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Nouvelle-Calédonie: Émeutes à Nouméa avant un vote à l’Assemblée nationale, couvre-feu décrété

Nouvelle-Calédonie: Émeutes à Nouméa avant un vote à l’Assemblée nationale, couvre-feu décrété
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Par AlAhed avec AFP

Véhicules incendiés, magasins pillés, affrontements entre manifestants et forces de l'ordre... La Nouvelle-Calédonie a été le théâtre de violences d'une «grande intensité» lundi 13 mai au moment où, à Paris, les députés se penchent sur une révision constitutionnelle dénoncée par les indépendantistes de l'archipel.

«Nous appelons à la responsabilité de tous les Calédoniens, de nos responsables politiques, institutionnels, coutumiers, religieux, associatifs et familiaux. Nous leur demandons d'utiliser toutes les voies et les moyens à leur disposition pour ramener à la raison et au calme», a écrit le gouvernement local dans un communiqué.

«Toutes les raisons des mécontentements, des frustrations et des colères ne sauraient justifier de mettre à mal ou de détruire ce que le pays a pu construire depuis des décennies et d'hypothéquer l'avenir», a-t-il ajouté.

Les pompiers de Nouméa ont dit avoir reçu près de 1 500 appels dans la nuit de lundi à mardi et être intervenus sur environ 200 feux.

Selon un regroupement patronal, une trentaine de commerces, d'usines et d'autres entreprises ont été incendiés.

Le représentant de l'État dans l'archipel français du Pacifique sud, Louis Le Franc, a décrété le couvre-feu pour la nuit de mardi à mercredi dans l'agglomération de Nouméa, la «capitale» du territoire.

«On n'a pas de morts, il n'y a pas de blessés graves pour l'instant, il y aurait pu y en avoir», a déclaré le haut-commissaire de la République devant la presse en appelant au calme.

Les forces de l'ordre ont procédé à un total de 82 interpellations ces deux derniers jours, a détaillé Gérald Darmanin devant la presse.

Le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer a «condamné de façon extrêmement forte ces violences», qu'ils qualifiées d'«émeutes commises par des délinquants, parfois des criminels».

Un total de 54 gendarmes et policiers ont été blessés, certains «gravement», a ajouté Gérald Darmanin, précisant que des familles de gendarmes avaient été «évacuées».

Couvre-feu mardi soir

«J'ai un sentiment de tristesse», confie à l'AFP Jean-Franck Jallet, propriétaire d'une entreprise de boucherie sauvée des flammes par les pompiers. «Nous avons 40 salariés, on est passés à côté de la catastrophe. On a cru que le vivre-ensemble était possible mais ça n'a pas marché, il y a trop de mensonges».

Mardi, les rues de Nouméa et de sa banlieue sont parsemées de carcasses de voitures incendiées et de restes fumants de pneus et de palettes, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Même si la situation est plus calme mardi, de nombreuses barricades restent actives.

Dans la banlieue nouméenne, un supermarché, forcé à la voiture-bélier pendant la nuit, continue d'être pillé par la population, a rapporté ce correspondant.

Un couvre-feu a été décrété de mardi 18 h (7 h GMT) à mercredi 6 h (19 h GMT mardi), a annoncé le représentant de l'État dans ce territoire.

En outre, tout rassemblement est interdit dans le grand Nouméa, de même que le port d'armes et la vente d'alcool dans l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie, indique le haut-commissariat, qui invite les 270 000 habitants du territoire à rester chez eux.

Aéroport, lycées et collèges fermés

Le gouvernement calédonien a annoncé la fermeture des lycées et collèges jusqu'à nouvel ordre.

L'aéroport international est fermé et la compagnie Aircalin a suspendu ses vols pour la journée de mardi.

Le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Winston Peters, qui devait se rendre à Nouméa cette semaine, a reporté sa visite «pour permettre aux autorités de se concentrer entièrement sur la situation actuelle».

Les émeutes ont éclaté lundi en marge d'une manifestation indépendantiste contre le texte examiné par les députés, qui vise à élargir le corps électoral pour les élections provinciales.

Conformément à l'article 77 de la Constitution, le corps électoral de ce scrutin est en effet gelé: il se limite essentiellement aux électeurs inscrits sur les listes lors du référendum d'autodétermination de 1998 et à leurs descendants, excluant de facto les résidents arrivés après 1998 et de nombreux natifs.

Un électeur sur cinq est ainsi privé du droit de vote aux élections provinciales, cruciales dans ce territoire où les provinces exercent de nombreuses compétences transférées par l'État français.

Pour le ministre français de l'Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, qui a porté cette réforme constitutionnelle, cette disposition «n'est plus conforme aux principes de la démocratie» et «mène à l'absurde».

Deux camps s'opposent: celui des non-indépendantistes, favorables à la réforme, et celui des indépendantistes, qui y voient au contraire un passage en force de l'État pour «minoriser encore plus le peuple autochtone kanak», qui représentait 41,2 % de la population de l'île lors du recensement de 2019, contre 40,3 % dix ans plus tôt.

Au cours d'une séance tendue au Parlement, Gérald Darmanin a appelé les députés à adopter sans modification la réforme, qui ouvre le scrutin provincial aux résidents installés depuis au moins dix ans sur l'île.

Alors qu'un vote solennel était normalement prévu mardi après-midi, les débats à l'Assemblée nationale n'ont pas pu être menés à leur terme dans la nuit, en raison d'un grand nombre d'amendements, déposés notamment par le groupe de La France insoumise.

Le nouveau calendrier sera acté mardi matin.

Après celle du Sénat, l'approbation de l'Assemblée est nécessaire pour faire cheminer ce texte, avant de réunir le Parlement en Congrès pour réviser la Constitution, à une date qui reste à fixer.

Prônant l'apaisement, le président Emmanuel Macron a promis dimanche de ne pas convoquer le Congrès «dans la foulée» du vote de l'Assemblée, selon son entourage, pour «privilégier le dialogue».

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