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Par Jonathan Ferziger et Peter Waldman

Au cours de 30 années, Shmuel Bar a travaillé pour les services de renseignements israéliens. Agé de 62 ans, il a quitté en 2003, et a fondé une entreprise appelée «IntuView», une mine de données en profondeur sur le «Darknet» – une sorte de version israélienne de «Palantir», le contractant en sécurité de la «Silicon Valley». En exploitant les talents d’ingénieurs  dans l’incubateur de startups d’«Herzliyah», il a adapté son oreille d’analyste au langage des algorithmes personnalisées, capables de passer au tamis les flux sans fin de messages des réseaux sociaux pour sonder et capter les «menaces terroristes». Il a vendu ses services à la police, aux douanes et aux services de renseignements à travers toute l’Europe et aux USA.

Puis, il y a deux ans, un e-mail est arrivé de manière inattendue. Quelqu’un appartenant à l’échelon supérieur du pouvoir en Arabie Saoudite, nous dit Bar, l’a invité à discuter d’un éventuel projet par Skype. Les Saoudiens avaient entendu parler de sa technologie et réclamaient son aide pour identifier des terroristes potentiels. Il n’y avait qu’un hic : Bar devait installer une société-écran à l’étranger afin de masquer l’identité israélienne d’IntuView. Ce n’est pas un problème, a t-il dit et il s’est mis à travailler pour démasquer les terroristes saoudiens avec un programme de logiciel appelé IntuScan, qui peut gérer 4 millions de messages Facebook et Twitter par jour. Un peu plus tard, ce travail s’est élargi pour mener des recherches sur ce que pense l’opinion publique de la famille royale saoudienne.

«Ce n’est pas comme si je l’avais cherché», dit Bar, encore amusé par le virage inattendu dans une vie qu’il a passée à affronter les ennemis d’Israël». «Ce sont eux qui sont venus à moi».

«Si c’est devenu un pays qui n’est pas hostile à Israël et qu’on puisse l’aider, eh bien nous le ferons!»

Bar affirme qu’il rencontre librement, ces temps-ci, des Saoudiens et d’autres Arabes du Golfe lors de conférences à l’étranger et d’événements privés. Le commerce et la collaboration dans les technologies de pointe et le renseignement sont florissants entre «Israël» et un panel d’Etats Arabes, même si les gens et les entreprises s’impliquent rarement à en parler publiquement.

Quand un Think-Tank de Londres a récemment désinvité Bar qui devait s’exprimer devant toute une assistance, en lui expliquant qu’un responsable saoudien important venait aussi et qu’il n’était pas possible que tous deux apparaissent ensemble, Bar a rassuré les organisateurs en disant que ce gentilhomme saoudien et lui-même avaient, en fait, prévu de déjeuner ensemble dans un restaurant marocain tout près, avant de se rendre à pied à l’événement tous les deux. «Ils étaient complètement déconcertés par les Saoudiens», ajoute t-il.

IntuView dispose de licences d’exportation israéliennes et du complet soutien de son gouvernement, afin d’aider tout pays confronté à des menaces de l’Iran et des groupes terroristes. «Si c’est un pays qui n’est pas hostile à Israël que nous puissions aider, nous le faisons», dit Bar. Il n’y a que la Syrie, le Liban, l’Iran et l’Irak qui sont hors de portée (hors-jeu).

Les Saoudiens et d’autres Etats arabes riches en pétrole sont bien trop contents de payer pour cette contribution; «Le boycott arabe?», demande Bar, «Ca n’existe tout simplement pas».

Le domaine de la cybersécurité est particulièrement propice à la collaboration. En 2012, quand des hackers ont percé à jour le système des ordinateurs d’Aramco, société saoudienne des carburants, les entreprises israéliennes ont été appelées pour contribuer à déverrouiller le trafic et «certaines sont impliquées quotidiennement» par l’intermédiaire de compagnies off-shore, déclare Erel Margalit, spécialiste du capital-risque et membre du Parlement israélien. On doit s’attendre à plus, précise  Rudy Giuliani, au cours d’une interview livrée fin janvier en «Israël, où il a rencontré le Premier Ministre Benjamin Netanyahu, pour le compte de son Président Donald Trump. «Je le constate aussi bien au-delà de la cybersécurité, en termes de zones de coopération», a ajouté l’ancien Maire de new-York, qui conseille Trump sur les questions de cybernétique.

Les responsables saoudiens ont refusé de s’exprimer officiellement à propos de possibles liens avec «Israël». Les questions transmises par e-mail au Ministère de l’Intérieur du Royaume et à son Ambassade à Washington, en vue de rédiger cet article n’ont reçu aucune réponse. Une source à Ryiad, insistant pour demeurer anonyme, a envoyé une déclaration par e-mail en démentant tout échange commercial et tout lien entre «Israël» et l’Arabie Saoudite :

«En matière de technologies touchant les systèmes de défense, l’Arabie Saoudite n’a jamais fait appel à Israël, dans ce domaine ni dans aucun autre domaine. De plus, le sens commun nous fait comprendre que, dans le but d’obtenir n’importe quel système d’armement pour l’Arabie Saoudite, on doit les acheter dans le cadre d’accords commerciaux passés avec des pays amis qui fabriquent ces systèmes, avec des certificats d’exportation officiels et approuvés de la part de leurs gouvernements. Il est aussi certain qu’Israël ne fait pas partie des pays qui ont des relations commerciales avec le Royaume».

L’embargo arabe d’«Israël», symboliquement en vigueur depuis l’occupation de la Palestine par «Israël» en 1948, oblige à ce que toute affaire conduite entre cette entité et la plupart des pays arabes demeure strictement hors de la comptabilité officielle, masquée derrière des intermédiaires dans d’autres pays. Mais le volume et l’étendue de l’activité israélienne dans au moins six pays du Golfe devient de plus en plus difficile à dissimuler. Un entrepreneur israélien a mis sur pied des entreprises en Europe et aux Etats-Unis qui ont installé pour plus de 6 millions de $ d’infrastructures sécuritaires pour les Etats Arabes Unis, en employant des ingénieurs israéliens.

Les mêmes entreprises ont ensuite instruits l’Arabie Saoudite sur la façon de gérer le surpeuplement de La Mecque. D’autres affaires commerciales israéliennes travaillent dans le Golfe, par le biais de sociétés-écran, sur la désalinisation, les infrastructures de protection, la cybersécurité et le recueil de renseignements.

«Toutes les grosses entreprises sont actives et certaines parmi les petites», déclare Shabtaï Shavit, qui a dirigé le Mossad entre 1989  et 1996 et qui est patron de l’entreprise israélienne de sécurité «Athena GS3». Shavit n’apportera pas de détail pour dire qui fait quoi. «Vous ne verriez même pas la branche sur laquelle vous êtes assis», dit-il.

La discrétion est particulièrement prisée quand il est question de ventes d’armes. Sur le site d’«Elbit» pour l’Amérique, dans le New Hampshire, une filiale d’«Elbit Systems», le plus grand contractant de guerre privée d’«Israël», il y avait une procédure particulière quand des clients sont en visite, en provenance du Koweit, du Qatar ou d’Arabie Saoudite, laissent entendre les ouvriers qui y travaillent.

Les directeurs purgent les bâtiments de tout signe d’«Elbit», des cartes d’«Israël» et d’écritures en hébreu. Les plaques portant le nom des employés sont temporairement retirées. «Si vous avez un nom juif particulièrement voyant», affirme Richard Wolfe, qui a travaillé dans cette usine pendant 15 ans, jusqu’en 2013, à concevoir des lentilles pour divers systèmes d’optique que produit le site.

Certains composants ont aussi été débarrassés de leurs marques israéliennes, dit un autre ancien travailleur. «Elbit Systems» d’Amérique a déclaré dans un communiqué que ce n’est pas la politique de l’entreprise de dissimuler le nom d’«Elbit» ou d’autres entreprises associées à «Israël».

Les ventes d’«Elbit» à l’Arabie Saoudite ont attiré une certaine attention, il y a deux ans, lorsque l’un de ses techniciens du New Hampshire, un Américain appelé Chris Cramer, est mort mystérieusement alors qu’il mettait en service des systèmes de missiles dans le Royaume. Selon le carnet de route que Cramer a posté sur Facebook, il avait été envoyé pour aider l’armée saoudienne par une série de démonstrations  de mise à feu en direct du nouveau système de ciblage récemment amélioré pour les missiles TOW. Cramer travaillait pour «Elbit» depuis 12 ans et avait contribué à construire le système.  Il a été retrouvé mort en bas de son hôtel de trois étages  dans la ville militaire de Tabuk, à la veille de son retour chez lui. La Police saoudienne a conclu à un suicide, explication rejetée par la famille de Cramer.

Dans un communiqué diffusé en «Israël», «Elbit» n’a pas spécifié ce que faisait Cramer en Arabie Saoudite. L’entreprise a seulement dit qu’il travaillait sur un «produit américain» sans technologie israélienne (nominative). Le communiqué diffusé par e-mail par la source saoudienne dit :

«En ce qui concerne la mort du citoyen américain, ce sujet a des dimensions criminelles et judiciaires. Le gouvernement saoudien n’interfère pas dans ces dossiers et les attribue à des organismes criminels et judiciaires pour examen et décider en conformité avec les lois traitant de ce genre de dossiers».

Dans ses discours, Netanyahu aime ironiser sur les trois raisons pour lesquelles les Arabes s’intéressent à «Israël» ces temps-ci, en disant que ce sont : «la technologie, la technologie et la technologie». Cet intérêt ne se traduit pas en relations d’affaires ouvertes pour une bonne raison au-dessus de toutes les autres : le problème israélo-palestinien. La Coopération avec les pays du Golfe ne peut pas vraiment devenir lucrative, tant que « l’ampoule ne s’est pas éteinte dans la tête de Netanyahu» et qu’il ait signé un traité de paix, déclare Riad al Khouri, Directeur de l’agence de consultants en risques politiques GeoEconomica, basé à Amman, en Jordanie.

«Les Palestiniens sont toujours les portiers». Et le conflit pourrait rapidement empirer. Trump a déclaré au cours de sa campagne et réitéré après son investiture, qu’il a l’intention de  déménager l’Ambassade américaine de «Tel Aviv» à al-Qods occupée (Jérusalem). Son candidat pour devenir ambassadeur en «Israël», son avocat contre les faillites, David Friedman, a déclaré qu’il voudrait travailler depuis «Jérusalem», en l’appelant « La Capitale éternelle d’Israël». Le Fatah palestinien a déclaré qu’un tel geste «ouvrirait les portes de l’enfer».

Le 1er février 2017, Netanyahu a promis de bâtir la première nouvelle implantation en Cisjordanie occupée depuis 25 ans (les autres bénéficient d’agrandissements, pas d’une fondation). Depuis que Trump a pris les commandes du Bureau Ovale, «Israël» a annoncé les plans de construction de 5.500 nouvelles unités de logements dans les territoires disputés. Trump a invité Netanyahu à lui rendre visite à la Maison Blanche le 15 février.

Les Saoudiens ont promis de faire la «paix officielle» avec «Israël» dès que cette entité aura fait la «paix» avec les Palestiniens. Cette offre a été réitérée en 2016 par deux responsables majeurs saoudiens à la retraite lors de rares apparitions publiques aux côtés d’homologues israéliens à Washington et al-Qods occupée. Alman al-Ansari, un ancien banquier et directeur exécutif des médias qui dirige aussi une groupe d’intérêts saoudiens à Washington, a diffusé un signal encore plus fort en octobre. Sans un article sur le Hill, il a écrit que l’Arabie Saoudite et «Israël» devraient former une «alliance collaborative», enracinée par l’ouverture de relations commerciales au grand jour, afin d’affirmer leur juste place des «deux piliers jumeaux de la stabilité régionale». Les critiques arabes ont aussitôt embroché al-Ansari pour n’avoir même pas mentionné les Palestiniens dans son article.

Il s’est justifié en disant que l’omission était intentionnelle, et qu’elle reflète son désir de changement du vieux narratif consistant à tout conditionner en vue d’un «Etat Palestinien». Même sans relations diplomatiques formelles, dit-il, les liens saoudo-israéliens peuvent s’épanouir grâce à un «état d’esprit pragmatique et avant-gardiste» selon les termes du Prince-héritier du trône, Mohammed bin Salman.

Une telle ouverture dans les propos publics pourrait rapidement changer, si on considérait que Trump et Netanyahu provoquaient une nouvelle Intifada palestinienne. Mais encore, ces ballons d’essai «montrent à quel point l’Arabie Saoudite est en train de changer», affirme Dennis Ross, qui a mené la diplomatie arabo-israélienne pour trois Présidents américains. «Vous n’auriez jamais pu voir des choses pareilles auparavant. Ils sont clairement des fêtus de paille dans le vent».

Sur le terrain, le meneur de Netanyahu pour la coopération régionale est Ayoob Kara, un parlementaire israélien druze, âgé de 61 ans, qui est récemment devenu Ministre du Cabinet, au sens plein du terme. Membre de la secte druze et considéré comme radical en ce qui concerne l’idée de faire la «paix» avec les Palestiniens, Kara partage le rêve du Parti du Likoud – certains disent «ses fantasmes» – de normalisation des relations avec les Etats Arabes, tout en retenant de larges bandes de territoires en Cisjordanie.

Les Saoudiens veulent notre technologie, ils veulent bénéficier de notre expertise et ils veulent vraiment mettre le casse-tête palestinien hors de leur chemin, dit-il.

Les plans ont commencé avec la plus grosse collaboration en matière de travaux publics jamais proposé entre «Israël», la Jordanie et les Palestiniens. Surnommé le Projet d’acheminement Mer Rouge-Mer Morte, il s’agit d’un pipeline de 10 milliards de $ et d’une entreprise de dessalinisation,  en partie appuyé par la Banque Mondiale, qui siphonnera l’eau de la Mer Rouge vers la Mer Morte, à 426 mètres sous le niveau de la mer. Ce projet dont la construction est prévue pour débuter en 2018, produira de l’eau potable et de l’électricité pour la Jordanie, «Israël» et les Palestiniens. Les eaux usées et déchets seront ensuite évacués vers la Mer Morte, un vaste puits minéral qui rétrécit d’année en année. Le projet pourrait faciliter à résoudre les conflits de l’eau au sein des carrefours hydrauliques où «Israël», la Jordanie, la Cisjordanie et certaines parties de l’Arabie Saoudite, le Liban et la Syrie comptent tous sur la même petite poignée de fleuves et de zones aquifères.

Kara a d’autres préoccupations immédiates, aussi, alors qu’il doit aussi veiller sur la problématique de l’eau entre la Cisjordanie occupée et «Israël». Invité, sur ce point, à livrer un discours lors de la conférence EcoPeace pour le Moyen-Orient financé par la Suède, portant sur le partage régional des eaux, Kara s’est aussi arrangé pour y rencontrer son homologue jordanien afin de discuter d’une possible route commerciale en provenance d’Europe et de Turquie, par l’entremise du port israélien de «Haïfa», vers la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe. Depuis l’éclatement de la guerre en Syrie, «Haïfa» est devenue le foyer de transbordement des cargaisons pour les produits turcs qui avaient l’habitude de circuler par la route vers le Golge à travers l’Est de la Turquie et la Syrie.

Aujourd’hui, 20 camions-remorques turcs par semaine arrivent via de vieux cargos rouillés sur les quais d’«Haïfa», où des responsables israéliens les passent au Rayon-X et les traitent en les faisant passer par un entrepôt prévu à cet effet pour les envoyer traverser al-Jalil (la Galilée) vers la Jordanie. A un certain moment, les agents des douanes de la frontière jordano-saoudienne les faisaient passer par vagues.

Mais le passage vers l’Arabie Saoudite s’est terminé brutalement, il y a deux ans, quand un concurrent de Riyad a dénoncé plusieurs cargaisons de camions de tomates turques qui venaient d’arriver, via «Haïfa», sur les marchés saoudiens, selon un médiateur de transports de «Haïfa».

Kara travaille avec les diplomates du Golfe, par l’intermédiaire de partenaires hauts placés au gouvernement jordanien, pour tenter de rouvrir la route israélo-saoudienne vers la plus vaste Péninsule Arabique, une ouverture qui pourrait subitement quintupler la circulation de camions turcs, selon ce négociant en transports. «Très bientôt, les choses pourront se réaliser ouvertement et vous verrez Netanyahu atterrir dans l’un de ces pays», sourit Kara, optimiste. Son go-between (entremetteur) jordanien acquiesce : «Les temps ont changé», dit-il, «Ils recherchent tous les moyens de se connecter sur Israël».

Netanyahu emploie aussi d’autres lieutenants pour ses contacts avec des Arabes de haute voltige, dont son avocat personnel Yitzhak Molcho, et l’ancien Ambassadeur israélien à l’ONU, Dore Gold. Par intermittence, depuis les «Accords d’Oslo» au début des années 1990, «Israël» gère des missions commerciales au Qatar et à Oman, et il y a environ un an, il a reçu l’approbation de faire résider un diplomate dans la capitale des Emirats Arabes Unis, Abu Dhabi, en tant que représentant au sein de l’Agence Internationales des Energies Renouvelables. Ce Bureau a la capacité de fonctionner comme une ambassade pour le développement des liens d’«Israël» avec l’ensemble du Golfe.

Le rôle de Kara est, cependant, unique. Seul Arabe ou Druze du Cabinet Netanyahu, il rencontre régulièrement des diplomates et hommes d’affaires arabes au Caire, à Casablanca, à Genève et à New York. La secte Druze, qui se chiffre à environ 140.000 citoyens en Palestine occupée, avec un supplément de 850.000 au Liban, en Syrie et en Jordan, s’est formée il y a plus d’un millénaire (environs de l’an 1021). Deux des oncles de Kara ont été tués par les Arabes pour leur coopération avec les «Israéliens». Lui-même a été blessé à l’intérieur d’un tank de l’armée israélienne en combattant lors de la Guerre du Liban en 1982 et il a été déchargé, au grade d’officier, de ses obligations militaires après que deux de ses frères se soient faits tuer en servant dans l’armée israélienne. Il a pratiqué le droit dans le nord d’«Israël» durant 15 ans, a remporté un siège à la «Knesset» en 1999 et a fait une percée au sein du cercle dirigeant du «Likoud» en 2006. Afin de célébrer le 58ème anniversaire du soi-disant «Jour de l’Indépendance», cette année-là, il a organisé une réception pour Netanyahu et embauché des bouchers Casher afin d’égorger 58 moutons pour l’occasion. Netanyahu a festoyé avec 7.000 Druzes en face de la résidence de Kara, à Daliyat-al-Karmel.

«Je me sens comme un Juif, mais je ne suis pas Juif», dit Kara, en s’asseyant avec sa fille en âge d’aller au lycée, Ameera, sur le portique de pierre en face de la porte d’entrée. «Je prends contact avec les gens en arabe, mais je n’oublie jamais les besoins propres d’Israël». Il sort brusquement un téléphone portable pour montrer une photo d’un type allumant un énorme cigare cubain pour lui, dans une suite d’un grand hôtel à New York. Cet homme chauve et plus âgé, qui porte des bretelles et tient le briquet, est un membre de la famille royale du Qatar, dit Kara et c’est aussi l’un des entremetteurs qui lui ouvre son carnet d’adresses.

Il dit aussi qu’il y a des intérêts du Golfe investis dans le projet d’un second pipeline de la Mer rouge, qui existe déjà et a été construit il y a 50 ans en partenariat avec le Shah d’Iran, alors que les deux pays maintenaient des alliances secrètes. La compagnie de «Pipeline Eilat-Ashkelon» appartenant à l’Etat gère la conduite de 250 kms pour pomper le pétrole des cargos-pétroliers dans le port d’Eilat sur la Mer Rouge vers la ville méditerranéenne d’Ashkelon. Cela passe par le Canal de Suez et il peut réduire les coûts de transport vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Quand le Shah a été renversé en 1979, «Israël» a pris la propriété unique du projet. Une Cour d'Appel suisse, l’an dernier, a attribué à l’Iran une compensation d’1,1 milliard de $ de revenus perdus, une somme qu’«Israël» refuse bien évidemment de verser à son ennemi juré. Kara dit que la perspective d’utiliser le pipeline revient sans cesse dans les discussions avec les Saoudiens.

Pour le moment, «tout doit rester sous les radars» déclare Shavit, l’ancien Directeur du Mossad. C’est ainsi que Mati Kochavi a frayé la voie à «Israël» dans le Golfe, en montant une affaire de sécurité d’une valeur de 6 milliards de $ aux Emirats Arabes Unis. Serial-entrepreneur israélien vivant une partie du temps aux Etats-Unis, Kochavi, 54 ans, a fondé plusieurs compagnies de sécurité high-tech, après les attentats terroristes du 11 septembre. L’une s’appelle 4D Security Solutions au Sud de Plainfield, dans le New Jersey, et a bâti le périmètre des systèmes de surveillance des aéroports de New York.

Kochavi a proposé les services de ses entreprises aux dirigeants des EAU et à Abu Dhabi. Il n’a jamais caché que lui-même et la plupart des technologies et de très nombreux de ses employés provenaient d’«Israël». Ce n’était pas un problème, lui a-t-on assuré, tant que les contractants n’étaient pas domiciliés en «Israël». En fait, les prouesses sécuritaires d’«Israël» étaient perçues comme un avantage dans un pays faisant face à des menaces similaires, mais manquant de moyens sophistiqués de défense, disent les anciens employés de Kochavi. «Il n’y avait même pas d’obstacles quand nous avons démarré», déclare un ancien officier de renseignements israélien, en décrivant l’infrastructure pétrolière de 3 millions de baril par jour de l’Emirat. «Un chameau aurait pu se rendre jusqu’aux installations de production et boire tout le pétrole». Kochavi, par l’entremise de son porte-parole, Moshe debby, a refusé de commenter.

Source : jforum.fr

04-02-2017 | 13:26
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