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Voici ce qui se passe en Arabie saoudite, mais ce qui est caché peut-être encore pire

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Par Zeinab Daher

Dans une interview accordée au site al-Ahed, l’homme religieux cheikh Hassan Saleh, un originaire d'Awamiya expatrié à Qom depuis 2015, la ville qui compte le plus grand centre de recherche islamique chiite au monde, a évoqué la situation dans laquelle vivent les familles des détenus et des martyrs en Arabie Saoudite, bien que de nombreuses mesures brutales n’aient toujours pas été révélées.

Après le massacre perpétré la semaine dernière par le régime saoudien qui a décapité, exécuté et crucifié 37 hommes, les accusant faussement d’avoir commis des «actes de terrorisme» au sein du royaume, cheikh Saleh a confié au site al-Ahed des informations dissimulées jusqu’à présent, espérant que ses paroles résonnent dans le monde entier, toujours silencieux face à ce qui se passe en Arabie Saoudite le royaume de la terreur.

Interrogé sur les familles des martyrs ayant subies cette tragédie, cheikh Saleh a déclaré qu'elles ont été forcées de signer des documents leur interdisant de réclamer les corps de leurs proches.

«Tout contact entre eux et les médias ou les médias sociaux au sujet de leur situation actuelle sera sanctionné par les autorités et leurs autres fils seront arrêtés. Plusieurs familles ont encore des fils détenus, qui attendent aussi la mort. Par exemple, la famille Al Rabie a perdu deux de ses fils martyrs et a encore un autre fils derrière les barreaux condamné à mort. Ces familles ont peur pour les autres membres de la famille également menacés. Ils ont également été interdits de tenir des cérémonies commémoratives. Certaines personnes ont été arrêtées pour avoir participé à des cérémonies commémoratives des martyrs précédents.»

Il a également expliqué qu'il était très difficile de connaître la vraie situation via les médias saoudiens.

«L'oppression des chiites se fait non pas par les sunnites mais par ceux qui suivent l'idéologie wahhabite. Il n’y a pas que les chiites qui sont opprimés par les wahhabites, les sunnites le sont également.»

«L'oppression que nous subissons par les Wahhabites est unique, aucun peuple du monde n’a subi ce que nous subissons».

 Trafic d'organes

«Lorsque le gouvernement remettait aux familles les corps de leurs martyrs, de nombreux signes de torture ont été vus. De nombreux martyrs ont subi des coups non mortels, malgré cela ils sont morts… À l'époque, lorsque les corps ont été rendus, de nombreux médecins ont indiqué que des organes avaient été prélevés des corps des martyrs».

Pour ceux qui ont été exécutés récemment, les corps n'ont pas été remis aux familles. Tous les chiites que le gouvernement tue, ne sont pas rendus à leurs familles. Ceci est une preuve sur le vol d'organes que subissent ces martyrs», a déclaré cheikh Saleh.

Relativement, beaucoup de martyrs étaient devenus, avant leur mort, handicapés en raison de la torture ; Said Skafi, Mujtaba Sweikat, Munir Adam… ainsi que le martyr cheikh Nimr al-Nimr. Le régime ne cherche même pas un «consentement forcé» pour prélever leurs organes.

 La torture jusqu'à la mort

Le martyr Saïd Skafi a beaucoup tremblé à la suite des tortures qu'il a subies les premiers jours de son arrestation. Il a continué à souffrir d'hémiplégie faciale pendant plus d'un an. Une fois qu’il a commencé à se rétablir, Saïd a commencé à souffrir d'hémorroïdes pour lesquelles il avait demandé à plusieurs reprises un traitement, ce qui lui avait toujours été refusé. En conséquence, la santé physique et psychologique de Saïd s’était détériorée, il a ensuite été anesthésié pendant environ trois jours à l’hôpital de la prison d’al-Dammam. Il a reçu sa dernière visite le 11 avril et a fait son dernier appel téléphonique le 16 avril, une semaine avant sa décapitation, sans rien savoir sur son sort.

L’enterrement des corps

«Le régime saoudien enterre les corps dans un endroit spécial réservé à ceux qu'il exécute. Les martyrs ne sont pas ensevelis conformément aux rituels religieux. De plus, ils n’y ont aucune pierre tombale indiquant l’identité du martyr. Pour les autorités saoudiennes le corps de tout individu exécuté n'a pas la sainteté ou valeur, et s’il est chiite c’est encore pire», a déclaré cheikh Saleh.

«Selon l'idéologie wahhabite, nous sommes des infidèles! Nous n’avons pas la sainteté quand nous sommes en vie, alors qu’en est-il après notre mort? L’affaire ne concerne pas seulement ces martyrs, nous avons une centaine de martyrs dont les corps n’ont pas encore été remis. Dans certaines familles, les corps de deux de leurs fils n'ont pas été rendus… La famille al-Faraj, par exemple, a perdu plus de 4 de ses fils. »

L'appel d'adieu

Comme chaque semaine, les martyrs ont appelé leurs familles le jour même de leur exécution. Ils ont salué leurs familles sans savoir à l'avance que c'était leur dernier jour de vie. Les familles ont appris la nouvelle par les réseaux sociaux et les médias locaux. Au début elles n’y croyaient pas, elles pensaient que c’était des rumeurs.

Témoignage personnel

Cheikh Hassan nous a raconté sa propre histoire avec les autorités saoudiennes, «mon frère n'a été arrêté que parce qu'il m'a contacté. En tant que membre de l'opposition, je ne suis pas autorisé à parler à mon frère. Ma maison faisait partie des nombreuses maisons détruites dans le quartier d'al-Moussawara et mon père est décédé quand j'étais à l'étranger. Donc, conformément à la loi, je devais signer l’autorisation pour leur permettre de détruire la maison. Je n'ai pas signé les papiers autorisant à détruire ma maison, je n'ai pas non plus signé les papiers pour recevoir de l'argent en échange de la maison. Mon frère m'a contacté à cet égard. Il a dit qu'il voulait une autorisation de ma part pour pouvoir recevoir l'argent, mais je n'ai pas accepté. Un peu plus tard, ils l'ont arrêté.

Ils voulaient me piéger aussi. J'ai un fils handicapé qui étudie dans un centre de rééducation spécialisé en Jordanie. Mon frère avait l'habitude de prendre soin de mon fils car je ne pouvais pas y aller. Ainsi, après avoir arrêté mon frère, ils ont interdit aux membres de ma famille de rendre visite à mon fils. Voilà presque deux ans que je les ai contactés pour la dernière fois. Après cela, l'école de mon fils m'a appelé en me disant que si je ne me rendais pas personnellement, ils l'expulseraient au bout d'une semaine. Je leur ai dit comment se fait-il que vous l'expulsiez et qu'il soit handicapé? Ils ont dit que cela ne les regardait pas, car l'ambassade saoudienne ne leur permettait plus de le garder. Je n’ai parlé de cette affaire jusqu'à ce que l'affaire de Jamal Khashoggi soit apparue à la surface et que tout le monde soit occupé avec l'affaire, puis la question de mon fils a été négligée. Ils voulaient que j'aille là-bas afin de pouvoir m'emmener en Arabie Saoudite ou peut-être faire ce qu’ils ont fait à Khashoggi.

Le seul crime de mon frère était de m'avoir contacté, ils l'ont en outre menacé de me ramener et de me tuer devant lui. Ils ont également convoqué ma mère et menacé de la faire disparaitre, mais ont déclaré qu'ils ne le feraient pas car elle était vieille. Ma mère a 80 ans, elle a été convoquée pour un interrogatoire simplement parce que je l'ai contactée lors de l'Aïd al-Fitr il y a deux ans pour la saluer. Après cela, ma famille m'a envoyé un message par un ami me demandant de ne plus les contacter.

À savoir

De nombreux détenus souffrent d’handicaps et de maladies à la suite des tortures et l’interdiction des traitements médicaux. En outre, ils attendent la mort et seront exécutés à tout moment, sans compter qu'ils ont tous été forcés de signer de faux aveux. Certains d'entre eux ont tenté de se suicider à cause de la torture. D’autres préfèrent mourir que d'être humilié et torturé quotidiennement. Certains martyrs avaient signé des aveux pour des crimes commis alors qu'ils étaient déjà derrière les barreaux ! Le régime les accuse d’avoir assassiné des militaires, mais rien ne prouve qu'ils aient porté une arme au cours de leur vie.

Le martyr Ahmad al-Rabie a été exécuté parce qu'il avait «dissimulé» l'endroit où se trouvait son frère Houssein. Beaucoup ont été arrêtés pour avoir «dissimulé» le lieu de résidence de leurs proches.

Les martyrs Abdallah al-Sreih, Houssein al-Rabie et Mountazar Soubeiti étaient des défenseurs des droits de l'homme. Ils avaient mené des protestations pour revendiquer pacifiquement les droits des citoyens. Mais le régime veut faire passer un message aux chiites avant les sunnites : tout mouvement contre le royaume est considéré comme un «acte terroriste».

Lorsque la famille de cheikh Mohammad al-Atiyah a tenu une cérémonie commémorative pour son martyre, les forces du régime saoudien ont ramené des véhicules blindés, et ont pris d'assaut le secteur empêchant la famille de poursuivre son deuil.

Les otages du régime saoudien

Dans le contexte de la terreur et de la tyrannie, le régime saoudien a enlevé à chaque famille de martyr, de détenu ou de personne recherchée, un membre de la famille en otage pour faire pression sur les familles afin de se rassurer qu’aucun membre de la famille ne réclame les corps des martyrs, et que les fugitifs se rendent aux autorités… Ces personnes enlevées sont forcées à signer des aveux comme quoi elles se reconnaissent coupables alors qu'elles n’ont commis aucun crime. En outre, le régime interdit également aux familles des détenus et les personnes recherchées d’avoir accès aux services essentiels (l’eau, l’électricité, les écoles…).

C’est l’une de nombreuses histoires qui se passent au royaume, c’est une histoire que nous avons apprise, et que nous espérons diffuser dans le monde entier afin que tout le monde sache qu’il existe un peuple sur une terre oubliée qui souffre pour sa survie et sa dignité.

Et comme disait le martyre cheikh Nimr Baqir al-Nimr: «Soit nous vivons sur cette terre en tant que peuple libre, soit nous y sommes enterrés dignement», le peuple de Qatif poursuivra ses sacrifices.

Voici l’histoire que nous présentons, si vous connaissez une autre, n'hésitez pas à la partager !

Traduit de l’anglais (original)

 

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