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Des pages inédites sur la guerre de juillet 2006 (8)

Des pages inédites sur la guerre de juillet 2006 (8)
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Traduction: Dina Chamseddine

En dépit des pressions, on a repris l’initiative sur le terrain, ce qui nous a assuré une marge pour la manœuvre politique et nous a permis d’accéder au stade de l’élaboration des solutions fondées sur notre vision des faits, notamment lorsque « l’Américain » a commencé à perdre son pari sur la capacité d’"Israël" à remporter la guerre. Ce jour, les premiers missiles de la résistance ont atteint des régions au-delà de Haïfa, un prélude à une nouvelle phase sur le plan politique et militaire, caractérisée par une compétence exceptionnelle au niveau du contrôle des circonstances de la bataille, ce qui reflétait une parfaite organisation des combattants de la résistance, qui déterminait  l’envergure, le lieu et le timing de la riposte.

Ces évènements ont été au cœur de ma rencontre dans la nuit du jeudi 27 juillet avec hajj Hussein Khalil qui a affirmé que le Sayed Nasrallah était confiant quant aux circonstances de la bataille.

Le vendredi 28/7/2006, le premier ministre Siniora a entamé ses activités par la diffusion des décisions du Conseil des ministres et de son discours à Rome auprès des missions diplomatiques libanaises à l’étranger, 1'occultant les observations émises par les ministres, affaire que nous avons décidé d’ignorer pour préserver le consensus, puisque toute décision dans l’avenir, sera ratifié au Conseil des ministres.

L’interview du président Berry sur la chaîne Al-Jazeera a suscité en ce moment plusieurs réactions, surtout la critique qu’il a adressée à la dualité des positions adoptées par les dirigeants arabes, les appelant à être attentifs aux développements en cours ».

Le député Saad Hariri nous a contactés, signalant que les propos de Berry pourraient déranger des responsables arabes qui nous aident dans la crise et a interrogé : « pourquoi l’allusion directe au président Hosni Moubarak ? »
Puis, le vice-président syrien Farouk el- Chareh , a discuté de certains passages de l’interview et a indiqué au président Berry que la Syrie a proposé son aide à l’armée libanaise, et qu’elle ne devrait être comparée aux autres pays arabes.

Le président Berry lui a répondu qu’il avait prononcé ses propos dans un contexte politique général, que personne ne pourrait oublier le rôle de la Syrie, notamment l’hébergement des déplacés et la position politique soutenant le Liban, affirmant que la bataille était une embuscade tendue contre la Syrie et l’Iran.

Le député Walid Joumblat a posé ce jour la question suivante : « A qui le sayed Hassan Nasrallah offrira –t-il la victoire ? », une interrogation suivie d’un tollé qui a exigé des contacts avec hajj Hussein Khalil pour l'endiguer. Ces contacts ont de même été l’occasion pour hajj Hussein pour s’enquérir sur les limites du déploiement de la Finul au côté de l’armée et sur les détails de la proposition du président Berry à ce propos. Ce dernier a affirmé que ce qu’il avait proposé ne diffère pas du statu quo dans le Liban sud, où sont déployées l’armée et la Finul, notant que « notre projet devrait être prêt avant le samedi ».

Vers 13h30, la délégation de la troïka européenne a rencontré le président Berri et l’a informé que l’israélien a abaissé le plafond de ses conditions politiques et qu’il est plus disposé au cessez-le-feu, rappelant que le règlement  de la crise est toujours dans la main de la secrétaire d’état américaine, dont l’assistant et l’équipe de travail sont restés à Jérusalem occupée.
Le président Berry a exposé à la délégation la nature des évènements sur le terrain qui seraient à l’origine du changement de l’attitude israélienne et non les efforts internationaux. 

Le secrétaire général de la Ligue arabe Amro Moussa s’est de même entretenu par téléphone avec le président Berry, a adopté un discours positif et informé son interlocuteur qu’il entend visiter Beyrouth, sans faire allusion aux critiques adressées par Berry aux positions de Moubarak.

Nasrallah à Berry : nous adoptons votre manœuvre

Hajj Hussein Khalil est arrivé à minuit à Ein-Tineh et après avoir communiqué les salutations du sayed Hassan Nasrallah, il a rapporté le suivant :
-Nous appuyons le refus formulé par le président Berry à toute forme de convocation de forces multinationales et nous adoptons sa manœuvre quant au déploiement de ces forces sur l’autre partie des frontières, ce qui sera certainement refusé.
-Nous adoptons ce qu’il a avancé sur le cessez-le-feu et le retrait immédiat précisément à partir de Maroun el-Rass , sans qu’il y ait une passation de pouvoir avec l’armée Libanaise, mais un retrait, suivi d’un déploiement.
-Nous nous engageons à fournir tous les efforts possibles pour que l’opération d’échange englobe des captifs arabes dans les prisons israéliennes, en nous accordant le temps nécessaire pour établir les listes des noms.
-Maintenir la même formule relative au renforcement de la Finul et de l’armée, en accordant la priorité au rôle de l’armée, ce qui pourrait avoir de bons effets sur l’opinion publique libanaise.
- Nous sommes pour la remarque sur le refus de l’engagement à s’éloigner des frontières.

Le président Berry a répondu :
« J’avais moi-même souligné toutes les observations émises par le sayed, l’important étant de nous concentrer sur la gestion des négociations, notamment à la suite de ce qui s’est passé à Rome, ce qui nous a incités à être plus vigilants à l’égard de tout détail ».
Le président Berry a en outre indiqué que « la ministre des AE de la Grèce s’est dite prête à faire une médiation, tout comme le vice-président irakien Adel Abdel Mahdi qui a proposé son aide et je lui ai demandé d’exercer des pressions sur l’administration américaine pour qu’elle limite l’adoption de l’intégralité de la position israélienne. Le ministre des AE de l’Espagne a pour sa part franchement reconnu ne pouvoir contribuer à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu ».

Hajj Hussein Khalil a rapporté que la récente position saoudienne approuve le renforcement de la Finul, sans évoquer l’avenir de l’arsenal du Hezbollah, et qu’une tierce partie a indiqué que Rice conseille aux délégations étrangères de ne pas rencontrer le président Berry par crainte d’influencer sur leurs convictions.
Berry : « Nous verrons si elle demandera un rendez-vous dimanche. Je crains actuellement que la convocation des forces multinationales ne soit l’unique indemnité à la défaite inévitable d’Israël, surtout qu’une force formée par des pays essentiels, provoquerait un grand problème à chaque incident. En tout cas, nous refuserons catégoriquement toute approche et résolution,  selon le chapitre VII de la charte de l’ONU, face à laquelle il faudrait inciter nos amis à déposer le veto au Conseil de Sécurité ».

Allo….Jacques Chirac en ligne

Le matin du samedi 29 juillet, j’ai établi le compte rendu de la réunion de la veille et une comparaison entre notre projet et celui du premier ministre Siniora. Le président Berry était alors pessimiste de la tournure des évènements, en notre faveur sur le plan politique et populaire, contrairement aux premiers jours de la guerre. A l’initiative du président Berry, j’ai rencontré le premier ministre, accompagné des deux ministres Mohammad Khalifé et Talal Sahli, pour discuter du mécanisme du travail du haut comité de secours, question que le premier ministre a promis de traiter avec l’administration.
De retour à Ein-Tineh, le président Berry avait rencontré le ministre Ghazi Aridi, qui a transmis la missive du député Joumblat, sur une opération de distribution d’armes au Chouf ouest, affaire à enquêter et à suivre avec le Hezbollah.

Vers 18h00, les échos des massacres ont suscité des débats entre les journalistes et les politiciens présents à Ein-Tineh, témoins d’un long dialogue téléphonique entre le président Berry et Ghassan Tueni autour des spécificités des résolutions internationales et de leurs effets, notamment des résolutions approuvées sous le chapitre VII de la charte de l’ONU.

C’est alors que la sonnerie de la téléphone retentit, le président Berry décrocha pour que son interlocuteur lui dise : « C’est Jacques Chirac, je vous remercie pour avoir reçu directement mon appel ».
A la suite des formules de politesse, il a ajouté : « Je voudrais vous affirmer ma solidarité en ce moment de crise  avec les Libanais, de toute communauté et faction étaient-ils, et vous assurer que je déploie des efforts et par tous les moyens pour mettre un terme aux évènements en cours et pour fournir des services humanitaires au Liban. D’ailleurs j’entends envoyer le ministre français de la Santé à Beyrouth pour cette fin ».

Le président Berry l’a remercié en disant : « Je voudrais informer votre excellence que les raids israéliens visent en cet instant même les civils, qui tombent morts ou blessés, au moment où le monde n’exerce pas de véritables pressions sur Israël, mais lui accorde la chance pour poursuivre son offensive. Le monde libre est devant un examen en dépit du fait que nous savions le résultat d’avance, la non condamnation de l’Israélien. En tout cas, je voudrais signaler à votre excellence que nous ne sommes point contre les tractations politiques, mais que nous sommes ouverts à la discussion, que nous avions avancé des idées qui ne peuvent être débattues sous la pression du feu, qui devrait cesser ».
Chirac de répondre : « J’œuvre personnellement de tout cœur pour un cessez-le-feu dans les plus proches délais ».

Qana….  La réédition…

Le dimanche 30/7/2006, un missile a ciblé un immeuble dans les alentours de Ein-Tineh, mais sans exploser, information que nous avions occultée pour ne pas semer la confusion. Et puis nous nous sommes réveillés sur le terrible massacre perpétré contre les enfants à Qana, une réédition du massacre de 1996 contre le siège des Nations Unies. Et comme il a été le cas en 1996, le massacre de 2006 imposera un revirement de situation.
Avant de gagner son bureau, le président Berry a contacté le premier ministre Siniora pour lui dire : « après le massacre d’aujourd’hui, il est impossible que je reçoive Condoleeza Rice, et je propose que vous adoptiez une attitude similaire. En tout cas ou vous trouvez-vous en ce moment ? »

Pour toute réponse le premier ministre a dit : au Grand Sérail.
Le président Berry s’est dirigé en tenue informelle au Grand Sérail où il a rencontré le premier ministre en état d’extrême tension et lui a dit : « En dépit de l’ampleur de la catastrophe et du malheur, nous devons l’exploiter afin d’exercer des pressions sur Israël, pour qu’il cesse son agression, et adopter une position nationale unie, dans laquelle nous dépassons toutes les divergences sur les détails politiques. C’est une opportunité à ne pas perdre, pour faire sentir aux américains et à tous ceux qui appuient Israël qu’ils sont désormais dans l’ impasse et que nous ne sommes plus seuls sujets aux pressions. Nous devrons prendre une position radicale à l’égard du processus politique ».

« En ce moment, l’attitude de Siniora semblait positive, même s’il appréhendait ce que j’avais proposé », nous a relaté le président Berry, qui a ajouté avoir discuté avec Siniora de la situation, pour qu’ils tiennent par la suite une conférence de presse, durant laquelle le premier ministre a annoncé « la suspension de toute tractation non axée sur le cessez-le-feu immédiat et sans aucune condition », réclamant une enquête internationale sur les massacres israéliens.

C’était une opportunité qu’a saisie le président Berry pour montrer une image d’union interne face au plan américano-sioniste et il a clairement annoncé qu’il soutient le gouvernement en cette situation tragique.
Le président Berry a plus tard annoncé qu’il a envoyé un message à Rice, refusant tous pourparlers et affirmant que tout effort devrait être centré pour exercer des pressions sur Israël  afin qu’il ne commette plus de nouveaux massacres.

Il a ensuite déclaré que « après avoir été mis au courant du refus d’Israël de permettre à la Finul d’accompagner les survivants de la tuerie vers des lieux sécurisés, nous nous abstenons d’agréer tout rôle des forces onusiennes, vu sa précarité, sauf si les vérités sont révélées au grand jour ».
Et Berry de poursuivre : « J’avais pris l’initiative d’avancer une formule pour relaxer les soldats israéliens par l’intermédiaire de l’Italie, et que j’ai en personnellement assumé les responsabilités sans coordination préalable avec le Hezbollah. J’annonce franchement que les conditions de l’échange sont modifiées et que je retire ma proposition ».

A l’initiative du président Berry, j’ai effectué une série de contacts politiques et reçu l’appel du vice-président syrien Farouk el-Chareh auquel j’ai relaté les détails de l’entretien Berry-Siniora. Il a exprimé son soutien, proposant que le Liban réclame la tenue d’une réunion du Conseil de Sécurité, pour examiner le massacre perpétré par Israël.
Le président Berry a discuté de la proposition mais l’a abandonnée avant même d’en informer le président Siniora, de crainte qu’une résolution onusienne ne soit développée à l’encontre de nos intérêts.

Berry exhorte Sistani à publier une position

J’ai contacté hajj Hamed Khaffaf, représentant de son éminence ayatollah sayed Ali Sistani au Liban et je lui ai transmis le souhait du président Berry quant à la nécessité de la publication d’une position de l’ayatollah en faveur du cessez-le-feu et de l’arrêt des massacres, vu l’impact d’une telle annonce sur la position américaine. Hajj Hamed Khaffaf a répondu que le sayed avait publié une position à ce propos, mais le président Berry a insisté sur la nécessité d’en émettre une nouvelle, notamment à la suite du massacre de Qana. Sur ce, un communiqué a été publié avant minuit en ce sens et le vice-président irakien a informé le président Berry que le sayed Sistani l’a chargé de contacter le président américain George Bush afin de lui transmettre un message ferme de sa part.

Le député Saad Hariri a appelé le président Berry pour se renseigner sur sa nouvelle prise de position concernant la modification des conditions de l’échange des captifs, affirmant que cela compliquerait la situation. Le président Berry y a insisté, rappelant que « nous avions agi dès le début du conflit de bonne foi, attitude que nous devrons changer à la suite des massacres, pour être plus exigeants », ce qui n’a pas plu à Hariri qui a essayé de calmer son interlocuteur.

Les députés Hassan Fadlallah, Amin Cherry et des personnalités sont arrivés à Ein-Tineh, où le président Berry estimait que les évènements prenaient une tournure positive et que « bientôt nous célèbrerons la victoire », soulignant dans ce contexte « le climat national et l’importance de la conférence de presse commune tenue le matin avec Siniora, d’où la positivité de notre attitude au Conseil des ministres au lendemain du congrès de Rome, empêchant l’effondrement de la séance ».

Hajj Hussein Khalil nous a rejoints à Ein-Tineh. Nous avons exposé les évènements de la journée avant qu’il ne transmette le message suivant du sayed Nasrallah :
-L’israélien et après son échec à Bent-Jbeil, la légende, mobilise ses forces vers le village Taybeh, et a introduit des unités d’infanterie et des véhicules. Il existe plusieurs possibilités : l’israélien pourrait se concentrer sur l’invasion du projet de Taybeh ou faire une incursion vers le point le plus proche sur le Litani afin de l’exploiter en politique. Nous sommes prêts à la confrontation et la situation des combattants est plus qu’excellente, puisque ce sont eux qui attirent l’ennemi vers le Litani afin de l’assaillir et de provoquer un massacre contre l’armée israélienne, la surprise étant les types des armes utilisées.

-Nous avons communiqué aujourd’hui avec sayed Ali Larijani et lui avons transmis votre avis sur l’importance des contacts avec la Russie au Conseil de Sécurité, affaire que suit l’Iran en ce moment, avec la Russie, tout comme avec la France.

Le président Berry a exprimé sa satisfaction de la tournure des évènements, indiquant qu’il avait appelé les ministres à dénoncer l’attaque contre le siège de l’ESCWA, au conseil des ministres, et les manifestants à ne pas se diriger vers l’ambassade des Etats Unis à Awkar, car « nous ne voulons pas détourner l’attention de notre cause » a-t-il dit.

Et d’ajouter : « Il m’est parvenu que le sayed Nasrallah pourrait recevoir des ambassadeurs ou autres personnalités, ce qui représente un grand risque, qu’il ne devrait prendre. Qu’il soit attentif, sans se faire de soucis à propos des négociations ».
A la sortie de hajj Hussein, il s’est entretenu avec le colonel Wissam el-Hassan, délégué par le député Saad Hariri pour s’enquérir de la situation. Hajj Hussein l’a mis au courant de nos accords, notamment en ce qui concerne les conditions des médiations et de l’échange.

Vers 23h00, l’ambassadeur américain Jeffrey Feltman a pavé la voie au contact téléphonique qu’a effectué la secrétaire d’état américaine Condoleeza Rice avec le président Berry. Elle a entamé son discours en présentant ses condoléances pour les martyrs de Qana.

Le président Berry a répondu : « Je vous avais averti en voyant l’agression s’intensifier contre les civils et maintenant je vous assure que ce serait un honte pour l’Amérique si le cessez-le-feu immédiat n’est pas déclaré ».
Rice : « Israël a décidé de suspendre le survol de la région du Sud ». 
Berry : « C’est une tentative pour contenir le ressentiment, mais la vérité est que cette décision vise à évacuer  le Liban sud de ses citoyens pour bruler ses terres ».

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