Al-Assad au Monde Diplomatique: Non aux "négociations sans conditions" proposées par Netanyahu
Dans une interview accordée au directeur adjoint du monde diplomatique Alain Gresh, le président syrien Bashar Al Assad a indiqué que la visite du premier ministre Saad Hariri au Liban est en fait " non pas une page nouvelle, mais une phase nouvelle, un retour à la normale. Elle ne concerne pas le passé, mais l’avenir, ce que nous devons faire ensemble ".
Selon le président Syrien "elle confirme aussi le pragmatisme de la Syrie : d’un côté, il n’y aura pas de retour à la situation d’avant 2005 quand l’essentiel de la politique libanaise se décidait à Damas ; de l’autre, la Syrie rappelle qu’elle est un acteur incontournable – la coalition du 14-Mars qui s’était constituée avec la volonté d’en finir avec tout rôle syrien est défaite et divisée, Walid Joumblatt, le leader druze, s’en est éloigné et les ministres chrétiens du 14-Mars ont critiqué la visite de Hariri".
Les négociations syro-israéliens:
Le président syrien assure l'absence d'un interlocuteur israélien prêt à faire la paix et déclare son refus aux négociations sans conditions proposées par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Quant à la médiation turque et faisant allusion aux derniers propos des responsables israéliens qui l'ont rejetée, Al Assad ajoute: "Nous avons besoin d’un médiateur entre la Turquie et Israël […]. Nous avons entendu dire qu’il y avait des efforts de différentes parties pour rétablir les relations entre Israël et la Turquie pour que cette dernière puisse jouer son rôle dans la reprise des négociations".
Parlant des relations syro-turques, qui se sont renforcées avec la visite du premier ministre turque Recep Tayyip Erdogan à Damas récemment, le président syrien note "qu'Après la guerre de 2003 contre l’Irak, nous avons vu le feu se rapprocher (entre la Syrie et la Turquie). Il nous a poussé à développer ces relations pour nous protéger et nous avons découvert que nous avions plein de choses en commun, que nous avions des intérêts communs […]".
Le nucléaire iranien:
Le président Al Assad appelle les Etats Unis ainsi que l'Union Européen à entrer en dialogue avec Téhéran, un dialogue qui doit d'après lui "être fondé sur le traité de non prolifération et sur le droit de l’Iran à enrichir son uranium". Al Assad ajoute que " Les Etats-Unis doivent abandonner l’initiative dite européenne, qui est en fait une initiative américaine avec une couverture européenne […], Téhéran a fait preuve de flexibilité en acceptant qu’une partie de son uranium soit enrichie à l’étranger ". En fait, le président syrien s'étonne que l'Union Européenne et les américains soient muets en ce qui concerne le nucléaire israélien, il ajoute que l'Union Européenne "a été kidnappée par les Etats-Unis et par Jacques Chirac", que "dans les années 1970 et 1980,
l’Europe était plus objective qu’aujourd’hui" et que les européens s'engagent actuellement dans "une mauvaise direction". De leur côté, les Etats Unis mettent l'Europe de côté en ce qui concerne le proche orient, le président syrien considère en fait que " les Etats-Unis peuvent donner des ordres au Proche-Orient et aux pays producteurs de pétrole, ils ont des relations directes avec les anciennes républiques soviétiques. Ils mettent l’Europe de côté, sauf quand ils ont besoin de la couverture de la soi-disant communauté internationale". Lui demandant de qualifier les relations syro-américaines, Al Assad répond : " Je ne peux pas parler de relations bilatérales quand l’embargo est toujours en place. On ne peut pas parler de relations normales quand les Etats-Unis nous punissent".