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Sayed Nasrallah révèle les secrets de la guerre de juillet 2006 (1)

Sayed Nasrallah révèle les secrets de la guerre de juillet 2006 (1)
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Ghassan Bej Jeddo : Nous sommes le 14 août 2013. Il y a quelques années, en un jour comme celui-ci, la résistance de juillet a constitué une grande victoire pour le Liban et les Libanais. Après 33 épisodes au cours desquels nous avons tenté de raconter une partie de ce qui s'est passé pendant cette agression, nous voici au dernier et nous vous demandons : ils ne vous ont pas lâché, pourquoi ?
Sayed Hassan Nasrallah :J'estime d'abord qu'il est de mon devoir, et au nom de tous mes frères résistants, de m'adresser à vous et à toute l'équipe qui vous soutient et qui a travaillé avec vous dans la préparation et la réalisation de ces épisodes sur «Juillet, l'histoire» pour vous remercier tous. C'était une tentative très réussie de faire revivre la légende et l'épopée, ainsi que les grandes réalisations de la résistance pendant cette agression et ses positions héroïques que certains ont voulu faire oublier et étouffer. Je vous remercie donc tous au sein de la chaîne Al Mayadeen.
C'est vrai qu'ils ne nous ont pas lâchés. C'est normal. Ils ne le front pas tant que cette résistance reste engagée dans la cause centrale et tant qu'elle a fait vœu de défendre le Liban, ses capacités, ses ressources et sa souveraineté. Le vrai problème des Etats-Unis, de l'Occident et d'une grande partie du système arabe officiel qui veut liquider la cause palestinienne, avec nous c'est que nous sommes une résistance. . Il ne s'agit donc pas d'un problème interne. Les facteurs internes sont utilisés comme un moyen d'atteindre les objectifs, sans plus. Le vrai problème c'est que nous sommes une résistance. C'est pourquoi je rappelle toujours qu'avant 2000 et après 2000 et même après 2006, on nous a toujours proposé de garder nos armes. On nous a même proposé de l'argent et même on a ouvert devant nous les portes du monde à condition que nous nous engagions, même secrètement- car ils acceptaient de ne pas nous coincer publiquement, à renoncer à la cause palestinienne et à la confrontation avec les visées israéliennes.

GBJ-Qui vous a fait ces propositions ?
SHN-Les Américains par le biais d'intermédiaires et les Anglais directement par le biais de leurs ambassadeurs à Beyrouth et les Français directement et indirectement. Certes, avec les Américains, il n'y a pas de contact direct. C'était un engagement de notre part. Après 2000 et plus exactement après les événements du 11 septembre 2001, je l'ai déjà dit et probablement dans le cadre d'une interview avec vous, Dick Cheney m'a envoyé un Américain, Libanais d'origine mais ayant la nationalité américaine qui m'a rencontré sous prétexte qu'il était journaliste. En fait, il était porteur d'une offre de Dick Cheney qui proposait des milliards ainsi que le fait de retirer le Hezbollah de la liste des organisations terroristes, la levée du véto devant notre participation au gouvernement -ce qui signifie qu'il avait un véto depuis longtemps- une reconnaissance de la plupart des pays occidentaux, le retour de nos prisonniers en «Israël» - à cette époque cheikh Abdel Karim Obeid, hajj Abou Ali Dirani et d'autres de nos frères étaient encore en Israël- et le maintien de nos armes à la seule condition que j'accepte de renoncer à défendre ce pays contre les visées israéliennes. Il a même précisé qu'il n'attendait pas un engagement officiel, public ou même écrit et qu'il se contenterait d'un engagement verbal secret. Mais nous avons refusé car quelle est la valeur de nos armes si elles ne sont pas au service de la défense du Liban ?

GBJ-Avez-vous immédiatement refusé ou après consultations ?
SHN :J'ai refusé immédiatement. Mais c'est lui qui m'a dit : je sais que vous avez un conseil consultatif de commandement. Ne voulez-vous pas lui en parler avant de répondre ?

GBJ : N'a-t-il pas aussi évoqué vos alliés de l'extérieur ?
SHN-Non il ne les a pas évoqués. Il a simplement demandé lorsque j'ai opposé un refus catégorique si je ne voulais pas consulter mes camarades et leur demander leur avis. J'ai répondu que ce sujet est l'âme du Hezbollah, sa raison d'être et son authenticité. Il ne peut pas faire l'objet d'une discussion. Lorsque nous avons choisi cette voie en 1982, nous étions tous d'accord sur ce sujet. Nous avons poursuivi notre chemin et nous avons donné dans ce but le meilleur de nos jeunes, nous avons aussi donné des sacrifices énormes de la part de notre public et des Libanais en général, de nos frères. Bref, ce sujet n'est pas à discuter. Il y a eu de nombreuses tentatives, je ne souhaite pas perdre du temps à les énumérer, mais je peux vous assurer que le problème avec nous est que nous sommes une résistance et que nous tenons à le rester. Si aujourd'hui j'ouvre une voie avec les Européens ou indirectement avec les américains pour leur dire : OK, nous n'avons rien à voir avec «Israël», qu'il fasse ce qu'il veut, toutes les choses changeront. Ils ne réclameront plus nos armes. Au contraire, ils veulent que les pays arabes soient armés pour les combats internes. Ce n'est donc pas la présence des armes qui leur pose problème, mais contre qui elles sont dirigées. Si nous acceptons, nous obtiendrons de grands privilèges et les autres, au Liban découvriront leur véritable poids auprès de leurs maîtres occidentaux. Mais pour nous, c'est une question de foi, d'engagement et de principe.

GBJ-En même temps, sayed, vous ne les avez pas lâchés non plus. Je ne veux pas revenir sur des affaires trop anciennes. Mais même récemment, alors que la guerre de juillet est terminée. Il y a eu un incident à Labbouné. Que s'est-il pas passé au juste là bas ?
SHN-Je vais vous le dire. Naturellement, l'Israélien a cherché à réduire son importance, ainsi que certains Libanais. Un groupe militaire israélien a franchi la frontière et comme ils le disent, une mine a explosé par hasard à leur passage. Ils ont même parlé d'une vieille mine et certains l'ont ramenée à 1948. Pourquoi ? Je l'ignore. Pourtant, jusqu'en 2000, les Israéliens occupaient cette zone. Je vais vous dire ce qui s'est passé à Labbouné. Il s'agit d'abord d'une violation israélienne claire. Deux unités israéliennes sont entrées. La première avait eu une mission précise et elle est entrée sur le territoire libanais. La seconde l'a fait aussi mais elle est restée à un point précis pour protéger la mission de la précédente jusqu'à son retour. Cette zone était sous la surveillance des moujahidins précédemment et, par de nombreux moyens, nous nous sommes assurés que les soldats israéliens passeraient par là. Nous avions aussi des informations préalables qu'ils passeraient par là. Il s'agit d'une zone dangereuse avec des arbres et des rochers, des collines, des vallées et des monts. Nous avons donc installé des mines et lorsqu'ils sont venus -ils ont choisi une nuit noire- nous avons fait exploser les mines. Il ne s'agissait donc pas de mines anciennes laissées là par les Israéliens, mais de mines récentes. La première mine a explosé au passage de la première unité des Golani et lorsque la seconde unité est venue à la rescousse, la seconde a explosé. Les mines étaient parfaitement contrôlées et il y a eu des blessés. S'il y a ou non des morts, cela apparaîtra plus tard, car les Israéliens se sont fait très discrets sur leurs pertes. Je crois personnellement qu'ils n'ont pas eu de morts, car comme je vous l'ai dit, il s'agit d'une région montagneuse, pleine d'arbres et de rochers qui protègent les soldats, mais je suis sûr qu'il y a eu des blessés. Il y a donc eu une opération contrôlée et préméditée. Il ne s'agissait nullement d'une explosion par hasard d'une mine laissée par les Israéliens.

GBJ-Ce que vous venez de dire est très important. Il y avait donc deux unités et vous aviez des informations préalables. Dieu seul sait comment elles vous sont parvenues. Mais ce qui compte c'est la décision. Savez-vous aujourd'hui quelle était leur mission et quel était leur nombre ?
SHN-Je ne voudrais pas entrer dans le détail du nombre car c'était la nuit et une nuit sombre. Mais je peux dire qu'au total, ils étaient douze ou treize.

GBJ-Une unité des forces spéciales Golani ?
SHN-Oui.

GBJ-Quelle était leur mission ? Etait-ce la première fois qu'ils venaient dans cette zone ?
SHN- D'habitude, je ne dis pas tout. Je garde des éléments secrets que je préfère laisser au temps. Par exemple la nature de la mission de cette unité. Quel est le point qu'elle a atteint et d'où elle est revenue. L'explosion a-t-elle eu lieu à l'aller ou au retour. Laissons cela au temps. Laissons les Israéliens chercher à analyser, à comprendre. Ils savent naturellement ce qui leur est arrivé, mais laissons pour l'instant de côté ces questions.

GBJ-Leur opération était-elle une mission d'éclairage ou d'espionnage ? Que faisaient-ils ?
SHN-Nous cacherons pour l'instant la nature de la mission. Ils sont entrés...

GBJ-Ne nous donnez pas de détails, mais s'agissait-il d'une mission sur le terrain ou d'espionnage ?
SHN-Ils sont entrés en militaires. Cherchaient-ils à vérifier une cible précise, ou la région dans son ensemble, ou bien préparaient-ils une charge explosive ou encore cherchaient-ils à installer un dispositif d'écoute sur des lignes précises, nous laisserons la réponse pour l'avenir. Peut-être aussi avaient-ils un objectif logistique précis. Laissons cela pour l'avenir.

GBJ-Ce n'est certes pas leur première violation de ce genre ?
SHN-Certes non. Les Libanais et même la Finul peuvent vous dire que ce n'est pas la première violation. Mais c'est la première fois qu'il y a une infiltration aussi profonde et aussi précise et c'est la première fois que nous avons voulu planifier de le cibler.

GBJ-Sur quelle base avez-vous pris la décision de prendre pour cible cette violation ?
SHN-Depuis le 14 août 2006, cette frontière est sous la responsabilité de l'armée libanaise, de la Finul et de l'Etat. Pourtant, pendant toutes ces années, les Israéliens n'ont cessé de multiplier les violations. Nous nous tenions à l'écart, bien que nous connaissions l'existence de ces violations. L'affaire était généralement traitée par un contact entre l'armée et la Finul qui contacte à son tour les Israéliens. Les conclusions arrivaient ensuite : ils sont entrés 40 mètres, ou cent mètres ou 40 mètres. Vous savez quel genre de débat prenait alors place : y a-t-il eu violation de la ligne bleue etc. Certes dans certaines zones, comme la partie libérée des fermes de Chebaa où nous n'avons aucune présence, ils entrent et enlèvent des bergers et des cultivateurs. Il y a ensuite des contacts. C'est d'ailleurs humiliant pour les Libanais. S'il y avait vraiment un souci de la souveraineté, ces violations seraient intolérables. C'est drôle qu'après 65 ans d'expériences avec l'Israélien, sur tous les fronts dans le monde arabe, le Liban continue à demander à l'Onu de mettre un terme aux violations israéliennes des frontières libanaises.
Mais ces derniers temps, nous avons commencé à percevoir et à en savoir plus sur des violations plus concrètes sur le terrain, en préparation à des opérations contre la résistance, contre ces cadres ou contre la population. Nous ne pouvons pas nous taire sur cela. Cette opération n'est donc pas la dernière et je peux dire qu'elle est la première dans la situation nouvelle. En ce 14 août 2013, je dis que nous ne serons pas complaisants avec les violations terrestres israéliennes de notre souveraineté. Les violations aériennes, c'est un autre sujet. Ce ciel n'a ni souveraineté, ni dignité...Aucun Etat au monde ne pourrait accepter ce qui se passe dans notre ciel. Mais sur le sol, c'est différent. Lorsque nous en prenons connaissance, nous réagissons. Je ne tiens pas toutefois à prendre ici un engagement total, d'autant c'est une responsabilité de l'Etat et de l'armée. Mais lorsque nous en prenons connaissance, nous réagirons avec les moyens adéquats, par le biais d'une opération réussie et planifiée. Nous couperons Inchallah les pieds qui bafoueront notre sol lorsque nous saurons qu'ils l'ont fait. Nous n'acceptons ces violations qui se produisent de temps à autre et c'est notre droit. Je sais naturellement, qu'après ces propos, certains vont réagir et je le souhaite d'ailleurs.

GBJ-nous évoquerons leur silence...
SHN-Je dis c'est notre droit. Même la 1701 ne dénie pas le droit à la résistance d'un peuple, ni celle du Liban ni encore celle des villages libanais à la frontière, en cas de violation israélienne du territoire libanais. Il n'y a aucun texte, aucune décision qui interdise cela.

GBJ-Permettez-moi de revenir sur l'importance de la décision. Vous pouvez surveiller, envoyer des avertissements mais là vous avez décidé et vous êtes en train de dire que vous réagirez à toute violation de ce genre ?
SHN-En toute franchise, je dis que chaque fois que les Israéliens entreront dans notre territoire et que nous apprenons cela, nous les en empêcherons. Nous n'accepterons pas qu'ils entrent chez nous. Nous ne pouvons pas les laisser entrer et sortir, enlever des gens, prendre des otages, poser des mines et des dispositifs d'écoute sans que nul ne les arrête.

GBJ-Qui aurait devrait les empêcher, la FINUL, l'armée ou les deux ?
SHN-Les deux, mais en premier c'est l'Etat qui est responsable. Je ne dis pas que l'armée ne fait pas son travail, après tout, il faut voir les moyens qu'elle a.

GBJ-La Finul ne fait-elle pas son travail ou bien laisse-t-elle faire ?
SHN-La FINUL laisse faire...

GBJ-Comment expliquez-vous le silence de l'Etat libanais, de la classe politique, du gouvernement démissionnaire... à ce sujet ?
SHN-Pour nous, ce n'est pas surprenant. Certains pourront dire cela vaut-il la peine de réagir pour quelques soldats israéliens, 18, 12 ou 15 qui entrent à Labbouné ou à Chebaa, où est le problème ? Déjà, avant 2000, en 2000 et en 2006, les mêmes questions étaient posées : des villages sont occupés au Sud, et alors ? Il n'y avait pas un souci de la souveraineté, ni du sort de ces gens. Le vrai problème au Liban c'est que certaines forces politiques ne considèrent pas «Israël» comme un ennemi, ou comme un ennemi principal et il se comporte avec lui sur cette base.
Par conséquent, le fait que huit ou dix soldats israéliens entrent à Labbouné, vous avez vu la réaction. Ils se comportent avec la Syrie comme un ennemi, mais «Israël» entre et sort et nul ne proteste. Le problème n'est pas une question de tactique politique, il est bien plus profond. Certains diront demain, «Israël» a le droit d'entrer et sortir parce que certaines parties travaillent contre lui. Ils sont toujours prêts à trouver des excuses et des prétextes à «Israël» et cela n'est pas nouveau. C'était vrai dans les années 80, 90 et jusqu'à maintenant.

GNJ-je ne souhaite pas que nous précisions maintenant qui considère «Israël» comme un ennemi ou non. Mais nous pouvons citer des personnes ou des parties qui ne sont pas connues pour ne pas considérer «Israël» comme un ennemi, le silence de la présidence de la République, du gouvernement ?
SHN-Il n'y a pas de gouvernement. Le président de son côté a demandé au ministre des Affaires étrangères de déposer une plainte devant le Conseil de sécurité de l'ONU et il a demandé l'élargissement de l'enquête. Il semble qu'ils ont envoyé une plainte aujourd'hui.
Laissez-moi vous dire que cette position est faible d'où qu'elle vienne. Ils disent vouloir un Etat et chaque fois que nous devons discuter d'une stratégie de défense, les débats ne sont pas sérieux. Les frontières, la terre, les gens, leur dignité, leur sécurité dans les zones frontalières tout cela n'est pas pris en considération ou est traité d'une façon accessoire. Nous avons une expérience dans ce domaine qui remonte à des dizaines d'années.

GBJ-Comment expliquez-vous le silence israélien sur cette affaire ?
SHN-Il a d'abord tenté de dire que la charge a explosé à la frontière. Il n'a pas réussi car il y a la Finul, l'armée et les gens et les explosions étaient très fortes. De plus, il a par la suite lancé des bombes éclairantes et il y a eu du mouvement toute la nuit.

GBJ-Y a-t-il eu des combats ?
SHN-Oui, mais de loin.

GBJ-Pas de près ?
SHN-Non, de loin. Ils ont d'ailleurs tenté de cacher cela, mais par la suite, ils ont été contraints de transporter les blessés vers les hôpitaux et de les y enfermer. C'est pourquoi les médias israéliens ne parlent pas de ces blessés, ni de la nature de leurs blessures, ni encore de la nature de leur mission. Une censure militaire étroite est exercée sur les médias. Evidemment, cela ne l'arrange pas car il est agresseur et il est entré en territoire libanais. Demain, certains diront qu'il y a eu une violation des deux côtés. J'accepte que le Conseil de sécurité nous condamne en même temps qu'«Israël». C'est le maximum de nos attentes en cette période mauvaise. Pendant la guerre de juillet, vous êtes venu nous voir. Nous acceptions que le Conseil de sécurité et la communauté internationale mettent au même niveau la victime et le bourreau. Nous n'avons pas de problème avec cela.

GBJ-Je n'aime pas en général les questions virtuelles, mais êtes-vous conscient que lorsque vous dites que vous ne vous tairez plus sur toute violation israélienne dont vous avez connaissance, il se pourrait qu'«Israël» dise à son tour qu'il réagira fortement à la moindre attaque et dans ce cas, Dieu seul sait comment la situation peut évoluer ?
SHN-Nous avons le droit de ne pas nous taire sur chaque violation de notre territoire. Il ne s'agit pas seulement d'une violation de la souveraineté, avec laquelle certains peuvent être permissifs. Il s'agit de violations qui ont un aspect concret sur le terrain, avec des objectifs concrets. Et cela nous ne pouvons pas l'accepter.

GBJ-Vous avez donc voulu envoyer un message aux Israéliens ?
SHN-Certains viennent pour vous tuer, vous attaquer et pour mettre des charges explosives chez vous. Que faites-vous dans ce cas ? Vous les laissez faire, parce que certains veulent étudier les réactions possibles ? Le pire c'est qu'il y ait justement un débat sur votre droit à vous battre si «Israël» pénètre dans le territoire libanais...Je ne crois pas qu'un sage pourrait soulever un débat de ce genre.

GBJ-Comment pouvez-vous dire cela alors que vous savez pendant la guerre de 33 jours, le débat qui avait lieu...Ils peuvent sûrement le soulever dans ce cas
SHN-Qu'ils le fassent. Que puis-je y faire ?

GBJ-Je ne pensais pas que ce sujet prendrait tout ce temps. Mais il s'agit d'un fait important. Vous ne vouliez donc pas envoyer un message à «Israël» sur votre situation de vigilance en dépit de votre engagement dans les combats hors des frontières ?
SHN-Cela fait partie des résultats pas des objectifs.

GBJ-Ce n'était donc pas voulu ?
SHN-Nous n'avons pas accompli cette opération pour envoyer un message. Nous l'avons fait parce que nous le devions pour des raisons de défense. Le résultat est qu'un message a été ainsi adressé.

GBJ-Pensez-vous que les Israéliens ont été surpris par le fait que vous avez tout découvert et par votre riposte ?
SHN-Oui, dans la mesure de ce qui a pu filtrer à travers la censure militaire. Il est clair qu'ils ont été surpris par la découverte de leur unité et ils ont été surpris par l'existence des mines placées sur son passage. Naturellement, à travers l'enquête qu'il a menée, il peut savoir s'il s'agit de mines anciennes ou récentes. D'après ce qui a filtré, il a été forcément surpris, surtout que cela fait des années que l'ennemi entre et sort.

GBJ-Depuis quand étiez-vous en train de guetter pour cette opération ?
SHN-Une certaine période. Je ne veux pas être plus précis.

GBJ-Des jours, des semaines ? Entre 4 jours et 5 semaines ?
SHN-Non, plus.

GBJ-Plus que cela ? IL faut un tel degré de surveillance et de vigilance pendant une longue période ?
SHN-Oui.

GBJ-Cela nous ramène à la guerre de juillet qui s'est terminée avec la résolution 1701. Mais avant cette issue, il y a eu un long processus. Lorsque vous avez enlevé les soldats israéliens aviez-vous des plans militaires prêts en prévision d'éventuelles réactions ?
SHN-Les plans n'étaient pas liés à l'opération de l'enlèvement. En réalité, nous préparions des plans depuis le 25 mai 2000. Ce jour-là, nous avions célébré la victoire avec les gens. L'atmosphère était magnifique. Mais dès le lendemain, nous avions considéré que nous devions nous préparer à une guerre qu'Israël lancerait contre nous, avec ou sans prétexte. Car pour Israël, la résistance lui a fait subir une défaite historique et stratégique. Ce ne sont pas mes termes. Si on revoit les déclarations des responsables israéliens, de Shimon Pérès à Ariel Sharon et même Netanyahu qui a repris les propos en 2006 devant les grands chefs militaires. Il y a donc une unanimité en Israël sur le fait que ce qui s'est passé en mai 2000 est une défaite historique qui a eu de graves conséquences dont certaines sont apparues plus tard en Palestine. L'Israélien a donc une vielle vengeance historique à prendre contre la résistance au Liban. Celle-ci a fait subir une défaite à son projet. Ce qui s'est passé au Sud Liban n'était pas seulement l'expulsion d'un occupant, mais aussi l'enterrement du projet du «Grand Israël». L'armée israélienne qui ne peut pas rester dans un pays faible et déchiré comme le Liban ne peut certainement pas créer un Etat du Nil jusqu'à l'Euphrate. Le «Grand Israël» c'était donc fini. Il devait donc se venger de cette résistance, de ce peuple et de ce pays. Nous nous attendions à cela à tout moment et c'est pourquoi nous avions commencé à nous préparer en 2000. Lorsque nous parlons du martyr Hajj Imad Moghnié et de ses compagnons et ils sont nombreux-, ils ont tous accompli des efforts énormes sur le plan de l'entraînement et de la logistique. Ils ont dressé des plans en vue d'une guerre qu'«Israël» lancerait avec ou sans motif, car le motif principal c'est celui-là. Lorsque nous avons enlevé les soldats israéliens, nous étions prêts, sur le plan logistique et humain, ainsi qu'au niveau des plans établis, indépendamment de cette action. Nous l'attendions d'ailleurs, en 2000, en 2002, en 2003, en 2004 etc Nous pensions même qu'elle avait tardé jusqu'en 2006. C'est pourquoi vous avez vu que pendant les 33 jours de guerre, la résistance n'a jamais été perdue ou confuse, ou encore inquiète. Elle était sûre de ses choix, de ses plans, de sa manière d'affronter et de se battre car les plans étaient préparés depuis des années.

GBJ-Shamir a déclaré qu'il ne fait pas de compliments, mais qu'il ne peut que s'incliner avec respect devant celui qui a mené cette bataille avec ce niveau de défi immense. Il parlait de vous...Toujours au sujet de cette guerre, n'avez-vous pas dû changer certains plans en raison de l'attitude des Israéliens ? Par exemple, on dit qu'à Maroun el Rass, vous auriez voulu laisser entrer les Israéliens pour ensuite les prendre à revers les entraînant dans une guerre d'usure. Mais en raison de la résistance des combattants sur les premières lignes pendant 33 jours, vous avez dû changer vos plans ?
SHN- Au départ, c'est l'orientation, la politique générale et la stratégie n'ont pas changé même après Maroun el Rass. Si vous vous souvenez de quelques mots que j'avais dit pendant la guerre. J'avais déclaré que notre stratégie n'est pas de défendre la géographie, l'attachement à la géographie. L'Israélien veut entrer. Dans certains endroits, il ne peut pas le faire. Dans d'autres, des obstacles peuvent lui permettre d'entrer en partie avant d'être rattrapé, mais le but c'est de lui faire subit le maximum de pertes humaines et matérielles. Car c'est là son point faible, dans l'armée et dans son front interne.
Ce qui définit l'issue d'une bataille, ce n'est pas le fait de rester dans tel village ou le fait de perdre tel autre, ce sont les pertes chez l'ennemi. Dans certains lieux, nous avons laissé à nos frères la liberté d'évaluer la situation. Nous ne leur avons pas demandés de se battre jusqu'à la mort pour quel tel village ne tombe pas entre les mains de l'ennemi. Cela c'était pendant la guerre de juillet. Dans l'avenir, cela peut changer. Aujourd'hui je ne parle pas de l'avenir, mais du passé. Ce sont donc les frères qui ont décidé de tenir à Maroun el Rass jusqu'au dernier souffle. A Aïta, je ne me souviens pas si je l'ai déjà dit dans la presse, nous avions un grand nombre de frères. A un moment, le contact a été rompu avec eux, pendant 24 ou 48 heures. Je me souviens de ces deux nuits. Ils ont subi un bombardement aérien très fort et nous pensions qu'ils étaient tous morts. Car aucun d'eux n'est sorti pendant 24 et 48 heures. Selon nous, s'il y avait des survivants, ils seraient sortis pour raconter. Aucun d'eux n'est sorti parce qu'ils voulaient tous rester dans le village. Lorsque les contacts ont été rétablis, hajj Imad m'a contacté et je lui ai dit : ils ne sont pas obligés de rester dans un village frontalier ou aux premières lignes directement. Nous ne leur imposons pas de rester. Ils peuvent aller ailleurs. Nous ne leur imposons pas de se battre jusqu'au dernier martyr. C'est à eux de décider. C'est eux qui ont choisi de rester jusqu'à la dernière minute et l'ennemi n'a pas pu entrer à Aïta. Par contre, à Bint Jbeil, c'était différent. La décision était d'empêcher l'ennemi d'entrer à Bint Jbeil. Cette bataille a d'autres calculs. La stratégie était donc de ne pas s'accrocher à la géographie, mais de faire subit le maximum de pertes à l'ennemi pendant les jours de guerre. Aujourd'hui, le terrain impose des changements dans la tactique.

GBJ-A Bint Jbeil, quand avez-vous imposé le refus de laisser entrer l'ennemi, après Maroun el Rass ?
SHN-A Bint Jbeil, la bataille était de se battre jusqu'au bout.

GBJ-Principalement...
SHN-Oui. Parce qu'il y a une possibilité. Au final, la résistance veut atteindre ses objectifs et accomplir son devoir, en tenant compte de ses moyens. A Bint Jbeil, il y a une possibilité de tenir pour une longue période en dépit des difficultés. C'est différent d'une petite zone isolée. Il faut ajouter le symbolisme, mais surtout la possibilité de tenir et de faire une grande réalisation.

GBJ-Je ne vous ai jamais posé cette question ? Peut-être ai-je eu tort. Y avait-il une durée précise pour votre résistance ?
SHN-Je ne peux pas donner de durée précise, mais je peux vous dire que depuis le début, nous avions prévu au minimum des mois.

GBJ-Vous étiez donc prêts à une bataille de plusieurs mois...
SHN- Oui, c'est certain. Par exemple, le nombre de missiles que nous avons lancés était petit par rapport à ce que nous possédions. Même lorsque nous avons envoyé 150, 200 et 250 par jour, c'était étudié. Le nombre des missiles envoyés ne dépendait pas de ce qui se passait sur le terrain et des capacités de nos combattants. Nous faisions simplement des calculs basés sur une longue guerre et nous ne voulions pas qu'elle s'arrête parce que nous n'avions plus de missiles. Rappelez-vous l'attaque dite «Les Raisins de la colère». Shimon Pérès qui était le Premier ministre à l'époque avait dit : la résistance a des katiouchas. Le stock est épuisable. C'était cela son pari, non de briser notre volonté, de nous vaincre sur le terrain, de nous faire subir une défaite militaire. Il misait sur l'épuisement de notre stock. Cette expérience était présente dans nos esprits et nous étions préparés humainement et logistiquement à une longue guerre.

GBJ- C'est-à-dire pas moins de six mois
SHN-Oui... Vous pouvez d'ailleurs remarquer cela dans les 30, 31, 32 et 33 ièmes jours. Il aurait fallu que la fatigue de la résistance apparaisse ainsi que l'épuisement de ses stocks. Mais au contraire, plus le temps passait et plus notre présence devenait agressive.

GBJ-Peut-être était-ce aussi lié au processus politique en cours. Vous meniez des négociations féroces. L'augmentation du nombre de vos missiles envoyés était peut-être due au fait que vous vouliez imposer des conditions aux Israéliens...
SHN- C'est sûr que cela influe. Mais le plus influent était ce qui se passait sur le terrain car l'Israélien a mené la situation vers l'extrême. Au cours des derniers jours, l'Israéliens sentait que le temps pressait pour lui et il a utilisé tous les moyens disponibles pour lui, par voie aérienne et terrestre, par le biais de débarquements. Il n'avait plus de temps et il a tout utilisé. Nous avons pu nous adapter à cette escalade et la mettre en échec tout en l'empêchant d'atteindre ses objectifs.

GBJ-Il est clair pendant cette période que l'un de vos points forts était votre aptitude à maintenir le contact avec les combattants partout. Vous l'avez dit, il n'y a eu qu'une petite rupture pendant 24 ou 48 heures. Ce point fort a-t-il surpris les Israéliens ou bien était-il connu et malgré cela, ils n'ont pas pu le détruire ?
SHN-Il en a peut-être été surpris, je ne peux l'affirmer. Je suis sûr par contre que le maintien des contacts entre la salle des opérations centrale et celles dans les régions, ainsi que celles dans les axes et les villages était un élément de force avec lequel l'ennemi n'avait pas compté.

GBJ-Soyons précis ; Le contact a été maintenu entre vous et les chefs des axes et entre les chefs des axes et les combattants...
SHN-En général, le contact se faisait par TSF et autrement. Nul n'adopte un seul moyen de contact car il peut être coupé ou être la cible de fritures...Mais ce qui a estomaqué les Israéliens ainsi que les Etats qui menaient les négociations au Conseil de sécurité, c'est qu'une fois l'arrêt des hostilités entré en vigueur, il n'y a plus eu une seule balle tirée. Cela montre le contrôle du commandement sur les troupes et la discipline absolue. En général, lorsque des armes subissent de telles attaques, lorsque le cessez le feu est décrété, il y a toujours un groupe avec lequel le contact a été perdu et par conséquent, il n'est pas contrôlé et ne respecte pas le cessez le feu. La discipline et le contrôle de la résistance a impressionné tout le monde. Ceux qui s'y connaissent en questions militaires, savent combien c'est difficile.

GBJ-Je voudrais ici vous demander quel est le secret de votre relation avec les moujahidins ? Même au plus fort des combats, vous vous envoyiez des lettres...
SHN-Une des particularités de la résistance, je ne sais pas si c'est le cas dans les autres résistances du monde, mais dans la nôtre, la relation n'est pas hiérarchisée. C'est une relation fraternelle, faite d'amitié, de respect, d'émotion, d'échanges. Nous sommes heureux les uns pour les autres et tristes les uns avec les autres. Il ne s'agit donc pas d'une relation structurée ou organisationnelle. C'est ce que les autres ont du mal à comprendre. C'est d'ailleurs un de nos points forts. Nous avons entre nous une très forte relation émotionnelle.

GBJ-Parlez-nous de la lettre que vous ont adressée les jeunes combattants de Bint Jbeil pendant la guerre ?
SHN-Elle venait de plusieurs régions. Un des frères a écrit la lettre. Il en a parlé avec d'autres et ils ont convenu de m'envoyer cette lettre au nom de tous les autres. Je voudrais dire ici que ceux qui sont sur le terrain sont plus à l'aise que ceux qui sont dans les salles de commandements, car ceux-ci voient le spectacle dans son ensemble et peuvent subir des pressions à cause de l'ampleur de ce qu'ils voient. Ceux qui sont sur le terrain voient le paysage dans sa clarté. C'est la même chose pour l'information, quand on est loin du Liban c'est différent que quand on est sur place. En adressant cette lettre, les jeunes ont voulu dire : nous sommes là, que personne ne s'inquiète pour nous. En même temps, c'est un message aux Israéliens. Pourtant, lorsqu'ils l'ont envoyée, ils ne la destinaient pas à la presse ou à être connue. C'est une idée de Hajj Imad qui a estimé qu'il serait bon qu'elle soit publiée. Il a consulté d'autres et ils se sont entendus pour la publier, sans me consulter bien qu'elle me soit adressée, car ils savent que dans tout ce qui touche aux questions personnelles, je suis réservé. Lorsqu'elle a été publiée, elle est devenue une lettre adressée au commandement du Hezbollah, au climat politique et populaire, aux moujahidins et à l'ennemi.
Une fois la lettre devenue publique, j'ai dû aussi répondre publiquement. Cela renforce la relation émotionnelle et affective entre nous. J'ai donc répondu, en pesant chaque mot, car je savais quelle portée affective il pouvait avoir, d'autant qu'il venait d'un cœur sincère et aimant. S'il n'y avait pas la guerre, j'aurais peut-être pleuré devant la caméra. Mais je me suis retenu, même si mon émotion était perceptible dans le ton. Je leur rends bien l'affection qu'ils me portent. C'est sincère et ils le savent.

GBJ- C'est encore le cas ?
SHN-Bien sûr. Je répète que l'un des points forts de cette résistance est la relation affective, solide et sincère entre nous. D'où pouvons-nous amener un tel élément de force ? Quelle stratégie de défense peut nous le donner ?

Traduit par French.alahednews

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