne et la France ont commencé à devenir riche au 17ème siècle, c'est parce qu'ils ont volé l'or et l'argent de l'Amérique Latine, en massacrant les indiens. Sans rien payer», a-t-il souligné avant d’ajouter : «Si la France, l'Angleterre et les Etats-Unis sont devenus si riches, c'est grâce à l'esclavage, c'est en volant des êtres humains à l'Afrique. Sans rien payer. Si la Belgique et la Hollande sont devenues si riches à partir du 19ème siècle, c'est en volant les matières premières de l'Afrique et de l'Asie. Sans rien payer. Depuis 5 siècles, nos grandes sociétés occidentales ont pillé les richesses du tiers monde. Sans rien payer».

La résistance à l’ordre mondial occidental s’organise

On comprend maintenant l’acharnement des élites occidentales à perpétuer leur hégémonie sur le reste du monde.

Sauf que certains pays refusent de se soumettre à cet ordre mondial injuste. Bien qu’affaiblie après le démembrement de l’Union soviétique, la Russie a secrètement reconstruit ses capacités militaires et la Chine a utilisé la mondialisation contre ses inventeurs pour devenir en quelques années la deuxième puissance économique de la planète. Malgré les sanctions occidentales qui durent sous des formes diverses depuis des décennies, l’Iran continue de résister.

Au lieu d’accepter les nouvelles réalités géopolitiques, les élites minoritaires dirigeantes en Occident sont prêtes à déclencher un conflit mondial pour préserver leur domination.

Et si cela ne suffit pas, elles feront payer à leurs propres populations leur refus de partager les richesses accumulées au fil des siècles. Les miettes distribuées se feront plus rares, les marges de liberté plus étroites et la prospérité ne sera plus qu’un vieux souvenir.

Tony Blair n’a-t-il pas constaté que «pour une grande partie de la population occidentale, le niveau de vie stagne».

Emmanuel Macron, fidèle gardien des élites dirigeantes atlantistes, n’a-t-il pas appelé les Français, vendredi 19 août, à «accepter de payer le prix de la liberté» ?

Comments

//