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La résistance a réussi à surmonter sa grande perte illustrée par l'assassinat du chef jihadiste Imad Moughnieh, il y a 9 ans. Ce fait revient notamment à Imad Moughnieh en soi et à l'équipe qui l'assistait.

L'ère d'Imad Moughnieh, pas encore révolue

Avant son martyre, haj Imad avait finalisé ses missions dans la mesure où il a tracé la voie de  la montée en force de la résistance, faisant d'elle une force régionale capable de mener deux batailles à la fois.

Cet homme a réussi à harmoniser entre l'action sécuritaire et militaire. Il a étendu l'expérience de la résistance au Liban, vers l'Irak, et la Palestine. Sans doute, il se serait senti satisfait de ceux qui ont partagé ses missions après son martyre. Satisfait même de ces combattants puissants ayant cumulé les expertises après son départ. Ces combattants qui occupent désormais une part énorme des calculs  politiques et militaires régionaux.

En effet, la plupart des exploits réalisés par la résistance dans les dernières années, sont l'héritage  des efforts d'Imad Moughnieh qui en forment le pilier.

Le plus important réside dans le cumul de la force de dissuasion, qui a permis de perpétuer l'ère de haj Imad à ce jour.

De retour en arrière. Quelques jours après  l'assassinat du grand chef, le 12 février 2008. Certains chefs de la résistance ont consulté leurs courriers électroniques pour y trouver des messages envoyés plus tôt par le martyre lui-même. Il s'agit de plans et de projets déjà discutés avec lui. Ils lui avaient envoyé leurs propositions et ont reçu les réponses de sa part. Des réponses assimilées à un testament. On ne sait toujours pas si haj Imad avait enregistré un testament filmé à l'instar des autres martyrs de la résistance.

Mais on est certain que son testament a été mis en exécution avant son martyre.

Effectivement et sans exagération aucune, le Liban et une partie de la région vivent toujours dans l'ère  d'Imad Moughnieh. Cet homme ne menait jamais une action individuelle. Il faisait partie d'une institution qu'il avait contribué à bâtir progressivement depuis 1998, au moment où il a assumé le commandement des bras militaires et sécuritaires de la résistance au Liban.

Et si on pouvait mettre sayed Nasrallah à l'écart, Moughnieh était un parmi d'autres dans le commandement jihadiste du Hezbollah. Un chef à égale distance des autres.

Un de ses proches rapporte que lorsqu'il recevait la visite du martyre Moustapha Badreddine, il l'accueillait par «notre leader».

D'ailleurs, il ne le saluait pas de tel par pure courtoisie. Il jugeait que ses adjoints de la résistance lui étaient  égaux. Il leur portait une grande estime. Toutefois, ses proches affirment qu'il possédait «la touche magique», l'intelligence brillante et les capacités du commandement. Interminables.

En outre, il avait le courage de trancher les débats, de créer les plans sur lesquels se fondent les exploits.

Pourquoi évoque-t-on l'ère d'Imad Moguhnieh?

La résistance a connu plusieurs étapes.

Après l'an 2000, elle devait s'adapter avec de nouvelles réalités, au lendemain des guérillas contre la force  d'occupation. La résistance  s'est attribuée deux missions: Bâtir une force défensive pour affronter toute prochaine offensive, et qui interdit l'occupation d'agresser le pays. C'est notamment ce qu'a réalisé la résistance sous le commandement de hajj Imad. Normalement, les mouvements  de résistance  entament leur action après l'occupation par l'ennemi de leurs territoires. Ils sont incapables  d'affronter les armées régulières et les batailles classiques. Pourtant, l'intention de Moughnieh était différente. Il simplifiait les faits à ses interlocuteurs. «Avez-vous observé Tom and Jerry?», disait-il. «Avez-vous vu comment Jerry pénètre dans un endroit et sort d'un autre sans que son ennemi ne réussisse à l'attraper? Je veux un réseau  de tunnels qui assure un tel résultat».

Il construisit ce réseau. En plus des infrastructures, il a travaillé sur les ressources humaines. Il a attaché ces ressources à la partie sud du Liban, cette dernière  étant  la scène de l'accrochage direct avec l'ennemi, dans l'avenir.

La résistance limitait ses camps d'entrainements dans la Bekaa, en plus de la Syrie et de l'Iran. Soudain, le Liban sud est devenu aussi un lieu privilégié pour les entraînements. Sur cette terre a été édifiée la force spéciale  du parti.

Tous les cadres du Hezbollah devaient achever un programme d'entrainement dur, au Liban sud. Haj Imad a voulu, par ce projet, ancrer la connaissance des combattants du terrain des combats. Augmenter leur capacité à agir et à y manœuvrer.

Le second projet du Hezbollah, supervisé par Moughnieh au lendemain de 2000, consistait à bâtir  une force qui dissuade l'ennemi dans toute nouvelle offensive contre le Liban, tout en prenant en compte que la résistance  poursuivra ses opérations dans les fermes de Chebaa ou afin de libérer les otages de l'ennemi.

Imad Moughnieh était le maître, dans ce contexte. Il était l'un des premiers à obliger l'ennemi à respecter les règles du jeu avec la résistance: «Ne pilonnez pas nos civils, on ne pilonne pas vos colonies».

Comptant sur la force des renseignements, toujours dissimulée par le Hezbollah, Moughnieh a obligé l'ennemi à baisser le plafond de son action contre la résistance et son milieu populaire.

«Vous assassinez sayed Abbas Moussaoui (16 février 1992), la riposte frappera partout. Vous prenez pour cible un camp d'entrainement dans la Békaa (1994), une force secrète du parti brisera les règles du jeu, pour frapper l'ennemi, où elle le désire».

Le génie de cet homme résidait dans la planification  et l'exécution imminente des ripostes. Comme s'il y avait une force toujours prête  à agir, selon des plans et des objectifs préétablis. C'est ici que résidait  l'équation  de dissuasion : construire une force toujours prête à riposter, selon la prise de la décision. Immédiate.

Bien que haj Radwan ait compris parfaitement  les limites de la force de la résistance, il était aussi sûr et certain que le Hezbollah, ce mouvement populaire ayant des ressources limitées, était en mesure de dépasser les limites des capacités militaires.

Lorsqu'on lui proposait un projet censé augmenter le potentiel du parti, il ne prenait point en compte le fait que ce projet nécessitait un État pour le réaliser ou le gérer. Donnons pour exemple la mise en place d'une force de roquettes terre-mer, ou d'une force de défense  aérienne. «Que nous manque-t-il? Des ingénieurs? Des jeunes créatifs? Allez à la recherche de telles personnes. Vous les trouverez», disait-il.

«Nous éprouvons le besoin de nous munir de roquettes de haute précision, à longue portée. Mettons alors en place des industries d'armes en Syrie, pour lancer à partir d'elles des missiles sur des cibles israéliennes».

C'est dans ce domaine qu'est apparu le rôle de haj Imad dans le trio formé avec le chef militaire iranien haj Kassem Suleimani et le conseiller du président  syrien, le général  martyr Mohammad Sleiman.

Effectivement, l'ennemi a raté plusieurs occasions d'assassiner hajj Imad directement après la libération  du Liban sud. Cet homme était à la tête de ceux qui ont pris la décision d'élargir le corps de la résistance  et de bâtir  ses systèmes de défense qui empêchèrent  «Israël» de réaliser la victoire en 2006.

En plus, la malchance de l'ennemi fut encore plus grande après son échec à tuer hajj Imad, au lendemain  de cette guerre. Le fait d'avoir vécu un an et demi après la guerre de 2006, lui a permis de tirer les leçons  de cette guerre, d'en déterminer  les lacunes et d'élaborer les plans afin d'y remédier. Rapidement, les aspects de la période suivante furent tracés. La décision de transformer le Hezbollah en une force régionale  puissante a été prise. Une force capable de mener des batailles sur deux  fronts à la fois, comme a annoncé le secrétaire général du parti, sayed Hassan Nasrallah en 2008.

Selon les propos de sayed Nasrallah, haj Imad est parti, ne laissant que peu de choses à finaliser.

De ces jours, les combattants de la résistance  affirment que la plus grande partie du processus de l'accroissement de la puissance du Hezbollah, revient à des plans élaborés ou supervisés ou approuvés par Imad Moghnieh.

Bref, l'équation de la dissuasion, de la force et de la volonté d'en profiter, est due à certaines figures éminentes. Imad Moughineh à leur tête.

Ainsi apparait l'ampleur de la perte de la résistance  il y a neuf ans. Ceux qui suivent l'action  quotidienne de la résistance ressentent la force de la présence de haj Imad, même s'ils ne l'avaient jamais rencontré. Tout comme ses proches ressentent la force de son absence. Toutefois, l'ère de Imad Moughnieh n'est pas encore révolue.

Article paru dans le quotidien libanais Al-Akhbar, traduit par l’équipe du site

17-02-2017 | 16:00
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