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Les armes américaines abandonnées en Afghanistan, en chiffres : les avions de chasse seront-ils utilisés par les talibans?

Les armes américaines abandonnées en Afghanistan, en chiffres : les avions de chasse seront-ils utilisés par les talibans?
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Par Ali Darbaj

Le nom des États-Unis a été lié à l’Afghanistan tout au long de 20 ans, durant lesquels le peuple afghan n’a point ressenti la sécurité, durant leur présence comme envahisseurs ou même après leur échec et leur retrait.

Comme s’il ne suffisait pas aux Afghans la malédiction des talibans, ayant tranformé leur vie en enfer insupportable, pour qu’ils soient plongés dans une nouvelle terreur, illustrée dans les armes américaines saisies par les talibans.

Le péril n’est pas limité à la superficie de l’Afghanistan, et s’est étendu vers d’autres pays, y compris les États-Unis. Les vidéos publiées sur les médias sociaux montrant les forces des talibans manipulant les armes et les tanks américains saisis à la suite du retrait américain, ont suscité les appréhensions de plusieurs politiciens américains et des pays du voisinage, principaux acteurs dans ce pays, à l’égard de la possibilité de l’arrivée de telles armes à des organisations terroristes telle que «Daech» et de leur utilisation contre les citoyens afghans, notamment les opposants au pouvoir du mouvement, les minorités et les autres ethnies.

Avant l'Afghanistan, le monde et les Américains ont été témoins de l'expérience de «Daech» avec les armes américaines, à la suite de l’invasion de Mossoul, de la saisie des armes américaines de l'armée irakienne à l'époque, et de leur utilisation dans les massacres contre des civils irakiens, en plus des menaces contre l’État irakien et ses voisins.

Si nous revenons des décennies en arrière, nous constatons que les craintes de la tombée des armes américaines aux mains des «groupes terroristes extrémistes», en particulier en Afghanistan, ne sont pas le résultat du moment de la prise de contrôle de l'Afghanistan par les talibans, mais remontent plutôt à l'histoire de l'intervention de Washington dans ce pays pour en expulser les Soviétiques.

Le 30 avril 1986, le sénateur démocrate américain Dennis DeConcini a écrit un article dans le «New York Times». Il mit en garde contre la menace des missiles sol-air (Stinger) de fabrication américaine. «Entre les mains d'un guérilla anti-américaine... un missile Stinger peut transformer un avion américain, en un enfer orange vif», a-t-il dit.

En effet, au milieu des années 80, la CIA a commencé à approvisionner les « Mujahidines » en missiles Stinger.

Les États-Unis ont estimé que les missiles Stinger - qui fonctionnent sur le principe du suivi thermique de leurs cibles - ont abattu environ 270 avions et hélicoptères soviétiques, ce qui en a fait l'une des armes les plus importantes dans la lutte pour expulser l'Union soviétique de l'Afghanistan.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les craintes des missiles (Stinger) restés en Afghanistan refait surface.

On estime que les terroristes pourraient acquérir des missiles Stinger pour attaquer des avions militaires et civils.

Depuis le début du mois d'août dernier, des préoccupations similaires ont été exprimées au sujet des armes que les États-Unis ont fournies à l'armée nationale afghane et à l'armée de l'air, au cours des deux dernières décennies.

Loin des spéculations et des interprétations, et pour déterminer la réalité et la qualité des armes que le Pentagone a fourni à l'armée afghane pendant les années de l’occupation américaine de l'Afghanistan - dont une grande partie est devenue en possession des «talibans» après le retrait - et le montant des dépenses financières américaines consacrées à l'armée américaine tout au long de la période de sa présence en Afghanistan, lisons les rapports des agences américaines officielles.

En chiffres, selon l'inspecteur général spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan (SIGAR), une agence américaine de surveillance, Washington a dépensé environ 83 milliards de dollars pour moderniser, former et équiper les forces de sécurité afghanes au cours des deux dernières décennies.

Voici les types d'armes que Washington a livrées à l'armée, au gouvernement et à la police afghans :

Premièrement, les armes aériennes : sur la base du rapport trimestriel de SIGAR soumis au Congrès américain en juillet 2021, l'armée de l'air afghane disposait d'un effectif total de 167 appareils utilisables, sur un inventaire total de 211 appareils. Avions actifs : 43 hélicoptères d'attaque légers MD-530, 33 hélicoptères de transport UH-60 Black Hawk et 23 avions d'attaque légers Super Tucano.

SIGAR a indiqué que l'armée de l'air afghane éliminait progressivement sa flotte de plus de 30 hélicoptères de transport Mi-17 d'origine russe, dans le cadre des efforts américains visant à limiter la propagation d'équipements d'origine russe dans ses rangs. Les États-Unis ont également poussé l'armée afghane à abandonner sa dépendance aux hélicoptères d'attaque russes Mi-24 Hind.

Deuxièmement, les armes à feu : dans un rapport de 2017, le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis a déclaré que de 2004 à 2016, les États-Unis ont fourni environ 600 000 armes terrestres aux forces de sécurité afghanes, dont près de 81 % étaient des fusils et des pistolets. Ces armes comprenaient également : 358 530 fusils M-16, M-4, AK-47 et Dragunov, 126.295 pistolets, 64.363 mitrailleuses et 25.327 lance-grenades.

Troisièmement – les Véhicules : De 2003 à 2016, les États-Unis ont fourni à l'armée afghane environ 76.000 véhicules terrestres. Parmi ceux-ci, la majorité - 42604 - étaient des «véhicules tactiques légers», principalement des camionnettes Ford. En outre, 22.174 Humvees ont été livrés, qui portent généralement une armure légère leur permettant de résister aux tirs d'«armes légères» telles que les fusils.

Parmi les véhicules les plus redoutables et les plus modernes que les États-Unis ont fournis à l'armée afghane figurent 928 véhicules MRAP, qui pèsent plus de 10 tonnes et peuvent transporter des troupes vers des zones de combat en toute sécurité.

Les États-Unis ont également fourni à l'Afghanistan un équipement de soutien composé de 16.000 lunettes de vision nocturne, en plus de dispositifs de communication sécurisés pour les troupes et les pilotes, pour communiquer avec les commandants et d'autres unités.

Quatrièmement, les drones : depuis 2015, les États-Unis ont fourni à l'Afghanistan au moins 105 drones ScanEagle, construits par une filiale de Boeing. Le ScanEagle est un petit avion bon marché, pesant environ 22 kg, et peut effectuer des missions de surveillance jusqu'à 24 heures. Selon Sigar, le programme ScanEagle en Afghanistan a coûté environ 174 millions de dollars.

Mais qu'en est-il de l'état actuel des armes américaines ?

La prise de contrôle par les talibans d'un grand nombre de ces systèmes d'armes est une vieille nouvelle. Mais la nouvelle question est de savoir quelle est leur efficacité à l’heure actuelle ?

Un rapport de SIGAR soumis au Congrès en juillet dernier a déclaré que «le niveau de disposition de l'armée de l'air afghane a diminué à la suite de l'offensive des talibans et du retrait du personnel militaire et sous-traitant américain, qui a aidé à former et à faire fonctionner le nouvel avion. Le taux de préparation de la flotte de Black Hawk a également diminué, passant de 77 %, au cours des mois d'avril et de mai derniers, à 39 %, en juin dernier».

De plus, des images satellites ont montré que plusieurs hélicoptères afghans et avions «Super Tucano» ont volé vers l'Ouzbékistan, les pilotes ayant fui le pays déchiré par la guerre de peur d'être exécutés par les talibans.

La première question qui se pose est la suivante : y aurait-t-il suffisamment de mécaniciens, d'ingénieurs, de pilotes et d'opérateurs pour redémarrer des véhicules et des avions dans une armée afghane dirigée par les «talibans» ? Prenons la réponse des responsables américains.

Alors que les États-Unis achevaient leur retrait d'Afghanistan, le commandant du commandement central, le général Kenneth McKenzie, a révélé que «les forces américaines ont désactivé des avions et des véhicules pour les rendre inutilisables». Il a ajouté que 73 avions à l'aéroport de Kaboul avaient été «démilitarisés» par les États-Unis, tandis que 70 véhicules MRAP étaient hors d'usage ainsi que 27 Humvees.

De plus, le manque de soutien des constructeurs américains risque de rendre de nombreux hélicoptères et avions inemployables, faute de pièces de rechange.

Pour clarifier le tableau concernant l'état de ces avions, et la possibilité pour les talibans de travailler à leur réparation et à leur réutilisation, il est nécessaire de présenter le témoignage d'un membre de l'US Air Force pendant l'occupation, l'ancien pilote dans l'armée américaine Bradley Bowman, qui avait été commandant d'un hélicoptère Black Hawk de l'US Air Force. Aujourd'hui il est le directeur principal du Center for Military and Political Power de la Foundation for Defence of Democracies.

Bowman, dans son témoignage, a remis en question la capacité des talibans à faire voler à nouveau les hélicoptères Black Hawk.

«Quelqu'un pourrait y entrer, et peut-être trouver des manuels d'utilisation et trouver comment démarrer le moteur, faire fonctionner les hélices, mais ils se mettraient probablement en grand danger en faisant cela», a-t-il expliqué. Cependant, Bowman a reconnu, «les talibans et Al Qaida essaieraient de garder la Flotte Noire. En conséquence, et après avoir pris connaissance de la quantité et de la qualité des armes américaines devenues entre les mains des talibans, notamment utilisables, il faut savoir si elles constituent une menace pour les autres pays.

Sur ce, il est nécessaire d’aborder l'explication de l'intention d'utilisation. La grande majorité des systèmes d'armes mentionnés ci-dessus étaient principalement destinés à des rôles de «contre-insurrection», plutôt qu'à des opérations de combat complètes contre d'autres nations.

Par exemple, l'avion le plus «avancé» de l'arsenal aérien afghan est le Super Tucano, un avion léger à hélices. Le Super Tucano est conçu pour la surveillance aérienne et a une capacité de frappe légère, car il est capable de lancer des bombes et des missiles. Le Super Tucano a été conçu à l'origine par Embraer du Brésil, mais a été construit sous licence aux États-Unis et n'est pas qualifié pour gérer les chasseurs supersoniques.

Cependant, cela n'exclut pas la possibilité, plus réaliste, que les talibans utilisent des véhicules (disponibles), des avions et de nouvelles armes à feu pour continuer à étendre leur contrôle dans tout le pays, car cette probabilité augmente à la lumière de l'évolution de la situation géopolitique dans la région.

Malgré les affirmations des chefs militaires, de nombreux responsables américains ont exprimé leur inquiétude quant au fait que les talibans pourraient remettre du matériel américain à la Chine. Mais cette possibilité est de peu d'importance pour les chefs militaires américains eux-mêmes, sur la base des faits suivants : des armes américaines qui ont été laissées en Afghanistan, Ils sont classés dans la catégorie des systèmes «low-tech», alors que la Chine s'est développée. Par exemple, l'hélicoptère de transport chinois Z-20, qui entre maintenant en service, serait un dérivé du Black Hawk que les États-Unis ont vendu à Pékin dans les années 1980.

De surcroit, on s'attend généralement à ce que la Chine, avec l'expulsion de Washington d'Afghanistan, devienne un donateur des talibans, laissant ouverte la possibilité que Pékin vende des armes à l'Afghanistan à l'avenir, notamment en fournissant des services et un soutien pour des équipements tels que le Mi -17, également exploité par l'armée chinoise.

Mais des groupes terroristes peuvent-ils profiter du nouvel arsenal «taliban» d'armes américaines en Afghanistan, et ainsi devenir une source de menace pour le reste du monde ?

En fait, il est possible que des groupes terroristes achètent certains types de ces armes, ce que même les experts chinois admettent. Dans ce contexte, le chercheur militaire chinois Zhou Zhenming a récemment déclaré au (South China Morning Post) de langue anglaise qu'«il y a des craintes que des armes américaines tombent aux mains des groupes islamiques extrémistes" opérant dans la province agitée du Xinjiang».

Parmi ces équipements, les lunettes de vision nocturne américaines, qui donnent un grand avantage aux groupes terroristes pour mener des embuscades, car ces équipements sont petits et faciles à passer en contrebande.

Quant aux dangers des «drones», la flotte de drones ScanEagle que l'armée américaine a laissée en Afghanistan n'était pas conçue pour transporter des armes, mais ils peuvent être un trésor pour des groupes qui les considèrent comme des drones «suicides». ScanEagle a déjà été «transformé» pour un tel rôle. Les États-Unis estiment que l'Iran est l'un des pays qui a bénéficié de cet avion transformé.

En 2014, l'Iran a dévoilé l’engin Raad, un dérivé des drones ScanEagle capturés par Téhéran. ScanEagle a plus d'endurance et de vitesse que les drones disponibles dans les marchés, qui ont été utilisés par certains groupes terroristes ces dernières années.

En fin de compte, seuls les civils seront les victimes de ces armes en Afghanistan et ailleurs, qu'elles soient aux mains des talibans ou d'autres groupes terroristes. Dans les guerres et les conflits, et même les cas de vengeance, de règlement de compte entre les États ou les groupes au pouvoir et leurs opposants, il n'y a pas de place pour la raison ou la sagesse, car le dernier mot est pour le mouvement de pression sur la gâchette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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