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Le coronavirus, révélateur des défaillances de la santé publique au Maghreb

Le coronavirus, révélateur des défaillances de la santé publique au Maghreb
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Par AlAhed avec AFP

La crise liée au nouveau coronavirus met en lumière les dysfonctionnements de la santé publique dans les pays du Maghreb, mais fait en même temps naître l’espoir d’un changement, le jour d’après.

Au Maroc, des vidéos tournées par des patients infectés par le virus dénonçant les conditions de séjour dans des hôpitaux publics ont relancé la polémique lancinante sur l’état du secteur de la santé, parent pauvre du budget de l’Etat.

En Algérie voisine, «la crise sanitaire a mis à nu les défaillances du système de santé», estime aussi le Pr Kamel Bouzid, chef de service et président de la Société algérienne d’oncologie médicale, cité par le site TSA.

En Tunisie, pays en plein marasme, le secteur de la santé avait déjà été ébranlé l’an dernier par une série de décès de nouveau-nés, avec à l’époque des témoignages accablants sur la saleté, la gestion déficiente du personnel ou le manque de matériel.

Face à la maladie du Covid-19, les trois pays ont très vite adopté des mesures de restriction pour limiter la propagation et assurent faire le maximum face à une situation inédite.

A ce jour, l’Algérie reste le pays du Maghreb le plus touché, avec 83 décès et 986 cas déclarés, contre 44 décès et 708 cas au Maroc, et 14 décès pour 455 cas en Tunisie.

«Un effort considérable est fait pour la prise en charge des patients, les conditions d’hébergement sont normales... Il faudrait aussi voir les témoignages favorables», dit à l’AFP le ministre marocain de la Santé, Khalid Aït Taleb.

Après la diffusion des vidéos critiques, le roi Mohammed VI a ordonné d’améliorer la réfection des hôpitaux publics et d’y intégrer du personnel médical militaire, selon la presse.

«Avant même l’apparition du Covid-19, nous avions une pénurie de ressources humaines, c’est la principale problématique», reconnaît le ministre.

Dans le royaume, le nombre de tests de dépistage --moins de 3.000 depuis début mars-- a aussi alimenté doutes et critiques. M. Aït Taleb a été invité à s’expliquer au Parlement à la reprise des débats, mi-avril selon la presse.

«Servir de leçon»

Pour l’heure, face à la propagation du Covid-19, des voix nombreuses s’élèvent dans les trois pays pour dénoncer le manque cruel de moyens.

«Nous n’avons pas assez de kits de prélèvement et de solutions hydro-alcooliques», dit à l’AFP un réanimateur en poste dans un hôpital provincial du Maroc. «Les conditions de travail sont difficiles», pointe un urgentiste de Casablanca.

Le Maroc compte seulement 1.642 lits en réanimation pour 35 millions d’habitants.

«Notre destin est entre les mains d’un système de santé que nous avons négligé des années durant», résume dans une vidéo très partagée sur les réseaux sociaux un médecin de Marrakech, espérant que la pandémie actuelle puisse «servir de leçon».

Au Maroc, le budget de la santé représente actuellement quelque 5% du budget national, contre 12% recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et le système de santé reste marqué par de «profondes inégalités géographiques et socioéconomiques», selon l’OMS.

La pandémie a aussi nourri le débat sur l’essor florissant du secteur privé, où se soignent ceux qui ont les moyens, tandis que les plus riches préfèrent se rendre à l’étranger.

«Bienvenue dans notre misère quotidienne», pointe la lettre ouverte d’un médecin marocain, rappelant les mouvements récurrents de protestation de ses confrères du public.

La Tunisie en particulier a vu ces dernières années se développer un tissu dense de cliniques privées: des établissements qui pratiquent le «tourisme médical» et accueillent une clientèle plutôt aisée, parfois étrangère, en quête par exemple de soins esthétiques.

«Profiter de cette crise»

Pour combler les manques face à la pandémie du Covid-19, les autorités marocaines ont lancé des achats d’équipements en urgence, financés par un fonds spécial de plus de 30 milliards de dirhams (trois milliards d’euros). La Tunisie peine, elle, à mobiliser des fonds.

«On équipera aujourd’hui à la hâte, mais on réfléchira peut-être (...), la prochaine fois, avant de construire une ligne de TGV (qui est en train de rouiller en ce moment) à 23 milliards de dirhams ou deux opéras à trois milliards alors que l’hôpital d’à côté manque de Bétadine», espère Omar El Hyani, conseiller municipal à Rabat.

Cet élu de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) est d’autant plus indigné que la proposition de son parti d’augmenter le budget santé dans le projet de loi de finances 2020, avant l’apparition de la crise sanitaire actuelle, s’est heurtée à un refus quasi général des autres députés.

Le Parlement a en revanche voté une hausse de 30% des dépenses militaires, augmentant l’enveloppe de la Défense à hauteur de quatre milliards d’euros.

Sur fond de rivalité historique avec Rabat, l’Algérie y consacre elle plus du double: 10 milliards d’euros, contre quatre milliards pour la santé, le quatre poste budgétaire.

La pandémie chamboulera-t-elle l’ordre des priorités? «Il faut +profiter+ de cette crise pour revoir notre système de santé», clame le Professeur Bouzid, en Algérie.

La pandémie «a révélé de nombreuses lacunes (...) que nous nous efforcerons de corriger à l’avenir en construisant un système de santé fort», a promis cette semaine le Premier ministre algérien, Abdelaziz Djerad.

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