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Par Soraya Hélou

Avec l’application de l’accord conclu avec le «Front Al Nosra» , c’est un plan global de déstabilisation et de discorde qui prend fin. Ce qui se murmurait dans des salons discrets, devient aujourd’hui de plus en plus précis.

La victoire du jurd de Ersal, fin de la menace de discorde confessionnelle

La fin de la présence d’«Al Nosra» au Liban marque ainsi un grand changement dans la situation dans le pays en mettant un terme au projet d’utiliser le Liban comme base arrière de l’opposition syrienne dans le cadre de son action pour renverser le régime en Syrie. Ce projet a commencé en 2011, lorsque les camps de réfugiés syriens ont commencé à être installés au Akkar, à la frontière libano-syrienne, notamment à Wadi Khaled, avant même que le conflit ne se transforme en affrontement armé en Syrie. Le Liban, voulu toujours par l’Occident et ses alliés arabes, comme un maillon tellement faible qu’il est facile d’y exécuter des plans pour l’ensemble de la région, était la scène idéale pour accueillir les cadres de l’opposition syrienne et les armes destinées à l’intérieur syrien. Le climat interne de division politique et confessionnelle qui règne effectivement depuis 2005 et plus précisément depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, était de nature à favoriser l’installation au Liban d’une base de soutien au projet de renverser le régime syrien. De plus en plus de détails sont fournis sur le rôle présumé de certaines parties politiques et autres dans la formation, l’encadrement et le soutien aux groupes de l’opposition syrienne à partir du Liban. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la riposte de Damas et celle de ses alliés a commencé par la frontière libano-syrienne, au niveau du Nord (Tell Kalakh, Al Qousseyr etc), avant de se tourner vers la frontière avec la Turquie puis celle avec l’Irak et enfin avec la Jordanie. Au début donc de la guerre en Syrie, le Liban était appelé à jouer le rôle le plus crucial et au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, la frontière avec le Liban s’est petit-à-petit refermée devant les combattants de l’opposition syrienne. Il restait toutefois quelques secteurs « poreux » qu’il était difficile de neutraliser en raison de la situation interne libanaise particulièrement délicate et du soutien de certains pays arabes et régionaux influents au Liban aux groupes de l’opposition syrienne. La région de Ersal constituait ainsi un des plus important secteurs poreux de la frontière libano-syrienne en raison d’une part de la taille de Ersal (près de 35000 habitants) et du fait qu’ils sont sunnites dans un environnement en général chiite et chrétien. Après la fermeture de la frontière libano-syrienne au niveau du Liban Nord (le Akkar en particulier) à partir de 2013, les parties arabes et régionales appuyant l’opposition syrienne se sont concentrées sur Ersal et son environnement pour en faire une plaie béante et un moyen de pression sur le Hezbollah et à travers lui sur le régime syrien. De plus, la proximité du jurd de Ersal avec des zones entourant la capitale syrienne Damas était un atout supplémentaire poussant les parrains de l’opposition syrienne à mettre le paquet pour l’utiliser.

Il y avait toutefois un obstacle majeur : la présence de l’armée libanaise dans cette zone. Le plan élaboré était donc basé sur sa neutralisation, d’abord par des agressions répétées et ensuite par des pressions politiques pour l’empêcher de riposter en utilisant la fibre confessionnelle. Pendant près de quatre ans, l’armée libanaise n’a donc pas cessé d’être la cible d’attaques répétées et aussi de pressions politiques insistantes. L’exemple le plus criant a été la bataille avortée de Ersal le 2 août 2014 qui s’est terminée par la prise en otages par les combattants d’«Al Nosra» et de «Daech» de 37 militaires (de l’armée et des FSI, le sort de neuf soldats est encore inconnu . On se souvient encore comment l’armée libanaise s’apprêtait à reprendre l’initiative à Ersal, lorsque le pouvoir politique de l’époque a demandé à son commandement les résultats d’une prétendue médiation d’ulémas musulmans. Mais la délégation des ulémas a essuyé des tirs et pendant cette trêve imposée à l’armée, les 37 militaires ont été enlevés. L’armée n’a pas pu réagir et depuis cette date elle est soumise à un chantage permanent au sujet de ses soldats au sort inconnu, sachant qu’à chaque fois qu’elle décide de prendre une initiative, la fibre confessionnelle est brandie par ceux-là-mêmes qui l’ont empêché d’agir en 2014... C’est d’ailleurs fort de cette situation que le chef d’«Al Nosra» dans le Qalamoun Abou Malek Al Tallé ne croyait pas que le Hezbollah pouvait entreprendre l’opération de la libération du jurd de Ersal. Il avait installé son «émirat» entre les grottes fortifiées du jurd et les camps de réfugiés syriens installés entre le jurd et Ersal, jusqu’à la bourgade même où il avait ses réseaux. Il se croyait à l’abri, non seulement à cause de la géographie escarpée des lieux, mais aussi à cause du bouclier humain derrière lequel il se cachait et surtout à cause des risques de discorde confessionnelle entre chiites et sunnites, dont la menace plane en permanence et constitue sa plus solide protection.

C’était toutefois compter sans la détermination, le courage et le savoir-faire du Hezbollah et du nouveau commandement militaire directement lié à la présidence de la République. Le plan a été soigneusement mis au point, les rôles bien définis et l’exécution a eu lieu si rapidement que les autres parties concernées n’ont pas réellement eu le temps de réagir. En moins de six jours, le jurd de Ersal a donc été libéré, les sympathisants potentiels du groupe terroriste dans les camps de déplacés syriens neutralisés et «Al Nosra» n’a plus d’influence au Liban. Le tabou de la crainte de la menace de discorde confessionnelle a été brisé, ainsi que celui de la paralysie de l’armée.

Cette bataille terminée avec la victoire éclatante enregistrée met un terme à une période noire au Liban. Désormais, il sera bien plus facile de remporter la seconde étape de la bataille contre «Daech», dans le jurd de Ras Baalbeck et de Qaa. D’abord, officiellement, il est plus facile de combattre «Daech» que «Nosra», que certains veulent considérer comme modérée. Ensuite, l’environnement de ce jurd n’est pas sunnite et enfin, la géographie des lieux est moins escarpée. Avec la victoire du jurd, le Liban a définitivement franchi un nouveau pas vers plus de stabilité.

Source : French.alahednews

31-07-2017 | 10:53
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